Le manuscrit de Rose

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En accompagnant Rose jusqu'aux portes de la mort, sa petite-fille accomplit un voyage initiatique qui l'amène à construire sa propre personnalité en parallèle avec cette figure de référence. Peu à peu, les images du passé ressurgissent par bribes, en désordre. La narratrice déploie une énergie hors du commun pour trier, mettre en ordre ses souvenirs. Enfant gardienne de la mémoire, elle part à la recherche imaginaire de sa grand-mère. On suit la trajectoire de Rose, dont l'histoire personnelle croise les tourments de la grande histoire et révèle son caractère bien trempé.
Publié le : dimanche 1 février 2009
Lecture(s) : 256
EAN13 : 9782296220805
Nombre de pages : 191
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Le manuscrit

de Rose

Graveurs de mémoire
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Véronique I<lausner-Azoulay

Le manuscrit de Rose

L'

Htemattan

<9 L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique j 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.ft

ISBN: 978-2-296-07893-2 EAN : 9782296078932

Je remercie ma première lectrice Muriel Caillet-Turbillon; sans son aide précieuse et encourageante je n'aurais pas pu achever ce livre. Et aussi Nathalie M., Elsa C.
A ma famille, ma mère, ma tante, mon père, à Romane Jordan. A Marc. A mes enfants chéris, Jazz et llano et

A ma grand-mère....

RENDEZ-VOUS

Rendez-vous

Je n'avais jamais réalisé l'importance notion vague, qui me faisait souvent pressée et en retard. Je n'avais s'arrête. Jusqu'à que le temps

du temps. C'était une défaut. J'étais toujours ce ma

jamais le temps. Jusqu'à ce samedi qui bouleversa

vie. Ce jour-là, plus que les autres, il fallait faire vite, car le temps était compté. J'avais un rendez-vous. Un rendez-vous spécial. Très spécial. Pour conjurer le sort, je me préparais avec soin, choisissant méticuleusement contrastant avec les vêtements l'agitation que j'allais porter. intérieure qui Tous mes mon gestes étaient d'une lenteur et d'une précision inhabituelles, secouait

esprit. Je voulais être belle. Belle pour cacher mon désarroi, ma peur et mon angoisse. du médecin: respire rien à faire... sur ordonnance, « aujourd'hui mal, cela l'encombre. » Médicalement Dans ma tête résonnait Inutile d'insister. parlant, la phrase Elle j'enlève la perf et l'oxygène. cela s'appelle

Il n'y a plus la mort

planifiée, organisée. qu'attendre. Pour stopper

C'était sûr, il n'y avait plus rien à faire d'autre Attendre simplement. Seulement attendre. Ha ! Et si la terre pouvait le temps. Pour empêcher « La mort a rendez-vous et la mort l'attend! fredonnais s'arrêter de tourner? mon rendez-vous.

avec la vie. Mais la vie n'est pas là avec la vie... n'y est pas... La » Je

La mort a rendez-vous

vie est là, la vie est là, mais la mort cet air joyeux de Trenet

sans réfléchir,

juste pour

calmer cette angoisse qui me tenaillait le ventre. 11

La nuit prévenue. l'agonie aucune Pourtant,

risquait Comme prenait alternative,

d'être

longue,

je le savaIS, on m'avait pas les règles, la fuite, avec la vie, titillant Il n'y aurait aucune

un jeu dont on ne connaît son temps. Jouant

mort. Il fallait faire face, accepter. Bien sûr, je savais depuis Alors, je chantais, de gauche bonbon, cheveux, mots rôles partageais comme d'amour. s'étaient toujours

car le rendez-vous

fInal, fatal, était fIxé. que ce jour arriverait.

je refusais encore de croire à son imminence. faisant rouler les mots dans ma bouche, comme une douceur, comme un la vie. Pour me consoler, Trente-huit inversés, elle ans que je lui caressais les de mots doux, de je l'aimais, devenue mon que je Au fIl du temps, les bébé. à droite,

les joues, les mains, la berçant ses émotions, ses sensations. était

J'interprétais ses besoins, je me glissais dans son esprit, j'anticipais ses désirs. De là naissait la magie, l'osmose entre nous. Les mots ne servaient à rien, puisque nous étions faite un moi. branchées que nous en pilotage automatique. vivions créant un ensemble, monde C'est de ça qu'était une autour note, de

notre intimité. accord, Comment

Elle était mon chef d'orchestre, elle rajoutait d'harmonie

et à mesure

pouvait-elle

m'abandonner?

