Les Cahiers de Junius - Tome 2

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Un précis de littérature hors des clous, suivi de lectures choisies par l'auteur.


Publié le : mardi 8 mars 2016
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EAN13 : 9782334027809
Nombre de pages : 478
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Avant-propos
Voici une histoire de la littérature française assez légère et fantaisiste. Version remastérisée si j’ose m’exprimer ainsi.
Dans les anciennes histoires de la littérature, il est convenu que la vraie littérature française ne commence réellement qu’à la Renaissance. Notre Moyen Age possède cependant une superbe littérature aussi belle que l’art roman ou gothique. Sans évoquer La Grande Clarté du Moyen Age mise en avant par Gustave Cohen. Je dirais que la littérature de cette époque était vraiment festive mais aujourd’hui la littérature, selon Marc-Edouard Nabe, n’intéresse plus personne et est à mettre à la casse à l’image de mes livres. Personne ne veut lire ce genre de chose. Je me souviens avec tendresse de la revue Vers et Prose créée par Paul Fort et que je lisais jadis chez mon grand-père. J’ai aimé au cours de ma vie quelques auteurs et quelques livres : Céline, Rimbaud, Orwell, Marquez, Proust, Delteil, Lowry, Shakespeare, Huxley, Kafka, Joyce, Musil, Broch, Soljenitsyne, Mann… J’avoue ici ne pas être un grand spécialiste même si je fus professeur de lettres et mes choix vont paraître sans doute très stéréotypés. Je vais me contenter de rapporter et commenter quelques livres qui ont eu de l’importance dans ma vie, qui ont modifié ma sensibilité, peut-être ma façon de voir le monde. Je n’ai pas choisi ces auteurs parce qu’ils sont des mythes, je les ai choisis parce que je les ai aimés à ma façon et peut-être pour des motifs qui vont être déconcertants. Je voudrais essayer de faire partager mon émoi face à ces auteurs et à ces textes. Mon entreprise n’est pas originale, de nombreux passionnés de littérature offrent des blogs de lecture aussi passionnants que riches. J’en ai exploité quelques-uns sans vergogne. Je leur suis redevable. Je n’ai pas l’intention et le temps d’entreprendre des lectures méthodiques, exercice pourtant passionnant que je pratiquai pendant de nombreuses années, je me contenterai donc de vous dire ce qui à mes yeux fit la valeur de ces créations en étayant mes propos de quelques passages singuliers. Ce précis est en quelque sorte une vérification narcissique de mon savoir et j’allais devenir un gardien de cimetière pour reprendre une image de Sartre dans Qu’est-ce que la littérature ? Celui qui m’a le plus accompagné, je crois, est Louis-Ferdinand Céline. Dans les moments de spleen, de solitude, une page de Céline m’a toujours réconforté, paradoxalement car c’est un auteur bien pessimiste. Mais la noirceur de son univers est à somme nulle avec son émotion. Si je devais le rapprocher d’un peintre je penserais certainement à Edward Munch. Céline est un écorché vif. Son style est émotion. Certains stigmatisent son antisémitisme. On verra ce qu’il en est. Moi, Céline me réconcilie avec le genre humain. Avec lui, je me sens un peu moins seul. Je partage sa vision du monde avec néanmoins un bémol concernant son attrait pour les chemises brunes. Je connus tardivement Proust. Je possède toute la collection Gallimard des livres de Proust que j’ai gardé pour mes vieux jours comme un enfant qui n’ose pas ouvrir un cadeau de Noël dans la crainte d’une émotion trop vive… Et puis je connaissais la plupart des écrivains du Lagarde et Michard qui était une anthologie scolaire illustrée regroupant des biographies et des textes choisis d’auteurs français. Longtemps, elle servit de base à l’enseignement du français dans l’enseignement secondaire en France. Tous les gens de ma génération connaissent bien ces six belles couvertures souples ou rigides publiés aux éditions Bordas à partir de 1948 pour les avoir pratiqués. On les trouvait dans toutes les bourses de lycée à la rentrée scolaire. Il y eut plusieurs séries d’illustrations qui me faisaient rêver. Je m’imaginais maîtriser la culture française en m’appliquant avec saine curiosité à leur lecture. Certains khâgneux considéraient qu’il suffisait de bien connaître la collection pour décrocher l’agrég. Le soir, je choisissais un
