Le Maréchal Grouchy 1766-1847

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Le maréchal Grouchy est un personnage controversé du Premier Empire. Au lendemain de Waterloo il devient le bouc émissaire tout trouvé de cette néfaste journée du 18 juin 1815. Pourtant Grouchy n'a pas trahi, il a joué de malchance. Il est un fait établi aujourd'hui que Grouchy n'était pas en mesure d'appuyer l'Empereur. Des campagnes de la Révolution aux plaines de Belgique, c'est un personnage valeureux à découvrir à la veille du bicentenaire de la Bataille de Waterloo. Lui, seul, ne pouvait empêcher ce désastre.
Publié le : mercredi 15 avril 2015
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EAN13 : 9782336375533
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Marc CORNETLeS’il est un personnage du Premier Empire controversé, c’est bien du
Maréchal Grouchy (1766 – 1847) qu’il s’agit. Au lendemain de Waterloo,
la France a voulu oublier le souvenir de cette néfaste journée car dans Maréchal la conscience collective il n’était pas possible que la Grande Armée, sa
brave armée ait pu perdre la face à ce point. Si l’Empereur a perdu ce
n’était pas de sa faute, mais forcément celle d’un autre, et Grouchy s’est Grouchytrouvé être le bouc émissaire tout trouvé. Ont été vite oubliés les hauts
faits d’armes de Friedland, de Wagram, le chef de l’escadron sacré, garde
rapprochée de l’Empereur dans les plaines de Russie. Soldat de caractère, 1766 – 1847il s’est voué corps et âme à l’Empire. Il était brave, brillant général de
cavalerie, excellent tacticien et surtout, qualité rare à l’époque, économe
du sang de ses hommes. Lors de sa retraite devant les troupes alliées La malédiction
du 19 au 21 juin 1815, il n’abandonnera pas un seul blessé à l’ennemi. de WaterlooDe son exil de Philadelphie, puis de sa retraite forcée sur ses terres de
Normandie, Grouchy ne cessera de justifer sa conduite du 18 juin 1815
face aux accusations et attaques injustifées de ses anciens compagnons
d’armes. Pourtant, Grouchy n’a pas trahi, il a joué de malchance. Les
preuves aujourd’hui ne manquent pas et il est un fait établi que Grouchy
n’était pas en mesure d’appuyer l’Empereur en cette fn d’après-midi du
18 juin. Au soir de Waterloo, Napoléon rétorquera à Ney qui reprochait à
Grouchy sa conduite : « je considère Grouchy comme un homme de coeur
et d’honneur, je ne permettrai pas qu’on l’attaque en ma présence ». Un
éloge rare dont beaucoup de maréchaux ne pourraient s’enorgueillir !
Des campagnes de la Révolution aux plaines de Belgique, vous
découvrirez un personnage valeureux, à qui il faut rendre justice à la
veille du bicentenaire de la bataille de Waterloo. Grouchy à lui seul, ne
pouvait empêcher le désastre du 18 juin 1815.
Passionné d’histoire, Marc Cornet s’est spécialisé dans l’étude du Premier Empire
et notamment des grands personnages militaires. Outre cette biographie du
er maréchal Grouchy, il est également pigiste au magazine Napoléon 1 ainsi qu’à
la Revue du Souvenir Napoléonien. Sous-ofcier de gendarmerie, il est issu de la
e e53 promotion de l’ESOAT d’AGEN et de la 15 promotion de l’ESOG du MANS. Il est
actuellement en poste en Ile de France.
Préface de Jean TULARD
Illustration de couverture : © RMN-Grand Palais
(Château de Versailles) / Gérard Blot
ISBN : 978-2-343-05922-8 9 782343 059228
30 €
Le Maréchal Grouchy
Marc CORNET
1766 – 1847
















































































Le Maréchal GROUCHY
1766 – 1847
La malédiction de Waterloo

Marc CORNET







LE MARECHAL GROUCHY
1766 – 1847
La malédiction de Waterloo





Préface de Jean TULARD







L’Harmattan



































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05922-8
EAN : 9782343059228

PREFACE


Qui ne connaît le vers fameux de Victor Hugo :
« Soudain joyeux, il dit : Grouchy ! C’était Blücher ! »

Grouchy est peut-être, à cause de ce vers, le maréchal de
Napoléon le plus célèbre. Des noms comme Mortier, Maison,
Moncey ou Pérignon ne disent plus rien. Murat est avant tout
roi de Naples et Ney survit dans les mémoires pour sa retraite
de Russie et sa fin tragique. Les autres sont des noms de
boulevards parisiens.

Dernier maréchal nommé par Napoléon, le 15 avril 1815,
Grouchy voit son nom associé au désastre de Waterloo.
Et Waterloo est la bataille la plus racontée, la plus analysée,
la plus filmée de toutes celles livrées par Napoléon. Hugo,
Stendhal, Chateaubriand, Byron, Thackeray l’ont évoquée.
Ce désastre qui dépasse Azincourt et Pavie, c’est à Grouchy
que l’on impute la responsabilité. Il est coupable de « la chute
des géants ».

Ses états de service que l’on trouvera évoqués dans ce livre
ne justifient pas l’accusation d’incapacité. Certes Grouchy n’a
pas fait la première campagne d’Italie, ni celle d’Egypte ; il ne
s’illustre ni à Austerlitz, ni à Iéna, mais est blessé à Eylau.
Après l’Espagne, il participe à la campagne de Russie et
commande pendant la retraite « le bataillon sacré ». Blessé à
deux reprises en 1814, il est l’un des premiers à rallier
Napoléon au retour de l’île d’Elbe. Il n’est pas indigne du bâton
de maréchal.

