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Les grandes pages du "Journal" d'Ananda Ranga Pillai

De
472 pages
Le journal d' Ananda Ranga Pillai, courtier de la Compagnie des Indes auprès des quatre gouverneurs, dont le plus célèbre fut Dupleix, à partir duquel Pierre Bourdat a réalisé une anthologie très vivante et documentée, et constitue un document irremplaçable sur la vie quotidienne à Pondichéry, éphémère capitale d'un empire français qui domina une moitié de la péninsule. Il permet de revivre en direct la confrontation du monde indien avec la civilisation occidentale.
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Les grandes pages du « Journal» d'Ana.nda Ranga Pillai

Courtier de la Compagnie des Indes auprès des gouverneurs de Pondichery (1736 - 1760)

présentées par Pierre BOURDAT

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 ] 02] 4 Torino ITALIE

Ilemmerciemments

L'auteur

adresse ses chaleureux

remerciements

à ceux qui l'ont aidé de leurs conseils et leurs

propres travaux, notamment:

le Père André Carof, archiviste de l'archevêché

de Pondichéry

M. Jean Deloche, membre de l'Ecole Française d'Extrème-Orient M. Jacques Weber, de l'Université de Nantes ses filles Irène, Lélia, Juliette pour la réalisation de l'ouvrage, Mireille, son épouse, pour sa présence attentive et les ressources tirées de son fonds indien

PREFACE
A Pondichéry, en face du grand marché, se trouve une des rares demeures du XVIIIe siècle qui ait été conservée dans la ville rasée par les Anglais en 1761. C'est la maison d'Ananda Ranga Pillai, "courtier de la Compagnie des Indes auprès des gouverneurs de Pondichéry". Là, chaque soir, entre 1736 et 1760, à la lueur de la séculaire lampe en cuivre, le chroniqueur tamoul consignait sur des registres les faits et gestes des petits et des grands du comptoir français. Pierre Bourdat, dans Pondichéry XVIlle, publié il y a quelques années, nous a décrit ce bâtiment de style composite, avec un patio indien entouré de piliers de teck surmonté d'un étage européen soutenu par de blanches colonnes, hommage aux deux cultures dont il avait fait la synthèse. Aujourd'hui, l'auteur qui, depuis, n'a pas cessé de s'intéresser à l'histoire de la ville, nous présente une anthologie des "grandes pages" du journal de cet observateur patient et minutieux, qui vécut la tragique épopée française en Inde et nous en retrace les heures de gloire et de détresse. On trouvera, dans ses notations, les portraits vivants des grands acteurs du drame, les gouverneurs, depuis Dumas jusqu'à l'infortuné Lally. On entrera, en particulier, dans l'intimité du plus illustre d'entre eux, Joseph-François Dupleix, qui avait rêvé d'un empire français en Inde. On suivra, étape par étape, l'extraordinaire essor de la Compagnie, les campagnes victorieuses de ses soldats, les conquêtes, célébrées dans l'enthousiasme, puis les "années terribles", le siège de la ville vécu dans l'angoisse, enfm, l'humiliation et l'échec fmal. On sera surtout sensible à tous les détails donnés sur la société pondichérienne, les intrigues de madame Dupleix, l'intolérance des Jésuites, la vie quotidienne dans l'entourage du gouverneur comme dans la rue, les conflits de castes, les oracles et présages, la nourriture... et les mille et une choses dont sont faites les journées d'un homme. Rien de disparate dans les citations. Classées chronologiquement ou par thème, avec des titres suggestifs,

des formules heureuses, émaillées d'anecdotes pittoresques qui renouvellent sans cesse l'intérêt de la lecture, elles sont toutes remises dans leur contexte, éclairées par une solide documentation tant sur les faits historiques que la topographie des lieux. L'ensemble se lit facilement et, quand on a fmi l'ouvrage, on a l'impression d'avoir partagé la vie des Pondichériens du XVIITe siècle et d'en savoir bien plus sur ce comptoir que ce qu'en disent les livres savants. Il faut aussi dire que ce regard neuf posé sur la présence française en Inde nous permet de saisir les affmités, les liens qui se sont noués entre le représentant de la communauté tamoule et les dirigeants de la collectivité &ançaise, et de mettre en valeur cette relation privilégiée sur le plan humain.

