Le Spermatozoïde octogénaire

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Le sous-titre, Une biographie optimiste, lève toute ambiguïté sur la signification du titre. De la cellule microscopique originelle jusqu'au grand vieillard approchant la mort, il n'y a pas rupture mais continuité. Entre les deux se déroule la vie d'un homme, riche en péripéties. Médecin, Jacques Franck raconte les incroyables histoires qui ont émaillé sa vie.
Publié le : mardi 1 avril 2008
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EAN13 : 9782336269382
Nombre de pages : 211
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LE SPERMATOZOÏDE

OCTOGÉNAIRE

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05350-2 EAN:9782296053502

Jacques FRANCK

LE SPERMATOZOÏDE

OCTOGÉNAIRE

Une biographie optimiste

L'Harmattan

AVANT-PROPOS

Arrivé sur la dernière ligne droite d'une longue vie, j'ai eu envie de regarder un peu en arrière. Pas pour "me pencher sur mon passé avec nostalgie". Je cherche à revoir le chemin parcouru. Je ne veux pas en tirer de leçon pour l'avenir, je n'en ai plus ou presque. Mais simplement passer un bon moment, sans tristesse ni regrets. Vu sous cet angle, j'ai réussi, n'éprouvant ni l'une ni les autres. Au contraire. L'évocation d'un peu plus de huit décennies complètes de vie consciente ou se croyant telle a été un exercice salubre. Ça m'a permis de relativiser tout et d'envisager la suite et la fin avec sérénité. Il me fallait pour cela remonter à la source. La source de toute vie humaine se trouve dans les deux cellules initiales qui, en se conjuguant, déclenchent une suite d'événements aboutissant à vous ou à moi. La sincérité exigeait donc que je me définisse comme un spermatozoïde apparemment banal, tel qu'il en existe des milliards, tous personnages potentiels mais dont bien peu se réaliseront. Je revendique au long de ce récit le statut et la personnalité de ce spermatozoïde et me présente sous cette dénomination jusqu'au terme de mon existence. Terme qui, on le verra, se situera très loin dans le temps. La nature du personnage et son heureuse longévité rendent compte du titre dont j'ai affublé mon élucubration. Même s'il semble parfois inapproprié, j'y tiens et je le garde. J'aurais pu m'approcher un peu plus de la vérité biologique et associer à mon spermato la cellule réceptrice. En ce cas, je me décrivais comme "ovocyte fécondé" ou, mieux, comme "œuf'. C'était plus authentique, mais l'œuf octogénaire, ça sonne bizarre et ça passe difficilement. Je ne crois pas avoir écrit une vraie biographie mais un récit, ou plutôt une suite de récits atypiques. J'aime raconter des histoires. Pas l'Histoire ni une histoire, fût-ce celle de ma vie sous une forme traditionnelle et narcissique. Alors j'en raconte beaucoup. Toutes sont vraies, exception faite de quelques détails secondaires et de petite importance. Quelquefois j'en rajoute, j'enjolive et j'exagère.

Ou au contraire je me tais, je passe sous silence, je réduis le poids et la place de certains personnages, de certains événements. J'en ai le droit, l'exactitude n'est pas une obligation littéraire. Mais, grosso modo, je m'y conforme. Il est dit et répété au cours de ce travail que je ne suis pas quelqu'un de très sérieux. On prendra "sérieux" dans le sens de grave. En fait, je suis enclin à la non dramatisation de ce qui n'est pas dramatique et je préfère l'insouciance à l'angoisse. Ça facilite la vie. Ça rend aussi supportable la perspective de la mort, dont il est fait abondamment état vers la fin de mon récit avec un détachement qui n'est pas de façade. Les histoires que je raconte correspondent à diverses périodes des deux siècles que j'ai fréquentés. On y trouvera des références précises aux coutumes et mœurs de ces temps, pas suffisamment éloignés pour qu'on puisse les considérer comme archaïques. Les années soixante, c'est vieux, mais ce n'est pas le Moyen-âge. La philosophie n'a pas sa place dans ces récits. Je la respecte trop pour m'adonner à ses délices et à ses poisons. Il n'en est pas de même pour les religions. Je les respecte, bien sûr, mais il m'arrive d'exprimer un point de vue critique à leur encontre. Sans discrimination. La politique n'est pas absente de mes propos. Dans la mesure où il est licite d'avoir des opinions, j'use de cette licence depuis toujours. Je ne m'avance pas masqué. Je ne fais pas non plus de prosélytisme N'ayant garde d'oublier deux des axes fondamentaux de la vie d'un honnête spermatozoïde, je consacre un verset aux femmes et un à l'amitié. La densité d'une vie est extraordinaire. "A chaque instant il s'y passe quelque chose". Je parle donc d'énormément de choses. Souvent j'en parle plus que je ne l'écris. Il en résulte un style plus proche du langage parlé que de la narration littéraire. y compris par l'intrusion de vilains mots. Je m'en excuse mais j'assume et je persiste. Bon, le vieux spermatozoïde vous souhaite bonne lecture.