Coupable d’avoir fait perdre Napoléon à Waterloo ? Mais
d’autres, comme Soult, chef d’état-major peu fiable, ou Ney,
suicidaire dans ses charges, ne sont pas exempts de reproches.
Ni Napoléon lui-même, diminué, il est vrai.


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Bien sûr, il faut être prudent lorsqu’on lit les mémoires de
Grouchy : cinq gros volumes publiés par son descendant en
1873, ou les différentes réfutations de Thiers ou de Gourgaud.
Les historiens de la bataille se divisent sur le comportement de
Grouchy, tous rendant hommage à sa retraite.

Une mise au point sans préjugés s’imposait. La voici.

Jean TULARD
de l’académie des sciences morales
et politiques




























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AVANT-PROPOS

Dans son dictionnaire des maréchaux du premier empire,
Jacques Jourquin précise qu’il n’existe aucune biographie de
Grouchy, seulement quelques articles dans des revues. Deux
siècles plus tard, ce vide est enfin comblé et cet ouvrage est
sensé réhabiliter ce grand cavalier de l’Empire trop souvent
décrié et méconnu du grand public.

Aujourd’hui encore, dans l’esprit du commun des mortels, la
bataille de Waterloo a été perdue car Grouchy n’est pas arrivé
sur le champ de bataille en cette fin de journée du 18 juin 1815.
Trop longtemps la mémoire de Grouchy est restée entachée par
son absence ce jour fatidique et par sa fin de non-recevoir aux
pressantes demandes de «marcher au canon » formulées par le
général Gérard. Ces épisodes ont bien vite occulté sa
formidable participation aux grandes batailles de l’Empire,
telles Friedland, Prenzlow, Eylau. Pendant la campagne de
Russie en 1812, il commandera « l’escadron sacré », dernier
rempart de l’Empereur contre les cosaques. C’est dire la
confiance que lui témoignait le grand homme.

La vie du maréchal Emmanuel de Grouchy est remplie de
gloire et de nobles actions. Au lendemain de la défaite de
Waterloo, il ramènera en France son corps d’armée intact en
veillant tout particulièrement à ce que pas un de ses hommes
blessés ne tombe aux mains de l’ennemi.

Au fil de sa lecture, le lecteur découvrira un personnage
attachant, élevé avec les idées du siècle des lumières. Dans sa
jeunesse, il a côtoyé Concordet, homme politique et philosophe
qui fut l’époux de sa sœur aînée Sophie. En 1796, sa sœur
cadette épousa à son tour un autre philosophe en la personne de
Cabanis. C’est donc avec enthousiasme que le futur maréchal
adhère aux idées nouvelles prônées par la révolution. Cette
révolution, qui pourtant, s’en prendra à lui ainsi qu’à sa famille.

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Toute sa vie il devra se défendre des attaques injustes, lui qui
s’est donné corps et âme à sa patrie.

Grouchy n’a jamais caché sa liberté de pensée. A son retour
de l’île d’Elbe, lorsque l’Empereur le reçoit aux Tuileries le 20
mars 1815, il ne se gêne pas pour dire tout le mal qu’il pense de
cette prise de pouvoir à la hussarde. Napoléon ne lui en tient pas
rigueur et le réintègre dans ses fonctions de divisionnaire.

Qui connaît les véritables actions qu’à menées Grouchy tout
au long de sa carrière militaire ? Divisionnaire de talent, meneur
d’hommes, il saura aussi user de diplomatie comme en mai
1815, lorsque Napoléon le chargera de l’arrestation du duc
d’Angoulême. Cette mission sera menée avec une telle
efficacité qu’il en sera récompensé par son bâton de maréchal.
Son retour d’exil en 1820 sera lui aussi douloureux, car il ne
cessera pas dès lors, de se justifier aux attaques de ses anciens
compagnons d’armes.

Ney, qui pourtant, n’a pas eu une attitude très glorieuse en
1814 et qui le jour de Waterloo, a commis bien des erreurs qui
ont contribué au désastre de cette funeste journée (pensons à la
charge de la cavalerie, aussi courageuse qu’inutile), a fait
l’objet de bien des ouvrages et non Grouchy. Pourquoi un tel
oubli ? Toujours cette absence au moment opportun à Waterloo.
Et pourtant ! Cette absence est explicable et, somme toute,
logique. Napoléon l’a d’ailleurs reconnu à Sainte Hélène, lors
de ses longues discussions avec Las Cases. Il dira de Grouchy :
« Non, Grouchy n’a pas trahi, il a juste manqué de
discernement ».
Cette injustice est aujourd’hui réparée. Puisse cet ouvrage
donner au lecteur une image nouvelle de ce grand homme, l’un
des plus grands cavaliers de l’Empire au même titre que
Lasalle, Marulaz, Espagne et bien d’autres. Grouchy a mérité sa
place au panthéon des grands soldats.

Je tiens à remercier particulièrement monsieur Jean
TULARD, qui m’a formidablement aidé de ses précieux

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conseils. J’espère, avec cet ouvrage, lui donner satisfaction et
surtout réussir à réhabiliter le marquis et maréchal Emmanuel
de Grouchy.




































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CHAPITRE 1



La jeunesse

La famille Grouchy remonte à plusieurs siècles. Aussi loin
que nous soyons remontés dans le temps, le nom de Grouchy
èmen’apparaît que vers le milieu du XI siècle (1056), lors de la
première croisade où Robert et Henry de Grouchy étaient
compagnons d’armes du Roy à la croisade de St Louis.

La famille est originaire du pays de Normandie, du pays de
Caux plus précisément. Il s’agit d’une famille très pieuse, qui
dote l’abbaye St Victor de fortes sommes d’argent. C’est aussi
une famille de militaires car presque tous les Grouchy ont servi
leur patrie dans les armées de terre ou de mer.

