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Le rire de Sarah

De
109 pages
Dans ce récit, Catherine Borella témoigne de son expérience personnelle, douloureuse mais surmontée, de la non-fécondité. Elle invite ceux qui y sont confrontés, femmes et hommes, à refaire le chemin intérieur menant de la révolte au rire de la réconciliation avec soi-même. "Il y a d'abord ce vide, cette absence... Là où quelquechose devrait advenir : rien. La grossesse : ce qui advient, ce qui arrive."
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LE RIRE DE SARAH

~L.Hannattan.2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique,

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-04908-6 EAN : 9782296049086

Catherine Borella

LE RIRE DE SARAH
U ne femme face à la stérilité

Préface de Jean-Yves Leloup

L'Harmattan

PRÉFACE

Pourquoi Sarah a-t-elle ri ?

A

son âge, elle connaîtrait

encore le plaisir?

N'est-ilJamais trop tard pour être heureux... ? Il ny a que les anges, les messagers de l'Inaudible ou du clair silence, pour imaginer et dire des choses pareilles. . . ù Vie nous donne de quoi rire de quoipleurer aussi. . . ù Vie nous donne de quoi vivre, de quoi mourir
et vivre encore... Sa vérité nousféconde Catherine et nous rend libres... Borella nous avoue qu'elle a vécu,

qu'elle en est morte de désir et qu'elle vit encore, Cest son propre

,

11£ en.;antement

1 et c 'est te notre...

A

Que faire d'un tel cadeau? Sourire et sanspourquoi. . .

Jean- Yves Leloup

AVANT-PROPOS

Voici mon récit.
chanson Je suis la voix de la stérilité; je chante la de celles qui n'enfantent pas et qui pleurent
-

de leur ventre vide, ignorantes de leur plénitude

et

voilà leur douleur, et voilà leur beauté. C'est une chanson pour charmer leur peine, ce sont des mots pour que tous soient blessés au cœur de leur blessure, mais désirent leur beauté plus encore qu'ils ne plaignent leur mal. Ce sont des mots pour elles, celles qui errent et pérégrinent dans la forêt obscure de leur chagrin, pour qu'en se penchant sur l'eau quand elles viennent y contempler leur image et s'en désoler, au lieu de la laide blessure du néant, elles soient surprises par leur propre grâce et soupirent en rêvant, délivrées des liens amers du jugement. C'est le récit d'une femme qui reçut en partage une terre dont elle ne voulait pas, et qu'elle habita malgré elle. De peine en peine j'en ai dessiné la carte, j'en connais les abîmes et j'en ai fait l'inventaire, mais j'ai aussi trouvé l'arbre de vie au creux secret des vallées, et je me suis endormie à l'ombre de son feuillage, apaisée.

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Quand les murs lisses de la malédiction dessinaient autour de moi un rempart gris de solitude, je me suis souvenue de la formule qui fait apparaître les portes, et maintenant je peux aller et venir, devenue libre et enfin compagne.
La stérilité est une terre sans racines, une terre dont on n'est jamais issu puisque nul ne peut y naître; c'est un étrange héritage venant d'on ne sait où, et qui disparaît avec celui qui l'a reçu. C'est une terre inconnue et rude, une terre de quête et d'aventures, de décisions et de combat. Il y a ces laboratoires où l'on sait fabriquer des embryons dans une éprouvette, il y a ces enfants perdus au bout du monde et qu'on rencontre dans l'adoption, il y a ces hommes dont on n'enfantera pas et dont l'amour se perd d'être sans conséquences, il y a ces femmes dont le ventre arrondi vient de l'autre planète, celle de la vie - et l'on voudrait les rayer de la carte mais voler leur pouvoir, et l'on voudrait être leur double mais aussi les anéantir, et l'amitié ne sait plus quoi faire. Il y a ce cœur qui ne sait plus comment exulter, mais que l'abondance gracieuse et imprévue de la vie peut surprendre à tout moment, et faire battre plus fort encore. Bientôt je vais quitter tout cela, les cycles de la vie m'appelant à d'autres espoirs, car j'ai presque entièrement parcouru cette longue course propre à toute femme, cette partie du cercle qui commence à l'aube de l'adolescence et s'achève en ces heures incertaines où le corps abandonne peu à peu le souci d'enfanter, et confie au cœur d'autres engendrements. La barque qui va m'emmener au loin s'approche, je la

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distingue déjà, et j'aspire à ces cieux nouveaux où la soif d'être enceinte appartiendra au monde impalpable des amours passées. Mais avant de laisser ce désir retourner doucement à l'inaccompli, j'ai voulu revoir tous ces paysages si familiers et intimes que j'ai appris à aimer, et dans lesquels, alors que je ne m'y attendais pas, j'ai pu engendrer finalement la joie et la jeunesse, et j'en ai fait le récit. À vrai dire, il y a des années que les mots qui me sont venus en neuf mois d'écriture étaient présents dans mon âme, et dès que je commençai ce travail de les amener patiemment au jour de ma conscience, une jubilation profonde d'écrire et de créer m'a habitée, couronnant de sens toute douleur et toute joie. C'est que la stérilité est une souffrance silencieuse, venant simplement d'une présence manquée, elle isole du genre humain et met à part; personne n'aime à y songer. Et dans la solitude de mes trente ans, je me promis d'adresser un jour à toutes celles qui portent ce fardeau, isolées dans leur détresse, les paroles que j'aurais tant voulu entendre, dans ce monde où l'on se soucie peu des souffrances que l'on ne peut résoudre - mais seulement quand le temps aurait dit en moi son dernier mot, et si j'étais libre alors de tout ressentiment. Je voudrais que ces mots résonnent déjà aux oreilles et montent au cœur de ceux qui les rencontreront, car je crois en ma chanson. Je les laisse maintenant aller, comme on confie à l'intelligence des vagues un message de vie et d'espoir.

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