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LA CRÉATION

Le spermatozoïde octogénaire, c'est moi. Lorsque je passe dans mon quartier rue Philibert Delorme, non loin de la Porte d'Asnières, je jette un coup d'œil désabusé sur la façade du numéro 24, à moins que ce ne soit le numéro 12, tout ça est si vieux... Si je réfléchis bien, c'est là que j'ai fait mes premières armes. Je m'en souviens vaguement. Peut-être même que je ne m'en souviens pas mais que je me l'imagine, en tenant compte des dates et des lieux, parties intégrantes de mon histoire. C'était en septembre 1924, dans la première quinzaine du mois. Je ne peux pas dire s'il faisait beau ou s'il pleuvait. Ma configuration d'alors m'interdisait toute vue sur l'extérieur, ni même sur le théâtre de l'opération. Je n'étais qu'un spermatozoïde, en tous points semblable aux cent cinquante millions d'autres issus de la couvée du jour. Couvée me semble un terme inapproprié. Le père, qui n'était encore que le géniteur, ne couvait pas. Il éjaculait. Mais si je parle d'éjaculat pour désigner une communauté d'individus, ça ne fait pas très correct. Je suis aussi dans l'incapacité de mentionner l'environnement social et politique de ce jour. Je peux juste rappeler qu'en cette année 1924 les élections législatives avaient porté à la Chambre des Députés le "Cartel des Gauches ". Il succédait à la majorité réactionnaire élue en 1919 sous le nom de "Chambre Bleu Horizon ", référence aux couleurs des uniformes de l'armée victorieuse. Appellation empreinte de militarisme chauvin Bien sûr, à l'époque, je ne savais rien de tout ça. Mais ce succès de la gauche, même composite et timide, a probablement influencé mon évolution politique ultérieure. Allez savoir. J'ai eu de la chance. Sur les innombrables postulants, j'ai été le seul à profiter de la promotion du jour, l'intrusion dans un ovocyte.

Je n'étais pourtant ni intrigant ni brutal, mais j'ai réussi là où mes congénères ont échoué. Mon installation dans cet univers jusqu'alors totalement inconnu me parut confortable. Je pouvais y prendre mes aises. Bien sûr, je n'y retrouvais pas mes camarades habituels. Eliminés par l'inexorable processus de sélection dont j'avais bénéficié, ils étaient tous morts. Comme je ne les avais pas fréquentés pendant bien longtemps, ma peine fut minime. J'étais même plutôt satisfait de survivre. Il n'y avait pas lieu de philosopher. Il me fallait obéir aux lois de la nature. Je le croyais. J'étais encore influencé par des idées aussi floues que celle de "nature" et englué dans le conformisme moutonnier d'un idéalisme bêlant. Pour un peu, j'aurais cru en Dieu! J'apprendrai plus tard que la notion de nature ne correspond pas à grand-chose de précis et recouvre aussi bien les arbres du Parc Monceau que les pulsions lubriques de tout un chacun ou la prolifération des vers dans les fosses nasales d'un cadavre. Il serait faux de prétendre que la nature fait bien les choses. Si on se réfère aux innombrables méfaits qui polluent la vie des humains (la mort, la douleur, l'angoisse, la connerie, les thromboses hémorroïdaires, le racisme par exemple), la nature, dont découleraient directement ou indirectement tous ces phénomènes, n'est pas si bonne que ça. J'ai donc obéi aux lois de la biologie, préférant cette formulation à la précédente. J'ai commencé à faire connaissance de mon partenaire, plus exactement de mon complément, l'ovocyte de la génitrice. Il ne m'échappait pas que nous aurions un bon bout de chemin à faire ensemble. Autant fixer tout de suite les règles de la coexistence. Nous différions par la taille (j'étais minuscule à côté de cette grosse masse), la mobilité (je m'agitais dans tous les sens, l'autre ne bougeait pas), la forme (je ressemblais à un serpent à petite tête, mon partenaire à une boule de billard). L'affaire semblait délicate. Evidemment, j'étais content d'être là, mais je me demandais comment ça allait finir.

