Les Cahiers de Junius - Tome 4

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Avec ce quatrième opus des Cahiers de Junius, l'auteur nous propose une approche iconoclaste de l'économie par un Béotien...


Publié le : vendredi 20 mai 2016
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EAN13 : 9782334054102
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Avant-propos

Tout ce qui se rapporte à l’économie a un sens par rapport à ma vie, bien qu’à la différence de mon père, je ne fusse pas dans la concrétude de la réalité économique. Lui, en tant qu’ingénieur financier avait les mains dans le cambouis des dossiers concrets de grandes entreprises, tandis que je m’intéressais de haut à la macro économie. J’ai baigné dans les livres d’économie. Je ne faisais que cela à une période : lire des ouvrages d’économie politique. Que ce fut dans la période Marie-Hélène, Ghislaine, Yeux-Bleus ou Chris.

J’ai lu des ouvrages se rapportant à l’économie tout au cours de ma vie, en différents lieux, en diverses circonstances. Je ne suis pas en mesure de lier mes lectures d’ouvrages économiques au développement des événements historiques et porter un éclairage précis sur ces lectures et ma propre vie personnelle. Je lisais au fil de l’actualité qui ne fait jamais de pause. Je suivais de près les sorties de livres sur Amazone. J’ai dépensé beaucoup d’argent. Et si je devais faire le storytelling de ma vie ou la mise en récit de ma vie par rapport à mes acquisitions en économie politique, je dirais que mon intérêt commença dès le lycée et se poursuivit jusqu’au jour où je ne supportai plus la redondance des analyses économiques et sa langue de bois.

L’économie restait cependant quelque chose d’abstrait, d’intellectuel et scolaire. Mais j’étais bien conscient qu’elle était le nerf de la guerre, le sang qui irriguait le corps social et que la saisie du monde passait par l’économie. J’ai donc passé du temps dans la lecture d’ouvrages théoriques et peu amènes et j’ai cru utile d’en faire bénéficier mes lecteurs en m’efforçant de ne pas être trop ennuyeux à défaut d’être dépassé. Je m’efforçais de comprendre la littérature économique dont les raisonnements ressemblaient parfois à des équations mathématiques longues comme le bras.

Cette partie de ma vie liée à l’économie s’étend de la période Marie-Hélène jusqu’à aujourd’hui. C’est au cours de cette longue saison enfin apaisée que je vais pouvoir retrouver mon équilibre et un peu de sérénité dans une vie bien mouvementée, me retourner sur le chemin parcouru et faire le point de mes connaissances, penser mon rapport à la science, à l’économie, à la politique et à la religion. C’est le temps apparent de la sagesse et de la réflexion. Cela reste cependant une vue de l’esprit car la vérité est rétive.

C’est la période sereine où grâce à Christine je retrouve une forme d’apaisement et bonheur. C’est la période la plus longue de ma vie, que je l’entame à quarante-cinq ans. Elle se conclura par un mariage. Mais c’est aussi le temps de la retraite, de ma crise cardiaque et de mes problèmes de santé. Je suis un peu devenu une métaphore de mon pays bien malade, atteint de nécrose ! Je convie donc mon lecteur à une petite promenade au pays de l’économie.

De la chrématistique

Nous sommes tous plus ou moins déterminés par notre histoire, notre histoire sociale, familiale, politique etc. Nous n’avons pas une pensée personnelle qui tombe du ciel… Il y eut donc ma vie et il y eut mes livres et mes choix étaient inspirés par mon idéologie. J’étais dans ma vie comme dans un grand labyrinthe de livres perdu comme un Minotaure dans la nuit. Je cherchais la lumière de la vérité. Tout au moins le pensais-je naïvement.

Dans ma petite vie provinciale, j’étais donc amené, par nécessité, à m’interroger sur les sciences économiques car elles touchaient à ma vie quotidienne. J’en avais un peu assez d’entendre dans les repas familiaux, les banquets ou ailleurs des propos aussi affirmatifs que péremptoires sur tout ce qui concernait le politique et l’économique. Il me fallut me pencher sur les livres à caractère économique. Le discours politique et économique ne me paraissait pas fondé en raison. J’avais besoin de Platon. Aussi me parut-il utile de posséder d’abord quelques notions, quelques prolégomènes pour mieux appréhender l’économie.