Vers 1435, Jean de Grouchy, sire de Monteroliers, premier
du nom, accompagné de 104 habitants de Harfleur en pays de
CAUX, rejette à la mer l’envahisseur anglais, mais ce combat
lui coûte la vie. Pour perpétuer cet acte héroïque, le Maréchal
Emmanuel de Grouchy constitua une rente en faveur des
pauvres de la ville d’Harfleur et aujourd’hui encore, sa famille
perpétue cette tradition.

èmeJean de Grouchy, 3 du nom, est compagnon d’armes de
er
François 1 et quand ce dernier est fait prisonnier à la bataille
de Pavie en 1525, il contribue à la rançon nécessaire à la
libération de son souverain.

François de Grouchy, page de Charles IX, capitaine de
cavalerie du Duc d’Alençon, frère d’Henry IV, rassemble la
noblesse du pays de Caux et sous sa bannière, il livre la bataille
d’Arques où il, se distingue et s’attire les mérites du Roi.

Le Grand-père d’Emmanuel de Grouchy qui fait l’objet de
cet ouvrage, est marin et accède au grade de Capitaine de

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Vaisseau. Sous les ordres de Ducasse, il participe au combat de
Ste Marthe où 4 vaisseaux français sont aux prises avec 8
vaisseaux anglais. Par son action dans cette bataille, Grouchy
contribue au succès des armes françaises et Ducasse voua à
partir de cet instant une grande estime pour Grouchy.

Le père de Grouchy a été page de Louis XV mais l’on sait
très peu de chose sur lui.
Emmanuel de Grouchy, notre Maréchal est né le 23 octobre
1766 à Paris. Il fut le père de deux divisionnaires de cavalerie
dont Alphonse qui participa à de nombreuses batailles de
l’empire et Victor.
Nous savons peu de chose de l’enfance de Grouchy. Elle est
très certainement celle de tout enfant noble de cette époque.
Education de l’esprit et du corps comme il sied à tout jeune
homme de bonne condition.

Le 31 mars 1780, il intègre l’école d’Artillerie de
Strasbourg, arme scientifique et noble. Le 14 mars 1781, à
l’âge d’à peine 15 ans, il est nommé lieutenant d’Artillerie avec
effet rétroactif au 23 octobre 1780, jour de son anniversaire. Le
24 août 1781, il est nommé Lieutenant en Second au régiment
d’artillerie de Franche-Comté où il exercera pendant un peu
moins d’un an.

Mais cette arme ne semble guère attirer le jeune Grouchy.
Quelques mois plus tard, il obtient une sous-lieutenance en
èmepied, sans appointements au 3 régiment de chevau-légers. De
cette date, il ne quittera plus ou pour une courte période la
cavalerie.

A 18 ans, le 28 octobre 1784, il est Capitaine au
RoyalEtranger de cavalerie et le 25 décembre 1786, il est nommé
Lieutenant-Colonel à la Compagnie Ecossaise des gardes du
Corps du Roi.


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C’est au cours de cette affectation qu’il a l’occasion de
côtoyer Louis XVI, à la chasse pour être plus précis, chasse à
laquelle il fut invité par le Duc de Coigny.

Il est âgé de 24 ans lorsque la révolution éclate. Il adopte
aussitôt avec enthousiasme les idées nouvelles mais son emploi
dans un corps de la maison du roi le met mal à l’aise et le fait
montrer du doigt. Il demande donc à rentrer dans la ligne. Au
sein de son régiment, il est affecté à la compagnie des gardes,
qui est en quelque sorte une compagnie d’élite composée
essentiellement de nobles issus des plus grandes familles de
France. Cela indispose Grouchy, non pas qu’il répugne à servir
avec des camarades de son rang, mais son adhésion à la
Révolution le fait mettre à l’écart. Plutôt que de subir sans cesse
les brimades et les railleries de ses camarades, il choisit de
servir dans un régiment ordinaire et c’est ainsi qu‘il rejoint son
èmenouveau corps, le 12 chasseurs, dont l’Etat-Major séjourne à
Lunéville. A cette époque, l’ensemble de la frontière de l’Est
est sous les ordres du marquis de La Fayette. Le 18 décembre
ème1791, il est nommé Lieutenant-Colonel au 12 chasseurs à
cheval, qu’il commande en remplacement de Menou.

Nous pouvons dire que la vie politique et militaire de
Grouchy commence à cette date. D’ores et déjà imprégné des
idées nouvelles de cette époque, il se heurte rapidement à la
majorité des officiers, qui, pour la plupart, pour ne pas dire tous,
sont issus de la noblesse. Cette majorité de ci-devant repousse,
on le comprend, avec horreur ces mêmes idées qui enchantent
notre futur Maréchal.

La révolution est en marche et l’armée connaît une période
difficile en ce sens qu’un grand nombre d’officiers déserte. En
effet, dans tous les grades élevés elle n’est composée que par la
haute noblesse et il ne se passe pas un jour sans que des
officiers ne passent à l’ennemi. Ils entraînent avec eux des
sousofficiers voire de simples soldats qui partent avec armes et
èmebagages. Les cavaliers du 12 chasseurs où sert Grouchy ne
font pas exception à la règle et il assiste impuissant à cette

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hémorragie, lui qui, pourtant de vielle noblesse, a embrassé les
idées révolutionnaires.