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J'envisageais les éventualités dans mon cerveau pourtant primitif de spermatozoïde pensant. L'autre, qui n'avait pas de tête, s'abstenait de penser. Malgré mon jeune âge, cette responsabilité m'incombait totalement. Tant mieux, ça évitait des antagonismes qui eussent été fatals à notre avenir commun. Je me disais que si ça ne marchait pas, une expulsion de notre attelage par les chemins anatomiques de la porteuse mettrait fin à l'aventure. Mais l'éventualité me déplaisait, une disparition prématurée ne me souriait pas. De toute façon, le choix échappait à mes possibilités. Maintenant, après plus de huit décennies, j'en frissonne encore dans mes ossements de vieux spermatozoïde racorni et blasé, quand je songe à ce qui me serait arrivé en cas d'interruption prématurée de grossesse. Je me glorifiais stupidement de mon origine virile et de mon équipement chromosomique. A mes yeux - si j'en avais eus ça me conférait une supériorité indiscutable sur le malheureux ovocyte. Avec le recul, ce comportement machiste chez un individu monocellulaire, autant dire un rien du tout, me surprend encore. Les choses se passèrent en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. La question du partage des chromosomes se posa d'emblée. C'était un vrai faux problème. J'appris vite qu'ils ne se partageaient pas, ils s'additionnaient. J'en avais 23, nous en aurions 46. Dont un Y, issu de mon patrimoine perso, qui déterminerait le sexe mâle du résultat de la fusion. Ce n'était pas fait pour me déplaire. Au bout de peu de temps, je parvins à me dépouiller de mon égoïsme de petit spermato de barrière (la porte d'Asnières n'est pas très loin), roulant les mécaniques et faisant le joli cœur devant le premier ovocyte venu. En me relisant, je mesure l'injustice de ce propos, l'ovocyte en question étant devenu la moitié de moi-même. L'un dans l'autre, nous avons commencé à évoluer. A partir de maintenant, le "nous" n'aura plus de justification. Des deux "gamètes" initiaux, il ne restera qu'un seul objet. D'après les dictionnaires de M. Hachette et de ses semblables, les gamètes, nom masculin, sont "les cellules reproductrices mâle et femelle". Moi et l'autre... 9

Les lois évoquées plus haut sont implacables. Au train où les choses se déroulent, je n'ai pas le temps de respirer. Je n'en ai d'ailleurs pas les moyens, mes poumons et organes annexes (bronches, trachée, larynx, nez) étant encore à l'état larvaire. Ils ne seront pas opérationnels avant au moins 270 jours Ce qui fait une sacrée paye. Je commence à me diviser en deux, puis quatre, puis beaucoup plus que ça. A l'arrivée, ça fera un nombre impressionnant de cellules, probablement des milliards de milliards. A l'heure actuelle, la désassimilation sénile ffaitt son œuvre., Le chiffre s'est réduit. Mais il en reste encore pas mal, descendant toutes des deux "gamètes" du début. En grossissant, même imperceptiblement, je ne passe plus tout à fait inaperçu. Mon diamètre n'est plus millimétrique. L'environnement semble s'adapter à ma présence et devient plus moelleux. J'apprendrai plus tard qu'il s'agit de l'endomètre. Merci à l'endomètre. Mon statut social se modifie. De rien du tout, ou pas grand-chose, j'accède au rang d'embryon. Ce n'est pas spécialement flatteur. Pas plus que mon titre ultérieur de "fœtus", mais on n'en est pas encore là. La génitrice change, elle aussi. Ça va être la mère. Elle ne le sait pas le premier jour. Peut-être le sait-elle. Dans ce cas, mon existence procéderait de la volonté humaine et pas du hasard. Cette hypothèse me plairait assez, j'en remercie les instigateurs. Il vaut mieux être souhaité que subi. Promis à un avenir inespéré, je me pousse un peu du col. Ma mère, donc, une bien brave femme dont j'aurai l'occasion de reparler, note un certain nombre de dysfonctionnements auxquels elle n'a pas été habituée. Il ne m'appartient pas de les décrire, n'y ayant assisté que de l'intérieur, Je devais me contenter d'une vue parcellaire de l'événement, réduit à peu de choses. Terré dans un sombre recoin de l'endomètre, je n'étais pas à même d'apprécier la situation dans sa globalité. Le charme de ce début de grossesse m'échappe. Je ne saisis pas la perplexité de la jeune femme ne voyant pas s'épancher en temps normal le sang traditionnellement programmé, l'angoisse devant l'inconnu qu'elle tente de partager avec son mari, la stupéfaction du mari en présence de ces phénomènes 10