Mais je m’empresse de préciser que ces quelques commentaires sur l’économie et ses acteurs n’ont pas du tout la pertinence d’une étude scientifique. Il faut que le lecteur comprenne bien qu’il ne s’agit que de mon propre rapport à la réalité qui m’entoure. C’est l’économie vue à travers le prisme d’un pauvre citoyen qui pense au ras des choses du monde. Ma lecture en donne une vision cocasse dans son innocence. Je pourrais faire miens les propos du brave soldat Chveik « Je vous déclare avec obéissance que j’ai été reconnu par les médecins militaires comme étant un crétin notoire. » Et il conviendrait d’ajuster ces textes à la réalité contemporaine. Il est clair que de nombreux passages sont obsolètes. La pensée va plus vite que les nuages dans le ciel.

A mes yeux les sciences économiques n’étaient pas une vraie science. L’économie ressortait à la politique. C’est la raison pour laquelle on parlait d’économie politique. Mais il fallait passer par tout un appareil conceptuel qui la rendait affaire de spécialistes. Cependant, le Béotien que j’étais, voulut pénétrer les arcanes d’un univers aussi sibyllin. Je me mis à ressembler au professeur Shadoko qui non seulement expliquait la logique des passoires en soulignant que la notion de passoire était indépendante de la notion de trou mais la logique de l’économie en expliquant que la notion d’économie était indépendante de la notion de politique.

Il n’existe pas finalement de définition consensuelle de l’économie. Les contours et le contenu de la discipline fluctuent en fonction des auteurs et des courants. Il est donc préférable de présenter l’économie en rappelant que le terme économique vient du grec oikos (maison) et nomos (administrer) qui signifie l’art de bien administrer une maison, de gérer les biens d’un particulier ou de l’État. En ce sens, si la nature est notre maison, l’homme reste un être écologique (logos = loi) tant qu’il continue à obéir à la nature et il devient un être économique lorsqu’il commence à administrer la nature. Aujourd’hui les enjeux pour l’homme sont énormes car il doit concilier l’économique et l’écologique sous peine de ruiner les deux pièces de sa maison.

Un des premiers traités historiques traitant de l’économie est dû à Aristote. Remarquons que celui-ci distinguait alors l’économie de la chrématistique (de khréma-atos) qui est l’art de s’enrichir, si bien que selon lui, l’accumulation de la monnaie pour la monnaie était une activité contre nature qui déshumanise ceux qui s’y livrent (voir Les économiques et l’Éthique à Nicomaque). Il est clair que la chrématistique nuit aujourd’hui à l’économie. Cette notion est quelque peu oubliée !

Il est évident aux yeux du lecteur sagace que compte tenu de mon empreinte idéologique telle que j’ai essayé d’en clarifier la genèse dans les tomes précédents, je ne pouvais pas ne pas m’intéresser à Marx. Poussé par la curiosité j’essayai d’aller au-delà du b.a.-ba et de comprendre un peu mieux les subtilités de l’économie et de la politique afin de poser quelques prolégomènes à ma réflexion. Je débarquai sur le continent économique comme Amerigo Vespucci sur les terra incognita. Je commençai mon voyage par la rencontre avec Das Kapital mais auparavant il m’a paru judicieux de rappeler la puissance économique capitaliste pour donner une échelle des valeurs par rapport à un pauvre citoyen de base.

Il me sembla que notre monde économique ne faisait pas sensiblement la différence entre l’économie et la chrématistique qui était une notion créée par Aristote pour décrire la pratique visant à l’accumulation de moyens d’acquisition en général, plus particulièrement celle de celui qui accumule la monnaie pour elle-même et non en vue d’une fin autre que son plaisir personnel.

La science économique aurait pu revendiquer son statut de science si elle était restée dans le vase clos des mécanismes scientifiques et dans un champ purement théorique. Mais l’économie comme la conscience n’existaient pas. C’étaient des entités abstraites. Seule l’économie politique existait. En d’autres termes, l’économie et ses lois relevaient de l’homme. Le drame fut la confusion sur le sol de l’Histoire entre l’économie et la chrématistique. L’économie était l’art de gérer concrètement les affaires des Etats et des ménages. La chrématistique était l’art de faire du fric ! Cette confusion entre les genres conduisit aux crises. Il n’y a aucune rationalité dans l’économie. L’économie n’est pas une science exacte.

