Le Principe lumineux

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Papa me demanda d’écrire son livre. Nous avions souvent eu des discussions d’ordre philosophique et j’aimais passer des heures à l’écouter. Il m’enseigna le secret des livres saints et tout ce que je sais du peuple hébreu me vient de lui. Ces moments passés ensemble à converser avec tant de finesse et justesse de sa part, m’apprirent à donner un sens profond à la réflexion.
Lorsque  je terminai le livre un dimanche après-midi, je me rendis à mon lieu de prédilection : un magnifique jardin suspendu.
Sur ce banc vert  interminable, je m’assis face au soleil.  Alors que mon esprit s’allégeait, une image à mes yeux s’imposa.
Une fleur, aux mil pétales s’ouvrit devant moi. Les pétales représentaient les différentes portes que j’ouvris durant l’écriture.
En écrivant l’histoire de papa, ce fut aussi l’histoire du patriarche et par effet de résonnance ce microcosme ainsi que son mode de vie.


Son histoire qui comporte trois phases : L’esclavage, L’errance et, le Temple de Jérusalem. Du microcosme à l’exil, j’accédai à l’histoire du peuple hébreu et enfin au Temple de Jérusalem, siège de Ses Splendeurs.
Ceci m’emmena au Seuil des portes célestes de l’Eternel, dès lors je compris que l’Alliance que Dieu
conclut avec son peuple, Israël. Ce pacte : Dieu le conclut aussi avec chaque Etre humain, chaque personne, à la quête de l’Eternel et de Soi.  Ceci, se passe maintenant.

Publié le : jeudi 5 janvier 2012
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EAN13 : 9782362521812
Nombre de pages : non-communiqué
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Blorya Lahyani





Le Principe lumineux








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Dédicace



À mon papa d’Amour…





J’aimerais dédier cette histoire vraie et cependant belle à tous les Êtres du Monde Entier.


Prologue



Atteindre aux limites du vide : préserver

le comble de la lucidité


Lorsque mes cent familles surgissent ensemble

Je fais en sorte de contempler leur retour


S’en retourner à sa racine ‒ C’est ce que j’appelle sérénité.

S’en retourner à sa mémoire ‒- J’appelle cela : acte de sainteté


S’en retourner à son destin ‒ C’est ce que j’appelle constance

S’en retourner à la constance - j’appelle cela : lucidité


S’en retourner à la lucidité, c’est être réceptif

Être réceptif, c’est être impartial


L’être impartial est souverain

L’être souverain est Céleste


L’être céleste a trouvé Sa voie

Être la voie, c’est atteindre à la pérennité


Et c’est de toute sa vie ne plus jamais se mettre en péril.


Chapitre 1



Gurrama, petit bout de sable et de terre battue, est un bled aride et perdu dans le sud du mont Atlas. Gurrama ne figure même pas sur la carte géographique du Maroc, délaissé et oublié par les rois qui se succédèrent, car les esprits rebelles et révolutionnaires disaient-ils, naissaient dans cette région.

Ce fut dans ce carré de vie de nature plutôt hostile, que mon père vint au monde. Nous possédions si peu d’information sur sa petite enfance et la première partie de son existence, nous était parfaitement inconnue. Trop occupé certes par son présent qu’il oublia de nous conter sa vie. Nous savions seulement que papa avait grandi dans la maison de son grand-père, avec son jeune frère Simon et sa maman Lala Hanna, qu’ils ont été aimés, protégés, choyés et que ces enfants étaient des rois.

Mais mon questionnement était autre. Enfin, comment cette bourgade isolée dans les contreforts désertiques de l’Atlas où vivait une communauté en complète autarcie depuis déjà deux mille ans, loin de toute civilisation possible et détachée du monde environnant, pouvait engendrer des entités aussi inspirées et lumineuses ?

Qui était leur guide ? Quel était leur moteur ? Leur fil conducteur ? Qui dictait leur loi ? J’ai compris que le caractère fort de mes sujets avait un lien commun, selon lequel la notion du sacré était intégrée dans leur vie quotidienne et Dieu était, au cœur de toute chose.