spécifiquement féminins auxquels il ne comprend rien, mais alors strictement rien. En cette fin de quart de vingtième siècle, l'ignorance des hommes face aux affaires de femmes est abyssale. Le mari propose alors le recours à la belle-mère qui, elle, sait ces choses. Suite du commencement de l'épopée, le ventre gonfle, les seins s'alourdissent. Des vomissements viennent signer l'événement. Maintenant, sans l'ombre d'un doute, la mère est mère et le père est père. Moi, je continue à ne rien savoir, je ne connais même pas les visages des protagonistes. Merde, je suis pourtant le héros de la fête. La fête continue. Elle ne sera pas près de s'arrêter. A ce moment, qui se situe approximativement deux à trois mois après l'intrusion initiale, entre en scène une entité nouvelle pour moi, la famille. Il s'agit d'un conglomérat d'individus des deux sexes apparentés à mes géniteurs par un jeu complexe de fornications et de fécondations antérieures. Comme quoi je n'ai rien inauguré. Les gonflements et vomissements ayant officialisé mon existence, ces personnages se réjouissent de compter parmi eux un nouvel adhérent, même à l'état de virtualité. Avant d'avoir vu la lumière du jour, dont je ne me fais d'ailleurs pas la moindre idée, je suis nanti d'une bande de grands-mères, tantes, oncles, cousins qui me prennent en sympathie par anticipation. Il y a même un grand-père barbu et alsacien, ancien baroudeur dreyfusard, convoyeur de bestiaux entre la Franche-Comté et les abattoirs de la Villette. J'ai de la chance, aucun de ces personnages ne s'avérera nuisible ou, simplement, désagréable à mon encontre dans l'avenir. En attendant, j'ignore tout le monde et tout du monde. je grossis tranquillement, bénéficiant d'une protection dont la compacité me met à l'abri de toutes les vicissitudes extérieures. Je suis barricadé dans une forteresse de muqueuse, de muscle lisse, de repli péritonéal, de graisse, de muscle strié, encore de graisse (ce matériau abondait chez ma génitrice), de peau, de linge, de ceinture élastique, voire de corset baleiné ou non Ge ne me souviens pas). Il ne m'arrivait rien de particulier. J'allais bien, j'assistais avec quiétude à l'apparition et au développement d'un tas d'organes qui me seront utiles plus tard. Il

Et pendant ce temps-là, mon géniteur se prépare à la fonction de père. L'événement lui fait plutôt plaisir. Il ne sait pas de quel sexe sera le fruit de ses ébats avec sa femme en septembre dernier. L'échographie n'existe pas, il ne viendrait à l'idée de personne de ponctionner le liquide amniotique. Au demeurant, le père s'en fout. Il accepterait aussi bien une fille que moi. Si je m'en étais douté, ça m'aurait certainement un peu vexé. Cet homme, représentant en textile, ancien pilote aviateur de la guerre de 14, parcourt la banlieue parisienne au volant de sa Citroën et réfléchit. Il décide de déménager. Je ne le sais pas. Ça ne représentait rien pour moi. Je ne tarderai pourtant pas, du fond de ma tanière anatomique, à me rendre compte qu'il va y avoir du nouveau. Je me sens vaguement des atomes crochus avec mon père. Un spermatozoïde de bon aloi ne peut pas renier son site de fabrication. Même si la mémoire du lieu reste confuse, même s'il ne peut pas projeter son imaginaire dans les anfractuosités testiculaires d'où il est issu, ça crée des liens. Si on élève un peu le niveau de la réflexion, on remarque que le père conduit une Citroën. Certes, il s'agit d'un véhicule ayant peu de points communs avec ce que je connaîtrai quand le temps en sera venu. Pas d'injection électronique, deux misérables soupapes par cylindre, freins archaïques sans disques ni plaquettes, sans hydraulique ni ABS, pas de direction assistée ni de climatisation, pneus sans carcasse radiale, pas de télécommande, pas d'ordinateur de bord. Autant dire une voiture sans âme Moi, spermatozoïde imbibé d'amour filial, j'en tremble encore. Comment, dans un tel amoncellement d'insécurité, ne suis-je pas devenu orphelin avant même que de voir le jour ? M'élevant de plus en plus, j'approfondis. J'aborde le mythe Citroën. Moi aussi, j'en aurai une. Ça me prendra le temps nécessaire, mais j'en aurai une. A priori, l'hypothèse semble impossible. Non que, dans un futur hypothétique, je puisse posséder un véhicule de cette marque, mais qu'un spermatozoïde, même parvenu à un stade multicellulaire avancé, soit capable d'anticiper avec semblable hardiesse sur un 12