Il décide donc de lutter pour les idées nouvelles et manifeste
alors une ardeur hors du commun pour se montrer bon
révolutionnaire. Un incident va lui donner l’occasion de
montrer son zèle à la révolution. Apprenant la tentative de
désertion prochaine d’une compagnie toute entière de son
régiment, il s’arrange avec M. de LA FAYETTE pour que son
régiment reçoive l’ordre d’être rapatrié sur Montmedy. Grouchy
mène ses escadrons (dont le supposé rebelle) jusqu’à
Neufchâteau où il arrive le 29 décembre 1791 sans avoir perdu
un seul homme. C’est en cette ville qu’il reçoit la nouvelle de sa
èmenomination au grade de Colonel et est affecté au 2 dragons.
M. de La Fayette, n’était certes pas étranger à cette nomination
mais Grouchy, aurait lui, souhaité prendre le commandement en
èmetitre du 12 chasseurs à cheval, et c’est en vain qu’il tenta des
démarches en ce sens.

Il rejoint donc son nouveau corps à Verdun en mars 1792 et
le quitte en juillet de cette même année pour prendre le
èmecommandement du 6 hussards. Deux mois plus tard, le 07
septembre 1792, il est nommé Maréchal de camp par le conseil
exécutif provisoire.

Le 10 août 1793 le sort de la famille royale étant scellé, les
désertions des officiers de haut rang s’amplifient. C’est
l’opportunité pour GROUCHY d’accéder à de hautes fonctions,
le pouvoir d’alors étant trop heureux d’avoir à compter sur des
hommes comme lui, ayant 12 ans de service actif et une solide
instruction militaire. La pénurie d’officiers est telle que l’on est
obligé de nommer à la tête des troupes de simples
sousofficiers. Grouchy est patriote, dévoué à sa patrie et surtout
homme de devoir, ayant reçu, comme on l’a dit, une solide
instruction militaire ainsi qu’une éducation soignée. C’est ainsi
que Grouchy est envoyé à l’armée du midi alors sous les ordres
de Montesquiou, puis à l’armée des Alpes sous les ordres de
Kellermann père, le futur Maréchal.

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Grouchy est un homme avisé. Il jauge dès le premier instant
la situation de l’armée du midi dont il juge sévèrement son chef.
Il en rédigera d’ailleurs ne note qu’il adressera à la Convention
Nationale. Il trouve Montesquiou, plus occupé à flatter
l’opinion publique, à se faire bien voir des représentants de la
Convention, que de bien s’occuper de son armée. Il est plus
politique que militaire et ce n’est pas là la place d’un tel
homme. Selon Grouchy, il ne réunit aucun des talents d’un bon
général et des opérations militaires de cette époque menées sous
la direction de cet homme, il n’en est résulté que des succès
sans lendemain. Dans sa lettre à la Convention, Grouchy
préconise un plan de bataille pour la prise du Piémont,
démontrant par la même de réelles dispositions à l’art de la
guerre. Il attire l’attention du pouvoir en place, sur la disette des
officiers à la tête de plusieurs régiments, se soucie de l’état de
total dénuement dans lequel se trouve la troupe, réclame des
vêtements, du ravitaillement de toute sorte, bref tout ce qui est
nécessaire à toute troupe en campagne, qui plus est dans les
rudes conditions climatiques des Alpes. Il critique sévèrement
les dépenses inconsidérées de son général ainsi que les mauvais
marchés passés avec des négociants peu scrupuleux.

Grouchy est cultivé, son origine de ci-devant n’étant pas
étrangère à cela. Dans un rapport à la Convention il fait
référence aux campagnes de Berwick, Maréchal de France en
1706, qui s’illustra par sa façon de mener les batailles et
notamment en Espagne en 1707. La révolution est à la
recherche de nouveaux territoires, et c’est donc tout
naturellement que Grouchy n’hésite pas à remettre en question
la rétrocession par la France royaliste des vallées de l’Exiles et
de Fénestrelle, naguère Françaises, en échange de celle de
Barcelonnette.

C’est à cette époque que commence la calomnie dont
Grouchy ne parviendra jamais à se défaire. On répand à l’armée
des Alpes que Grouchy est un émigré du commencement de la
révolution. Il doit se défendre en écrivant aux représentants du

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peuple aux armées et réitère dans sa lettre son amour de la
patrie et de la liberté. On sent toute l’amertume de celui qui
s’est dévoué corps et âme à son pays et qui a été profondément
meurtri par les attaques injustifiées de quelques envieux ou
jaloux.

De ces premières années de carrière, nous retiendrons une
position nette, prise dès le début de la révolution, un goût avéré
pour les idées nouvelles, ce qui le met en désaccord avec bon
nombre d’officiers nobles encore dans les rangs de l’armée.





























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CHAPITRE 2



La guerre de Vendée

En mars 1793, des troubles précurseurs de la guerre civile en
Vendée apparaissent et il est à craindre que ne débarquent en
force, nombre d’émigrés protégés par la flotte anglaise. Le
comité de salut public, organise à la hâte l’armée dite des
« côtes de Brest ». C’est en ces circonstances que Grouchy,
alors en repos dans sa famille en Normandie, est rappelé à
meservir sous les armes au sein de la 147 division territoriale
dont l’état-major se trouve à Rouen. Dès la réception de son
ordre de route, Le 11 mars 1793, il se met sous les ordres du
général la Bourdonnaye qui, sans le recevoir, l’envoie au Havre,
afin d’organiser sans tarder la surveillance des côtes du
département de la Somme. Pendant ce temps, la Bourdonnaye
installe son quartier général à Rennes.

La levée en masse de 300.000 hommes a mis le feu aux
poudres en Bretagne et en Vendée et l’insurrection en ces
contrées a pris une ampleur considérable. Bien que divisée,
commandée par plusieurs chefs tels que Cathelineaux et
Stofflet, l’armée vendéenne ou insurrectionnelle donne
quelques soucis à l’armée Républicaine qui commence à
essuyer ses premiers revers, suivis quelque temps plus tard par
la défaite de Fontenay. Heureusement pour la République
naissante, les Vendéens semblent se contenter de ces coups de
boutoirs et ils arrêtent là leur avancée, ce qui plus tard, causera
leur perte.