auteur dont je découvrais la biographie et quelques extraits. J’aimais les livres scolaires. Cela commença avec Mitsou le chat, illustré par Balthus, pour se poursuivre par Le Tour de la France par deux enfants écrit par G. Bruno dont j’ignorais que le vrai nom était Augustine Fouillée. C’était le livre des cours moyens de la IIIèmerépublique. Puis je découvris, dans la collection Pierre Clarac – ce normalien agrégé que j’appréciais, « Apprendre à écrire. Etude des moyens d’expression » ainsi que tous ses livres de classe de lettres. C’est avec ces petits livres bien faits que j’enseignais au lycée. Ils avaient le mérite d’être simples, clairs avec des morceaux choisis pertinents. Ils posaient les bases solides d’une écriture saine. Plus tard je compris que l’on n’acquérait pas une culture de façon mécanique selon la méthode Pécuchet. Ce précis n’est par conséquent pas une histoire classique de la littérature car je m’y fusse pris autrement. Je n’étais ni universitaire, ni spécialiste patenté de la littérature. Je n’avais pas ces talents. Je n’avais pas la prétention d’expliquer quoi que ce soit. Et je laisse aux critiques leur art. Ils possèdent beaucoup plus de talent que moi. Il suffit de lire les nombreux sites littéraires sur internet pour en être convaincu. Je ne suis pas comme disait Zola un juge d’instruction de la littérature. Et je ne fais pas partie non plus des « Boloss » des Belles Lettres. Je me laissais simplement aller à des ressentis, à des impressions subjectives par rapport à des lectures choisies d’auteurs que ma culture bourgeoise m’avait inculquées. C’était en quelque sorte un carrousel où tournent en rond des auteurs de bois et de chiffons aux couleurs de mon imaginaire. Je suis cependant bien conscient que mes souvenirs de lectures d’école cousent une vieille anthologie offrant des choix de lecture apparemment surannés relevant d’une hiérarchie et des goûts d’une époque dépassée. Un précis était un ouvrage succinct. Le mien avait la particularité de présenter une galerie personnelle de mes fantasmes sur les auteurs et les œuvres littéraires. Ce n’est pas ici que le lecteur allait se nourrir de connaissances encyclopédiques. Je partis de l’idée, sans doute farfelue, que chacun se fait une représentation imaginaire des auteurs et des œuvres. Je ne présentais pas un auteur mais l’image que je m’en faisais. Comme on pouvait se faire une idée imaginaire d’une ville qui ne colle pas à la réalité. C’était cet écart artistique de la rêverie entre le réel, la culture et moi, qui m’intéressait. Les scories qui restaient après « lecturation ». L’intéressant n’était pas le tableau ou une présentation figurative ou abstraite mais l’émotion subjective qu’il suscitait. Mon propre miroir ! Il est difficile de faire un choix parmi toute l’immense production de livres passés et présents sans tomber dans des topos traditionnels. Je ne puis citer tous ceux que j’ai beaucoup aimés. Il y eut ceux que j’ai utilisés dans le cadre étroit de mes cours, des livres liés à la littérature. Je fus heureux de trouver les Remarques sur la langue française utiles à ceux qui veulent bien parler et bien écrire, de Vaugelas. J’expliquai à mes élèves les origines de leurs dissertations et autres exigences imposées par les professeurs. Ils faisaient toujours des exercices datant du XVIIèmesiècle ! Je leur expliquai également La Vie des mots, leur formation, leur origine, leur évolution grâce au génial livre d’Arsène Darmesteter ou La Résurrection des mots de Victor Chklovski pour mieux écrire ou encore Remy de Gourmont avec son Esthétique de la langue française. Je fis mien le Traité du style de Marcel Cressot. Je découvris enfin Albert Dauzat et surtout Ferdinand Brunot avec sa monumentale Histoire de la langue française, une œuvre incroyable que m’avait conseillée un vieux professeur d’université à barbichette et manchettes à lustrine. Plus tard Jaime Semprun mit à bas les colonnes du temple. J’ai essayé de réaliser une manière de modeste Précis littéraire essentiellement, agrémenté de quelques références cinématographiques, picturales et musicales. Mais que l’on me comprenne bien : il ne s’agit pas de faire une énième histoire de la littérature. Ce n’est pas moi qui affirme avec justesse que toute l’histoire de la littérature peut être perçue comme une guirlande sinueuse de plagiats. Je ne présente pas les écrivains et artistes de façon objective, je les présente avec les