sujet aussi délicat. Et pourtant, ça se fera. En janvier 2001, je ferai l'acquisition d'une Citroën, deux litres seize soupapes. 137 chevaux. L'honnêteté commande de préciser que je ne serai plus, à ce moment, qu'un spermatozoïde honoraire assez défraîchi. Au début de 1925, mon pays vivait depuis déjà quatre ans une de ces aventures coloniales dont il a le secret. De mèche avec les Espagnols, il guerroyait dans le Rif contre un nommé Abd el-Krim, une sorte de terroriste nationaliste marocain. Moi, spermatozoïde ignorant., je n'en savais rien. Je ne savais même pas où était le Rif! Là encore, il me faudra attendre longtemps avant de mettre les pieds dans cette belle région montagneuse. En 1961, lors d'un voyage au Maroc, je ressentirai une petite nostalgie en me remémorant la guerre du Rif et mon indifférence intra-utérine d'alors. Il est juste de préciser que cette guerre, qui tua pas mal de monde, prendra fin un an plus tard. Par la victoire des bons (nous) sur les tenants d'une indépendance dont l'idée même était blasphématoire. Dire que cette victoire sera marquée du sceau de l'éternité, c'est une autre histoire. Qui, à l'évidence, sort du cadre de mon épopée de spermatozoïde français. Cette nouvelle notion m'interpelle. Je me suis déjà heurté, dans ma courte existence, à la Nature, à Dieu (celui-là, il n'a pas fait long feu), à la Biologie, à la Famille. A ces catégories essentielles s'ajoute maintenant la Nationalité. Ça commence à faire beaucoup. Si ça continue, je serai un spermatozoïde juif. Je le serai effectivement. Je me trouve confronté à d'autres événements A ce stade du récit, Il convient d'opérer une mise au point. J'ai dit et je répète que mon alter ego, ex-ovocyte et moi, avions parachevé notre fusion. Je ne reviendrai pas sur ce fait dont le caractère irréversible saute aux yeux, une scission étant inconcevable. Cependant je continuerai à me draper dans ma qualité de spermatozoïde et à user du pouvoir régalien lié à ce titre. Et je précise que ça durera. Les perspectives de déménagement vont se concrétiser. On ne me demande pas un avis que je ne serais pas en mesure de formuler. 13

Un beau jour (du moins, je suppose qu'il le fut), ma mère monte dans la Citroën. Ce n'est pas la première fois. Moi, inclus dans cette brave personne, je me contente de sucer mon pouce sans y trouver d'ailleurs le moindre agrément. Je ne comprendrai que plus tard le but de ce transport. Je ne m'inquiète pas, j'aime assez les déplacements en automobile. J'ai réussi à reconstituer l'itinéraire de ce voyage historique, en butant toutefois sur un point de doctrine délicat: je ne sais pas si la rue Philibert Delorme était à sens unique. Mais en réfléchissant, c'est de peu d'importance. Le véhicule paternel, quittant définitivement le lieu du cérémonial ayant présidé à ma conception, n'a pu faire autrement que d'emprunter la rue Nicolas Chuquet, puis le boulevard Malesherbes et la place du même nom, le boulevard Pereire, la rue de Rome, le boulevard des Batignolles et la place Clichy. Et là, sans hésitation ni murmure, la Citroën, lourde d'un chargement prometteur, franchit le pont métallique surplombant le cimetière Montmartre, traverse le carrefour avec la rue Joseph de Maistre, et, après que son conducteur ait rétrogradé en seconde, entame l'escalade de la rue Caulaincourt. L'ascension ne dure pas longtemps. La voiture s'arrête face au numéro 37. La passagère descend et traverse sans voir un autobus qui descend la rue à ce niveau. En provenance de la place Jules Joffrin, il se dirige vers la Porte de Versailles. Le machiniste, inspiré par les désirs conjoints d'épargner une femme enceinte et de ne pas avoir d'ennuis avec la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne, freine. Il ne se passe rien. La génitrice, moi toujours à l'intérieur, pénètre dans l'entrée de l'immeuble, bientôt rejointe par son mari. Ce dernier a été faire le tour de la place Constantin Pecqueur pour garer son auto dans le sens de la descente le long du trottoir, juste devant la maison. Moi, spermatozoïde désormais montmartrois, je prends mes quartiers au deuxième étage du 37 de la rue Caulaincourt. Je suis devenu relativement grand et gros. Je m'aperçois que j'ai des jambes. Jamais je n'aurais imaginé une chose pareille. Pendant un temps, j'en ignore l'usage et la nécessité Je crains d'être muni d'un cerveau de type reptilien, aux performances 14