Jean Deloche membre honoraire de ['Eco[efrançaise d'Extrême-Orient

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PRELUDE

1. PRESENTATION

Sans nous laisser aller à pasticher Rousseau en déclarant avec emphase «je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple », nous dirons plus modestement qu'il ne nous semble pas que le journal d'Ananda Ranga Pillai ait jamais fait l'objet d'une anthologie. Pour ce faire il fallait lui trouver des mérites littéraires, ce qui ne fut jamais le cas. Quelques historiens se sont donné la peine d'en lire des fragments pour y trouver des témoignages concordant avec les faits qu'ils relataient. Cette recherche leur était facilitée par la forme même de l'ouvrage, dont chaque partie correspond à une date. L'oeuvre de référence était naturellement sa traduction en langue anglaise éditée, en 12 volumes, à partir de 1904, par deux spécialistes de la langue tamoule résidant à Madras. Aux citations fragmentaires du « Journal» éparses en quelques ouvrages nous opposerons deux utilisations plus systématiques. La première est le fait d'une historienne qui, militant à sa manière dans les rangs du féminisme, a produit trois biographies de nobles dames qui, par leur mariage, leur naissance ou leurs origines, ont illustré Pondichéry, sa ville natale. Le second de ces ouvrages s'intitule emphatiquement « Créole et grande dame, Johanna Bégum, Marquise Dupleix ». La lecture en devient divertissante à partir du moment où la panégyriste s'accommode comme elle peut des témoignages d'Ananda qui, détestant ladite marquise, en a dit tout le mal possible. Reste que l'auteur puise assez largement dans son journal, ce qui fut en son temps ( 1934 ) une initiative méritoire, quoique limitée.

Beaucoup plus large est la part faite aux extraits des livres XI et xn par un historien de formation juridique!, auteur d'une défense de la mémoire de Lally- Tollendal, victime de l'arbitraire royal, « Le général de Lally, d'après le journal d'Ananda Rangapillé ». Ce fut aussi en son temps ( 1944 ) une louable contribution à la connaissance de l'oeuvre d'Ananda. Le talent du chroniqueur en sort-il magnifié? C'est à voir. Le lecteur appréciera quelques extraits pris au hasard. La parole est au courtier: « Ce matin, M.Boyelleau et M.Comet se sont rendus au Fort dans le magasin des toiles et ont donné ordre, en présence des marchands de la Compagnie et de Karikal, de fIXer le prix de la toile prise à Fort SaintDavid et de l'emballer. 39 balles de Salampore fm, modèle hollandais, ont été emballées aujourd'hui à raison de 33 pagodes la courge, prix noté hier; 32 balles de madapolam blanc espèce hollandaise ont été emballées à raison de 33 pagodes la courge, au lieu de 45 ou 43 pagodes, en moins marquées hier. Ainsi 71 balles ont été emballées hier, le montant total des balles est de 91. Chaque balle de Salampore contient 4 courges et chaque balle de madapolam une courge et demie ». ( XI. 231 ). Veut-on, à présent, un communiqué de guerre? Prise de Villenour: « Les Anglais, qui ont arboré leur drapeau sur le gopouram de Villyanallour, se sont emparés de la région de Villyanallour et ont attaché des toranams au droit de la haie des limites, d'où on peut les apercevoir. Il y a eu bataille entre les Français et les Anglais aujourd'hui, sur les hauteurs de Perambè; mais ceux-là ont battu en retraite à Oulgaret, Ellepoullé Savady et autres endroits. Les Anglais ont attaché des toranams à Ariancoupam et ailleurs. Depuis l'année Vibhava, Ariancoupam, Mouroungapacam, Oulgaret, les villages des limites et Kalapattou ont été en possession de nos gens et aujourd'hui
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On trouvera dans notre bibliographie les ouvrages cités, avec leurs auteurs. 12

l'ennemi occupe ces places, à l'exception de Kalapattou. Il reste à voir ce qui adviendra à partir de demain. » ( XII.50 ). On peut aller plus loin dans une anthologie par l'absurde, tant il est vrai que, dans ses parties ingrates, le journal d'Ananda est un monument d'ennui. Contraint, par sa double fonction, de tenir ses comptes à jour et de rédiger, chaque soir, un bulletin de nouvelles à débiter au gouverneur le lendemain matin, le chroniqueur ne s'abandonne pas toujours à sa libre inspiration qui lui dicte tant de morceaux bienvenus qui seront les diamants de notre anthologie. Il reste à mentionner deux traductions partielles faites en français à partir du texte tamoul. L'une et l'autre ont précédé la traduction intégrale de l'oeuvre en langue anglaise. La première, oeuvrette de circonstance, fut confiée à un Indien par un haut fonctionnaire français qui s'est contenté de la retoucher. Elle comprenait des extraits de la partie relative au siège de 1748, victorieusement soutenu par Dupleix contre les Anglais. Le correcteur avait élagué tout ce qui pouvait ternir l'image du vainqueur, dont on érigeait la même année ( 1870 ) une statue sur le boulevard maritime. Premier essai d'anthologie, partielle et partiale, à la gloire du maître, non de son mémorialiste. La seconde fut composée, dans le même esprit laudatif, par un linguiste, Julien Vinson, spécialiste du tamoul, en 1894. Traduction assez étendue, comprenant 320 pages ( la traduction anglaise en compte 5200 ), mais gauche, inélégante, farcie de fautes de goût. C'est ainsi que, pour serrer le texte tamoul, l'auteur nomme le lieutenant-gouverneur ( ou Second) « le petit Monsieur» par opposition au gouverneur, le grand Monsieur. Pourquoi pas «Petit Missié »?

