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Les cent papiers de la mariée

De
115 pages
Il y a seize ans, au Sénégal, je rencontrai la terre d'origine, mes autres, mes mêmes, et puis un homme. Me voilà aujourd'hui en France de nouveau face à lui. Je le désire encore. Il vit ici sans papiers. Sarko l'arrête et le place en rétention avant de l'expulser sans nous laisser le temps de nous essayer. Le contexte politique est peu propice à l'amour intercontinental, nous n'obtenons pas de visa pour son retour. Ce livre est le récit d'un acharnement amoureux et administratif, de ses conséquences.
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Les cent papiers de la mariée

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre DonÛnicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Dernières Volet: Histoire de vie

parutions

Jacques LADSOUS, Profession: éducateur. De rencontres en rencontres,2008. Claude ROSALES, Journal d'un rappelé d'Algérie. Mainovembre 1956 : 200 jours entre Alger et Djelfa, 2008. Philippe BALIN, Voir autrement, 2008. Gérard LEFEBVRE, Récit d'adoption. Du désert à la source, 2008. Aline MARTIN, Le cri de l'âme: après le viol..., 2008. Marie- Thé LAC LA VERIE, Un instant pour toujours - Paroles de fin de vie, 2008. Nicole CROYÈRE (coord.), Surdité: quelle(s) histoire(s) 1,2008. Geneviève MASSÉNA, S. comme usine, 2008. Henry BOURCERET, Une vie sur la route. Lettres d'un pèlerin vagabond, Tome 2, 2008. Henry BOURCERET, Une vie sur la route. Lettres d'un pèlerin vagabond, Tome l, 2007. Joseph BARBARO, Quotidien d'une maison de retraite, 2007. Jean-François GOMEZ, L'éducation spécialisée, un chemin de

vie, 2007.

Zaze Roux

Les cent papiers de la mariée
ou comment Sarko m'a passé la bague au doigt

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06956-5 EAN:9782296069565

à Max, à Lila, à ce lien si précieux.

L'immigration n'est pas uniquement un sujet d'actualité. C'est en visitant mon futur mari enfermé en centre de rétention que j'acquis une conscience réelle de toutes ces histoires singulières. Je le vécus de plein fouet. Un fouet qui blesse, qui broie, qui fait prendre les armes et/ou la plume, qui pousse au combat, qui incite à agir. J'utilisai contre l'injustice de son expulsion le seul moyen légal laissé à ma disposition par l'administration sarkozienne :je l'épousai à Dakar. Je témoigne pour ne pas subir, je veux que ma petite nièce vienne un jour poser sa douce main dans la mienne face à l'Atlantique vu d'ici, comme elle le fit avec tant de confiance là-bas. Je veux le droit au voyage pour tous, le droit à la rencontre. Je veux au minimum que les amoureux puissent vivre ensemble. Je veux une nouvelle loi et je veux qu'elle vienne de toi Nicolas.

1 À la rencontre du géant noir Juillet 1990 Premier grand envol. Destination: un autre continent. J'ai pas vraiment envie d'y aller mais je dois le faire. J'ai bientôt 25 ans, je travaille, aucune raison valable de ne pas voyager. De plus, l'arrivée d'un neveu tout neuf de quelques semaines vient me rappeler qu'un jour «moi aussi j'en aurai» et qu'à ce moment-là il me sera plus compliqué de bouger. Alors ça se précise: passeport, vaccins, une bonne copine partante, et vas-y trace ta route. L'aventure. On choisit pour destination un pays africain plutôt occidentalisé avec tout ce qu'on lui a pris et laissé: le Djoloff, le Sénégal. Je rencontre avant de partir Issa qui est étudiant ici en France et rentre chez lui à Dakar pour les vacances. Je le vois 5 minutes et il accepte au nom de sa famille de nous

accueillir ma copine Marie-France - y'a pas de hasard! et moi, le temps de notre séjour. Issa... comment vais-je te reconnaître à l'aéroport ??? Je crois encore que tous les Noirs se ressemblent.

Trop facile: Issa porte un tee-shirt jaune et se fend d'un sourire éclatant. Je ne vois que lui. Il est très beau, très content. Da fa bég *le Issa. Et moi aussi je suis ravie. L'air est tellement différent, prenant, gorgé d'orage. Et l'atmosphère. Et tous ces gens. On s'embarque avec notre hôte. C'est mon Dakar de 90 qui speede. Je ne connais rien ni personne, j'ai un peu peur, je suis surtout abasourdie, vraiment dépaysée. On roule longtemps, on est cahotés, bringuebalés sur les routes en chantier. Ce taxi, il nous amène où ? Je le connais pas moi après tout ce Issa. Il fait noir. Et on arrive quelque part. Ah les parents de Issa! Deux merveilles. Nous nous sentons bienvenues. Ils ne savent rien de nous non plus mais nous sommes leurs enfants. Prends place samadom **. Il est difficile de ne pas en prendre trop dans cette maison. On te la donne toute.

Séquence émotion. .. Issa, samawai***,tu m'as présenté ta famille, ton pays, tes amis, tu m'as donné ta confiance et je t'ai donné la

*

**

Da fa bég : il est content. Trop bég : trop content. Samadom : mon enfant, les deux miens, mes amours. 10

***Samawai : mon ami. Mes amis savent qui ils sont.

mienne. C'était une rencontre magnifique. Peu importe le temps et les rares nouvelles, tu le restes pour la vie. Bon alors, on s'installe. En bas dans l'immense salon où personne ne va jamais. En haut sur la terrasse parce qu'il y fait moins chaud la nuit. Re-en-bas dans la cour parce que les sœurs et les amies sont là et qu'elles sont si précieuses. Re-en-haut à cause des boytowns. Les boytowns c'est les Dakarois de Issa, pas mal de beaux gosses. D'un peu tous les styles mais on sent quand même la jeunesse « branchouille », bien urbaine. Ma copine et moi sommes les premières blanches frôlées de près par la plupart des jeunes présents. On est innocemment intouchables, idéalisées, magnifiées. Il s'en raconte des choses sur ces toits dakarois. Pas grave si on n'y comprend pas tout. L'ambiance et l'humeur sont excellentes. Issa me fait rire, il parle volontairement français avec l'accent africain, sublime mélange de ce qu'il devient.

Forcément, un des amis surtout me plaît.

C'est Seck. THE SECK. Parce que Seck vaque. Parce qu'il semble que Seck s'en fout. Parce que Seck ne me drague pas mais qu'il me regarde. Parce que Seck repose avec tellement de grâce son menton sur sa géante main. Parce que cette géante main est au bout d'un bras si long qu'il doit aussi soutenir son coude sur son genou plié. Parce que Seck est tout en douceur malgré ses os saillants. Parce que son cœur ouvert se voit sur son visage. Parce Il