limitées, incapable de commander au reste et en inadéquation avec mes ambitions. Puis ça s'arrange .Une nuit, je décide de voir comment ça fonctionne. Non, mon cerveau n'est pas reptilien, il a des membres inférieurs, ce qui n'est pas le cas des crotales ou des orvets. Je donne des coups de pied. Extraordinaire sensation. Pour la première fois de mon séjour intra-utérin, je me dis que la vie vaut la peine d'être vécue. Je recommence, je n'arrête pas. Je me promets une destinée riche en coups de pied, dans les ventres, les culs, les gueules. Malheureusement, avec un recul appréciable, je me rends compte que je n'ai pas tenu cette promesse. Je me suis privé de cette jouissance. Pourquoi? Je ne sais pas. Pourtant, j'aurais dû. Je suis trop civilisé, trop lâche aussi. Et les occasions en seront rares au cours des quatre vingt premières années de mon parcours existentiel, Par contre, la destinataire première de ces agressions ne s'en formalisera pas. Au contraire, ça lui fera plaisir. Elle n'est pourtant pas masochiste. Mais ces coups de talon dans l'abdomen lui prouvent que je suis équipé du minimum de méchanceté indispensable à l'être humain qu'elle est en train de produire. Mieux, elle veut faire profiter son mari de la situation nouvelle. Il pose t les paumes de ses mains sur le ventre de sa compagne. Je le crois trop gentil pour se venger si je lui fais mal. Je m'en donne à cœur joie. Je cogne. J'en attrape presque des ampoules. Le malheureux, plus son propre spermatozoïde le maltraite, plus il est content. Le soir, je transforme le lit conjugal en un ring de boxe française où l'usage des poings serait prohibé au bénéfice exclusif des pieds. On me prédit un avenir sportif. On pense que j'égalerai le grand Jules Ladoumègue, athlète illustre, champion de course de demifond. Ou bien on évoque une carrière de footballeur vedette, traitant le ballon rond avec la même vigueur implacable que la paroi utérine de la mère ou le dos du père. D'autres encore voient en moi un cycliste hors pair, as du Tour de France. C'était bien vu. Nombre de décennies plus tard, je courrai trois fois cette glorieuse épreuve. Pas en chevauchant un vélo et en pédalant, mais dans une camionnette de la caravane publicitaire. On est loin des performances dont me créditait l'entourage familial au cinquième mois de ma vie intra-utérine. 15

Ma génitrice avait de la culture. Secrètement ravie des coups que j'infligeais à son mari mon père, elle commençait à parler d'Œdipe et de son fameux complexe. Elle avait du mérite à ça, car en 1925 les contes et légendes de la psychanalyse ne défrayaient pas la chronique en dehors des milieux spécialisés, alors très restreints. C'est l'époque des grandes découvertes. Je m'aperçois que je baigne dans un milieu vaguement aqueux, à peu près propre suivant mes standards personnels. Je ne suis vraiment pas difficile. Personne de sensé, à part moi, ne se satisferait d'une immersion prolongée en liquide amniotique. Je manque de moyens d'information et d'éléments de comparaison, et je ne sais pas qu'une plongée en apnée dure peu de minutes. Moi, spermatozoïde parvenu au stade de fœtus, j'y reste plusieurs mois, sans masque ni tuba ni palmes. Je ne parle même pas d'oxygène. J'apprendrai par la suite que ce produit indispensable à ma survie me parvient par le canal du cordon ombilical. Je l'absorbe par le nombril. J'ai peine à croire une chose aussi extraordinaire. De ce dernier propos, on peut conclure que je ne respire pas. C'est vrai. Mes deux poumons, dans leur cage, ressemblent à une paire de vieux gants de toilette flasques et aplatis. Ils ne sont pas jolis jolis. Ils n'entreront en service que lors de la prochaine mutation. Mais je n'anticipe pas. Quant au cœur, il existe. De temps à autre, un médecin Ge ne sais pas ce que c'est, je me rattraperai plus tard) vient visiter ma porteuse. Il place l'extrémité d'un truc sur son ventre et l'autre dans son oreille, qu'il a encombrée d'une pilosité profuse. Il confirme la présence de cet organe et déclare qu'il bat bien et vite. La famille est contente. Puis il se livre à un examen plus spécifique, introduisant un ou deux doigts dans une voie dont je pensais que seul mon géniteur avait la clé. Ça me dérange. Je réagis par des ruades qui ne l'atteignent pas: ses doigts ne sont pas dans la zone d'efficacité de mes pieds. Cette limitation apportée à ma force de frappe me vexe. J'insulte le médecin dans mon for intérieur, faute de mieux. Ce médecin revient de plus en plus souvent chez moi. Je m'interroge sur la finalité d'un tel personnage. La question prendra place dans mon bagage intellectuel à l'instar des grands 16