J’ai aussi saisi l’image d’un microcosme intégré dans un macrocosme et dont les règles étaient préétablies par un guide qui avait pour seule loi la foi et dont l’image, était le ciel.

Habité par une puissance lumineuse, forte et créatrice, si bien qu’aucune faiblesse ne s’attacha à lui. Le patriarche était leur guide. Il appliquait sur la communauté les quatre propriétés fondamentales qui, en même temps, sont les quatre vertus cardinales nécessaires à un souverain.

Ces qualités sont l’amour, la sagesse, la justice et les rites.

L’amour correspondait à la sublimité, ignorant tout sentiment plus élevé que l’amour. Ainsi, l’homme noble incarnait l’amour, lui donnant l’aptitude de gouverner les hommes. Pour pouvoir guider et gouverner les hommes, il est important de les aimer, mettant l’intelligence au service de l’amour. Sans amour, on ne peut rien accomplir de durable dans le domaine. Ainsi l’amour fut leur vecteur.

La sagesse correspondait à la persévérance. En tant que patriarche, il était persévérant. Il était capable de mener à bien toutes les actions par la sagesse.

La justice correspondait à ce qui favorise les êtres de façon équitable. Il était capable de faire régner entre eux l’harmonie par la justice.

Les rites correspondaient au succès et au bon fonctionnement d’une communauté. Le patriarche réalisait la coopération de tout ce qui était noble, il réunissait sa communauté par les rites.

Il résulta donc de cette conception fondamentale que la méthode pour unir les hommes est constituée de rites, d’amour, de justice et de sagesse. L’homme noble agissait d’après ces quatre vertus. L’homme saint possédait une grande clarté sur la fin et le commencement des choses. Il prodiguait inlassablement ses conseils à ceux qui venaient le trouver ce qui, par effet de résonance, accentua l’action créatrice du sage.

C’est ainsi que la communauté suivait son cycle régulier, portée par ses propres rites et sa religion dictée par les lois immuables de l’univers.


Chapitre 2 : Le patriarche, 1859-1956



Qui connaît l’honneur, préserve la disgrâce, et devient la vallée du monde sous le ciel. Devenu la vallée du monde sous le ciel, la constante efficience lui est en suffisance. (Lao Tseu)


Le patriarche était un homme de grande taille. Sa solide stature lui conférait de la prestance. Il portait des vêtements que les sages aiment à porter. Une longue robe blanche de laine fine tissée lui arrivait aux chevilles. Il avait un visage aux traits doux quoique saillants. Le teint hâlé et ses beaux yeux bleus au regard bienveillant couvaient son monde.

Ses cheveux blancs fournis encadraient son visage. Parfois, il jetait sur son épaule une étole de soie blanche pour se couvrir la tête lors des prières. Il était sage, il était saint et en excellente santé. Son être entier célébrait l’instant présent.

Il émanait de son visage un doux rayonnement. Il priait beaucoup et jeûnait très souvent en respectant les jours du calendrier hébreu. Puis tous les ans, dès l’âge de dix-huit ans, il jeûna durant quarante jours d’affilée, son livre saint ouvert constamment devant lui.

Sa demeure spacieuse aux pièces innombrables était habitée par ses épouses, ses nombreuses filles, ainsi que ses petits-enfants. Les autres pièces étaient destinées aux invités qui venaient y séjourner. Un grand verger d’arbres fruitiers se tenait à proximité, si bien qu’un enfant qui s’aventurait dans un de ces jardins pouvait à coup sûr s’y perdre dans de subtils labyrinthes.

Attenant à la maison, son atelier de savon qu’il fabriquait selon un procédé artisanal. Celui-ci consistait à étaler la pâte chaude du savon cuit, savamment mélangée aux différentes huiles et fragrances de son cru. Une fois le savon durci sur un drap, il le coupait en parts égales. Il était le seul dans tout le village entier à fournir du savon. Bien utile et précieux, denrée rare, des queues interminables se profilaient les jours de marché. Les gens du village s’en servaient pour leurs usages domestiques.

