Le couchant de la vie

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Les histoires de fin de vie se multiplient, et heureusement, car le voisinage de la mort peut provoquer des sursauts de vie précieux pour celles et ceux qui veulent entendre. Opérée d'un cancer du sein en 1997, avec rechutes en 2000 et 2004, Michèle décrit son cheminement, du choc de l'annonce à ses périodes d'espoir, de doute, voire de désespoir. Nous la suivons dans ses diverses activités, sa vie au milieu de ses enfants, de ses petits-enfants et de ses groupes d'amis. Nous assistons à sa montée vers une foi profonde.
Publié le : vendredi 1 juin 2007
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EAN13 : 9782336264639
Nombre de pages : 170
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LE COUCHANT DE LA VIE
Journal d'une cancéreuse croyante et coriace

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la fonnation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "fonnation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en fonne et en sens.

Déjà parus
Volet: Histoire de vie Jacqueline OLIVIER-DEROY, Cœur d'enfance en Indochine, 2006. Jeannette FAVRE, En prison. Récits de vies, 2005. Françoise BONNE, A.N.P.E. MON AMOUR, 2006. Christian MONTEMONT et Katheline, Katheline, 2005. David JUSTET, Confessions d'un hooligan, 2005. Renée DANGER, Mon combat, leurs victoires, 2005. Danièle CEDRE, La porte-paroles. De Elles à... Elle, 2005. Guy-Joseph FELLER, Les carambars de la récré ! Une école de village en Pédagogie Freinet dans les années 60, 2005. Marie-Claire GRANGEPONTE, (sous la dir. de), Classes nouvelles et gai-savoir au féminin, 2004. Jean-Marie ALBERTINI, Mémoires infidèles d'une famille de Provence,2004. Jérémie MOREAU, Ma Mère, cette Utopie f, 2003 Ann VOISIN, Fabienne, Les négligences médicales sont-elles une fatalité?, 2003. Patrick MOLINA, L 'homme interdit, 2003. Jean-François CHOSSON, La mémoire apaisée, au long des routes de l'éducation populaire et de l'enseignement agricole, 1928-2001, 2002

Michèle

PEL TIER

LE COUCHANT DE LA VIE
Journal d'une cancéreuse croyante et coriace

Préface du Professeur Philippe Colombat

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03297-2 EAN : 9782296032972

Sommaire
PRÉFACE Première partie: Cancer et révolte 9 13 15 37 .5 65 67
83 105

Chapitre1 : Le soleildisparaît
Chapitre 2 : Une nouvelle vie s'organise

Chapitre3 : La rechute Deuxième partie: Croire malgré tout

Chapitre4 : L'aide de DÙ:u
Chapitre 5 : L'espoir renaît dans la doulewChapitre 6 : Reprise d'une vie quasi nonnale

Troisième

partie:

Les coriaces

résistent

mieux

123
125

Chapitre 7 : Accroche-toi bien aux branches

Chapitre8: Mourir du cancerou mourir de la chimio? Annexe

153 169

Toutes les photos proviennent

des Archives de Michèle Peltier.

PRÉFACE
La survenue d'un cancer est comme un cataclysme bouleversant brutalement la vie de celui ou celle qui est atteint, mais aussi la vie de ses proches. L'histoire de vie de Michèle Peltier décrit bien ce cheminement, elle a tout connu «la panique, la terreur, la rébellion, la colère, la rage, la solitude, le désespoir, le rejet de tout et de tous, les ténèbres ». Elle décrit aussi très bien sa quête de sens, bien sûr spirituel à travers la foi, mais aussi social par la modification de son rapport avec les autres, le ressourcement dans sa famille, la recherche de l'essentiel dans son rapport avec les autres, les moments de rencontre et de partage lors des gardes à la basilique Saint- Martin.
Mais cette histoire de vie est aussi un témoignage de l'imprévisibilité du cancer, telle cette rémission de septembre 2000 à fin 2003. Elle montre également toutes les erreurs de communication qui peuvent être faites avec un malade cancéreux, parfois par les médecins, souvent par les proches: le malade atteint

de cancer ne souhaite pas qu'on lui mente mais a besoin d'espoir, le malade atteint de cancer ne souhaite pas être plaint ou ignoré, mais souhaite exister. Merci à Michèle Peltier pour ce vibrant plein de sensibilité et d'espoir.
Professeur Philippe Colombat
Hématologue Président du groupe de riflexion sur l'accompagnement et les soins de support pour les patients oncologie. en hématologie et

témoignage

10

Le récit qui va suivre raconte les neuf dernières années de ma vie marquées par le cancer et ses récidives; en attendant, je suis toujours là! Ne dites pas: «Sujet éculé dont on a fait des dizaines de livres.» Aucune expérience n'est pareille, et celle-ci, avec ses hauts et ses bas, ses moments d'espoir et de désespoir, et sa durée dans le temps, nourrit un récit qui, j'espère, pourra aider certains à ne pas se laisser couler vers une mort inexorable, mais à se battre pour voir la vie avec des yeux complètement différents. ]' ai réécrit ce texte plusieurs fois. Mon premier récit est un journal intime écrit à chaud, pour conjurer le sort. C'est une sorte de psychanalyse. Dans cette dernière version je livre ce que je peux conscientiser de mon cheminement religieux (c'est tellement mystérieux), je le gardais en moi comme quelque chose de très privé. Finalement pourquoi ne pas le faire partager puisque c'est important pour moi?