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Ce serait assez dans le style de ce traducteur qui s'obstine à faire tutoyer Ananda par ces messieurs les blancs, à commencer par Dupleix. Or nulle part il n'apparaît que ce dernier eût traité son conseiller en inférieur et l'on trouvera, sous la plume enjouée d'Ananda2, un essai de transcription en tamoul de quelques mots d'une question banale posée par le gouverneur où apparaît par deux fois le pluriel de politesse. La preuve est donc établie par le même Vinson qui avait voulu nous faire croire à la grossière familiarité d'un homme aussi bien élevé que Dupleix. On peut supposer qu'un compatriote et contemporain de Vinson, c'est-à-dire un colon du 19ème siècle, aurait mal réagi au voussoiement octroyé à un indigène, eût-il le rang de premier courtier, et que c'était là un mauvais exemple à donner aux lecteurs. On conçoit que ce tutoiement colonial, dont la seule raison d'être était l'avilissement, ait pu engendrer des haines propres à forger le moral des résistants dans le maquis kabyle ou la brousse indochinoise. Le voussoiement égalitaire des Anglais suffit à expliquer le fait qu'ils aient inspiré à leurs sujets un respect et une estime durables. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'en retour ce soit eux qui ont accordé à l'oeuvre du chroniqueur indien l'estime qu'elle méritait en la publiant dans son intégrité. Chaque partie de notre anthologie fait référence à l'un des douze volumes de l'édition britannique, indiqué par un chiffre romain, la page initiale de l'extrait portant un chiffre arabe. Par une étrange ironie du sort, donc, on lit le « Journal» dans une langue qu'ignorait totalement son auteur. On n'envisage plus, même si quelques bons esprits l'ont autrefois souhaitée, une traduction intégrale en français, pour la simple raison que, de nos jours, l'anglais, au contraire du français, est accessible à la grande majorité des chercheurs, particulièrement en Inde, où il joue le rôle, probablement irremplaçable, de langue véhiculaire. C'est au point qu'un historien tamoul a
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Voir chapitre 44:« Ananda, écrivain :&ançais ?». 14

récemment traduit en anglais le journal d'un neveu de Ranga Pillai, dont il a trouvé le manuscrit, au lieu de le publier dans la langue originale. Et c'est la raison pour laquelle la publication en tamoul du journal d'Ananda se fait attendre et ne sera probablement jamais réalisée. Qui toucherait-elle en dehors des 80 millions de locuteurs tamouls, en minorité dans un pays dont la population a dépassé le milliard? A l'inverse, le journal d'Ananda, décanté de la plus grande partie de son contenu indigeste, économique et fmancier, peut intéresser au premier chef, en dehors de l'Inde, un public français. « Ranga Pillai, dit un jour publiquement Dupleix, vit au milieu de nous depuis son enfance et il connaît nos affaires mieux que n'importe quel Français ».Ananda, qui servit sous cinq gouverneurs, a vécu jour par jour dans deux mondes, la communauté indienne de Pondichéry, dont il fut le représentant ( et même, officiellement, « le chef» ) et la société qui gravitait autour du gouverneur, dont il fut le premier interprète ( le « dobache» ). Tous ses intérêts étaient liés à la réussite française. « Celui qui vit à l'abri d'un arbre doit souhaiter sa prospérité ». Personnage hybride, il s'estimait assez assimilé pour parler de « nos gens », « nos troupes ». Il en vint à souhaiter l'unification de l'Inde sous le sceptre de Louis XV : « Notre drapeau flottera sur Trichinoppoly, et le Roi de France étendra son pouvoir de Trichinoppoly à Golconde. Pondichéry sera le port et Gingi la capitale du royaume ». Qu'on ne s'attende pas à trouver dans notre anthologie, malgré ces déclarations d'allégeance ( qui sont loin d'être la tonalité unique du « Journal» ), la relation des guerres que livrèrent dans le Dékan les lieutenants de Dupleix et des alliances par lesquelles ils établirent une sorte de protectorat avant la lettre. Outre que les fastes et les ratés d'une colonisation avortée ne touchent plus guère un lecteur de notre temps, cette partie du « Journal» consiste en arides et confus communiqués de guerre, pour la simple raison que le chroniqueur, invétéré citadin, n'est jamais allé sur les champs de bataille et qu'il ne décrit bien, mais alors excellemment, que les situations où il s'est lui-même trouvé, notamment 15

