Le Coq et la Perle. Cinquante ans d'Europe

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Aimer l'Europe mais honnir Bruxelles. Rêver d'une " Europe puissante " en la bridant. Invoquer l'amitié avec l'Allemagne avec l'Allemagne tout en la redoutant. À force de contradictions et d'incohérence, de supériorité affichée et de complexes inavoués, la France s'est détournée de l'Europe qu'avaient voulue les pères fondateurs. Au pays de Jean Monnet et de Robert Schuman, rares sont les hommes politiques français qui pensent et agissent en Européens. Plus personne ne se sent responsable de l'intérêt commun. Depuis les débuts de l'aventure communautaire, les Français ont parfois été des meneurs engagés et de formidables " inspirateurs " capables d'inventer une méthode révolutionnaire de coopération entre peuples. À plusieurs reprises, ils se sont aussi révélés être des lâcheurs, intéressés, arrogants, violant les principes que le génie propre des meilleurs d'entre eux a légués à l'Europe. Le coq gaulois a gaspillé la perle.


Pourtant, rien dans ce constat ne doit nous désespérer : l'Union européenne telle qu'elle se fait n'est pas l'Europe ; c'est au mieux un ersatz. Les difficultés actuelles sont passagères et réversibles : que l'on se remette enfin à faire l'Europe sérieusement, dans l'esprit communautaire, et l'élan reviendra.



Chercheur associé au CERI (Sciences Po), enseignante au Collège d'Europe (Bruges), Sylvie Goulard est présidente du Mouvement Européen France.


Publié le : jeudi 1 octobre 2009
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EAN13 : 9782021007558
Nombre de pages : 190
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Le Coq et la Perle
Extrait de la publication
Sylvie Goulard
Le Coq et la Perle
Cinquante ans d’Europe
Seuil
ISBN9782020926287
© Éditions du Seuil, février 2007
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www.seuil.com
Extrait de la publication
Un jour un Coq détourna Une perle qu’il donna Au beau premier lapidaire : « Je la crois fine, ditil ; Mais le moindre grain de mil Serait bien mieux mon affaire. »
Jean de La Fontaine Fables, livre I
Extrait de la publication
À la mémoire de Robert Marjolin dont les écrits m’ont tant éclairée sur l’originalité de l’Europe communautaire
Introduction
« L’Europe » n’est pas en crise. « L’Europe » n’est pas en crise pour la simple raison que, ces dernières années, « l’Europe » au sens d’une communauté d’hommes soli daires n’a plus été faite. L’Union européenne, telle qu’elle se construit, n’est pas « l’Europe ». C’est au mieux une étape intermédiaire, un entredeux, au pis un ersatz. L’Europe a été détournée de son objet et, dans ce dévoie ment, la France porte une lourde responsabilité. Le coq a gaspillé la perle. La Communauté du charbon et de l’acier de 1950 et la Communauté économique européenne de 1957 sont nées d’une prise de conscience sans précédent : un intérêt commun, supérieur aux intérêts de chaque pays, lie entre eux les Européens. La méthode de coopération commu nautaire rompt ainsi délibérément avec la « raison d’État » des diplomates. C’est le sens de la phrase placée par Jean Monnet en exergue de ses Mémoires : « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes. » Les institutions communautaires reflètent la préémi nence donnée aux citoyens : un Parlement élu au suffrage universel direct décide au côté du Conseil où siègent les gouvernements. Les décisions se prennent à la majorité.
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Le Coq et la Perle
Une Cour suprême, la Cour de justice des Communautés européennes, assure, pardelà les frontières, le respect des règles communes. Sans être parfaite, la Communauté cons titue une entité authentiquement européenne, capable d’agir, et un embryon de démocratie. Depuis 1992, l’Union européenne est venue chapeauter la Communauté économique. Dans un cadre juridique unique, elle juxtapose, à côté de la coopération commu nautaire, une collaboration entre États en matière de poli tique étrangère, de sécurité et de justice. Les ambitions sont toujours « européennes », mais le jeu reste diplomatique ou, comme on dit dans le jargon, « intergouvernemental ». À cause du maintien de l’unanimité, l’action collective est souvent entravée par une minorité ; le Parlement, la Cour de justice, la Commission sont en retrait. Quant aux citoyens, dans ces matières, ils ne comptent guère. Cette organisation favorise les échanges de vues, permet quelques rapprochements et quelques initiatives conjointes. Les résultats restent toutefois en deçà des attentes. Aux yeux des tiers, elle ne fait pas émerger « l’Europe ». Ainsi, nos gouvernants ont détourné le concept d’Europe comme Zeus, dans la mythologie antique, a enlevé sur une plage la belle femme du même nom. Croyant de bonne foi que cette Union est européenne, l’opinion publique la juge à l’aune de cette prétention et, déçue, la rejette, sans voir en elle la contrefaçon. Galvaudé, le label « européen » a perdu de sa valeur. Au printemps 2005, la France et les PaysBas ont rejeté le Traité constitutionnel destiné à organiser la grande Europe. Une majorité d’États ont en revanche avalisé le
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