lunettes de ma personnalité et dans la perspective de ma vie personnelle. J’ai égrené parfois mes commentaires d’extraits choisis qui alourdiront le texte mais j’y tiens. Le lecteur y trouvera des fantaisies dans un véritable fatras. Je vous convie à le lire comme si vous alliez chiner dans le marché aux puces de Cuisery. C’est un village merveilleux dans l’Ain. Il est fait de livres comme les maisons sont faites de chocolat dans les contes pour enfant. Cuisery ! J’aime marcher dans ses rues avec Christine. C’est le pauvre royaume des livres. Evidemment, il ne s’agit pas, je le répète, d’une énième histoire littéraire académique ou d’un bréviaire artistique à l’usage des jeunes lycéens. J’en aurais été incapable et cela ne correspond pas à mon tempérament et je n’ai jamais conçu mon enseignement ainsi. J’ai présenté des auteurs et des livres dans le but de distraire agréablement le lecteur. J’ai tenu, sans respect pour la règle du genre, à parsemer les texticules, selon le néologisme de Queneau, de notules cinématographiques et picturales, essentiellement, qui je l’espère égaieront un peu ma prose en lui donnant un peu de sang frais. Dans mes Miscellanées j’ai présenté, en dehors des valeurs consacrées, une liste non exhaustive des livres que j’ai parcourus au cours de ma vie, de films qui m’ont ému, de tableaux et de musiques qui m’ont bouleversé. Les livres se trouvent entreposés sur des étagères dans ma cave et dans un petit chalet adjacent à la maison. Quand il arrive que des connaissances découvrent cet antre, ils me posent toujours la question de savoir si je les ai tous lus. La réponse est oui et bien plus encore car j’ai beaucoup prêté à des ingrats qui n’ont pas eu l’élégance de me les rendre. La nature humaine est faible. Je n’expose pas cette liste d’ouvrages divers par vanité, pour dire : regardez tout ce que j’ai lu ! Les critiques littéraires ont certainement lu beaucoup plus que moi. Je ne vois pas où il y aurait d’ailleurs un titre de gloire à aimer la lecture et avoir passé une partie non négligeable de sa vie à se crever les yeux sur des ouvrages plus ou moins intéressants. Pour seul résultat, je porte à présent des lunettes-loupe de supermarché et je pourrais ressembler à Godard ! En fait, j’ai renoncé à tout trier et classer. Je les présente dans un joyeux capharnaüm. C’est comme si les lecteurs suivaient, au hasard, les travées de livres en jetant un coup d’œil sur les titres. Je m’empresse d’ajouter que la lecture de cet intitulé n’est pas indispensable si tant est que le reste le soit. Comme tous ces livres ont encombré mes étagères et mon esprit je m’en libère. Quand j’aurai fini la rédaction de mon livre, je donnerai tout à un ami qui a le projet fou d’acheter une bouquinerie. Je préciserai encore qu’un spicilège est un recueil d’épis réunis en une gerbe. Au regard de chacun d’eux j’ai glissé une ou deux notules et apostilles. « La vraie touche des esprits, c’est l’examen d’un nouveau livre, et celui qui le lit se met à l’épreuve plus qu’il ne l’y met » dira Mademoiselle de Gournay dans la préface des Essais de Montaigne. Je voulais souligner la confluence de ma pensée entre moi-même et les signes littéraires. Au lycée Champollion, où j’ai passé le plus clair de mon adolescence, j’avais des lectures chagrines d’explications de texte. J’aimais bien faire ces gloses et ce que je croyais être des analyses talmudiques. Je jouais à faire mon Lévinas. Je n’en garde pas que des bons souvenirs. J’ai encore en mémoire des dimanche soirs horribles où pleurnichant et aidé par ma mère j’achevais fébrilement l’explication de texte du lundi matin. Je revois monsieur Julien, brillant agrégé de lettres classiques, faisant des explications de texte à son bureau. Il était soigné et veillait à ne pas salir ses sévères manchettes blanches. Il se tenait droit comme un i majuscule sur sa chaise sans utiliser le dossier. Ses cours étaient soignés, à son image, parfaite, hiératique. Et je préparais minutieusement mes analyses de textes qui consistaient à répondre à toute une batterie de questions que je ne comprenais pas toujours. Il m’arrivait souvent de « pomper » sur le cahier d’un autre pendant les intercours. Je trouvais souvent les questions alambiquées en diable. Il y avait bien sûr les livres spartiates lus sur prescription professorale comme une ordonnance de médecin. Il fallait lire bon gré mal gré les auteurs consacrés de la littérature