les deux sièges qu'il a vécus, en 1748 et dans les derniers mois de sa VIe. Cela ne dispense pas, bien sûr, les historiens de trouver dans les bulletins officieux des campagnes dékanaises des éléments intéressants qui'ils confrontent avec d'autres sources. Mais c'est là leur affaire, très particulière. Ce n'est pas pour les chercheurs que nous avons travaillé mais, comme on le disait au Grand Siècle, pour les « honnêtes gens », qui « ne se piquent de rien» , mais que touche ce qui a une valeur d'humanité, ou, si l'on veut, littéraire. Ils devraient être servis à souhait. Ils trouveront dans cette chronique de la vie d'une cité, qui fut francoindienne, le reflet de son évolution et, dans ses dernières pages, de son dramatique déclin. C'est la raison pour laquelle nous avons coupé, après l' « ère Dupleix », c'est-à-dire au sommet de sa gradation ascendante, l'ordre historique auquel nous étions logiquement astreint, en regroupant, sous la forme de deux « intermèdes », les vues du chroniqueur, éparses tout au long de son ouvrage, sur la vie sociale et religieuse de Pondichéry, ainsi que d'autres pièces d'anthologie, qualifiées de « mélanges». Après cette longue pause, où sont recueillis les morceaux les mieux venus d'Ananda, nous lâchons à nouveau la bride à l'Histoire qui, piétinant dans son galop les rêves et les dernières illusions du chroniqueur, nous conduit jusqu'à son agonie et à sa mort, qui a précédé de trois jours la reddition de sa ville, préludant à sa totale destruction. Cette disposition nous a paru la plus théâtrale. Chaque fois que le lecteur butera sur un mot appelant une explication, il peut être assuré de la trouver soit dans notre glossaire, soit dans l'un de nos index. Il ne nous a pas paru nécessaire de multiplier à cet effet les renvois, sous la forme de signes ou de chiffres, dont la bigarrure nous semble inesthétique. Tout au plus les termes appartenant à une langue indienne, tamoul ou sanscrit, sont mis en italique, à moins que, tels coolie ou roupie, ils ne soient encore en usage. A l'inverse, des vocables tels que « loge », « mongol », « cache» 16

ou « pagode », ont, dans un contexte indien et ancien, un sens très particulier. Les traducteurs anglais ont rendu le mot tamoul « dorai» par « européen », alors que Julien Vinson écrivait crûment les « blancs ». Certes ces Européens sont pour la plupart des Français, mais comme on trouvait à Pondichéry des Irlandais, des Suisses, des Allemands, etc... , tant civils que militaires, nous avons presque toujours, dans le doute, respecté l'appellation donnée par les traducteurs. A trop coller à la version anglaise il nous est arrivé, dans l'emploi des noms propres, d'écrire « u » où il eût fallu « ou ». De là quelques variations dont on nous excusera, telles que Tiruvengadam oncle de Gourouvappa, Cuddalore ( au lieu de Goudelour ), etc. Difficile de s'abstraire des graphies anglo-indiennes, elles -mêmes des plus variables. On trouvera plus de logique dans l'opposition majusculesminuscules. La majuscule est de mise pour Roi, Gouverneur, Conseiller, Général, etc, uniquement dans les extraits du « Journal »; la minuscule partout ailleurs. Nous écrivons « le journal» avec la minuscule quand il est suivi du nom de son auteur ou que celui-ci est représenté par un possessif; avec la majuscule et entre guillemets dans le cas contraire. Moins excusable est le flottement dans la graphie des nombres, écrits tantôt en lettres, tantôt en chiffres. Ce choix nous a paru guidé par des critères esthétiques.

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2. PONDICHERY AU XVIII SIECLE
La ville, ses monuments
Chronologie 1617 Des marchands de Saint-Malo commercent à Poudichéri, orthographié Pondichéri par leurs directeurs 1664 Colbert fonde la Compagnie des Indes Orientales 1672 Bellanger de l'Espinay obtient de Chirkhan Loudy la concession de Pondichéry 1674 - François Martin y crée un établissement pour le compte de la Compagnie - Arrivée des Capucins 1683 Eglise Saint-Lazare, donnée aux Capucins 1686 - François Martin est directeur du comptoir - Il construit un premier fort, dit Barlong 1689 Arrivée des Jésuites et des Missions Etrangères 1692 - 1ère église des Jésuites - Les Hollandais en guerre avec la France depuis la formation de la Ligue d'Augsbourg 1693 - Prise de Pondichéry par les Hollandais - François Martin se réfugie à Chandernagor 1697 Paix avec la Hollande au traité de Ryswick 1699 - Rétrocession de Pondichéry dont les Français acquièrent la propriété - Retour de François Martin 1702 2ème église des Jésuites 1702-1706 Construction du Fort-Louis 1706 - Naissance de Jeanne Albert, future Madame Dupleix - Mort de François Martin