Le patriarche possédait aussi des vaches, des moutons, des taureaux, ce qui lui permettait de nourrir ses âmes. Voici, concernant l’administration de la nourriture canine, les trois lois fondamentales au bon déroulement de leur ménage. La première est : « Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère. » La deuxième : « La bête doit être en parfaite santé, et ne souffrir d’aucune lésion ni anomalie. » La troisième : « Tu ne boiras pas le sang de la bête. »

Lorsqu’ils choisissaient une bête du bétail, celle-ci devait se soumettre à de nombreux examens présidés par le rabbin de la communauté, qui consistaient en un nombre incalculable de vérifications dont lui seul connaissait le secret. Le principe d’avoir des bêtes à proximité lui assurait à lui ainsi qu’à son entourage une nourriture saine sans laquelle il refusait de manger de la viande dont il ignorait la provenance.

Pour nourrir son ménage, le sage possédait aussi un énorme jardin potager. On y trouvait toutes sortes de légumes, qui étaient aussi offerts aux gens du village. Ainsi, ils avaient en abondance fruits, légumes et viande. Quant au reste, ils s’approvisionnaient au marché. Les cuisines ne désemplissaient pas, les fours non plus. Il avait à cœur de nourrir ses invités, ses enfants ainsi que ses épouses des meilleures nourritures. La tête dans les étoiles, les pieds ancrés au sol, le patriarche avait une solide vision des bienfaits terrestres.

Notre patriarche, quant à lui, donnait le ton des rites inhérents au microcosme. Il procédait aux mariages des âmes de sa communauté, les accueillant dans sa demeure, célébrant les rentrées et les issues des fêtes religieuses. Les gens venaient chez lui de toutes parts pour des guérisons, des médicaments, des décoctions. Il donnait et distribuait aux pauvres du village.

Il préparait les enfants à leur communion et leur enseignait le texte sacré à lire lors de la cérémonie. On venait trouver ce sage pour un conseil, un avis, ou pour résoudre un problème. Sa maison était toujours pleine, riches et pauvres s’y côtoyaient. Et lorsqu’un individu sollicitait l’avis du patriarche, celui-ci pouvait rentrer chez lui et le suivre sereinement.


Chapitre 3 : Rabbi Yaakov Abehassera, 1807



L’homme saint se situe vis-à-vis du monde dans un parfait accord avec lui, c’est pourquoi la constante efficience ne lui fait pas défaut, il retourne à nouveau au sans limite. (Lao Tseu)


Notre patriarche David aimait célébrer les anniversaires commémoratifs de ses ancêtres, en majorité des grands saints ayant vécu jadis. Cette coutume était inhérente à ses pratiques religieuses. Il affectionnait particulièrement un éminent saint vivant à cette époque, rabbi Yaakov Abehassera, habitant Tullal. Une fois, alors que cet éminent saint devait s’en retourner chez lui à pied au terme d’une célébration, ce dernier devait traverser le fleuve qui séparait les deux bourgades.

Notre patriarche, qui l’escortait alors, était plus jeune que lui d’une cinquantaine d’années. Il décida de le porter sur son dos pour qu’il ne se mouille pas et ce faisant, lui fit traverser le fleuve. En arrivant sur l’autre côté de la rive, il le déposa avec précaution sur le sol. Le saint ému fixa le patriarche et le bénit ainsi : « Comme tu m’as épargné le sol de ce fleuve, pour que je ne me mouille pas les pieds, ainsi tes descendants seront à jamais épargnés. Et le sol des guerres, ils ne le fouleront point. » Depuis, ce saint aima nommer le patriarche Moïse. « Car comme Moïse, lui dit-il, tu apportes clairvoyance à ta communauté et comme Moïse, tu me fis traverser le fleuve en coupant les eaux. »

Rabbi Yaakov Abehassera est né en 1807 à Tafilalet, une bourgade située non loin de son village. Ce fut le premier d’une grande lignée de saints. On dit qu’une lumière dorée envahit la pièce à sa naissance. Très tôt, il adhéra à l’étude intensive de la sainte Torah. Il fut un grand cabaliste. Connu aussi pour ses miracles, il écrivit plusieurs livres saints.