problèmes philosophiques qui m'agitent et provoquent un étrange clapot dans le liquide où je baigne. Je ne trouve pas de réponse. Je me console en pensant que je finirai bien, tôt ou tard, par l'élucider. Je me trompe. Jamais, au terme de ces huit décennies de vie intense et de réflexions, je n'ai compris à quoi sert un médecin. J'en connais les tares et les nuisances, les joies et les soucis, j'en ai parlé, j'ai même écrit un livre sur le sujet, mais mon ignorance fœtale reste intacte. Je suis un triste et vieux spermatozoïde ravagé par l'angoisse métaphysique. A force de penser, ma tête grossit. Elle prend même des proportions excessives qui m'attireront des ennuis dans quelque temps. Je me sens à l'étroit dans mon réduit utérin. D'un corpuscule microscopique au départ, j'atteins la dimension d'un jeune chat moyen. A posteriori, la comparaison me flatte. J'essaie de me remuer un peu. C'est difficile. Je peux juste m'autoriser des mouvements ondulatoires de faible amplitude. Mais ils suffisent à réjouir mon entourage. Il voit là l'expression de ma vivacité. Si un jour je me repose, c'est l'affliction. On me croit mort. Ça me fait ricaner, je fais parfois exprès de simuler cette pause anxiogène. Puis, fin avril 1925, j'ai une illumination. Je me dis que je suis un crétin. Si ces gens s'inquiètent de ma mort supposée, c'est qu'ils tiennent à moi. Pourquoi? Ce n'est certes pas par intérêt matériel. A ma connaissance, ils n'ont pas investi dans ma fabrication dans un but lucratif. Je ne crois pas non plus que la lubricité ait été le seul moteur de cet acte fondateur. Alors? J'entrevois un autre motif à leur sollicitude, qui ajoute un élément de choix à mon stock d'idées générales: ils m'aiment bien et ils tiennent à moi. Putain.. . Je me calme. Je m'abstiens de faire à ce pauvre couple des farces stupides et de jouer au mort alors que je suis chaque jour plus vivant. Marcelle, c'est le nom de ma porteuse. Je l'ai appris par hasard, pas par indiscrétion. Laissant traîner une oreille (organe assez neuf sur l'usage duquel je me perdais en conjectures) contre une paroi de ma prison musculaire, j'ai entendu ce que j'identifiai plus tard comme une voix humaine. Plus précisément

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la voix du cousin Roger: "Eh, Marcelle, comment il va, ton lardon ?" Abîme de perplexité. Je comprends que l'oreille sert à entendre. Ça ne me satisfait qu'à moitié: qu'est-ce que je serai donc obligé d'entendre au long de ma chienne de vie? Le lardon, c'est moi. Je ne connais pas encore la signification du terme. Mes connaissances en science charcutière ne balbutient même pas. Et pourtant, je subodore, derrière cette dénomination familière, comme l'ébauche de promesses gastronomiques confuses. Je ne récuse pas. Lardon je suis. Fort bien. Lardon je resterai. Je me calme, ce n'est pas encore pour demain. Encore que... Marcelle, nantie de son spermatozoïde lardon, va se promener sur la Butte Montmartre. Elle est précédée d'une proéminence abdominale qui inspire les sifflements admiratifs des uns et les lazzis des autres. Quelquefois, sa mère la grosse Caroline l'accompagne. Un samedi de juin, les deux femmes déambulent place du Tertre. Sans verser dans la vulgarité, on peut considérer qu'à elles deux elles déplacent un tonnage respectable. Dès ce jour, je ressens un plaisir qui ne me quittera jamais en me baladant dans ce quartier. Faute de ronronner, ce qui n'est pas le propre de mon espèce, j'essaie de sucer le gros orteil de mon pied droit. Je ne mesure pas la stupidité de la démarche, qui traduit un profond désir de jouissance. Je précise que je ne renouvellerai pas cette expérience. Au moment où j'allais réussir, c'est le séisme. Un brutal. Autour de moi, pauvre spermatozoïde sans défense, tout s'agite, se comprime, me martèle. Le monde entier se ligue pour m'anéantir. Au dehors, ça ne s'arrange pas. Marcelle pousse des gémissements et se tient l'abdomen. La grosse Caroline en a vu d'autres. Elle a eu sept enfants et ne se formalise pas pour autant. Elle soutient Marcelle et lui prodigue des paroles apaisantes: "Allons, allons, ma fille, c'est le mal joli! Sitôt passé q'on en rit!" L'attelage materno-fœtal réintègre son domicile. Le père arrive et gare la Citroën au niveau du 41, le 37 étant occupé par une Renault appartenant à un représentant en hosties en visite au couvent voisin. 18