1706-1721 Gouvernorats de Hébert, Dulivier et La Prévotière 1707 1ère Notre-Dame de Anges (Capucins) 1714 Eglise d'Ariankuppam (jésuite) 1719 - Fondation de la Compagnie française des Indes, par fusion de la Compagnie des Indes Orientales avec la Compagnie d'Occident - 1er mariage de Jeanne Albert, avec Jacques Vincent 1721-1735 Gouvernorat de Lenoir 1721-1731 Dupleix est conseiller au Conseil Supérieur 1723 1ère église des Missions Etrangères 1724-1735 Construction des fortifications extérieures 1726 Cimetière des Capucins 1735-1741 - Gouvernorat de Dumas - La ville compte 120 000 Indiens et 1200 Européens 1736 - Ananda Ranga Pillai commence son journal - Droit de battre monnaie - 3ème église des Jésuites 1738 - Hôtel de la Monnaie - Palais du Gouvernement mis en construction 1739 2ème église des Capucins 1740 Hôpital des Capucins 1741 Dupleix épouse Jeanne Albert, veuve de Jacques Vincent, à Chandernagor 1742-1754 Gouvernorat de Dupleix 1744 Guerre de Succession d'Autriche - L'Angleterre s'allie avec l'Autriche contre la France 1745 - Construction d'un rempart en bord de mer et de ]a Porte Marine - Eglise de Reddiarpaleam (jésuite) 1746 Prise de Madras par La Bourdonnais 1748 - Siège de Pondichéry. Echec anglais - Démolition du temple d'Iswaram - Fondation du Carmel par le P.Coeurdoux 20

-

1749 Madras est rendu aux Anglais en vertu du traité d' Aix-IaChapelle 1750-1753 Campagne du Deccan, sous le commandement de Bussy : prise de Gingi, entrée à Haiderabad, Golconde et Aurangabad 1752 Achèvement du Palais du Gouvernement Leurs alliances avec des princes indiens mettent aux prises Français et Anglais 1754 Mission de Godeheu. Rappel de Dupleix 1755 Les Français dénoncent leurs alliances 1755-1761 Gouvernorat de Duval de Leyrit 1756-1763 Guerre de Sept Ans. La France et l'Angleterre à nouveau ennemIes 1757 Prise et destruction de Chandernagor par les Anglais 1758-1760 - Arrivée de Lally commandant un corps expéditionnaire français - Prise et destruction du fort anglais de Saint-David ( Cuddalore ) - Bussy, rappelé dans le sud, se brouille avec Lally - Echec devant Madras, défaite de Wandiwash. Siège de Pondichéry 1761 - Capitulation de Pondichéry - Expulsion des Français et destruction de la ville 1763 Rétrocession de 5 comptoirs en vertu du traité de Paris 1765-1777 - Gouvernorat de Law de Lauriston - Reconstruction de Pondichéry 1766 Condamné pour trahison, Lally est décapité à Paris 1769 - Reconstruction des fortifications. - La ville compte 60 000 h., dont 1200 Européens 1770 - 3ème Notre-Dame des Anges - Les Jésuites commencent leur 4ème église Voltaire rouvre le dossier de Lally 21

1771 Séminaire du Sud-Est Asiatique à Virampatnam 1773 - Suppression de la Compagnie de Jésus en France - La mission jésuite est maintenue - Voltaire publie ses « Fragments sur quelques révolutions dans l'Inde» 1776 Les Missions Etrangères succèdent aux Jésuites et installent un évêque, Mgr Brigot 1778 - Cassation du procès de Lally - Mort de Voltaire - La France soutient l'indépendance des Etats-Unis contre l'Angleterre 1778 Siège et capitulation de Pondichéry ( août-octobre) 1782-1783 - Projet de reconquête - La France, alliée à Haider-Ali, sultan du Mysore, envoie Suffren qui s'empare de Trincomali ( Ceylan) et débarque à Porto-Novo. Arrivée de Bussy - Hostilités suspendues par le traité de Versailles 1783 Rétrocession des comptoirs en vertu du traité de paix, mais les Anglais exigent la restitution de Trincomali 1783-1785 Bussy s'installe à Oulgaret et mène les négociations 1785 - Mort de Bussy ( 7 janvier ), peu avant la réoccupation de Pondichéry Devenu ville ouverte, le comptoir dépend de l'lIe de France 1785-1793 Gouvernorats de De Souillac, de Cossigny, de Conway et de Fresne 1790 1ère Assemblée pondichérienne 1791 - Une Assemblée Coloniale prend en mains l'administration - Election de 2 députés de l'Inde Mgr Champenois succède à Mgr Brigot. Consécration de la Cathédrale

-

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1792 - Prestation de serment à la Constitution ( 14juillet) - Arrivée du Comte de Chermont, gouverneur - Guerre avec l'Angleterre 1793 Siège et capitulation de Pondichéry (7 juin-22 août) 1793-1816 Occupation anglaise ininterrompue, malgré une tentative de débarquement en 1803 1798 - Bonaparte, vainqueur en Egypte, projette d'en faire une base pour la reconquête des Indes avec l'alliance de Tippu-Sahib, sultan de Mysore - Défaite d'Aboukir 1799 Tippu-Sahib est tué dans la prise de Srirangapatnam

