Le chant des grillons

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Dans ce livre grave, l'auteur met en lumière l'existence des colons au Congo belge à travers l'histoire de sa famille. Période prospère et paisible, les trente années avant l'indépendance permirent aux Duvigneaud de vivre de construction et de la culture du café. Quand survient l'Indépendance du Congo, influencés par certains courants politiques, des Congolais semèrent la terreur au sein de la population et privèrent les colons de leur bien. C'est cette déception que raconte l'auteur, toujours en lien avec ce pays tant chéri.
Publié le : vendredi 1 mai 2009
Lecture(s) : 257
EAN13 : 9782296926356
Nombre de pages : 142
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Dédicace à la mémoire de mon frère Claude, lâchement assassiné le 14 février 2007 à Beni (République Démocratique du Congo).

Jeanne DUVIGNEAUD

Ière PARTIE : AVANT L’INDEPENDANCE

Chapitre 1 : Au Maniema de 1930 à 1941 Lorsque notre père termina ses études à Pierrard, L’Union Minière Belge lui proposa un poste au Maniema dans le nord du Kivu. Léon Duvigneaud partit avec son diplôme d’ingénieur pour seule fortune. Ceux qui avaient obtenu de bons résultats scolaires pouvaient poursuivre leurs études, les autres restaient dans la ferme où le travail ne manquait pas. Quatre fils partirent en Afrique. Léon partit le premier vers 1934, il était célibataire. Le goût de l’aventure s’était mué en passion lorsqu’il découvrit ce pays fascinant. Il dut pourtant affronter des conditions de vie périlleuse et difficile ; c’était la débrouille et le système D au quotidien et tout ce à quoi il était habitué lui manquait. Il devait s’inventer un autre mode d’existence avec les moyens rudimentaires trouvés sur place. À cette époque, les expatriés étaient engagés avec un contrat d’une durée de trois années renouvelables au terme desquelles, ils bénéficiaient d’un congé de deux mois dans leur patrie. Après quelques termes, seul en Afrique, notre père projeta de se marier lors de son retour en Belgique. Il se maria avec une jeune fille d’origine luxembourgeoise, rencontrée précédemment. Germaine Waltzing suivit son mari pleine d’espérances et d’enthousiasme dans cet univers qui allait devenir pour elle une sorte de bagne.

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Maman et sa famille

Contrairement à son mari, maman n’a jamais partagé la passion de l’Afrique qui animait notre père. Les Africains lui inspiraient une véritable animosité, attisée par leur sensualité à fleur de peau et leurs mœurs barbares. Ce rejet s’est quelque peu dissipé au fil du temps. Maman apprit à mieux les connaître et à les accepter tels qu’ils étaient. Maman perdit vite ses légères rondeurs au Maniema. Elle présentait une silhouette amaigrie, comme en témoignent les photos prises à cette époque. Cependant l’estime qu’elle portait à son mari lui donnait le courage de lutter. Maman savait qu’elle pouvait entièrement compter sur son époux; elle découvrait en lui une force de la nature et un protecteur. Notre logement à Calemba était une maison vétuste au confort rudimentaire, sans électricité, comprenant deux chambres, une petite salle de bain, une cuisine munie d’une cuisinière rustique en briques alimentée au feu de bois sur laquelle notre mère tentait de préparer nos repas avec les maigres ressources locales. Une petite salle à manger
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ombragée par une terrasse et une pergola se trouvait en façade. De larges interstices entre les portes et les fenêtres permettaient l’intrusion nocturne d’insectes, moustiques et serpents. Ceux-ci trouvaient durant la nuit un gîte confortable sous les coussins des petits fauteuils en bois et prenaient la fuite le matin. Pour parer aux carences alimentaires, notre père installa un jardin potager, un poulailler et une petite étable pour y élever quelques animaux domestiques.

Première mission de Papa à Campene

Un groupe électrogène nous procura l’électricité pour l’acquisition d’une glacière, indispensable dans cette chaleur. A Calemba, les naissances de Paul, moi et Albert se sont succédées à courts intervalles. Pour accoucher, les rares Européennes avaient recours à la maternité de la mission protestante installée à proximité. Malheureusement, Albert, alors âgé de huit mois décéda des suites de la fièvre jaune.

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L’éloignement du médecin et son arrivée tardive ainsi que l’absence totale de communications furent fatales à notre petit frère. Il nous fallait une solide résistance physique pour surmonter la malaria et autres maladies et non moins de chance pour échapper aux déchaînements de la nature. Je me souviens des tornades aspirant le toit de tôles comme une ventouse avant de le laisser retomber dans un fracas effrayant. Nous nous abritions alors sous la table ou dans l’armoire en attendant que la tempête s’éloigne. Paul et moi étions des enfants sauvages allant pieds nus. Notre espace était limité d’une part par l’écran mystérieux et impénétrable de la jungle d’où résonnaient les cris effrayants d’animaux et d’autre part la savane et la brousse abritant de dangereuses rencontres. Confrontés à notre seule imagination pour tuer l’ennui, nous nous offrirons des distractions peu appréciées par les adultes. C’étaient les batailles d’œufs de pigeons ou de poules, les baignades dans les bassins où trempait le linge, les manipulations interdites de la moto ; objet fétiche de papa. Cet engin m’inspirait une nette aversion contrairement à mon père qui, après m’avoir posée sur le réservoir, goûtait au plaisir de la vitesse sans se douter que mouches et insectes happés par la vitesse s’engouffraient dans ma bouche grande ouverte par la peur. J’ai gardé en mémoire, l’une de nos espiègleries. Profitant de l’absence des parents, Paul s’était emparé d’une paire de ciseaux rouillés. Après m’avoir installée avec autorité sur un vieux tronc d’arbre, il me recouvrit les épaules d’un essuie sale et entama la coupe de mes cheveux. C’était l’endroit où les boys se lavaient avant de rentrer chez eux. Mon frère voulait ainsi, joindre ses efforts pour les préparatifs de la fête. Car les missionnaires avaient organisé un petit goûter
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