Je fis le constat que tous les économistes français d’une certaine taille sont peu ou prou libéraux, même s’ils affichent des opinions politiques socialistes comme Piketty, Fitoussi ou Daniel Cohen. Citons notamment Alain Cotta, Elie Cohen, Christian de Boissieu, Michel Didier, Michel Godet, Bertrand Jacquillat, Paul Jorion, Serge Kolm, Henri Lepage, Jacques Lesourne, Béatrice Majnoni d’Intignano, Edmond Malinvaud, Jacques Plassart, François Rachline Jean-Jacques Rosa, Pascal Salin, Philippe Simonnot, Christian Saint-Etienne et la quasi-totalité du « cercle des économistes ». Mais j’avais beaucoup d’estime pour tous ces jeunes et talentueux économistes qui développaient une authentique pensée social-démocrate ou marxiste qui sortaient des canons traditionnels de la doxa officielle.

Je dois enfin rappeler au lecteur que les idées évoluent vite, particulièrement en sciences économiques. Certains ouvrages auxquels je fais référence auraient besoin d’être rafraîchis.

L’Éthique à Nicomaque

Je crus bon de commencer mes lectures par un texte antique. Aristote s’interrogeait en effet sur le genre de vie et les conduites les plus susceptibles de parvenir à être heureux. Il serait bon et nécessaire que tous nos brillants économistes et traders contemporains comprennent enfin qu’une vie pour être vertueuse doit être ancrée dans la collectivité et non dans l’individualisme et l’égoïsme mortifères.

« L’argent ne saurait être un but de la vie, elle ne peut être qu’un moyen. La richesse est rangée dans la catégorie de l’utile, et non du nécessaire : “la vie de l’homme d’affaires c’est une vie de contrainte, et la richesse n’est évidemment pas le bien que nous cherchons : c’est seulement une chose utile, un moyen en vue d’une autre chose »

Dans ce monde dépossédé de valeur et de sens, il conviendrait de se retourner vers le passé pour mieux comprendre son présent. Il est aujourd’hui nécessaire d’analyser la moralité des actes économiques en faisant l’étude la plus pratique et utile qui puisse être faite pour servir la société. Ce type de discours paraît hélas complètement obsolète aux yeux de nos savants économistes, brillants mais creux comme des radis.

L’Éthique à Nicomaque souligne l’importance du contexte dans le comportement moral. On ne peut être heureux sans les autres. L’homme bon, l’homme de qualité est celui qui réalise bien sa fonction (ergon), son télos. Il s’agit donc de devenir véritablement un être humain, c’est-à-dire de développer ce qui en moi fait qu’on peut me reconnaître comme faisant partie de la communauté des êtres humains. L’éthique a inspiré la pensée économique, notamment l’école de Salamanque au XVIe siècle, les classiques français, et l’école autrichienne d’économie.

L’École de Salamanque a reformulé le concept de Droit naturel. Celui-ci provient de la nature même, et tout ce qui existe selon l’ordre naturel partage ce droit. La conclusion évidente est donc que tous les hommes partageant la même nature partagent aussi les mêmes droits comme l’égalité ou la liberté. Cette vieille idée mérite de revenir à la mode. Puisque l’homme ne vit pas isolé mais en société, la loi naturelle n’est pas limitée à l’individu.

La consécration finale de la dénomination des économistes de l’École de Salamanque, nous dit Wikipedia a été donnée par Joseph Schumpeter dans son Histoire de l’analyse économique. Schumpeter a étudié la doctrine scolastique en général et espagnole en particulier, et a fait l’éloge du haut niveau des sciences économiques en Espagne au XVIe siècle. Selon lui cette école a été le groupe qui mérite le plus le titre de fondateurs des sciences économiques.

Nomos, c’est la loi, le bon ordre ; oikos, c’est la maison, l’habitat familier, que l’on retrouve dans l’oekumenè, l’univers habitable (ce que nous appelons désormais « la planète »). Kiourtsakis n’a aucun mal à montrer qu’accueillir ces résonances originelles dans notre présent (et même au sens strict dans notre actualité) reviendrait à instruire un procès radical de ce que le capitalisme financier appelle économie, et nous inciterait sans doute, dit-il, « à œuvrer pour transformer notre province mondialisée et déchirée en un univers plus habitable qui ressemblerait davantage à une maison »1

L’éthique à Nicomaque d’Aristote est donc un grand livre, qu’il faut absolument faire étudier à nos jeunes élites, parce qu’il parvient à penser le bonheur individuel en rapport avec le bonheur de la Cité.