française telle que la présentait avec talent Jean d’Ormesson ou le fameux Lagarde et Michard. Il fut une saison où je lisais des livres après avoir vu un film. C’était la novélisation du cinéma et il me plaisait de faire des comparaisons. J’essayai de voir si l’adaptation cinématographique correspondait à ce que mon imagination m’avait dicté. Je mesurais le talent du réalisateur à l’aune de ma représentation imaginaire. Je possédais toute une catégorie de livres portés à l’écran. J’aimais voir comment des metteurs en scène portaient leur propre imaginaire à l’écran. Quand je lisais, je me faisais mon propre film, souvent d’ailleurs à partir de matériaux d’autres films. J’aimais bien tous ces petits livres mis en films. J’avais fait un coin de bibliothèque où je classais ces types de livre. Le risque était de voir son propre imaginaire influencé par celui d’un autre. Je vis donc toute une série de films avant ou après avoir lu des romans. Parmi tous ces livres et films surnagent quelques œuvres. Il est de mode aujourd’hui de faire des guides bien pratiques des grands romans incontournables de la littérature. Mon modeste travail s’apparente vaguement à cela mais avec plus de liberté sans être coincé aux entournures. Je découvris avec les livres une immense symphonie humaine. Commençons par les valeurs sûres présentées dans une manière de panoptique non sans avoir en bonne logique rencontré quelques ouvrages qui me servent de cale.
LeLagarde et Michard
Ce n’est pas sans une certaine émotion que je regarde derrière la vitrine de l’une de mes bibliothèques les anciennes couvertures épaisses et glacées du Lagarde et Michard qui berça mes années lycéennes. Je sais qu’il fut pratiqué par bon nombre de lecteurs. Il était comme la 2 Chevaux ou Brigitte Bardot, le signe de plusieurs générations. Barthes aurait pu le placer dans ses Mythologies. Les potaches, jadis, devaient peiner sur des manuels de littérature, tels que le célébrissime « Lagarde et Michard », ouvrages composés d’une présentation succincte des auteurs accompagnée de quelques pages choisies de leurs œuvres, le tout présenté dans le cadre de grandes périodes historiques ou de grands mouvements intellectuels. Et avec le recul et la perspective éloignée que donne le temps, je finis par comprendre que l’Histoire littéraire, derrière laquelle je courais, n’était qu’un mythe. Une Atlantide à jamais engloutie. Après Kafka je réalisai que je m’étais nourri spirituellement d’une sciure de bois que, pour comble, des milliers de bouches avaient déjà mâchée pour moi. La littérature n’était qu’une guirlande de plagiat que l’on accroche au-dessus du bal des rêvasseurs idéalistes dans mon genre. Dans notre société où le faux a pris la place du vrai, où la malhonnêteté est devenue un art de vivre, dans notre société où la falsification généralisée s’est répandue comme une épidémie sociale, on écrit des livres en pillant les travaux des autres, en modifiant légèrement ses emprunts pour donner l’impression factice d’avoir créé une œuvre totalement originale. On découvre cette pratique dans n’importe quelle publication et dans presque tous les livres. Je connus un professeur singulier qui prônait le plagiat, à la manière anglaise, affirmant l’intérêt créatif de l’exercice. Aussi, je m’empresse de dire que la présentation qui suit des écrivains n’est qu’un margouillis, une resucée de données et d’interprétations cuisinée à ma sauce. J’ai utilisé de vieilles recettes prises dans de bons livres faisant autorité. Outre le vieux Vers et Prose de mon enfance, j’avais dévoré les ouvrages de Pierre Clarac. Ils sont désuets certes mais c’est avec eux que j’appris à écrire. Je me souviens plus précisément, dans la collection, de l’ouvrage de B. Cognet et M. Janet surApprendre à écrire dans les classes de lettres, première partie les sensations, et seconde partie la vie intérieure qui offraient un riche vocabulaire que j’avais intégralement épluché. Evidemment, il y eut toute l’école, si je puis dire, de Brunetière qui initia avec sonManuel de l’histoire de la littérature françaisetoute une approche classique et universitaire. Dans cette lignée je pourrais citer tous les ouvrages réalisés par des universitaires ou enseignants commeL’histoire littéraireVaillant, d’Alain Le panorama de l’histoire littéraire française, du Moyen Age à la fin du XXesiècle de Michel Butor. Il y eut de nouvelles approches commeLa Littérature française, dynamique et histoire de Jean-Yves Tadié. Je pourrais encore citer Charles-Marc Des Granges,Les Grands écrivains français des origines à nos joursencore ou Les Ecrivains célèbres de la FranceD. Bonnefon qui fourmillait par d’inattendues anecdotes. Ils reposent dans leurs vieilles couvertures cartonnées au tranchant de cuir bouilli. Il y avait les curiosités commeL’Anthologie de la poésie