Les chemins de ma liberté

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Il y a dix ans, dans Briser le silence, Nathalie Simard dénonçait son agresseur et les années d’enfer qu’il lui a fait vivre. Ce livre est devenu l’un des plus grands best-sellers de l’histoire du Québec. Certains ont cru que ce témoignage allait permettre sa guérison comme un coup de baguette magique. Malheureusement, celle qui a été l’idole d’une génération de Québécois n’avait pas encore remonté la pente. Comment peut-on faire des choix éclairés quand on s’est fait violer pour la première fois à l’âge de neuf ans ?

Nathalie Simard a trimé dur pour s’en sortir et a suivi de nombreuses thérapies. Elle a fait des erreurs et les a même multipliées, ce qui lui a valu les sarcasmes de nombreux journalistes. Sa carrière était en chute libre et sa vie aussi. Sa reconstruction lui paraissait comme une montagne. Dans sa quête de bonheur, elle s’est lancée à fond dans de nombreux projets très prometteurs et elle s’est même retrouvée sur la paille en compagnie de sa petite famille.

Aujourd’hui à quarante-cinq ans, elle est plus sereine que jamais. Elle apprend au jour le jour à maîtriser ses démons. Elle a arrêté les médicaments, elle essaie de se défaire de la cigarette et de perdre du poids. Elle a ouvert une cabane à sucre et nous prépare un nouvel album. La lumière est enfin apparue au bout du tunnel.
Publié le : mardi 24 mars 2015
Lecture(s) : 7
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782895497325
Nombre de pages : 227
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Extrait



Août 2014. J’ai décidé de reprendre la parole. Dix ans se sont écoulés depuis que j’ai brisé le silence et que le livre, écrit par Michel Vastel, a été publié. Deux cents ou trois cent mille exemplaires ont été vendus, je ne sais plus très bien. Je n’ai jamais été bonne avec les chiffres. Mais une chose est certaine, une grande partie du Québec a appris, avec le livre et les entrevues télévisées qui ont suivi, ce qu’un pédophile sans vergogne et jusque-là fort respecté du public avait fait à une idole de la télévision pour enfants pendant de longues années.

Cette idole qui représentait l’enfance et l’innocence n’était pas tout à fait celle que l’on voyait à la télévision. Elle avait une double vie. En coulisse, son gérant la manipulait, violait sa pureté et son innocence en exigeant le plus grand silence, l’agressait en secret, la forçait à faire des choses qu’une enfant ne fait pas, sans que le public et les centaines de milliers de fans le sachent. Elle portait un lourd secret, cette enfant, quelque chose de honteux et d’inavouable lorsqu’on n’a que neuf ans. Ce secret inoubliable, cette enfant, cette adolescente, cette jeune femme l’a gardé en elle pendant près de vingt-cinq ans. Derrière le sourire de la petite Nathalie, il y avait un immense vide, un trou noir dans lequel elle risquait à tout moment de tomber.

J’habite maintenant, depuis quelques mois seulement, près de Shawinigan, dans une érablière, au beau milieu de la nature. L’érablière a été inaugurée début 2015. Depuis 2005, j’ai déménagé des dizaines de fois et on a pu suivre, à l’occasion, les traces de mes déboires amoureux et financiers dans les médias sensationnalistes. Jusqu’à tout récemment, j’habitais avec ma fille et mon chum chez des amis, je squattais littéralement leur maison et nous dormions sur des matelas posés à même le sol. À quarante-cinq ans, je n’avais pas de chez-moi et je vivais dans mes valises, perdant un peu plus de mes maigres biens et de mon histoire à chaque nouveau déménagement. J’étais un modèle d’instabilité et c’était catastrophique, pour moi comme pour ma fille. Ce fut une longue débarque, une dérive qui dura dix ans. Je commence à peine à voir la lumière au bout du tunnel. Je reprends maintenant goût à la vie.

Pour me reprendre en main, retrouver la forme et la santé, perdre du poids et me sentir bien dans ma peau, j’ai décidé d’arrêter de fumer, de suivre un entraînement intensif de Zumba et de m’astreindre à un régime alimentaire strict, grâce à l’aide de la docteure en nutrition Isabelle Huot. J’ai longtemps pris des antidépresseurs pour m’aider à me sortir de ma dépression, mais qui m’ont fait faire de l’embonpoint. Mon corps souffre et cela n’aide pas nécessairement à ma santé mentale. Je veux me sortir de ce cercle vicieux, et c’est pourquoi les conseils d’Isabelle Huot me sont précieux. Elle m’a fait comprendre que tout est une question d’équilibre. Il ne s’agit pas d’éliminer tous les gras et de manger sans limite des fruits et des légumes. Il faut respecter une certaine quantité, même en ce qui a trait aux aliments sains. Comme j’ai un métabolisme lent, je consomme six petits repas par jour de façon à être toujours rassasiée, ce qui m’éloigne de toute goinfrerie.


L’écriture de ce livre fait également partie de cette nouvelle thérapie. Un tel exercice me permettra, je l’espère, d’y voir plus clair et de me défaire de certaines zones d’ombre qui subsistent depuis trop longtemps. Ce sera une nouvelle manière de regarder en avant en examinant le chemin parcouru. Mais je veux aussi refaire le portrait qu’on a fait d’une femme qui ne me ressemble pas beaucoup. On a tellement dit de choses sur moi… Des centaines d’articles ont été écrits sur la petite Nathalie, et dans lesquels je ne me reconnais pas, me décrivant comme une menteuse, une voleuse, une opportuniste, une profiteuse, une has been. Je tiens donc à rétablir certains faits marquants. Cela est d’autant plus urgent que je sais que mon agresseur a approché différents éditeurs pour publier sa version des faits.

Cet homme m’a volé mon innocence, mon enfance, ma virginité. Il m’a volé jusqu’à ma vie privée, à tel point que je n’arrivais même plus à sortir dans la rue pour y faire les achats de tous les jours, de peur de me faire pointer du doigt. J’ai terriblement souffert et j’étais désemparée, avec peu de ressources pour m’en sortir.

Je sais que je dois me protéger en écrivant ce livre de ma vie. Je veux que ce livre soit porteur d’espoir, qu’il soit un livre d’amour et non de vengeance.

Ce livre va définir par où je suis passée pour en arriver où j’en suis aujourd’hui. Je veux que cet ouvrage livre un message positif. J’ai vécu beaucoup d’injustices, on m’a fait de nombreux procès et les juges n’étaient pas toujours impartiaux. Les journaux ont participé à mon lynchage sur la place publique. Ma dénonciation de la pédophilie dérangeait de toute évidence. Lorsque j’ai commencé ce processus de dénonciation, je me suis vite rendu compte que je n’étais pas seule, que les victimes étaient nombreuses. Je suis une femme et une mère de famille. Je me considère comme un être d’amour et je veux faire partager mes expériences, pour livrer le témoignage d’une femme qui s’est tenue debout. Je n’ai jamais compris pourquoi on a été si dur avec moi. Même aujourd’hui, je ne m’explique pas cette méchanceté gratuite. C’était comme si on me disait : « Arrête, Nathalie, de dénoncer les pédophiles et les pervers, tais-toi, garde le silence, sinon tu vas te faire mal ». C’est pourquoi ce livre est un véritable défi, et la preuve que j’ai réussi à conjurer la peur.


J’ajoute que si je n’avais pas été entourée de bonnes personnes, je ne serais pas ici, en ce moment, à raconter une tranche de ma vie, et à ma façon.
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