Je continuais à garder l'espoir, un espoir fou. Hélas, notre route allait s'interrompre. Entre nous venait s'interposer un intrus n'avait l'ignorions. Pourtant, comprendre vieille. J'étais éternellement. 12 à nous jeune. regarder, Le ce n'était ne pas pouvait diffIcile pas de qu'un jour cela nous briserait le cœur. Elle était miracle durer implacable: effleuré la mort. nos Jamais cette note impudique nous esprits. Inconsciemment,

La nuit s'était installée. comme fortune, mère complice, dormait ce moment d'intimité.

La maison A côté

était calme. Le silence ne venait perturber de ma léger

aucun bruit extérieur l'infIrmière. assoupies, Dans

du lit, sur un fauteuil les pièces voisines, l'air d'un pacte à notre emplissaient

et ma tante, Comme

ronflement. attachant suspendu l'horloge maintenant!

une insulte

d'amour,

j'étais là, debout, incapable sans retour, allongée accrochée », pensai-je.

de bouger, mon corps fIxé au sol, Le temps l'heure nurOlt. était sur « Pas le

mon regard à celle qui allait faire un long voyage dans son lit d'agonie. au-dessus du à un fù. Machinalement, je regardai

«Tu es immortelle.

Tu ne peux pas elle ne

me faire ça... A ton âge on ne meurt plus! » En réponse, souffle de la moribonde déchirant « Non! chacune macabre, compte perdue se fIt plus court. Un instant, enfantine, respira plus. Prise d'une panique le silence de la nuit. Non! Attends! Vite!)) reprit

je me mis à crier,

Ne me laisse pas! Au secours! Maman, Haletantes, hébétées, désespérées, ce spectacle du lit. Devant

Tat, venez vite...

sa place autour

une tristesse infInie se lisait dans nos yeux. son travail, le corps rejetait la vie. Le inégal, une bataille effacée, prit les le jusque-là, à rebours d'avance. était lancé, un match L'infltmière,

La mort commençait

choses en main. D'un geste habile et délicat, elle retourna corps presque et noires chair gestes, continua désarticulé. d'une la vide qui gisait dans le lit. Ses mains immenses à frictionner, parfaite. et résistait, palper, malaxer, Malgré de blanche se mirent peau

masser la des passa elle elle

blancheur

la précision pourtant,

ostensiblement

au jaune puis au gris. Obstinée

de pétrir le ventre de ce qui semblait être un pantin

13

C'était donc ça la réalité de la mort? L'insupportable réalité de la mort! Se vider? Vider l'air. Vider les excréments. Vider Lorsque devient la sève. Vider le corps transparente l'essence. comme Devenir une une coquille d'eau. vide. se vide et rejette la vie, la conscience goutte Légère, de de Et des parasites les facultés de la mort.

évanescente,

à la fois purifiée et débarrassée tout se mélange, l'indifférence un le vrai, le faux. Toutes devant s'échappe

la pensée. Plus rien n'existe, le réel, l'imaginaire, l'esprit dans d'images, du monde pouvoir mais vie. J'avais connaissais s'évanouissent l'espace infini de sentiments, l'arrêter,

le bien, le mal,

magma déconnecté

incohérent à jamais sans de la l'instant

de douleurs,

et de ses réalités.

Elle cristallise

telle une étoile filante au firmament pas appris. Je croyais

envie de crier, de hurler que ce n'était pas juste, en la vie. Je ne et exulter, de l'autre, impuissante, Elle me fit et me comme pas la mort. Voir l'être aimé souffrir dépossédée sentais

je n'avais

c'est un sacrifice auquel je ne pouvais résister Ainsi donc, le reflet de nos âmes était tari. Chacune attendant spectatrice L'infirmière parla la fin fatidique. Je me

d'un destin qui ne m'appartenait

déjà plus.

avait fait son job, en professionnelle.

signe, comme

pour me réveiller d'un état d'absence Dans ce chaos,

très lentement:

« C'est la fin. Elle a cinq de tension. que j'étais restée avait été happée le flot retenu

Rappelle ta mère et ta tante...)) hypnotisée, seule avec l'infirmière. par les souffrances yeux se remplirent trop longtemps

je ne m'étais pas rendu compte Toute mon attention

de ce corps exultant. Le choc passé, mes de larmes et, doucement,

noya mon visage défait. La dure réalité me

lacérait le cœur. La mort rattrape la vie. C'est une certitude!

14

Muettes, soumises penchai

perdues,

écrasées

de souffrance

et de tristesse,

à ce destin, nous étions là, toutes les trois réunies à A la droite de l'agonisante, je pris place. Je me vers elle. Je serrai son bras. Je caressai ses cheveux.

son chevet.