1  L’arkhè et le telos par François Taillandier, L’humanité

La vraie nature du marché,
ces idées qui nous gouvernent

Je lus récemment dans la revue de la communauté polytechnicienne, La Jaune et la Rouge un article sur Jean-Pierre Hansen. Cet authentique humaniste, ingénieur et économiste, était chargé de cours à l’École polytechnique.

Il venait de publier un petit ouvrage que tout honnête homme devrait avoir lu : La Vraie Nature du Marché. Il s’agit tout simplement de la synthèse de la pensée économique. C’est pourquoi je voudrais la rapporter en préambule dans une sorte de lecture liminaire en précisant qu’il n’est pas de choix de lecture innocent.

L’auteur pose la question suivante, centrale pour nos sociétés : nous sommes dans une économie de marché, tout le monde le répète sur tous les tons. Le marché, ou plus exactement le modèle économique néoclassique, permet-il d’atteindre la « vie bonne » à laquelle aspire l’honnête homme ? Pour y répondre, il retrace l’histoire de la pensée économique d’Adam Smith à nos jours, montre comment différentes générations ont progressivement développé les concepts et le formalisme utilisés aujourd’hui, expose les hypothèses qui sous-tendent le modèle néoclassique, et met en évidence leurs limites.

Ce panorama amène l’auteur à conclure que le marché est une condition nécessaire mais non suffisante pour atteindre la « vie bonne » selon Aristote. À l’individualisme matérialiste il faut ajouter les sentiments moraux et le sens de la collectivité bien disparus de nos jours. À l’efficacité froide et formidable du marché, il faut ajouter la modération exigée par la vie en société. Les institutions collectives comme l’État et les régulateurs sont donc nécessaires pour compléter le marché. De la part d’un technocrate, j’apprécie !

Pour ma part, je crus comprendre assez vite que la clef du mystère du monde tenait à l’argent-roi qui lui-même dépendait de l’économie. C’est pourquoi son étude me parut incontournable. Des marchés, tout le monde en a plein la bouche. Les marchés se présentent comme une fatalité contre laquelle on ne peut rien. Le problème est de savoir ce que recouvre ce terme de marché. Certains pensent qu’il y a une sorte d’oligarchie mondiale, à travers des Rencontres comme celles du Bilderberg, de Davos, des Sommets, des Clubs qui mènent et orientent le monde. Je dirais que c’est la thèse complotiste.

D’autres pensent que le marché n’a pas de tête. Il serait une force aveugle. Il n’a pas de volonté propre. Le marché est une somme de volontés individuelles, d’investisseurs institutionnels ou privés, comme par exemple des banques et des fonds de pension. Le marché en tant que tel n’existerait pas. Ce sont des gens tout à fait normaux qui souhaitent gérer au mieux leurs affaires. Ils gèrent les économies des uns et des autres. A titre personnel j’ai placé de l’argent dans une banque qui gère mes intérêts et sans pour autant avoir l’œil sur le tableau des indices boursiers, je regarde comment ils gèrent mon pécule. C’est tout à fait naturel ! Ils cherchent à protéger l’épargnant et l’on rentre dans un jeu de monopoly tout à fait logique. Sans tomber nécessairement dans la spéculation, les institutions financières et les banques gèrent au mieux les intérêts de leurs clients. Cependant, le fait de vouloir faire toujours plus d’argent amène à jouer sur les marchés en spéculant. Et l’engrenage s’est mis en place et la meule se met à broyer. Il ne faut pas oublier que ce sont les marchés qui prêtent de l’argent aux Etats. Ce sont eux qui menacent les Etats en jouant par exemple sur les taux d’emprunts. Et les Etats sont comme les particuliers : plus ils sont pauvres et mis en difficulté et plus ils s’enfoncent dans ces mêmes difficultés. Et aujourd’hui on réalise avec effroi qu’un Etat peut ne plus pouvoir rembourser ses dettes et être dépecé comme une entreprise en faillite. C’est ce qui se produisit avec la Grèce. Le temps était advenu où l’on pouvait acheter le port du Pirée ou le Parthénon ou la Tour Eiffel pour se faire rembourser sa mise !

