//img.uscri.be/pth/121fd0adb58f8dd5bdaffe2c3c442f3b0c066577
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Le tourbillon Vers la sortie

De
134 pages
Ce troisième épisode de Tourbillon marque le point final d'un vécu décrit dans une tourmente politico-sociale. L'auteur a voulu être le témoin d'une histoire, la sienne, qui s'est déroulée en Guinée.
Voir plus Voir moins
E TOURBILLON
Aminata Barry
LE TOURBILLON VERS LA SORTIE
LE TOURBILLON***
Mémoires Africaines L’histoire se construit à partir des acteurs, petits ou grands. Cette collection reçoit les témoignages ou les récits de tous ceux qui ont contribué à façonner notre présent. Déjà parusBARRY Aminata,Le tourbillon. II : Le combat, 2013.BARRY Aminata,Le tourbillon. La dérive autoritaire, 2012. TETE Godwin,Omer Adoté. BAUDIN Marcel,Les derniers Méharistes. MATALA MUKADI Tshiakatumba,Dans la tourmente de la dictature. OSTROWSKI L. Zygmunt,Soudan, coulisses d’une guerre oubliée BAKARY Djibo, «» Itinéraire politiqueSilence, on décolonise ! et syndical d'un militant. BASSOM Nouk,Le Quartier Spécial - Détenu sans procès au Cameroun. DUPAGNE Yannick,de l'éducation en Afrique ou Coopérant l'expérience camerounaise d'un directeur de collège. NDEGEYA Vénérand, Répression au Burundi, Journal d'un prisonnier vainqueur. N'GANGBET Kosnaye Michel,Tribulations d'un jeune tchadien de l'école coloniale à la prison de l'indépendance. NYONDA Vincent de Paul,d'un Gabonais, du Autobiographie villageois au ministre.
Aminata Barry LE TOURBILLONVers la sortie ***
Du même auteur Le tourbillon. II : Le combat, 2013. Le tourbillon. La dérive autoritaire, 2012. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05387-5 EAN : 9782343053875
INTRODUCTION
Le livre ressemble à une tapisserie où se disputent toutes sortes de couleurs, au hasard des fils qui s’entremêlent et se croisent sous la dictée de doigts habiles, l’essentiel étant de ne pas en perdre la trame, celle qui devra conduire à un ouvrage comestible et digeste, tel un repas mijoté par l’auteur qu’il essayera de partager avec le lecteur. Bizarrement, j’observais ce tapis zébré de couleurs marron, jaune, beige et gris. Curieux mélange ! Aucun ton cassant qui trancherait avec la monotonie de ce tapis jeté là aux pieds du canapé-lit où j’aimais me recroqueviller dans cette solitude, ma compagne depuis si longtemps. « Tout l’enfer est contenu dans un seul mot, la solitude », disait Victor Hugo, je n’étais pas de cet avis, au contraire, la solitude me libérait de cette vaste prison à ciel ouvert qu’était mon pays, la Guinée. J’ai toujours entendu parler du poids des ans. Je commençais à en comprendre le sens. Ma mère, paix à son âme, disait souvent : « Chaque jour que Dieu fait, cette formidable machine humaine, son œuvre, perd une vis, un boulon jusqu’au parfait écroulement de ce merveilleux édifice… ». Elle mimait cela par un bruit, celui que ferait un écrou rouillé en se dévissant : « Kett… kett… kett… » à l’image du son de l’horloge imprimant les secondes, minutes, heures. Je retiens cela de ma mère, Hadja Fatou.