Je l'embrassai, respirai son odeur. Je lui dis que je l'aimais, qu'elle pouvait partir, que je ne l'oublierais jamais et que mon cœur lui appartenait. donné, Je la remerciai pour cet amour qu'elle m'avait Tout me puis, je me tournai surnaturel, l'éclairage, vers ma mère et l'infumière, la

ma tante pour les laisser à leur tour lui faire leurs adieux. paraissait détacher chambre, ma mère, ma tante. Inexorablement, tel un aimant, ni ôter je réalisai

je ne pouvais

mon regard de la mourante, de conscience,

ma main de son bras. Un instant

qu'il manquait mon cousin, la famille n'était pas au complet. ((Appelle Patn"ce! )), soufflai-je à ma tante. C'était trop tard. Une ombre l'esprit, l'injustice Dans pose insista sans venait de passer au-dessus doute, due à la fatigue, du lit. Divagation à la contrariété, de à

de perdre ceux qu'on aime. avait pris un aspect cireux, et la (( Laisse-la partir! )), dura plus longtemps. Je fermai les yeux, pris une grande voix blanche, je dis : « D'accord! Pars!

le lit, la moribonde respiratoire l'infirmière. et, d'une

inspiration

Tout va bien. Pars Mamie. Je t'aime tant. Pars. Va. Au revoir ma petite mamie, au revoi... )) Pour la première fois de nos vie, j'allais l'abandonner. vibrerait moment prendre fmi. d'intimité conscience Je ne l'escorterais et la douleur de l'absurdité plus. Notre tempo ne dernier me faisait La vie est plus en cadence. Je venais de vivre notre de cette perte de la situation.

courte. La mort une fatalité. La mort avait gagné. C'était fmi,

15

Son dernier

souffle

terrestre,

sa dernière

chaleur

humaine: sa

elle était morte. En l'accompagnant vers son dernier voyage, j'ai absorbé Elle était ma lumière. Machinalement, vie. Nous ne formions Elle était mon double. grand-mère. l'horloge. plus qu'un. Ainsi, elle restait vivante. Elle était ma je regardai

J'étais sa petite-fille.

Il était deux heures moins le quart. Je pris le livre Israël ». Une seconde après arrivèrent les en ne

de prières, posai mes mains sur ses yeux clos et, en pleurant, lus le «Shéma hommes. L'expérience la vie. J'avais peine. sommes de la mort venait de secouer mes certitudes mal, si mal. Mais les pleurs n'effacent de la fin nous rappelle que nous pas la

L'injustice

que de passage sur cette terre et que, pour sublimer la mort. En partant, Impalpable, incalculable, elle me léguait phénoménal Pour survivre à refaire le au les au temps, sont comme déposant

la vie, il faut connaître son plus bel héritage. héritage. à cette chemin manque feuilles s'envolent

Celui des souvenirs. tempête, parcouru, mortes,

Son dernier cadeau, je le porte

en moi. Dans le jardin secret de mes pensées. je me mis à trier, à classer, pour résister à l'oubli, Mais les souvenirs le présent,

et à l'absence.

faciles à ramasser

et diŒciles

à trier. Ils un tapis de

en rafales, balayant

de notes mélancoliques, l'enfance, l'amour, ils me l'amour

faisant vibrer les cordes sensibles de des douces jour, j'ai couleurs qu'un rencontré

mon passé. Tout en m'enveloppant rappellent

absolu. Ma plus belle histoire d'amour.

16

Cimetière

Les deux battants Une gueule amour. L'épreuve

de la porte cochère étaient grands ouverts. prête n'était à engloutir les restes de mon une pas fmie. Il restait encore

béante

étape, un dernier tour: Secrètement, métro,
((

le cimetière. La première ma grand-mère

fois que j'ai

mis les pieds au cimetière, nous avions,

j'avais neuf ans. C'était un jeudi. et moi, pris le Bagneux. A juste:

puis le bus, pour arriver au terminus: naÏves de l'époque,

mes interrogations Et, j'ai vu... Mon moi, retour, pourtant, maladie.

elle répondit

1) féras ! )) cru verras).
La surprise! y était en Israël, enterré. Rien d'extraordinaire, Sauf que, pour d'une longue s'y prêtait magistralement. en convalescence rassurante. grand-père l'endroit Chaque je recevais il vivait

mois, je lui envoyais une petite lettre et, en une carte postale Dans mon les questions s'emmêlaient: lsmé!, c'était donc chinois. Son mentir du fois son aux

esprit d'enfant,

Bagneux? Bagneux, c'était la mort! Et lsmé!, alors? Qui répondait à mes lettres? Pourquoi ce mystère? Un vrai casse-tête Par pudeur, expérience plutôt poids périple: saisi une du affranchie, anniversaires. Rose avait voulu me préserver du chagrin.

de la douleur était si forte qu'elle préférait Instinctivement, pour sa tristesse. de Kippour opportunité, mensonge deux Bagneux. A une ouverture, et partager la veille

que de me voir souffrir.

elle avait Une dans et

se libérer

fois par an, Rose m'entraînait on frottait 17 le granit.