Il eut quatre fils et une fille, tous de la même lignée. Ce sage, avait le même rêve que tous les saints exilés, celui de rentrer en terre sainte pour y mourir. Il désira entreprendre le voyage à pied lorsqu’il sentit le moment venu.

Il arriva en effet jusqu’en Égypte, et mourut peu de temps après en 1880, un 4 janvier, dans un village nommé Damanhour. Il sentit venir le moment inéluctable et, avant de mourir, il demanda à deux de ses disciples de le préparer pour l’au-delà selon le rite hébreu. Il leur dit : « Le moment pour moi de mourir est venu, qu’il en soit selon la volonté divine. » Et il quitta ce monde, radieux.

Quant à Isaac Abehassera, l’aîné de ses fils, il arriva une chose assez étrange. Alors qu’il séjournait durant deux semaines chez son grand ami le patriarche, le soir, au moment où il s’apprêtait à rentrer chez lui, il lui dit sereinement : « On se reverra dans l’autre monde ! » Puis il monta sur sa jument et disparut. Il laissa le patriarche pensif, se demandant pourquoi son ami lui parlait ainsi.

Ne trouvant pas de réponse, il demeura cependant très inquiet. En chemin, Isaac Abehassera était escorté par ses deux compagnons de route. Arrivés à Boudnib, une minuscule bourgade, il leur demanda de lui signaler le moment où ils arriveraient à Baraka, une autre bourgade des confins du Sud.

Arrivés à Baraka, il descendit de sa jument, l’attacha à un arbre et alla se laver les mains avant d’entreprendre la prière en hébreu : « Écoute, Israël, l’Éternel notre Dieu, l’Éternel est Un. »

Soudain, sortit de nulle part, un inconnu habillé d’une soutane noire le poignarda en pleine gorge, le jetant à terre avant de disparaître. On vint immédiatement informer le patriarche du décès de son ami. Celui-ci prit immédiatement la route pour ramener le corps afin de l’enterrer dans des conditions dignes de ce saint et ami.

Lorsqu’il arriva sur les lieux, voici qu’il trouva son ami allongé par terre, le couteau planté dans la gorge, mais vivant. Il s’empressa de lui demander avant de lui retirer le poignard : « Dis-moi, s’il te plaît, Isaac, à quel endroit souhaiterais-tu être enterré ? » Le saint lui répondit : « Pose-moi sur ma jument, et là où elle s’arrêtera, ce sera l’endroit où tu m’enseveliras. » L’instant après, le saint quitta son corps. Isaac Abehassera fut enterré à Tullal, là où sa jument s’était arrêtée, tout près de la maison où il a vécut. Il avait soixante ans.


Chapitre 4 : Les parents du patriarche, 1750



L’humilité dispense au-dessous d’elle, les bénédictions du ciel et brille ensuite dans l’éclat d’une lumière céleste, car la loi du ciel comble ce qui est humble. (Lao-Tseu)


Moïse et Lala Fanny, les parents du patriarche, arrivèrent de Tafilalet à Gurrama avec leurs parents respectifs, alors qu’ils n’étaient encore que des enfants. Pour être plus précise, je dirais que leurs parents avaient fuit cette bourgade du moyen Atlas car le chérif local de l’époque n’avait pas d’affection pour les Hébreux.

À Gurrama, ils furent mieux reçus par le consul du lieu, et ils purent déployer leurs modestes biens ainsi que leurs talents alentour. Ils transportaient avec eux pour seul bagage, leur joie de vivre et leur savoir-faire. Ce fut du reste les seuls biens que personne ne put leur ôter.

