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Les années glorieuses

De
163 pages
Roger Tindilière témoigne de ce qu'était réellement la vie en France de l'immédiat après-guerre jusqu'aux années 80, et décrit les problèmes de logement ou encore les conquêtes de la Libération. Bien que les guerres aient repris au Viêtnam et en Algérie, que les usines ferment leurs portes et mettent en difficulté nombre de travailleurs, un réel climat de fraternité, d'aide et de camaraderie aide à surmonter les épreuves et croire en l'avenir. Finalement, l'auteur conclut : "On a eu de la chance d'être jeune à cette époque !"
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Les années glorieuses?

Du même auteur

Plein la vie, éd. Créer, 2002. Les Génies de la Fontaine, éd. L'Harmattan, 2004.

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

2006 ISBN: 2-296-01229-9 EAN : 9782296012295

@ L'Harmattan,

Roger TINDILIERE

Les années glorieuses?
Un autre regard sur la France d'après-guerre

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via DegliArtisti, 15 10124 Torino ITALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements vHla96 12B2260 Ouagadougou 12

Rue des Ecoles
Cette collection accueille des essais, d'un intérêt éditorial certain mais ne pouvant supporter de gros tirages et une diffusion large, celle-ci se faisant principalement par le biais des réseaux de l'auteur. La collection Rue des Ecoles a pour principe l'édition de tous travaux personnels, venus de tous horizons: historique, philosophique, politique, etc.

Déjà parus Roger TINDILIERE, Les années glorieuses, 2006. Jacqueline et Philippe NUCHO-TROPLENT, Le moulin d'espérance,2006. Sylviane VAYABOURY, Rue Lallouette prolongée, 2006. François CHAPUT, À corps et à cris, 2006. Cédric TUIL, Recueil d'articles sur Madagascar, 2006. Maguy VAUTIER, Vents de sable, 2006. Olivier DOUAL, Impossible n'est pas africain, 2006. Yves-Marie LAULAN, Un économiste sous les cocotiers, 2006. Louis-Marie ORAIN, Le blé noir, 2006. Stéphane MADAULE, Scènes de voyage à Amsterdam, 2006. Anny MALROUX, Ceux du 10 juillet 1940. Le vote des quatre-vingts,2006. Pierre PIC QUART/GARNIER-GRIZOT, La terre de Berrouaghia, 2006. Geneviève TOUQUETTE, Chronique hospitalière d'un autisme ordinaire, 2006. Raymonde WEIL, Unepetite mal élevée, 2006. Georgette RICHARD-MARTIN, Le temps revisité, 2005. Hanania Alain AMAR, Mémoires d'un psychiatre (dé)rangé,2005. Michel LUCAS, L'urbanisation à la lumière de la doctrine sociale de l'Eglise, 2005.

Je vous parle d'un temps que les moins de ... ans ne peuvent pas connaître. . . C'est pourtant à eux, aux jeunes, que ce petit livre est dédié. Oui on peut se défendre, oui on peut se battre, ne jamais capituler. L'énergie à dépenser, l'intelligence pour conquérir ce droit de vivre, cette dignité, ce respect que vous exigez à juste titre, vous les avez comme on les a eues. C'est à vous maintenant de montrer la voie, et alors on s'en sortira ensemble.