françaiseGeorges Pompidou de oul’Histoire de la littérature françaisedu ministre Xavier Darcos ouL’Histoire personnelle de la littératuredélicieux et calé Jean D’Ormesson. Avec complicité, humour et savoir, Jean du d’Ormesson et Olivier Barrot tirèrent le portrait de nos grands auteurs, dans un brillant tête-à-tête où l’érudition est toujours, et avant tout joyeuse nous dit la quatrième de couverture. Je l’ai pas mal potassé pour faire mes cours parce qu’il offrait une histoire vivante, faite d’acteurs, de héros, de querelles, de succès et de passions dont les enfants raffolaient. D’Ormesson était un grand bourgeois que j’eusse aimé avoir comme ami. C’était un homme cultivé et raffiné. Dans le même ordre, je ne puis laisser de côté les cours d’Antoine Compagnon, à la chaire de littérature française contemporaine du Collège de France, professeur de littérature
française à la Sorbonne et à la Columbia University de New York. C’était un polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées, personnage délicieux et raffiné, d’une grande culture. Dans Le Démon de la théorie, il définit la critique comme une épistémologie et une déontologie. Epistémologie au sens où il s’agit de savoir ce qu’on fait. C’est ce qu’on peut donner comme but à la théorie : parler de la littérature, étudier la littérature, faire de la recherche sur la littérature avec une conscience critique de ce qu’on est en train de faire. Il y a donc une dimension épistémologique de la critique littéraire. Et puis, il y a une dimension déontologique parce que je crois que ce qu’on fait avec la littérature représente un engagement existentiel et que cet engagement existentiel, c’est aussi un peu un engagement moral. Il y a une morale de la littérature. C’est pour cela que je parle de déontologie. Pour moi la théorie représente un peu une déontologie des études littéraires, du métier d’étudiant, de professeur, de chercheur en littérature. Il me rappelait un peu par ses riches connaissances, mon ami Alain Gros, Président de la Société d’Emulation des Annales de l’Ain. Ce ne sont pas les nombreux sites de l’histoire de la littérature des origines à nos jours sur internet qui font défaut. Il y a même pléthore. Ils font tous montre d’un très grand talent. Ce sont des travaux excellents construits par des érudits et des spécialistes. Difficile d’en citer quelques-uns sans en blesser d’autres et je ne puis que rester humble devant une telle production. Je me suis pas mal inspiré de plusieurs d’entre eux, certains étant de véritables grossistes et exportateurs de références littéraires, ainsi que de nombreux et discrets portails littéraires réalisés par de talentueux amateurs perdus dans la foule anonyme. Je pourrais en rapporter quelques-uns bien qu’aucun n’ait daigné faire référence une seule fois, même par un mince entrefilet ou un timide cavalier, ou même une ligne suivant banalement une cadence majeure, auLivre de mon père. Un substantif, un verbe, un complément ! eussent suffi à mon bonheur. Que nenni ! Personnellement, je ne suis pas loin d’être d’accord, pour ce qui est de la littérature avec un texte amusant de Georges Hyvernaud dansLe wagon à vaches: «Tant pis. La littérature française, Dieu merci, peut se passer de mes services. Elle ne manque pas de bras, la littérature française, ça fait plaisir. Elle ne manque pas de mains. On en a pour tous les goûts, pour toutes les besognes. On a des anxieux, des maux du siècle, des durs et des mous, des bien fringués, des chefs de rayon. On a les officiels en jaquette, pour centenaires et inaugurations de bustes. On a les anarchistes qui portent un pull-over jonquille et qui sont saouls à onze heure du matin. Ceux qui sont au courant de l’imparfait du subjonctif, ceux qui écrivent merde, ceux qui ont un message à délivrer et ceux qui sont les gardiens de la tradition nationale. Ceux qui me font penser à mon cousin Virgile qui n’était bon à rien : alors il s’est engagé et puis il est devenu sous-officier – voilà où ça mène de s’engager. Les littérateurs engagés, les littérateurs encagés. (…) Et les petits jeunes gens qui parlent tout le temps de leur génération. Et s’ils racontent en deux cents pages qu’ils ont fait un enfant à la bonne de leur mère, cela devient le drame d’une génération… » Dans ces temps où le vrai est le visage du faux, ne pas être édité quand tout le monde est édité par tout le monde devient une insigne performance dans une époque de falsification où le cœur de la vérité bat au rythme d’un temps condamné.