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3. REGARD SUR LA COMPAGNIE DES INDES
Il Yeut trois compagnies de ce nom 1664 Colbert constitue la « Royale Compagnie de France des Indes Orientales» 1719 Réunion de la précédente avec la « Compagnie d'Occident» fondée par John Law ( 1717 ) pour former la « Compagnie des Indes» sous l'égide du même Law, contrôleur général des fmances 1785 « Nouvelle Compagnie des Indes» par arrêt du Conseil d'Etat Pôles occidentaux: Paris, siège de la direction générale Lorient, port exclusif de la Compagnie de 1666 à 1769
En Inde: Surate, siège principal des établissements français en Inde ( 1671 ), détrôné par Pondichéry, devenu le chef-lieu ( 1701 )

Principes généraux. Capital: en actions Privilège: monopole de la navigation et du commerce dans les Indes
Les établissements Au niveau supérieur, les comptoirs ( dits parfois factoreries)

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- Au-dessous,les loges,quartiersréservésà l'intérieur d'un port indien

- Il arrive que les loges accèdent au rang de comptoirs - Al' inverse, certains peuvent être abandonnées ou passer
étrangères Situation géographique - A l'ouest, Surate, Mahé, Calicut

en des mains

- Au Bengale,

Chandernagor, Cassimbazar, Balassor, Dacca - Sur la côte est, Masulipatam, Yanaon, Pondichéry, Karikal

Le Conseil Supérieur ( ou Souverain ), créé à Pondichéry en 1701, représente la Compagnie en Inde et remplit trois fonctions. - Il gouverne et administre en son nom. Comme tel il fait des règlements, prend des arrêts. - Il fait toutes les affaires commerciales. - Il rend la justice, tant au civil qu'au criminel. Le personnel civil ( gens de plume) - Au sommet: le Gouverneur, président du Conseil, directeur du commerce, garde des sceaux, commandant des troupes. - Le Second, qui en principe le remplace en cas d'absence ou de vacance. - Les conseillers. - Agents de commerce: commis de 1ère et de 2ème classes, souscommis, secrétaires ou écrivains, greffiers...

Les conseillers - Leur nombre: de 5 à l'origine à 24 en 1749, dont 12 « conseillers des Indes», 12 "conseillers adjoints". - Les nominations: elles dépendaient du Secrétaire d'Etat à la marine, en accord avec les directeurs. Les conseillers recevaient l'investiture royale. - Le Conseil ne prenait jamais l'avis, du moins officiellement, des sujets indiens. - Leurs compétences: * Le Second était chargé de la police générale avec, sous ses ordres, le « naînard» ou grand prévôt et ses « pions ».

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* Les conseillers avaient une spécialité, un « département », tels que la caisse courante; la monnaie; les magasins; la visite des toiles, de la monnaie, des travaux, de la voierie, de l'hôpital; le commissariat des troupes.. . Le personnel militaire ( gens d'épée)

- Il a considérablement

varié au cours du 18ème siècle.

- A l'échelon supérieur, major des troupes et aide-major.
Exercice de la justice - Un conseiller faisait office de procureur général. - La justice civile appartenait au Conseil Souverain pour les Européens et les litiges entre Européens et Indiens. - La justice criminelle était exercée par le Conseil Souverain pour les délits graves. - Le Conseil fonctionnait comme tribunal d'appel pour les établissements secondaires, qui disposaient de conseils « principaux ». - Les pourvois en cassation étaient ouverts devant le Conseil du roi.

- Le Tribunal

de la Chauderie rendait la justice aux Indiens selon leurs lois et coutumes. Il était présidé par le Second, assisté par deux conseillers ou sousmarchands. - Le Conseil de guerre, présidé par le Gouverneur, comprenait 6 officiers. - Le Tribunal d'amirauté connaissait de toutes les affaires commerciales concernant les gens de mer. A partir de 1776 on envoya enfm dans l'Inde des magistrats de carrière. Le commerce Le commerce d'Europe était en principe le privilège de la Compagnie, monopole rogné par le système des « ports permis» autorisant les 27