C’est dans ces circonstances que Grouchy arrive à l’armée
pendant que les représentants du peuple en mission aux armées
activent quatre corps de 10.000 hommes chacun, dans le but de
soumettre cette Vendée rebelle une fois pour toute.


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La présence aux armées de Grouchy est troublée par une
lettre de sa mère l’avisant qu’il est accusé de se cacher dans sa
famille plutôt que d’être à son poste. L’envoi d’un certificat de
présence à son père, qui le rendra public, calmera, pour quelque
temps du moins, les ardeurs des calomniateurs. Encore une fois,
ses origines ne cesseront d’apporter de l’ombre à Grouchy et de
le soumettre aux plus absurdes calomnies.
Mais le poste de commandant de la place du Havre n’est pas
pour Grouchy qui aspire à un commandement plus actif.
Grouchy est cavalier dans l’âme et ce poste de « gendarme »
des côtes n’est pas pour lui convenir. Il est à cette époque
remarqué par le général Wimpfflen qui le réclame à la
Convention pour occuper un poste dans les troupes à cheval.

Après quelques succès début juin 1793, l’armée vendéenne
subit ses premiers échecs les 28 et 29 juin devant Nantes,
défaites à mettre à la gloire des généraux Canclaux et Beysser.
Canclaux est l’un des rares chefs capable dans cette armée de
l’Ouest et c’est tout naturellement qu’il est mis à sa tête.
Canclaux s’entoure d’officiers compétents et confie à Grouchy,
qu’il connaît de réputation, le commandement de l’avant-garde
de son armée. Bien qu’ayant montré toutes les garanties de
patriotisme nécessaires, Grouchy est encore montré du doigt
parce que d’origine noble. C’est alors qu’il est remarqué par un
dénommé Cavaignac représentant du peuple aux armées qui le
prendra en estime. Il n’hésitera pas à dire à la convention tout le
bien qu’il pense de ce général.

En juillet 1793, Grouchy est au camp d’Ancenis avec 4.000
hommes sous ses ordres. A cette date l’armée de l’Ouest
compte environ 10.000 hommes, 4.000 sont avec Canclaux à
Nantes et 2.000 sont à Rennes.

Les actions guerrières sont peu nombreuses et chaque camp
se contente de tirer quelques biscaïens ou boulets, comme pour
mieux affirmer sa présence sur la rive de la Loire qu’il occupe.
Dans sa correspondance qu’il entretient avec son père, Grouchy
parle de ces escarmouches et s’inquiète de la rare impéritie avec

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laquelle se fait cette guerre. Il se plaint de la mauvaise qualité
des troupes que la Convention met à sa disposition, de leur
division en multiples corps, laissant ainsi aux Vendéens le loisir
de les écraser par des forces cinq fois plus nombreuses.

Grouchy est position à Ancenis, clef du dispositif de cette
armée. Cette ville commande les portes du département du
Maine et surtout de la Bretagne, qui n’attend qu’un signe des
Vendéens pour fondre sur la maigre armée républicaine, qui est
dépourvue de tout. Les hommes sont mal équipés, mal habillés
et surtout mal nourris. Grouchy a parfaitement analysé la
situation et il craint pour le devenir des troupes stationnées à
Tours et Angers. Il s’en ouvre à Cavaignac, qui le soutient mais
qui ne peux rien faire sans l’appui des autres représentants aux
armées, placés justement à Tours et Angers qui ne semblent pas
s’inquiéter de la situation précaire de leurs armées tant il est
vrai qu’en cette période troublée, la disette est de rigueur.
Même Grouchy n’a qu’un seul cheval et que peu d’argent. Il
mande à son père de lui faire parvenir quelques assignats aux
fins de faire face à ses dépenses quotidiennes.

Au cours de l’été 1793, les armées républicaines et
vendéennes se battent à coups d’escarmouches et aucune action
d’éclat ne fait prendre l’avantage à l’une ou l’autre partie.
Devant l’inaction et la lassitude nées des calomnies et des
dénonciations injurieuses envers les nobles, l’impuissance des
représentants du peuple à circoncire de telles délations,
Grouchy démissionne de son poste de commandant de l’armée
d’Ancenis. Sa démission est refusée et au lieu de lui être
préjudiciable, son attitude le fait remarquer par Canclaux qui lui
demande un rapport sur ses observations et son avis sur l’armée.
Ses vues sur l’état et la position de « l’armée de Brest » sont
objectives et tranchantes. Il ne cherche pas à plaire aux
représentants du peuple, il dénonce une vérité que beaucoup
d’entre eux ne veulent pas voir. La situation de cette armée est
tout simplement catastrophique. Elle l’est par l’état de total
dénuement dans lequel se trouve la troupe et surtout par son
morcellement en une multitude de petites unités. Grouchy

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termine son rapport en proposant un plan audacieux, tout à fait
dirions-nous, dans l’air du temps, faisant appel au patriotisme
des Républicains fatigués par cette longue et affligeante guerre
civile.

Canclaux n’est pas insensible au plan proposé par Grouchy.
Non seulement notre général parvient à dégager des effectifs
des garnisons clefs telles que Nantes et Ancenis, mais il
renforce des villes comme Niort et Poitiers. Il demande à ce
que l’armée de Mayence se joigne à celle de Brest et, pourvu de
telles forces, il entre dans les départements rebelles, les
désarmant au fur et à mesure de sa progression. Les habitants
des contrées traversées, las de cette guerre, sonnent le tocsin et
se joignent aux troupes régulières aidant ainsi à chasser, l’armée
rebelle. Ce plan audacieux est en partie adopté par Canclaux
qui effectivement appelle à lui la garnison de Mayence.
Grouchy se voit confier le commandement en titre des troupes
du camp d’Ancenis en remplacement du général Desdorides.
Pendant que Canclaux débat des futures opérations avec les
représentants du peuple à Saumur, Grouchy se voit confier en
plus le commandement par intérim de l’armée des « côtes de
Brest ».