Cela oblige à revoir la façon d’envisager cette crise. Un pays ne pouvant plus rembourser individuellement doit trouver des alliances. C’est la raison pour laquelle des hommes politiques pensent que l’Europe seule peut réagir face aux marchés. La France toute seule ne fait plus le poids. Le refinancement des Etats coûte de plus en plus cher. Une grande partie de l’argent passe dans le remboursement des emprunts ! Et les Etats comme les particuliers sont pendus ! Pour avoir de l’argent, certains pays sont obligés de faire preuve de soumission aux marchés, ce qui se traduit par des politiques d’austérité. Les plans d’austérité s’accumulent, le chômage croît constamment, les peuples son étranglés et malheureux : pensions amputées, dégraissages dans les usines, accroissement des impôts directs ou maquillés, diminution de l’assurance sociale, factures, taxes, CSG, TVA etc. Derrière le storytelling de l’économie et de toutes ses marionnettes, comme dans un immense Casino où jouaient des personnages tels que les présentait le feuilleton américain Dallas, en filigrane, apparaissait, dans un petit coin des coulisses, la mise en scène de mes propres conditions de vie et d’existence. Je devais regarder autour de moi !

La solution est donc de recapitaliser les banques pour ne plus dépendre des emprunts massifs et retrouver sa souveraineté mais la recapitalisation des banques a encore fait augmenter la dette des Etats. La solution devenait alors de convaincre l’Allemagne à accepter que la banque centrale prenne en charge la dette. La dette pouvait être mutualisée sans pénaliser les Etats. Les Allemands demandent la création d’une Union bancaire supervisée par la banque centrale européenne indépendante qui puisse lutter contre de nouvelles dérives et stabiliser le système bancaire pour éviter que ne se reproduisent les événements passés récents.

François Hollande souhaita faire passer une loi de séparation et de régulation bancaires. Autant dire que jouer au plus fin avec le grand capital financier pour le mettre à résipiscence était un vœu pieu. Cependant je sais des hommes de grande qualité, au plus haut niveau, qui continuent inlassablement à mener ce combat : ce sont les hérauts de l’espérance. Une régulation du système capitaliste est aussi nécessaire qu’un enfant doit être éduqué !

Il fallait que la politique reprenne le pas sur les marchés. Et d’âpres combats s’engagèrent au cœur des pays entre les partis au pouvoir et d’oppositions qui appliquent les mêmes recettes à quelques variantes près. Ces combats se menaient dans les parlements nationaux et ont glissé au niveau du Parlement européen qui est devenu le cœur radioactif des luttes idéologiques.

La solidarité européenne est une solidarité de papier. Les Allemands à l’économie puissante ne veulent pas payer pour les autres pays laxistes et faire de nouveau les frais du relâchement latin, en mettant de l’argent dans un puits sans fond. Ils considèrent que la rigueur budgétaire est nécessaire pour protéger les futures générations. Les nations doivent se mettre au pas de l’oie de la discipline allemande !

En résumé, débouchant sur une crise économique dévastatrice, la déroute financière de 2008 a montré la fragilité du pouvoir politique face à une spéculation sans contrôle. Elle a aussi révélé pour la première fois qu’un État pouvait ne pas rembourser sa dette, exacerbant l’agressivité des marchés. Le parti socialiste français et les socio-démocrates européens sont au cœur de la tourmente si bien que mon approche des problèmes est différente aujourd’hui. Et comme Mitterrand, Delors et consorts, Hollande prit une leçon de réalité, principe de réalité économique qui ne transige pas avec la morale et les bons sentiments.

La démocratie et le marché

La controverse concernant la démocratie part de l’idée que la volonté collective, quand elle est exprimée démocratiquement, doit s’imposer aux individus et peut limiter leur liberté : l’économique doit être subordonné au politique. La démocratie, qui repose sur le principe « un homme, une voix », doit primer sur le marché, qui repose sur le principe « un dollar (ou un euro), une voix ».

Pour les libéraux, ni le gouvernement ni les lois, même démocratiques, ne peuvent être l’instrument de l’oppression des minorités et des individus. Le gouvernement doit être soumis aux mêmes limitations de ses pouvoirs quel que soit son mode de désignation. Le soutien d’une majorité ne donne pas tous les droits.

Par ailleurs, ils font valoir que le mécanisme de décision doit dépendre de la nature de la décision à prendre. Il existe des décisions, par exemple le choix d’un président, où la règle de la majorité peut s’imposer. Au contraire, en matière économique, les mécanismes du marché permettent un ajustement beaucoup plus fin et rapide des actions de tous aux désirs de chacun que ceux de la décision politique.