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Avant propos

On nous parle beaucoup des trente glorieuses, ces fameuses trente années de bonheur ou tous: ouvriers, patrons, financiers et même la nation y auraient trouvé leur compte. Une belle époque «bis-répétita» en quelque sorte, mais comme elle toujours sujette à caution. La belle époque de 1900 a laissé des images du gai Paris qui n'ont pas grandchose à voir avec ce qu'était la vie des gens comme nous à cette époque. Que restera-t-il de la nôtre dans cent ans? D'abord de quelles années parle-t-on? Je suis de ceux qui pensent que notre meilleur temps a pris fin vers les années 70. Je me garderai bien de comparer cette période avec celle que nous vivons maintenant. Mais comment était la vie à cette époque? J'ai choisi de m'y attarder un peu parce qu'elle était faite de difficultés, de grandes joies, de fraternité et souvent de privations pour payer ses dettes. Il est évident que sortant de la guerre, à laquelle nous avons tous participé, jeunes et vieux, c'était l'une de nos préoccupations. Non seulement pour l'hommage que nous devions à nos morts; mais parce que ce qu'ils avaient su construire dans la Résistance avait du mal à leur survivre. La division syndicale à peine réalisée refaisait à nouveau la preuve de sa malfaisance. C'était le corollaire de la guerre froide. Dans chaque bloc, il fallait s'assurer autant que possible de la tranquillité des peuples. L'inquiétude était grande aussi de voir revenir les collabos. Ces patrons, qui dans leur presque totalité, avaient collaboré avec les nazis, avant d'être épurés à la libération, quelquefois condamnés et qui revenaient au fil des années remplacer les directions mises en place par le Comité départemental de libération. 9

Je ne crois pas avoir triché sur rien. S'agissant des constructions, je suis allé auprès de chacun d'eux pour qu'il me raconte son histoire personnelle et me prête éventuellement des documents d'époque. Je comprends que cela peut paraître désuet, irresponsable ou fou aujourd'hui mais c'était ainsi. Il vous suffira de chercher quelqu'un qui a construit sa maison vers 1950, il vous le confirmera pour l'essentiel. J'ai essayé de montrer combien avaient été importantes les conquêtes de la libération appliquées conformément au programme National de la résistance. C'est de là que datent la création de la Sécurité Sociale et les allocations familiales sous leur forme sociale. C'est de là aussi que datent les comités d'entreprises, les droits des élus des travailleurs sur la marche des entreprises, les arbres de Noël, les cantines, les vacances accessibles aux familles ou aux gosses, mille autres choses encore qui toutes s'efforçaient de répondre à l'intérêt des salariés. Tellement de bonnes choses que gouvernements et patronat n'ont eu de cesse d'en limiter la portée avant de les détruire en liquidant les entreprises ou en délocalisant comme ils le font aujourd'hui. J'ai essayé de faire vivre cela sous une forme plus ludique avec cette famille qui part en vacances pour la première fois, les découvertes, le bon temps avec les moyens du bord. Ça peut paraître drôle mais peu de gens de notre condition avaient vu la mer qui depuis 1940 nous était interdite même si nous en avions eu les moyens. J'ai bien connu et sympathisé avec un vieux vigneron de Domérat qui m'a tout appris sur la vigne et le vin. Bien sûr j'ai assisté aux vendanges, mais j'ai pris autant de plaisir à aller le voir pour discuter un peu, voir le jardin, la vigne. Je buvais le petit verre de rosé du pays, et je descendais rarement sans rapporter quelque chose: un chou, des poireaux ou des navets. Je les prenais volontiers sachant qu'il était content.

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Bien sûr, j'ai arrangé un peu tout ça. J'y ai ajouté cette histoire d'amour en préservant ce qui je crois étaient les relations parents enfants et adolescents entre eux. C'était autre chose... quoique! Les vieux comme moi vont s'y retrouver, les plus de quarante ans en avoir des souvenirs, les jeunes s'interroger pour reconquérir ce droit de vivre. Nous sommes tant à vouloir les aider.