Ensemble

On ramassait

les cailloux à poser sur les tombes. protecteur On priait. de la photo On et pleurait aux notre malS l'endroit orgueil, d'Henriette, huit ans pendant cimetière, «wurch» promenade, recueillement, Evidemment, fascinait. heureuse l'espace Par

On changeait sa fille morte En

le plastique à l'âge de sortant du au de secret. me trop notre des disparus.

la guerre. On respirait l'odeur et on riait aussi. C'était notre notre me jamais

au café du coin, on partageait cornichons. parenthèse, surtout m'effrayait, je n'y faisais promenade nous éloignait

un sandwich devenu moment premier terrorisait, allusion,

de faire partie du cercle des initiés. En vieillissant, accordé à cette se raréfiait. La peur Nous de mourir de nos morts.

inconsciente

n'y allions plus que pour Kippour. Inscrites au marathon cimetière, nous courrions dans les allées. Rapide visite des tombes. de quitter journée mortelles. différence, Allongée réfrigéré comme Rapides prières. Rapides salutations, trop pressées esprits La cet endroit mal famé, fuyant les mauvais aux portes

qui pourraient ..

nous surprendre

des ténèbres.

était fichue, nous nous rappelions allons ensemble

que nous étions au cimetière. seule. dans un sac à lui parler à jamais côte à La

Le jour est arrivé, nous

c'est que cette fois-ci je reviendrai sur le sol à ses côtés, jusqu'à emballée

la mise en bière, je continue Dans quelques

si elle était vivante.

Elle semble si petite, si maigre, heures, elle quittera nous sommes

toute dégonflée. son appartement.

Mais pour l'heure,

côte et je me colle à sa froideur. J'ai fermé les yeux, espérant Hélas! que ce n'était qu'un cauchemar.

18

Aucune

déclaration

dans les journaux,

ni à la télévision, porte.

ni à

la radio, pour annoncer Le cercueil avons par ma mère traversé

sa mort. Juste cette porte ouverte... Encadré Nous à par mon Bagneux cousin.

est passé à travers cette grande et ma tante. Escorté Paris, orphelins.

se profùe

l'horizon, tout a changé. Le café n'existe plus. D'autres immeubles remplacent les baraques des pompes funèbres. Rose n'est pas assise à mes côtés, mais étendue linceul. La cérémonie dernier transpire. vertigineuse rempart Mon Mon j'ai peur. des adieux nous attend. Je sais que c'est le avant la séparation corps défmitive. De nouveau, lâche. J'ai les jambes en coton. Je sang afflue dans mes tempes à une allure comme un métronome. Derrière prêtes à me soutenir, dans l'espace. Il dans son

et tambourine

moi, je sens des mains réconfortantes je résiste pour ne pas m'écrouler. sa voix m'observe. moindre enfantin
(( Mamilou. Ma plus belle hÙtoire d'amour, c'est

Le rabbin se met à chanter, résonne Incapable de sortir le

chaude

et puissante mon

Il attend griffonné

discours.

son de ma gorge, je fmis par lui tendre mon papier à la hâte. Il lit
toi! Alijourd'hui, je

t'accompagne, maÙ je ne conduirai pas jusqu'au

bout. Tu vas T{Joindre Ton man' Béniek.

ceux que tu as aimé avant moi. Ta jille Henriette. Tes parents.

Tes frères, tes sœurs et tous ceux qui sont morts dans les

camps. Pour la première joÙ de ma vie, nous allons être séparées à jamaÙ. Ta dernière demeure ne sera pas la mienne!

Je voulais te dire tant de choses, je n'ai plus de mots. Je t'ai regardé jusqu'au bout. j'ai remplie ma tête de toi. Je t'ai prise dans mes bras, pour me rappeler ta chaleur, ton odeur. Ma petite mamie chérie, ma petite mère, j'ai peur des jours qui vont suivre. Peur de ne plus te

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