5
Le temps était devenu mon adversaire, un coriace adversaire que je n’avais pas vu venir. Jusque-là, j’avais mené des combats avec la vaillance du cœur. Maintenant, je devais me battre contre ce maudit temps dont le marqueur s’épaississait de plus en plus. Je regardais avec angoisse ce sacré crépuscule qui me guettait, tel un vautour à l’affût de sa proie. Oui ! Je vieillissais, je prenais de l’âge et j’en ressentais le poids écrasant. Je croyais n’avoir plus rien à dire. J’en avais fait le pari avec des amis. Mais au fond de moi, je savais qu’ils avaient raison car je ne reste jamais sur la berge d’un échec. Rester dans les méandres de ce tourbillon équivalait à cela. Toute la question était de savoir si ces précieux cailloux continueraient à m’accompagner comme ils l’ont toujours fait en me protégeant du pire, la prison ; j’ai eu à l’expliquer dans les précédents épisodes du Tourbillon I et II. Par enchantement, ces merveilleux cailloux étaient toujours là à l’instant même où mon sort semblait scellé, un miracle se produisait. Je m’en tirais toujours de justesse. Si j’avais à décrire cette galerie de portrait de moi peint à travers les épisodes de ce livre témoignage, je dirais qu’il y a eu : Aminata, la victime, assommée par le gourdin d’une répression innommable. Elle a dû rentrer sa tête entre les épaules ; courber l’échine en serrant les poings pour devenir ce roseau peint en fer, bien décidée à prendre sa revanche le moment venu. – Il y a eu Aminata qui relève la tête pour combattre, marquer des poings. Celle qui refuse la victimisation péjorative qui rabaisse, celle qui prend possession de sa légitimité sans avoir à s’en excuser ; celle qui a réussi à
6
restructurer sa personnalité dans une douleur qui lui aura servi de levain pour affronter avec témérité des symboles de cette politique tueuse. – La troisième Aminata qui cherche à sortir de ce tourbillon dont le vertige avait fini par gagner tout le pays. La force de ma conscience profonde m’interdisait de rester dans la frustration d’un combat inachevé. Il fallait que je sorte des entrailles de ce tourbillon de toute façon. L’urgence faite de défis à relever frappait à ma porte avec insistance et je n’avais toujours pas de solutions à mes multiples problèmes. Comment allais-je m’y prendre dans ce singulier exercice qui ressemblait plus à celui d’un funambule ? Je devais m’extraire de ce maudit tourbillon pour moi-même mais pour cette jeunesse aussi, future dirigeante de ce pays qui devait bien empoigner le gouvernail dans le bon sens. Il fallait qu’elle m’entende, qu’elle m’écoute, qu’elle me lise.Ce livre est une contribution pour les aider à se poser les bonnes questions, celles qui permettront de débarrasser le pays de ce voile maléfique qui ne peut relever que de la métaphysique. Dans une de ses acceptions, la métaphysique est un climat d’inquiétude étrange qui conduit à des interrogations sur des phénomènes qui se manifestent sans aucune solution, c’est tout ce que l’on n’arrive pas à expliquer notamment, pourquoi la Guinée ne parvenait pas à s’en sortir en dépit de toute sa richesse ? Sans exagérer, cette question pourrait relever de la métaphysique parce qu’on n’en a toujours pas la réponse. Tout au long de ce nouveau récit-témoignage, je vais m’employer à dégager quelques pistes à explorer dans le but de fournir un début d’explications.
7
Madame Condé, secrétaire de cabinet de Me Aminata Barry Une grande dame très patiente, entre les humeurs du notaire et la nervosité de l’auteur
8
CHAPITRE ILes motifs d’une démarche
1 – LA PORTEE DE CE LIVRECe livre-témoignage, je l’ai voulu pour la jeunesse. Je l’ai conçu pour confondre les révisionnistes usurpateurs de titres. Ces imposteurs qui ont cru que tout était permis dans ce pays où toutes les valeurs sont écrites à l’envers. Ce livre, je l’ai voulu avec la force de mes convictions ancrées sur un patriotisme tyrannique qui m’empêche de dormir. Cette jeunesse, appelée à commander tôt ou tard, doit connaître la vérité sur ces chefs qui ont conduit ce navire appelé Guinée Conakry à la dérive. À la hâte, en s’essuyant rapidement les mains souillées de sang d’innocents, ils se sont emparés des rênes du pouvoir en piétinant des corps qui leur ont servi de paillasson pour enfourcher le cheval du pouvoir. C’est difficile à admettre. Ces macabres schémas éternellement reproduits comme une fatalité de laquelle on ne peut échapper. Cette maudite chaîne, cette chaîne maudite devait être rompue à jamais. Dans cet épisode, de fil en aiguille, à mesure que j’avançais vers la sortie de ce tourbillon, je me rendais compte de l’étendue de cette complicité entendue et de connivence entre l’élite intellectuelle et nos dirigeants dont la seule préoccupation était d’atteindre le strapontin
9