Il

Le réveil a sonné depuis longtemps déjà, et personne ne bouge. On est si bien au lit, au chaud sous l'édredon. Les vitres se sont ornées la nuit de dessins de givre et de glace. De beaux dessins mais synonymes pour les dormeurs de froid et de gel, ce qui ne les encourage guère à se lever. Il faut se décider et le faire d'un seul coup, sauter du lit et vite prendre les habits parce que s'il ne gèle pas dans la maison, il n'y fait pas chaud. Le poêle à feu continu, acheté depuis peu, n'entretient qu'une petite douceur quand il ne s'éteint pas. C'est le travail du premier levé de s'en occuper. Souvent l'un des garçons qui couche dans la même chambre. C'était Marcel ce jour-là. Il enlève prestement le rond de la cuisinière et part à la recherche du restant de braise en grattant doucement la croûte de charbon dans le foyer. Après avoir dégagé les morceaux rougeoyants, il y pose quelques brindilles et morceaux de petit bois. Le feu se relance rapidement. Il faut alors aller vider le cendrier débordant de cendres chaudes. Il nettoie tout cela, sa mère, il le sait, est très à cheval sur la propreté de la maison. - Si tu ne veux pas le faire proprement, laisse-le, dit-elle. Alors chacun le fait au mieux pour lui faire plaisir et pour que ceux qui vont se lever aient moins froid. Maintenant le poêle ronfle joyeusement, comme heureux de faire son travail, le charbon dispense à son tour une chaleur bien douce encore, mais le feu que l'on voit à travers la grille donne déjà une impression de bien-être Marcel se lave les mains au robinet de la cuisine, et se passe le gant de toilette sur le visage. Que c'est froid! Mais comme ça réveille bien. Il met la bouilloire sur le feu pour faire le café et réveille son frère Pierre. Marcel est apprenti aux Ilets ainsi que son frère. Ils habitent rue Pierre Curie et doivent y aller en vélo. Ils ont respectivement 16 et 14 ans. 13

Pierre se lève et ils taillent de concert le pain dans leur bol avant de verser dessus le café et le lait brûlant. C'est leur déjeuner du matin, ils mettent dans le bol de nombreux sucres, c'est bon et cela rattrape un peu le retard pris pendant la guerre. Le rationnement est enfin fini. Il y a maintenant le café, le sucre, le lait et le pain, et même le charbon et tout le monde apprécie. Jeanne, leur mère, se lève et après les avoir embrassés se met à table avec eux. Elle aime bien ce moment-là, c'est sa manière de faire le point pour la journée, elle a une façon bien à elle pour lancer la conversation. Elle semble d'abord se parler à elle-même, réfléchir à haute voix. - Le papa est parti tôt ce matin, il n'a pas dû avoir chaud. - Je dois aller aux courses aujourd'hui, il faut que je fasse la liste de ce qu'il nous faut. Les questions viennent ensuite: - Qu'est-ce que vous faites aujourd'hui? Allez-vous au sport? A quelle heure serez-vous rentrés? Elle passe ainsi de l'un à l'autre, veut tout savoir sans pour autant les traiter en gamins, mais au contraire parce qu'elle les voit devenir des hommes et que malgré elle, en rusant un peu, elle ne pense qu'à les aider. Ils écoutent, répondent, marquent quelques distances, restent souvent un peu évasifs. Finalement elle redoute et aime cette manière de faire entre eux. C'est comme ça! Une habitude? Peut-être. Bien ou mal? Va savoir! Elle y pense souvent à ces difficultés d'être parents. Quel métier, quel apprentissage sans fin! En ont-ils discuté avec Jean pour savoir s'ils avaient bien dit ou bien fait ce qu'il fallait, leur donner des repères. C'était leur souci de parents d'élever leurs enfants le mieux possible en prenant en compte tellement de choses, juste ce qu'il fallait d'interdits et de compréhension, leur donner des repères, et ce n'était pas facile. Les guider en leur laissant autant que possible leur petite part à eux. Ils avaient trouvé dans leur enfance un peu 14