capitaines et officiers à embarquer pour leur compte une certaine quantité de marchandises. Le commerce « d'Inde en Inde» se pratiquait avec les différents établissements ou comptoirs au-delà du Cap de Bonne-Espérance. Il embrassait le Moyen-Orient ( Bassora, Djedda, Bender Abbas, Moka ), les Maldives, en Extrême-Orient Achem ( Sumatra ), le Pégou ( basse Birmanie ), Manille, Canton. Les conseillers et des particuliers y faisaient du commerce pour leur compte, ainsi que les gouverneurs, tel Dupleix qui posséda une flotte importante. Ce commerce, beaucoup plus fructueux que les pourcentages et émoluments alloués à ses employés par la Compagnie, affaiblit beaucoup cette dernière. Il explique en bonne part le déclin de la puissance française en Inde face à l'Inde anglaise où ces pratiques étaient prohibées. La navigation Elle dépendait du régime des vents et, sur le Coromandel, de l'alternance des saisons. Au départ de France les bateaux appareillaient en hiver ( décembremars ), faisaient un grand crochet en direction du Brésil pour éviter les alizés qui soufflent d'est en ouest, recevaient le vent d'ouest à partir du 30ème parallèle, arrivaient à Pondichéry après 6 à 8 mois de navigation, en juin-juillet-août. Ils en repartaient avant la saison des pluies et des cyclones ( octobrenovembre-décembre ). Principales escales: îles de France et de Bourbon.
Articles de commerce d'exportation. Principalement les étoffes, fournies par des tisserands dans un vaste rayon, allant de 90 à 120 et 160 kms à partir de Pondichéry.

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Toiles blanches de coton, mousseline, « indiennes» peintes ou teintes, constituaient les trois quarts des cargaisons. D'autres provenances, les épices, dont poivre et cannelle,le café de Moka. Le bois et le rotin pour le lest. Ce n'est pas ici le lieu de détailler les articles d'importation. Le « Journal d'Ananda fait une place importante aux locaux réservés au commerce d'exportation: dans le Fort la vaste salle de visite, les magasins; à l'extérieur les quartiers des blanchisseurs et des foulons. Dans ce domaine en effet le rôle et la compétence du courtier, qui seront défmis dans la partie biographique, étaient essentielles. Son choix relevait donc en principe de critères économiques, souvent contrecarrés, on le verra, par des considérations religieuses et des préférences personnelles. Dernière source de revenus, la ferme des terres concédées à la Compagnie appartenait au Conseil Supérieur, qui s'en déchargea longtemps sur Ranga Pillai avant de la lui retirer dans ses dernières années, cause supplémentaire de démoralisation.

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4. VIE D'ANANDA RANGA PILLAI
Evénements antérieurs à la rédaction du « Journal» Enfance
30 mars 1709 Naissance d'Ananda Ranga Pillai à Perambur, près de Madras, village jadis écarté ( perambur : jungle ), aujourd'hui dans l'agglomération de Madras. Appelé familièrement Rangappa, plus respectueusement Rangappam. 1712 Mort de sa mère, Lakshmiammal. 1713-1716 Dulivier gouverneur de Pondichéry.
Installation à Pondichéry

1714 Tiruvengadam Pillai, père d'Ananda, commerçant à Madras, de la caste Idayar, s'installe à Pondichéry, à l'invitation pressante de son beau-frère, Nanyappa Pillai, négociant. Nanyappa est courtier de la Compagnie des Indes, c'est-à-dire son agent général, intermédiaire entre la compagnie et les acheteurs et fournisseurs locaux et reconnu comme chef de la communauté indienne. Il est aidé de son fils aîné Gourouvappa. 1716-1718 Hébert gouverneur de Pondichéry.
Malheurs familiaux

Inféodé aux Jésuites qui intriguaient pour donner à un catholique la fonction de courtier et ses privilèges, Hébert accuse faussement l'hindou Nanyappa d'avoir fomenté des séditions et avantagé ses coréligionnaires.

19 février 1716 Nanyappa est arrêté, ainsi que Tiruvengadam, père d' Ananda. 5 juin 1716 Nanyappa est condamné au carcan et au fouet. Ses biens et ceux de son beau-frère sont mis à l'encan. Condamné à la même peine, commuée en amende et en bannissement, le père d'Ananda et les siens quittent Pondichéry, imités par de riches marchands venus comme eux de Madras. Août 1717 Nanyappa meurt en prison. 1719 Gourouvappa part pour la France plaider la réhabilitation de son père. Reçu par le Régent, Philippe d'Orléans, il obtient entière satisfaction, reçoit le baptême à Versailles avec pour parrain le Dauphin, futur Louis XV. Prénommé Charles Philippe, fait chevalier de Saint-Michel. 1719 Hébert quitte Pondichéry, laissant le commerce et la ville dans le désordre.
Consolations et retour à Pondichéry

1719-1721 La Prévotière gouverneur Tiruvengadam et sa famille rentrent à Pondichéry 1721 Gourouvappa quitte la France à bord du bateau qui amène Dupleix nommé au Conseil Supérieur. 1722 Le chevalier Gourouvappa arrive à Pondichéry, rentre en possession de l'héritage paternel, se remarie à l'église. Son beau-frère désapprouve à part lui ce reniement de sa foi que n'imitera aucun membre de sa famille. 18 août 1722 Gourouvappa, en récompense, est nommé courtier de la Compagnie avec pour adjoint Tiruvengadam, auquel il s'associe dans l'armement et le commerce des toiles. 1721-1735 (moins un éloignement de trois ans, de 1723 à 1725 ) Lenoir gouverneur. 12 août 1723 Mort subite de Gourouvappa. 32