L’Antimanuel de littérature
J’espère qu’un critique ne tiendra pas à propos de mon précis fantasmatique les commentaires destructeurs adressés au livre de François Bégaudeau,L’Antimanuel de littérature. C’est un commentaire de lecteur. Je tiens que les forums sont très souvent le lieu du bon sens où se formulent des idées iconoclastes. « Bouquin sans intérêt, inutile voire détestable dans lequel un personnage veule, ironique, sarcastique et méprisant (ce qui perçait déjà en filigrane dans son film « Entre les murs ») se permet, profitant de sa notoriété médiatique, d’asséner approximations et idioties (il est persuadé que la littérature n’a pas d’avenir et qu’on pourrait parfaitement se passer d’Elle…), d’étaler son inculture et de distiller sa propagande « déconstructionniste » En ce qui me concerne, je ne ferai pas de commentaire désagréable et mettrai en avant, comme pour éviter les projectiles, le fait que je ne prends personne de haut car je sais combien l’art est difficile, le fait encore que je me suis fait plaisir en publiant à compte d’auteur avec les économies que je voulais consacrer à l’achat d’une petite voiture d’occasion, ce petit ouvrage qui n’a pas la prétention d’être un manuel car les accidents de ma vie m’ont permis de constater qu’on ne s’improvise pas spécialiste. Que je retourne donc à mes études ! J’ai vu autour de moi des kyrielles de savants, d’experts patentés devant lesquels je m’incline, sans aucune fausse-modestie. Les universitaires sont généralement brillants et ce n’est pas en pataugeant dans la gadoue de mes connaissances plus ou moins bien digérées que je les éclabousserai. Une fois encore, j’ai écrit pour me faire plaisir et tous les éreinteurs, censeurs, critiques, dénigreurs, dépréciateurs, détracteurs, médisants, méprisants et ricaneurs devraient ne pas perdre leur temps à me clouer au pilori. Qu’ils passent leur chemin et me laissent sur mon banc d’infamie. Je ne veux pas entrer dans la jungle où les grands carnassiers se dévorent. Je dois quand même préciser que je compris la démarche de François Bégaudeau. Il faut avoir été professeur en zone sensible pour constater que les outils culturels sont devenus inadaptés aux capacités de certains élèves. Allez donc enseigner la littérature à des gens qui ont d’autres préoccupations plus vitales et de gros soucis quotidiens. Son intention louable était de mettre la littérature au diapason des cités. Bref, les jeunes n’accrocheraient pas à la vieille culture indigeste des générations précédentes. Et par conséquent, Begaudeau veut renouveler le genre en offrant une autre approche littéraire. Il est persuadé que la littérature n’a pas d’avenir et qu’on pourrait parfaitement se passer d’elle… Il va donc faire une présentation succincte et qui décoiffe des auteurs de notre littérature à travers le prisme de sa propre personnalité. « Le programme de l’Antimanuel de littérature de François Bégaudeau est ambitieux. Il s’agit de reprendre et interroger tous les présupposés des manuels de littérature en usage au lycée : la littérature existe-t-elle ? la littérature est-elle indispensable, la littérature est-elle morte ?… » Si je devais me permettre un reproche, je me rendrais à un texte très intelligent de Philippe Meirieu sur le comportement pédagogique de François Bégaudeau en rapport avec le livre Entre les murs. En deux mots, Meirieu se trouvait en désaccord sur la manière qu’avait le narrateur de « faire la classe ». Et je pouvais, me semble-t-il, reprendre le même raisonnement sur son approche de la littéraire. « J’avais, à l’époque, dit mon malaise face à certains passages du livre, souligné le caractère illusoire et dangereux de l’égalité instaurée entre le professeur et ses élèves, montré qu’il n’était pas très sain de concevoir la classe comme « un champ de bataille », expliqué l’importance de ne pas s’installer dans le malentendu permanent avec des adolescents, insisté sur le caractère fondamental des acquisitions scolaires et la nécessité du travail sur les contenus, évoqué le danger du relativisme culturel et exprimé mon inquiétude devant la surchauffe affective provoquée par le « héros… »
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