Le 05 septembre 1793, les Vendéens ayant appris que les
Républicains vont être renforcés par l’arrivée prochaine du
renfort non négligeable qu’est la garnison de Mayence, ils
tentent un coup de force en attaquant le camp des Naudières
près de Nantes. Repoussés par un feu nourri, les Vendéens
portent alors leurs efforts sur le camp des Sorinières, au sud de
Nantes. Grouchy se met alors à la tête de deux bataillons,
essentiellement composés d’environ 1.200 grenadiers ainsi que
des chasseurs de Charente et d’Ille-et-Vilaine. Il se transporte
en toute hâte au secours du camp mais en chemin il se heurte à
une colonne ennemie forte de 8 à 10.000 hommes. L’affaire
s’engage mal et les troupes de Grouchy commencent à paniquer
et perdent peu à peu du terrain. Bien que blessé au cours du
combat, Grouchy met pied à terre et l’épée à la main, il
galvanise ses troupes. A la tête de ses hommes, il culbute

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l’ennemi, puis le pousse dans des retranchements desquels il
parvient à les déloger avant de les mettre en fuite. Cette
contreattaque de Grouchy permet à l’avant-garde de l’armée de
Mayence d’entrer sans encombre dans Nantes le soir même. Les
représentants du peuple sont enthousiastes et ne tarissent pas
d’éloge sur cette armée des « côtes de Brest » et de son chef
Canclaux, habilement secondé par Grouchy. Ces mêmes
représentants entrevoient une victoire rapide, qui selon eux
devrait être acquise sous 15 jours.

Mais cet enthousiasme est de courte durée pour Grouchy qui
vient d’apprendre une bien mauvaise nouvelle. En effet, la
Convention a adopté une mesure qui tend à expulser des armées
les officiers d’origine noble. Grouchy ne fait pas exception à
cette règle et le 05 septembre 1793, le jour même du glorieux
combat remporté par les armées républicaines auquel Grouchy
n’est pas étranger, un décret de la convention est rendu, par
lequel les « ci-devant » sont exclus des armées de la
République. Inquiet, il écrit aussitôt aux représentants du peuple
une lettre dans laquelle il réaffirme ses convictions
révolutionnaires. Il s’offusque qu’un tel décret ait pu voir le
jour et fait très justement remarquer que l’article 7 dudit décret
excepte de cette mesure les militaires qui ont été blessés au
combat. Or, lui, Emmanuel de Grouchy a été blessé au combat
du camp des Sorinières. Il demande donc aux citoyens
représentants, l’autorisation de conserver son commandement et
réaffirme son patriotisme et demande une rapide décision
concernant les officiers dans son cas. Il écrit : « plus que tout le
reste, la marche de l’armée me la fait vivement et promptement
désirer ».

Dans les jours qui suivent l’envoi de cette lettre, il n’est plus
question de cette affaire et il semble que cette décision soit
restée sans lendemain, du moins, Grouchy le croit-il.
L’occupation principale de la Convention est plutôt à la reprise
des départements rebelles. Aussi, la Convention ferme-t-elle les
yeux sur la présence dans son armée d’officiers tels que

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Grouchy, officier de valeur qui rappelons le, se font rares à cette
époque.

L’arrivée de l’armée de Mayence apporte un sang neuf à
cette armée des « côtes de Brest ». Un plan d’attaque est
aussitôt adopté. Nantes est une place importante, tant comme
ville de dépôt, comme ville de population et comme port de
mer. Aussi est-il nécessaire d’y laisser une forte garnison avec à
sa tête un homme sur qui compter. C’est tout naturellement que
Grouchy est nommé à la tête de la garnison de Nantes pendant
que le général Beysser dirigera la colonne de droite forte de
6.000 hommes et le général Kléber celle de gauche avec
l’armée de Mayence et l’avant-garde, soit environ 7.000
hommes.

Si le plan arrêté par Canclaux (en partie inspiré par le
rapport de Grouchy), avait été exécuté, celui-ci aurait été assuré
du succès, Kléber et Beysser étant deux généraux de qualité.
Malheureusement, l’armée des « côtes de Brest », côtoie
l’armée des « côtes de La Rochelle » qui est commandée par
l’incapable Rossignol. Incluse dans l’offensive arrêtée par
Canclaux, cette armée doit participer de concert avec l’avancée
des généraux Kléber et Beysser. L’attaque déclenchée,
Rossignol n’en fait qu’à sa tête et change le plan arrêté en
commun. Il donne sans cesse des ordres contradictoires à ses
subordonnés et se voit contraint d’ordonner la retraite, alors que
de leurs côtés, Kléber et Beysser, bousculent l’armée rebelle.
Avisé de cette retraite inopinée, Canclaux interrompt son
avancée et positionne ses troupes derrière la Sèvre qu’il utilise
comme ligne de défense.

L’offensive va de malchance en malchance. Kléber est
blessé le 19 septembre à Torfou et Beysser le 21 septembre à
Tiffauges. Privée de son chef, l’aile gauche de l’armée
républicaine est en pleine déroute. Canclaux, ordonne donc le
repli sur Nantes non sans avoir encore une fois, appelé Grouchy
à la rescousse. Celui-ci obéit immédiatement, prend les mesures
nécessaires et se porte en avant pour rallier son général en chef.

