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Les aventures et mésaventure d'Hermès, médecin

De
162 pages
L'exercice de la médecine générale conduit à diverses aventures, quelquefois tendres, parfois cocasses, certaines dramatiques. En cinquante années d'exercice, l'auteur a traversé tant et tant de psychodrames, et, hélas, tant de drames tout court, qu'il en a retenu ces quelques anecdotes vraies, toutes vécues... ou presque. Elles méritaient d'être racontées. C'est toute une vie de praticien, étendue sur plus de cinquante années, qui se raconte dans ce livre.
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A. J. Cohen
Les aventures et mésaventures d’Hermès, médecin
Les aventures et mésaventures d’Hermès, médecin
A. J. Cohen
Les aventures et mésaventures d’Hermès, médecin
Du même auteur
Poisons d’oubli, Encre, 1981 (Dr Albert Cohen) Artifices de paradis, Caractères, 2000 (Albert J. Cohen)
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06284-6 EAN : 9782343062846
Sommaire
Le doc .......................................................................25 L’ophtal-doc ..........................................................28 Un doc dans sa coquille ........................................30 Un doc-lauréatus ...................................................33 Cuite à la rue Couchet ............................................37 Crédit 2412...............................................................45 Prostate au fromental..............................................65 Le martyr de Saint Téléphon .................................75 Cul-cul, la praline ....................................................83 La gangrène .............................................................91 Peau d’âne ................................................................99 Le train de Laragne...............................................113 Eugène ....................................................................123 Philibert le hippie ..................................................129 La vieille de Florac ................................................137 Marie Noël..............................................................145
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« Bonjour monsieur. – Bonjour. – Pouvez-vous me dire s’il vous plaît où se trouve lalespededza capitata? – Bien ! Je ne sais pas. – Et labryonia dioica argentica? – Bien ! Je ne sais pas non plus. – Alors lecynara scolanus communis? – Sans doute quelque part ici, je ne sais pas où au juste… Mais vous pouvez regarder, c’est marqué toutes les plantes. Il faut chercher ». Campé devant moi, le vénérable archonte vêtu d’une longue redingote kaki arpentait en connaisseur les allées du jardin botanique, examinant les écriteaux l’un après l’autre d’un œil critique. Il avait une haute stature, la cinquantaine, la calvitie naissante, ceinte d’une couronne de cheveux rares et cendrés, une fière allure empreinte de fausse modestie, une petite bedaine de bon aloi. Il marchait en majesté, le dos un peu voûté, les bras ballants. Moi, je me trouvais là par hasard entre deux cours. Il est vrai que j’ai toujours aimé le plein air et qu’avec un plein de bons livres, l’odeur suave de plantes et la merveilleuse douceur du ciel de Provence au mois d’août, on cumule tous les bonheurs à la fois. L’air était tiède, l’après-midi avancée. Un courant d’air
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parcourut le jardin et me gifla le visage. J’éternuais. Comme je me replongeais dans ma lecture, le vénérable revint vers moi, me considéra avec hauteur, et engageant la conversation avec autorité, recommença à m’interroger sur les plantes et les essences qui guérissent. J’avouais mon ignorance. « Vous étudiez ? – Bien oui, je suis étudiant en médecine. – Ah la médecine ! – Vous êtes dans la médecine, monsieur ? – Non. Mais… ! je m’occupe de malades. – Ah, vous êtes infirmier peut-être ou quelque chose comme ça. – Oui, c’est ça. – Ah ! – Les médecins prescrivent aujourd’hui des médicaments chimiques, trop ! Ce n’est pas sain… Pas bon les médicaments chimiques. Les plantes, ça, c’est bon. C’est naturel. – Mais monsieur, il y a des quantités de plantes dans nos médicaments et certains mêmes, c’est seulement des plantes. Par exemple, le tilleul, la sauge, le colchique et beaucoup d’autres, mais ils ne sont pas toujours vraiment efficaces. – Erreur, monsieur, erreur. On devrait toujours prendre des moyens naturels. La maladie, ça n’existe que dans les… esprits des gens. Ah ! si tout le monde avait une vie saine et équilibrée, il n’y aurait jamais de malades. Ce qu’il faut, c’est de rétablir les équilibres idiopathiques naturels perturbés. Et puis… on a une bonne idiosyncrasie ou on ne l’a pas. – Peut-être bien ! mais vous savez, quand vous avez une bonne angine, un coup de pénicilline, ça fait du bien, je vous assure, et si on n’avait pas ça, bien des gens finiraient mal.
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– La pénicilline, c’est pas naturel, c’est pas sain, c’est pas bon, c’est chimique. – Chimique la pénicilline ! Alors là, monsieur vous êtes à côté de la plaque. Justement c’est une phytothérapie, c’est-à-dire un médicament qui sort d’une plante, et on s’en prive pas. » Fort de mes certitudes et de ma science toute neuve, j’avais pompeusement avancé : Phytothérapie, un mot savant pour faire étalage de mon érudition, de ma qualité, et mettre à la raison mon contradicteur. Je parlais latin moi ! et même grec à l’occasion. J’opposais l’autorité de sciences respectables aux balbutiements d’un ignorant. Pas troublé le moins du monde, il me soutint que c’était quand même chimique, bien qu’effectivement, les lointaines parentés dynastiques avec les plantes, de ce « médicament », qui tout de même… enfin si vous voulez… ! aidait ou soulageait dans certains cas. Enfin, si vous voulez… ! concédait-il, lui servir d’alibi au péché d’être contre nature. Enfin, il admettait avec condescendance que la pénicilline n’était pas vraiment tout à fait nuisible, œuvre du malin. Qu’il y avait tout de même en effet un peu de la plante dans cette essence, quelques vertus, et qu’à la rigueur et en détournant les yeux voilés de honte et de regret, il admettrait cette déplorable entorse aux principes sacrés… ! Mais elle fait plus de mal que de bien tout de même, monsieur, et je connais de nombreux cas de personnes empoisonnées par la pénicilline. Certaines mêmes en sont mortes. « Oui, concédais-je, la pénicilline c’est comme pour la maladie de Widal, avec l’aspirine, à cause des allergies. Il y a des gens qui sont allergiques à la pénicilline. C’est vrai. – C’est ça, reprit-il, comme pour la maladie que vous dites. Mais il n’y a pas que les allergies. Il y a beaucoup d’autres effets que l’on ne connaît pas, qu’on ne sait pas.
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