Au début je considérais bêtement que le marché était finalement cause de tous nos maux mais en vérité le marché et ses lois sont le désir du monde. Le marché par tropisme est attiré par l’argent come le tournesol par le soleil.

Les grandes entreprises

Les grandes entreprises mondiales font le monde. Les sociétés bancaires, les entreprises ont un don d’ubiquité et de métamorphose permanents. Comme le personnage de Zélig, elles s’identifiaient au marché. Le propre du capitalisme est la destruction créatrice. Les jeux financiers dans ce grand Monopoly s’exécutent à la vitesse de la lumière. Les créations financières deviennent dans leurs avatars des chimères insaisissables.

Héraclite disait : Je gémis sur l’instabilité des choses ; tout y flotte comme dans un breuvage en mixture ; amalgame de plaisir et de peine, de science et d’ignorance, de grandeur et de petitesse : le haut et le bas s’y confondent et alternent dans le jeu du siècle

Mon dessein n’est pas de dresser une liste noire ou rouge. Initialement je voulais montrer presque matériellement combien le capitalisme n’est pas une réalité abstraite mais un développement hypertrophié et puissant d’hommes et d’entreprises. J’ai renoncé à présenter nominativement mes recherches sur tous les responsables et hauts dirigeants de ces sociétés que l’on peut trouver sur le Web ou dans le Who is Who.

En effet, il fut un temps où j’avais entrepris des recherches sur les maîtres financiers et industriels du monde et épinglé sur un immense tableau les traits de tous ceux qui comptaient. Je finis par connaître tout le personnel des décideurs internationaux qui se côtoyaient dans tous les conseils administratifs de la planète. Un peu comme un enfant jouant avec des figurines de leurs footballeurs préférés. Cela donnait un réseau inextricable où les frontières entre le privé et le public devenaient poreuses. Le sociologue Jean Ziegler avait écrit des ouvrages allant dans le sens de cette dénonciation des maîtres du monde.

En France on compte un peu plus d’une vingtaine de très grandes entreprises mammouth. Dans leur environnement grouille une fourmilière d’entreprises ETI et PMI. Chacune de ces entreprises comporte des imbrications, des interconnexions et des ramifications en perpétuel changement au gré des conseils d’administrations et des tours de passe-passe des membres de l’establishment économique et financier globalisé qui se passent les pouvoirs comme un mistigri.

Chacune a une histoire qui défraierait la chronique ! Je pense par exemple à Vivendi et à son patron Jean-Marie Messier, je pense à Elf et Loïk Le Floch-Prigent. Chacune de ces grandes compagnies ont des histoires mythiques qui défraient la chronique. Les multinationales sont comme des godzilla : d’effrayantes créatures qui broient les hommes à travers une histoire. On pourrait faire un storytelling de ces monstres.

Si on regarde le PIB des plus grands pays du monde on constate que les Etats-Unis conservent leur position de pays produisant le plus de richesse, avec un PIB estimé par le FMI à 15 600 milliards de dollars. La Chine reste également à sa place sur la deuxième marche du podium. La Russie et ses satellites montrent le bout de son nez. Le PIB de la France s’élève quant à lui à 2 580 milliards de dollars, ce qui est la moitié du chiffre d’affaires d’une grande banque d’affaires comme Goldman Sachs.

L’Allemagne et la France restent respectivement en 19e et 20e position. Notre pays est voué encore à descendre dans l’échelle hiérarchique des pays riches. L’Union européenne est la première zone économique mondiale avec un PIB de 16 361 milliards de dollars.

Toutes ces sociétés sont en lien étroit avec le cœur du système, les banques, les institutions financières internationales et les marchés qui envoient de l’argent comme du sang dans les veines. Comment lutter contre cela ?

Fantaisie sur Das Kapital

Dans sa Bible, Das Kapital, Marx donne les lois d’un vaste et puissant système d’économie politique et sociale. J’imagine la scène où Marx découvre les lois du Capital comme je vois sur une assiette d’Epinal l’image d’Isaac Newton trouvant la loi de la gravitation quand une pomme véreuse lui tomba fort opportunément sur le coin du nez !