qui me lisez, je voudrais d'abord poser une question très personnelle: vous êtes-vous posé la question: «Si j'avais un cancer, comment réagiraisje ?» Dites-vous que, quelles que soient les réactions que vous penseriez avoir, elles s'avèrent être totalement différentes quand on est soi-même concerné. Il y a une dizaine d'années je me disais: «si je suis touchée par le cancer, je ferai: ceci... cela...» Il n'en a rien été! En tout cas, dans mon cheminement, ma pugnacité m'a aidée et m'aide encore. Une personne rencontrée récemment, pas vue depuis un an, m'a demandé de mes nouvelles: elle a conclu par ces mots qui peuvent surprendre: «vous êtes coriace!» Je crois que cela me caractérise assez! Coriace, mais optimiste car «Dans chaque jour qui passe il y a un petit ou un grand rayon de soleil ».

A vous

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Première partie Cancer et révolte

Un jour de neige à Bourgueil. La vie est belle...

Chapitre 1 Le soleil disparaît
Le mois de mars 1997 a commencé par des températures printanières. Une amie de Bourgueil est venue passer la journée avec moi à Tours. Profitant du beau soleil, nous partons l'après-midi au jardin botanique au bout de la rue d'Entraigues où nous habitons. La nature commence à s'éveiller, les canards sur leur plan d'eau font des exercices de plongée, les poissons voraces nagent entre deux eaux, attendant les morceaux de pain que certaines personnes vont leur lancer. Les biquettes, les pintades, les poules naines et les lapins attendent dans leur petite ferme l'arrivée des enfants à la sortie de l'école, avec carottes, feuilles de salade ou de chou. Bref, c'est une belle journée où l'on se sent revivre. L'hiver est fini, la vie est belle, merci mon Dieu, le monde est beau, la nature s'éveille, que je suis heureuse. .. Le soir, de fort bonne humeur, je fais ma toilette avant de me coucher. Déshabillée, machinalement je

tâte mes seins: côté droit, rien à signaler. Sur le gauche je sens nettement une boule de plus d'un centimètre rouler sous mes doigts... «Non ce n'est pas possible, j'ai rêvé. À cmquanteneuf ans, je suis en pleine forme ». Je refais l'examen: la boule est toujours là. Je ne dis rien à mon mari. La nuit portant conseil, je lui avoue ma découverte le lendemain matin. - Ne reste pas comme ça, va voir le docteur.

- J'y vais.
Comment la vie bascule

Je quitte la maison à 9h. Vingt minutes de trajet, juste le temps de brasser dans ma tête des milliers d'idées: «Est-ce grave ?... Ce n'est peut-être rien ?... Qu'un kyste? Pas un cancer... Il est vrai que je n'ai jamais eu de mammographie! C'est peut-être un cancer... ». J'arrive chez le médecin sans m'en rendre compte; une bonne demi-heure d'attente, pour ruminer à nouveau; VIent mon tour. - Bonjour Madame Peltier, comment il avec un grand sourire.
- Docteur, gauche. je me suis s'efface: très sérieux trouvé « Nous et dit: une

allez-vous?
grosseur

dit-

au sem

Là, son sounre Il m'examine,

allons VOIr ça. »

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- Je prends tout de suite un rendez-vous pour une mammographie et une échographie, il faut savoir ce , que c est. - C'est peut-être un cancer?

- Les examens le diront. Je repars VIve. complètement paniquée, plus morte que

«Qu'est-ce que je fais? Je me jette sous une voiture? Non, ce n'est pas courageux et je risque de me rater, et puis je ne connais pas encore le

verdict.

»

«Est-ce que je vais à la basilique prier saint Martin? Depuis des années il m'aide dans mes prières. Non, aujourd'hui je suis seule avec mon problème, je ne demande d'aide à personne. Je suis à la fois dans un état second, et surexcitée comme une

puce.

»

Je rentre à la maison comme un automate, traversant le boulevard Béranger et la rue Giraudeau au radar me disant: «Ma Vieille, tu es foutue, il y a quatre ans c'était ta sœur Jacqueline qui partait d'un cancer généralisé, maintenant c'est toi. BoH! Tu as élevé tes trois enfants, ils ont bien réussi, personne ne te regrettera, ton mari y retrouvera sa liberté. Il y aura quelques larmes... et puis l'oubli. Nul n'est indispensable en ce bas monde, les cimetières sont pleins

de gens indispensables...

»

Je marche au rythme de cette petite phrase «Tu es foutue... Tu es foutue »... «Je vais peut-être mourir. »... J'arrive près de chez moi et oh! Humour... 17

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