de cette manière de faire. Bien peu à vrai dire, on ne parlait pas bien sûr de psychologie en ce temps-là, mais ce que l'on appelait la jugeotte et l'équilibre familial avait son importance. Ils avaient eu la chance de fréquenter des copains ouverts aux conceptions nouvelles autour desquelles ils discutaient sans fin. Ils s'étaient fait une idée toute simple à laquelle ils se référaient souvent: on n'a pas des enfants pour soi, mais pour en faire des hommes ou des femmes capables de prendre leur place dans la vie en toute connaissance de cause. Les aimer, les entourer de cette aide indispensable en leur laissant leur part d'initiative personnelle. C'était ce qu'il fallait faire, en tout cas, c'est comme cela qu'ils l'avaient compris, mais ils avaient vite compris aussi qu'il y avait un monde entre la théorie et la réalité. Ni elle, ni Jean ne pouvaient être disponibles pour tout voir, toujours prêts à écouter et d'humeur égale, mais avoir conscience de ce qu'il fallait faire, les aidait souvent à se rattraper après coup. Ils s'étaient fait leur petit guide à eux et ne s'en trouvaient pas plus mal, même si cela faisait sourire les spécialistes.

Pierre, qui est parti au WC dans la cour, rentre en coup de vent: - Ca caille dehors, il a dû geler un sacré coup! - C'est la saison il faut bien que ça se fasse, on ne peut pas se plaindre. Vous souvenez-vous comme on avait froid pendant la guerre avec notre vieille cuisinière et rien à mettre dedans, si peu à manger? Maintenant il est possible de remplir le poêle et notre ventre. Surtout habillez-vous chaudement. » Le conseil est superflu, ils s'emmitouflent de leur mieux avant de sauter sur les vélos. Le plus difficile est fait, le mauvais temps ne leur fait plus peur. Après le départ de ses deux grands, Jeanne met un peu 15

d'ordre avant d'aller réveiller les filles. Irène, la plus grande, a dix ans et Joëlle, la dernière, ira en maternelle à la rentrée. Elle les appelle doucement: - Debout les filles, c'est l'heure de l'école. Personne ne bouge et elle hésite à ouvrir les volets et faire entrer le froid. Elle appelle un peu plus fort, et Irène se frotte les yeux en bâillant tandis que Joëlle tend les bras:

- Maman!
Il lui faut son petit câlin avant de se lever et Jeanne y cède avec tellement de plaisir. Elle a fait cela avec tous, garçons et filles, et redoute toujours le moment où ils n'ont plus ce besoin, elle ressent cela comme un manque. . . Irène se lève pendant que Jeanne entraîne la petite pour l'habiller au coin du feu. C'est depuis toujours le privilège du plus petit, un rite familial immuable. Pour elles aussi le déjeuner bien chaud et les tartines avant la toilette du chat 1 Un petit coup de gant de toilette sur le nez et les voilà prêtes à partir. Irène emmène la petite sœur à l'école. Après la grosse bise de la maman, elle la prend par la main et elles partent toutes les deux dans le froid du matin. Jeanne a alors un peu de répit, elle appelle ça son petit moment à elle. Elle boit son café tranquillement, elle le savoure tout en pensant à tout son petit monde, à Jean. Elle est bien. Elle a toujours tenu sans efforts l'équilibre entre l'amour maternel et celui de son couple. Pour Jeanne, l'un ne va pas sans l'autre. Elle aime se rappeler leurs moments d'intimité, toute cette période des fiançailles à leur mariage. Le meilleur moment de la jeunesse comme dit sa mère, et c'était vrai qu'ils avaient eu le sentiment d'être les premiers à découvrir cet inconnu, l'univers de la transformation des êtres et des choses de la vie qui s'ouvre devant chaque génération. Et puis les gamins qui un temps nous accaparent, la
l

Se laver seulement le bout du nez.

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famille avec les problèmes nouveaux qu'à tous les deux ils avaient essayé de résoudre. Les premiers abandons à la maternelle quand Marcel disait "tu dureras pas longtemps." A partir de la grande école, ils avaient décidé de leur donner un peu d'autonomie. Après les avoir longtemps conduits, Jeanne les attendait maintenant de plus en plus près de la maison. Le soir, ils ne manquaient pas de l'annoncer fièrement à leur père. Heureux de montrer qu'ils devenaient grands, et puis un jour, avec les parents, ils avaient cherché ensemble le chemin le plus sûr et avaient eux-mêmes tracé la voie qu'ils allaient dorénavant suivre seuls.

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