Ils sont là tous les deux penchés sur leur travail. Karl de temps en temps se gratte une barbe fluviale et laineuse, Frédéric se bourre une pipe. Ce dernier s’était fixé à Regent’s Park Road, à dix minutes de Maitland Park où vivait Marx. Tous les jours, vers une heure, il se rendait chez Marx ; si le temps était beau et Marx bien disposé, ils se rendaient ensemble dans la prairie de Hampstead, un grand parc au nord de la ville. Sinon, ils restaient une heure ou deux à s’entretenir dans le cabinet de travail de Marx, allant et venant l’un suivant l’autre selon une diagonale. Les volutes âcres du cigare de Karl faisaient un nuage au-dessus d’eux. La plume d’oie crissait sur le papier. Karl s’est lancé dans l’œuvre majeure de sa vie. Par moment il fait une grimace. Ses anthrax lui font mal. Ce sont de gros abcès cutanés qu’il avait pris à force de travailler, le derrière sur une chaise.

Il va vers la bibliothèque et caresse le cuir de sa thèse sur Démocrite. C’était le plus scientifique des philosophes grecs. C’était un matérialiste ! C’est en lui qu’il allait trouver la clé. Il ne fallait pas se perdre dans les théories des économistes de la Cité. Il sentait qu’il devait s’attacher au concret et faire l’analyse de la marchandise en bon matérialiste qu’il était. Il pensa à Descartes et à son Discours de la méthode pour apprendre à bien penser. Il fallait procéder par étape du plus petit au plus grand. Karl pressentait que tout était dans cette marchandise qui était à la base de l’édifice. Toutes les richesses venaient de là. Il fallait donc analyser la marchandise comme un biologiste analyse un microbe.

Il comprenait même s’il ne comprenait rien d’autre que la marchandise a un prix. Mais alors qu’est-ce qui fondait le prix d’une marchandise ? Il n’était pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que c’était son rapport à une autre marchandise. Telle fille de joie des bas quartiers de Londres ne valait-elle pas une bourgeoise des quartiers huppés ? Et finalement telle marchandise valait telle autre dans un rapport de qualité et de quantité. Mais alors c’était un cercle sans fin. Telle marchandise renvoyait à telle autre à l’infini.

Par le Diable, s’exclama-t-il les marchandises ont attrapé la danse de Saint Guy ?!

Chaque marchandise s’estimait par rapport à une autre dans un processus sans fin. Il fallait arrêter cette danse du balai en remarquant que ces marchandises avaient toutes un seul et unique dénominateur commun. Ce qui fondait la valeur intrinsèque d’une marchandise était le travail que l’on avait réalisé pour la faire.

Il s’empara sur son bureau d’un gros livre d’Adam Smith. Ce gros bonhomme rejoignait la vision de la monnaie proposée par Aristote dans l’Antiquité. Pour lui, l’origine de la richesse était le travail des hommes. Son cerveau s’illumina. Eureka ! dit-il en frappant son front : la valeur naît d’un rapport de valeur. L’important n’est pas la valeur mais un rapport. En d’autre terme une marchandise n’a de valeur que dans un rapport avec une autre valeur. Mais comment définir cette valeur si elle est toujours dans un rapport. Et bien le secret de la marchandise était la valeur extraite, sortie du rapport de valeur. Et qu’est-ce qui restait à cette pauvre marchandise si on l’extrayait de la danse de Saint Guy ? Karl se creusait la tête alors que la solution sautait aux yeux et c’est chez ce balourd d’Ecossais de Smith, ce joueur de Whist, qu’il la trouva. Ce qui faisait réellement la valeur d’une marchandise c’était tout simplement le temps de travail réalisé par l’homme pour la faire.

A partir de là, comme l’horloge existait, le temps de travail était mesurable dans la durée. Le mystère de la valeur était trouvé : la valeur naissait du quantum de travail investi dans la réalisation de la marchandise, dans la quantité de travail fourni.

La découverte scientifique que les produits du travail, en tant que valeurs, était l’expression pure et simple du travail humain dépensé dans leur production, marquait une époque dans l’histoire du développement de l’humanité.

Mais les hommes continuent à s’imaginer que les choses ont une valeur en soi. Par exemple, si j’offre un cadeau à un enfant, il y a de grandes chances qu’il dise : j’ai un beau cadeau car il vaut cher. Mais le cadeau n’a pas de valeur en soi, en dehors de sa valeur d’usage. Ce qui fait la valeur du cadeau c’est le temps qu’a passé un ouvrier en fabriquant ce cadeau. Je ne t’ai pas acheté un coffre à jouets qui vaut tant mais j’ai travaillé un certain nombre d’heures pour le fabriquer qui valent tant. On a tendance à croire que c’est l’objet en soi qui a de la valeur. Mais Marx dissipe cette fantasmagorie. Le caractère social du travail n’est pas le caractère des choses en soi.