Je continue à en baver, encore que cette expression, non dénuée de familiarité un peu vulgaire, ne soit pas de mise dans la situation présente. Toutes les quelques minutes, l'utérus maternel, pourtant si accueillant, se transforme en marteaupilon et me projette le crâne sur le plancher périnéal. Celui-là, je ne suis pas près de l'oublier. Ce n'est pas mon jour. Je me sens tout à coup dans la position du nageur en plein milieu d'une piscine dont l'eau se vide brusquement. Moi, spermatozoïde en instance de passer au stade de lardon, j'ai les pieds au sec. Les pieds et l'ensemble de mon anatomie. La totalité du liquide amniotique a fui. Je ne le retrouverai plus jamais et m'en passerai fort bien, mais je ne le sais pas encore. Mon père, dont j'apprends incidemment qu'il se prénomme Achille, téléphone au médecin, le Docteur Schwob, qui accourt. A ce que je crois comprendre, il hoche longuement la tête. Il promet de repasser régulièrement, tient sa promesse, et hoche chaque fois la tête un peu plus longtemps. Comme si ça ne suffisait pas, une sage-femme prend position en permanence au chevet de Marcelle. Elle s'appelle Madame Mathieu, est plutôt moche, parle d'un ton rugueux et arbore une moustache qui n'ajoute rien à son charme. Les jours qui suivent ne seront pas les plus agréables de mon existence. J'ai mal à la tête, je suis écrasé de partout, ,je ne peux pas bouger. J'aimerais bien envoyer des coups de pieds, des méchants, à Madame Mathieu. Même ça je ne le puis. "Bordel, me dis-je, bordel! Ça devient ingérable !" Et ça dure. Ma mère est fatiguée. Mon père se demande comment ça va finir. Moi aussi. La grosse Caroline, forte de ses cent quinze kilos, papillonne auprès de sa fille, remue l'air en agitant un éventail en plumes de je ne sais pas quel oiseau exotique, et profère des mots aimables à mon intention. J'y suis sensible. Elle constituera la moitié (la plus volumineuse) de mon capital de grands-mères. L'autre moitié, la grande Pauline, mesure vingt centimètres de plus et pèse cinquante kilos de moins que son homologue. Je manifesterai ma reconnaissance à ces deux braves personnes en suivant leurs obsèques respectives lorsqu'elles mourront (avant, ce serait prématuré) en 1939 et en 1941. 19

On s'habitue à tout. Ce n'est pas vrai. Moi, spermatozoïde évolué et dur à cuire, je ne m'habitue pas à ma propre naissance. Un siècle après le début du séisme, dans la nuit du mardi 9 au mercredi 10 juin, je suis Ka. Je ne réagis plus, même mes mauvaises pensées m'abandonnent. Aux premières heures de la matinée, le Docteur Schwob revient, hoche la tête derechef, dit quelques mots à mon père. Il adresse un sourire hypocrite à Marcelle. Puis il déballe ses outils sous l'œil approbateur et gourmand de Madame Mathieu. Un cliquetis métallique suscite l'inquiétude. Achille et la grosse Caroline sortent de la chambre et vont boire un café à la cuisine. Ils n'en mènent pas large. Sur le théâtre des opérations, ça devient grandiose. La sagefemme administre une larmichette de chloroforme à la malheureuse parturiente. Le médecin lisse ses moustaches (il en a, lui aussi), se lave les mains, et ajuste son forceps. Moi, je donnerais cher pour être ailleurs. Aux petites heures du jour il introduit chaque cuiller de son instrument dans le gouffre sanguinolent dont j'ai hâte de sortir. Pour l'édification des ignorants: un forceps ressemble grosso modo à une pince à escargots dont les branches sont démontables. Une fois en état de marche, ma tête est l'escargot. Le bon docteur tire, tire, déploie des efforts qui me semblent dignes d'une meilleure cause, jure grossièrement, transpire, crache même sur la moquette. Madame Mathieu lui essuie le front et tapote les joues de Marcelle. Cette dernière, malgré le chloroforme, n'apprécie guère la situation et gémit sans retenue. Dans la cuisine, le père allume un cigare de marque "Voltigeur", produit de la Régie Française des tabacs. Ça ne vaut certes pas un "Romeo y Julietta" cubain, mais c'est adapté convenablement à la circonstance, et c'est moins cher. Bien longtemps après, à Cuba, je fumerai de ces délectables cigares, avec une pointe de nostalgie en évoquant le "Voltigeur" paternel qui a indirectement présidé à mon atterrissage rue Caulaincourt. En attendant, je ne rigole pas. Vers 7 heures du matin, dans une apothéose grandguignolesque, ma tête sort enfin. Le reste suit, mais c'est plus mou et plus facile. 20

A en croire les témoins, ce n'est pas beau à voir. La tête est tuméfiée, cyanosée, le cou à moitié étranglé par ce qu'on appelle joliment une "circulaire du cordon ombilical". Je ne vais pas très bien, les marques du forceps enlaidissent mon visage. Il n'avait pas besoin de ça pour être ingrat. Une discrète hémorragie imputable à la pince à escargots entraînera une baisse de l'acuité visuelle de l'œil droit. Mes oreilles affichent une envergure monstrueuse. Je n'ai, pas envie de m'appesantir sur ces petites misères. Je suis content d'être là. Et, conformément à ce que j'ai appris au cours des neuf mois précédents, je déploie mes poumons, je les remplis du bon air de Montmartre que j'expulse en poussant un cri qui marquera dans mes annales. L'assistance applaudit. Puis je me remémore mes connaissances médicales, les récemment acquises et les futures (plus nombreuses). Je m'indigne. Ces derniers jours ont été marqués par des événements inutilement pénibles. Alors, moi, spermatozoïde justicier, j'ouvre un œil, le tourne vers le bon docteur et je l'apostrophe: "Dis donc, connard, les césariennes, c'est fait pour les chiens ?"

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