Les parents de notre patriarche David étaient joyeux. Leur mouvement était l’allégresse. L’enthousiasme du cœur s’exprimait spontanément par le chant et les danses folkloriques, mettant à profit ce goût naturel pour la musique considérée comme chose sainte et sereine à la fois, leur servant à exulter et purifier leurs sentiments.

Musique et poésie étaient également destinées à célébrer les vertus de leurs époux, épouses et enfants. Les femmes aimaient composer des vers et des rimes. C’était pour ainsi dire leur passe-temps favori, si bien qu’elles composaient souvent pour chaque événement et surtout, elles s’en inspiraient !

Mais la musique avait aussi un sens sacré et religieux pour eux. Elle dressait un pont en direction du monde invisible, le monde de leurs ancêtres leur servant de lien avec la mémoire de leurs saints. Leurs sentiments religieux envers le Créateur étaient purifiés au moyen de la vénération qu’ils vouaient à leurs ancêtres. Ils célébraient ainsi chaque année les anniversaires commémoratifs de leurs vénérés saints.

Honorant le passé de leurs ancêtres en passant par la voie du Seigneur, ils scellaient ainsi le lien entre la divinité et l’humanité. Il est dit : « Quiconque honore la divinité de ses ancêtres devient par là le fils du ciel en qui le monde céleste et le monde terrestre entrent mystiquement en contact. Quiconque aura pleinement compris le sens de ces sacrifices pourra gouverner le monde comme s’il le faisait tourner dans le creux de sa main. »

De cet état de grâce, le patriarche fut imprégné durant toute son enfance. Ses parents lui laissèrent pour ainsi dire un joli patrimoine lyrique et poétique, le sens mystique du saint et du sacré, et la joie de vivre avec. Cependant, lui, adorait étudier la Torah, sa sainte Torah. Nourri de ce sentiment, il consacra beaucoup de temps à l’étude. Ainsi régna dans sa demeure, une sorte de symbiose symphonique et talmudique, le tout vibrant de concert en parfaite harmonie.

Plus tard, le patriarche transmit à son tour à ses enfants et ses petits-enfants, le devoir de commémorer les anniversaires des Saints et Ancêtres, pour que les fils et petits-fils puissent faire en sorte qu’offrandes et sacrifices ne soient points interrompus.

Nos ancêtres ses parents moururent à Gurrama durant l’exil, le père à cent cinq ans et son épouse à cent quinze ans. Avant de partir pour l’autre monde, vers 1912, le père voulut fournir à son fils le patriarche, un dernier conseil. Voici ce qu’il lui laissa : « Mon fils, ne prends pas pour épouse une femme de ta famille trop proche, ceci afin de t’éviter à toi ainsi qu’à ta descendance des conflits familiaux que seules les familles trop proches peuvent créér. Quant à nous, sache que ce que nous voulons pour toi et ta descendance, c’est l’honneur et la paix. »


Chapitre 5 : La vie matrimoniale du patriarche



Cependant, la première épouse du patriarche, Lala Aicha, mourut très jeune au cinquième mois de sa grossesse, et son bébé aussi. Son mariage dura trois saintes années. La mort de sa bien-aimée le plongea dans un chagrin incommensurable, et le sage homme refusa de voir le ciel durant sept ans. Il aimait énormément Lala Aicha.

En vérité, il se sentait terriblement coupable. Quelques mois auparavant, Lala Aicha s’en est allée au mikvé faire immersion dans l’eau de source, ce rituel de purification que les femmes effectuaient au terme de leur menstruation. Les actions de grâce se poursuivaient ainsi : Immersion, fusion et procréation. Son époux, le patriarche, devait la précéder pour l’accueillir à sa sortie, mais ce jour-là, il fut retenu par ses activités extérieures, et ne put arriver à temps. Lala Aicha, fort jeune, s’en retourna donc toute seule à la maison.