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Canclaux et son armée, arrivent sans encombre à Nantes le 23
septembre. Derechef, il commande à Grouchy un rapport sur la
suite des opérations à envisager contre les rebelles. Grouchy
s’exécute et dès le lendemain, il rend son rapport dans lequel il
conseille à Canclaux de rester sur Nantes et de s’en servir
comme camp de base aux opérations qui vont suivre. Il
conseille de faire exécuter, sur une distance d’une journée de
marche, des incursions en avant des positions et en plein pays
rebelle. Ces incursions auront pour but de faire refluer sur
Nantes, les subsistances de toute sorte, de brûler tout ce qui
pourrait servir de repaire à l’ennemi. Cette bataille de la terre
brûlée une fois réalisée, Grouchy préconise de faire passer
l’armée sur la rive gauche de la Loire, armée qui serait suivi par
des ponts de bateaux, qui assureraient en permanence
l’approvisionnement nécessaire à toute l’armée en campagne.
Ces ponts permettraient également de repasser rapidement sur
la rive droite de la Loire en cas de retraite inopinée.

Grouchy a en tête d’isoler les Vendéens de leurs compères
bretons.

Il est indispensable de finir cette guerre qui met à mal la
jeune République et Canclaux, enthousiaste à la lecture de ce
plan décide de le mettre immédiatement à exécution. Canclaux
reprend l’offensive, s’empare de Clisson et met en fuite une
cinquantaine de rebelles qui occupent cet avant-poste et établit
en cette ville son quartier général. De là, il écrit à Grouchy resté
en réserve à Nantes, de lui envoyer des renforts et de veiller à
l’ordre et à la discipline des armées restées en arrière de la ligne
des combats, marque de reconnaissance du Général en chef à
son subordonné. Ses arrières assurés, Canclaux se décide à se
porter en avant. Pour veiller au bon approvisionnement de son
armée, il charge Grouchy de faire partir de Nantes le maximum
de vivres, de constituer un convoi et de le faire escorter par une
forte colonne que Canclaux préconise être de 12 à 15.000
hommes. Grouchy s’acquitte de sa tâche en liaison avec le
commissaire ordonnateur Dujard et la colonne se met en marche
le 30 septembre 1793 pour arriver à destination le 2 octobre

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sans encombre. Malheureusement pour Canclaux et Grouchy,
ils reçoivent leurs lettres de rappel. Tous deux sont destitués par
Bouchotte, ministre de la guerre, sous le vain prétexte qu’ils
sont d’origine noble. Cette décision est rendue le 30 septembre
1793, date à laquelle Grouchy met en marche la colonne
destinée à renforcer l’armée de Canclaux.

Apprenant la mesure prise à son encontre Grouchy écrit une
lettre au représentant du peuple à Nantes : « Le décret du 5
septembre semble m’interdire de combattre plus longtemps
pour ma patrie ; une circonstance me laisse cependant espérer
encore de demeurer à un poste ou je me trouvais heureux d’être
placé : la blessure que j’ai reçue en combattant les brigands ne
me donne-t-elle pas le droit d’une exception, qui
n’augmenterait pas mon dévouement, que rien ne saurait
accroître, mais qui comblerait mes vœux ? C’est avec confiance
que je m’adresse à vous, quoique vous m’ayez peu connu ; vous
avez pu lire dans mon âme et juger les sentiments qu’elle
renferme. Je ne vous écris point moi-même, ma blessure ne me
permettant qu’avec peine de me servir de mon bras ».

Juste avant de quitter son commandement, Canclaux enlève
la ville de Tiffauges, infligeant à l’ennemi de lourdes pertes et
lui prenant deux pièces de canons avec leur équipement.

Voici donc que Grouchy est destitué au nom d’une
prétendue égalité, fraternité, d’une passion populaire
supplantant le bon sens et surtout au nom d’une liberté qui, en
ces temps troublés, n’a de joli que sa définition. Grouchy se plie
donc à la décision de la Convention Nationale et sa déception
est juste adoucie par une lettre reçue du ministre de la guerre
qui exempte Grouchy de rester à plus de 20 lieues des frontières
et de la ville de Paris, cela étant dû à sa blessure reçue au bras
au combat du camp de la Sorinières le 5 septembre. Les
représentants du peuple à l’armée des côtes de Brest, qui savent
eux, les services rendus par ces généraux ne prennent pas la
défense de Canclaux et de Grouchy. Tout juste, adressent-ils
une lettre à la convention, lettre dans laquelle ils certifient que

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les dénommés ci-dessus ont loyalement servi la République
avec courage et valeur. Canclaux, Tilly, Grouchy et Peyre
suspendus, l’armée est sans chef, les remplaçants n’étant point
encore arrivés. L’armée des côtes de Brest se trouve ainsi en
fâcheuse posture, car seule et isolée en pleine Vendée. Sur le
point d’être remportée, la guerre de Vendée est stoppée nette
dans son élan imprimé par Canclaux et Grouchy.

La commune de Nantes, peinée de la décision prise à
l’encontre de Grouchy, lui envoie une lettre dans laquelle elle
fait part de sa déception et exprime toute sa reconnaissance
pour le souvenir qu’il a laissé dans le Département de la
LoireInférieure. On raconta que des soldats se seraient opposés par la
force au départ du général à l’annonce de la nouvelle de sa
destitution. L’un de ces récits relate qu’en apprenant la décision
prise par la Convention, des soldats entourèrent le quartier
général de Grouchy dans l’intention de n’en point laisser partir.
N’ayant pas réussi à vaincre leur obstination, Grouchy profita
de la nuit pour s’éclipser et rejoindre Pontécoulant.