Karl continuait son soliloque, pensant à haute voix et tirant sa barbe poivre et sel :

Autrement dit c’était le travail des hommes qui fournissait la richesse. Mais l’économie capitaliste reposait sur la plus-value c’est-dire un temps de travail en plus réalisé par l’ouvrier. Autrement dit le capitalisme reposait au départ dans son principe de base fort primaire sur le vol, tout simplement. Pour que le système se développât il fallait en quelque sorte une première motion, une nécessité que l’on demandât toujours plus. C’est cette motion, ce mouvement qui allait mettre en branle le monde. Et c’est paraît-il ce qui fait avancer le monde, la dynamique du capital et les gens au début de la Renaissance pensaient qu’à force de naviguer vers des terres inconnues on finirait par tomber dans un trou. Nos brillants économistes aujourd’hui pensent aussi que si le système de production capitaliste s’arrête, nous allons être aspirés par le vide ! Songe-creux pour le coup !

Rousseau comprit que la société allait être mauvaise le jour où un homme planta un piquet autour de son terrain et dit : c’est à moi ! La propriété était le vol ! Mais la plus-value était une forme encore plus vicieuse du vol ! On ne volait plus de l’argent, on volait le temps de travail pour faire de l’argent. Le mécanisme de base de l’exploitation des hommes par les hommes était créé.

Ainsi chaque personne avait le droit de voler l’autre, d’être capitaliste. C’est le principe même du capitalisme, son âme. On avait le droit d’exploiter l’autre en toute liberté. L’essence subjective de la propriété privée était donc le travail. Si je possédais quelque chose c’était grâce à mon travail. La richesse apparaît comme extérieure à l’homme. Puis la propriété privée s’enracine dans l’homme. L’économie politique qui se fonde sur le principe du travail constitue en apparence une reconnaissance de l’homme. L’essence de la propriété privée est en l’homme. L’économie politique reconnaît que le travail est l’unique essence de la richesse. Ce qui fait la richesse c’est le travail. La propriété privée se développe et devient rente puis capital. Le capital est donc l’essence de l’homme. La loi de la vie se résumait au fait que certains étaient plus malins que d’autres, à un simple rapport de force.

La propriété privée s’est acquise par la force, sous le système féodal. Le plus fort possède. La décomposition féodale avec le mercantilisme annonce l’économie moderne. Au départ toute richesse se résout en terre et agriculture. Or la terre n’est pour l’homme que par le travail, l’agriculture. A ce stade la terre n’est encore pas reconnue comme capital, c’est-à-dire comme un moment de travail. La richesse apparaît comme fétichiste puisqu’elle est vue comme objet extérieur du travail. La richesse ne naît pas du travail mais apparaît comme quelque chose d’extérieur. C’est un peu comme un enfant qui reçoit un cadeau. Il a une vision fétichiste de son cadeau car il croit qu’il tombe du ciel en quelque sorte et que l’argent de son papa a permis son achat. Ce cadeau vaut tant d’argent. Mais en vérité ce cadeau correspond au travail réalisé pour le faire, un nombre d’heures que son papa lui a donné. Son papa lui a offert son travail en vérité ou a acheté le travail d’un autre homme ou de plusieurs.

Mais très vite on s’aperçoit que l’agriculture ne diffère d’aucune autre industrie, que l’essence de la richesse n’est pas un travail déterminé, lié à un élément particulier comme la terre, mais le travail en général. La physiocratie reconnaît que le travail est l’essence de la richesse mais la richesse est l’essence de la propriété foncière qui apparaît historiquement comme dominante. La propriété foncière est la première forme de la propriété privée. Peu à peu, historiquement, toute richesse se transforme en richesse industrielle. L’industrie est le travail sous sa forme achevée. Le capital industriel n’est donc que la forme objective achevée de la propriété privée. Ainsi, par conséquence, l’économie politique ne se soucie nullement de l’intérêt national puisque ce qui l’intéresse c’est la propriété privée sous forme de capital. La vie humaine ne possède donc aucune...

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