Or, il y eut une croyance gravée en elle et chez les autres femmes aussi selon laquelle, l’époux qui ne précédait pas son épouse à la sortie du mikvé risquait de voir son épouse ravie par les mauvais esprits qui rôdaient les lieux et possédée par eux. Maman Marie dit qu’il suffisait d’y penser ne serait-ce qu’une fraction de seconde, que ceci non seulement pouvait se produire, mais cela se produisait véritablement.

Certes, le patriarche arriva plus tard et honora sa bien-aimée qui tomba enceinte la nuit même. Mais Lala Aicha, n’ayant pas survécu au choc qu’avait provoqué sa sortie du mikvé sans avoir été escortée par son tendre époux, mourut quelques mois plus tard enceinte. Maman Marie me dit que depuis lors, le patriarche eut très peur pour ses propres filles et belles-filles, veillant scrupuleusement à ce que celles-ci soient attendues par leurs époux respectifs avant de franchir le seuil du mikvé.

Puis, après ces sept longues années passées dans le chagrin, le fils de ce même saint que notre patriarche aida à traverser le fleuve, Isaac Abehassera son ami, vint lui rendre visite afin de lui faire entendre raison, et surtout pour qu’il se ressaisisse et reprenne goût à la vie. Le patriarche écouta son ami et consentit à prendre une deuxième épouse, prénommée Lala Sima.

La vie sentimentale du patriarche fut un tantinet compliquée. Victime de son charisme et de sa vibrante beauté que lui conférait l’étude de la Torah, il ne soupçonnait point qu’à peine marié, l’ombre d’une silhouette féminine, déjà se profilait sur les murs de sa demeure.

Cette silhouette portait un nom : Lala Messody, une femme pas très jolie, pas très gracieuse, mais bien décidée à se faire épouser par lui. En fait, elle en était follement amoureuse. Prête à tout pour faire bouger les choses, elle commença d’abord par secouer ses propres parents, les menaçant de commettre l’irréparable, allant jusqu’à prétendre mettre fin à ses jours si le patriarche ne l’épousait pas.

Et, en second lieu, si jamais on venait à ne pas tenir compte de son désir, elle irait jusqu’à épouser un Arabe ! Enfin, ce fut ce qu’elle proclama haut et fort ! Que ce serait l’un ou l’autre, imaginant que si elle optait pour la première variante, eh bien, elle ne pourrait procéder à la seconde qui était celle d’épouser un « Arabe ! »

Arabe ! ? Elle prononça le mot de trop ! Sans réfléchir, ils eussent de loin préféré qu’elle disparaisse en mettant fin à ses jours plutôt que de la donner à un Arabe !

Inutile de dire que Lala Messody ébranla le microcosme à tel point qu’elle finit par vaincre. En effet, très à l’écoute de leurs sujets à l’époque, sa famille décida de se réunir en extrême urgence chez notre patriarche en le priant d’y consentir et de transgresser la sainte loi selon laquelle l’homme ne prend jamais deux épouses à la fois. Il eût fallut qu’il divorçât de Lala Sima d’abord, afin que cette dernière prenne sa place ! Mais le patriarche aimait son épouse et ne souhaitait pas divorcer d’elle, surtout que Lala Sima, fraîchement mariée, ne voulait pas renoncer à son mari ! Il marqua un point d’honneur en épousant Lala Messody aussi.

Il eut avec Lala Sima deux filles ravissantes.

Il eut avec Lala Messody un garçon mort à l’âge de deux ans et un autre garçon mort-né, puis deux filles.

Jusque-là, toujours pas de garçons à l’horizon. Il décida de prendre une quatrième épouse en la personne de Lala Meryem, plus jeune que lui de quarante ans ! En s’assurant de prendre bien soin des précédentes et pour qu’elles ne manquent de rien, il les garda toutes sous son toit. Ce quatrième mariage avec Lala Meryem, eh bien, ne trouva grâce aux yeux de Lala Messody qui demanda le divorce aussitôt pour épouser un homme du microcosme. Elle eut d’autres enfants avec ce nouveau mari et plus tard, elle eut sept maris ! Ce fut une grande amoureuse !

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