Ce qui devait arriver arriva, les Vendéens passèrent à
l’attaque et traversèrent la Loire. La garde nationale, mobilisée,
est prête à marcher sur Laval. Grouchy est mandé par une
députation qui lui demande de prendre la tête des 2 ou 3.000
hommes en instance de partir. Faisant preuve d’abnégation et
d’un haut sens du devoir Grouchy refuse sous le prétexte que
les nobles ont été éloignés du « généralat ». Par contre, il
accepte d’accompagner la colonne des renforts en tant que
simple soldat. Mais la campagne tourne court et après trois
jours de marche, il retrouve son foyer. Il écrit à son père sa
déception et son attachement à servir la République. La
décision d’une levée de 30.000 hommes de cavalerie lui
redonne espoir, mais il est interdit aux « ci-devant » de servir
dans cette arme. C'est ainsi, qu’après avoir servi avec
dévouement et courage la République, un jeune général de 26
ans est écarté du métier des armes et de son désir de servir avec
honneur sa patrie.


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Grouchy goûte ainsi à la vie familiale un peu plus d’un an
durant. Un autre malheur vient frapper Grouchy. Son père, âgé
de 80 ans et pour qui il nourrit un amour profond, est arrêté et
emprisonné à la suite d’une dénonciation calomnieuse, comme
cela arrive malheureusement bien souvent à cette époque.
Grouchy obtient la libération de son père en écrivant une longue
lettre à Merlin de Thionville, lettre qui est un plaidoyer pour
son père et dans laquelle il donne toute la mesure de son
attachement aux idées nouvelles. Nous citons ici la fin de cette
lettre : « Ce ne sera pas sans vous dire mes vœux ardents pour
être arraché à une oisiveté si cruelle, quand tant d’autres
servent glorieusement leur pays. Si mon grade est un obstacle,
qu’on m’emploie de quelque manière que ce soit. Combattre les
ennemis de ma patrie, telle est ma seule ambition. Mon sang a
déjà coulé pour elle, j’en donnerais jusqu’à la dernière goutte
pour elle avec bonheur ».
Mais, la guerre en Vendée ne s’arrange pas au profit de la
République dont l’armée subit de graves revers face à l’avancée
des troupes rebelles. Cette marche triomphale n’est endiguée
que grâce à des hommes tels que Marceau et Kléber qui arrivent
à stopper les Vendéens à Savenay le 23 décembre 1794. Fort de
ces victoires, le comité de salut public commet la faute
d’appliquer à la Vendée la théorie de la Terreur en lâchant dans
le pays des hordes de soudards qui pillent, tuent et brûlent tout
sur leur passage. Cette façon de faire a l’effet inverse à celui
désiré et la Vendée tout entière se soulève de nouveau sous le
commandement d’un dénommé Charrette.

Il faut absolument sauver la situation et le comité de salut
public rappelle Canclaux. L’un des officiers généraux les plus
intelligents employé dans l’Ouest, est renommé à la tête de
l’armée de l’Ouest en novembre 1794, commandée en ce
moment par Hoche. Canclaux écrit une lettre au comité de salut
public dans laquelle il réclame la présence à ses côtés de
Grouchy. Pour mener à bien cette campagne, Canclaux a besoin
d’une armée bien établie, appuyée à de solides bases et pourvue
de tous les besoins engendrés par une campagne d’hiver. Il
reprend là, les fondements du rapport que Grouchy avait établi à

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sa demande en 1793, et que Canclaux s’était empressé
d’appliquer. Mais, cette fois-ci, Canclaux à l’intention
d’employer Grouchy à ses côtés et c’est tout naturellement qu’il
réclame notre jeune général pour servir auprès de lui. Grouchy
revient donc à cette armée qui l’avait « chassée » en tant que
chef d’état-major général. Il faut souligner que l’armée de
l’Ouest compte dans ses rangs cinq généraux de division et
Grouchy est toujours général de Brigade. C’est dire la confiance
et l’estime que lui voue Canclaux.

Le 9 janvier 1795, un décret d’amnistie est proclamé en
faveur des chouans et la Vendée n’est plus le théâtre que de
petites escarmouches dues essentiellement à Stofflet, chef
chouan qui refuse toute soumission. Cependant, la pacification
suit son cours et le principal chef chouan, Charrette, adhère du
moins pour l’instant, à la paix puisqu’il se soumet à la Jaunaye
le 09 janvier 1795.
Mais Grouchy aspire à d’autre fonction et souhaite être
nommé divisionnaire. Il profite du départ du général Beaupuy
pour écrire à Canclaux une lettre dans laquelle il réaffirme son
attachement à ses fonctions de chef d’état-major mais aussi, il
pointe dans sa correspondance, comme une supplique à accéder
au grade supérieur. La réponse ne se fait pas attendre et le 23
avril 1795, Grouchy est nommé général de division.

L’armée de Vendée compte dans ses rangs deux grands
chefs, Charrette et Stofflet qui ne s’entendent pas, se querellent
le commandement suprême de l’armée rebelle et ne partagent
pas les mêmes idées sur la façon de mener la guerre. Si l’on
peut espérer la pacification de la Vendée, les chouans menés par
Stofflet sont toujours rebelles et deviennent chaque jour plus
entreprenant. Sous l’influence de leur chef, cette petite armée de
15.000 hommes, parvient à infliger quelques pertes à l’armée de
l’Ouest lancée à sa poursuite. Cette dernière est aidée cette
foisci par Charrette, ralliée à la République car pressé de venger
l’injure que lui a faite Stofflet en refusant d’adhérer au traité de
paix en même temps que lui. Le 26 mars 1795, Stofflet est
attaqué par 30.000 hommes répartis en 3 colonnes. Ils agissent

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