Le chrétien Pierre Canagarayan lui succède dans la fonction et restera courtier ( ou modéliar ) de la Compagnie jusqu'à sa mort, en 1746. Précisons que cette charge, qui échoira un jour à Ananda, était fort lucrative. Au courtage payé par les acheteurs des marchandises importées par la Compagnie et par les fournisseurs de ses produits d'exportation s'ajoutait une part ( d'un demi pour cent) sur les bénéfices de la frappe des roupies. Chef des Indiens ( dits Malabars ), il siégeait au tribunal de la Chauderie. Il jouait également le rôle d'un agent de renseignements.
Ananda se lance dans la vie

1725 Ananda, 16 ans, apprend le commerce. Il aide son père et son cousin, Mouthiappa, frère de Gourouvappa. Il progresse rapidement dans la connaissance des langues, parle et lit couramment le français, en plus du télougou et de l'hindoustani ( hindi) , ainsi que, dans une moindre mesure, du persan ( langue des cours indiennes ), et du portugais corrompu, « lingua franca» sur le Coromandel. Cependant c'est en tamoul qu'il signe ( Rangappa ) et qu'il rédigera son journal.
Ananda gros commerçant

Juin 1726 Mort du père, Tiruvengadam Pillai. Pendant les années du gouvernement Lenoir, Ananda étend son commerce. A Pondichéry il obtient la ferme du tabac et du bétel. Il possède une distillerie et, entre autres entrepôts, un magasin de noix d'arec où il aimera se retirer tout au long de sa vie. A Porto Novo Lenoir le met en charge du commerce de la Compagnie. Il y ouvre aussi une agence à son compte. Les deux établissements ne survivront pas au pillage des Marathes en 1740. 33

Il crée un centre de tissage à Lalapet, près d'Arcot. Il est en relation d'affaires avec Dupleix, directeur à Chandernagor de 1731 à 1742. Il épouse, à une date non connue, la fille d'un « poligar )} de Chinglepet, Mangathayi, dont il aura deux fils et quatre filles. 1735-1741 Benoît Dumas gouverneur. Dumas achète Karikal au roi de Tanjore en 1739, après avoir obtenu le droit de trapper monnaie à Pondichéry ( 1736 ). Cependant Ananda fait observer que c'est Lenoir, son prédécesseur, à qui ce droit fut concédé grâce aux bons offices de Dost Ali Khan, « soubab » d' Arcot. Ananda, qui rabaisse par là le prestige de Dumas, aida son frère, Gabriel Dumas, dans son commerce, mais semble avoir gardé rancune au gouverneur de ne pas avoir accéléré la promotion dont il avait joui sous Lenoir.
Premières lignes du « Journal»

6 septembre 1736 Ananda inaugure le journal qu'il tiendra jusqu'à la date du 24 septembre 1760, par un prélude solennel: « J'entreprends de relater ce que j'entends de mes propres oreilles, ce que je vois de mes propres yeux, les arrivées et les départs des navires et tout ce qui se passe de merveilleux et de nouveau». A partir de ce jour donc, laissons le chroniqueur narrer luimême les évènements de son existence, en commençant par sa vie de famille et les obligations de sa charge.

Coup d'oeil sur l'avenir
Précisons tout de même que, courtier adjoint aux côtés de Pierre Canagarayan, il succédera à ce dernier pendant une courte maladie survenue en 1737. Après la mort de Pierre ( 1746 ) , Dupleix ( 174234

1754 ) , qui spontanément lui accorde son estime et le met en charge des affaires de la Compagnie, attendra jusqu'en novembre 1747 pour lui reconnaître la fonction officielle, devenue vacante, de courtier ( ou dobache ) en che£: en raison de l'hostilité de son épouse et de litiges fmanciers. De 1751 à 1753, nouveau refroidissement. Le gouverneur intérimaire, Godeheu ( octobre 1754-février 1755 ) rassure aussitôt Ananda et le rétablit dans toutes ses fonctions. A l'avènement de De Leyrit ( 1755 ), avant que cet administrateur indolent ne s'efface devant l'autorité de Lally ( 1758 ), Ananda pâtira de la défaveur qui entache les collaborateurs de Dupleix et sera tenu à l'écart des affaires à partir de 1756. Le lieutenant-général Lally ( 1758-1761 ) , nanti par Louis XV et par la Compagnie d'instructions contradictoires, assume la réalité du pouvoir, contesté par son entourage, et réduit le gouverneur en titre au rôle de payeur des dépenses militaires. Il doit pour cela faire appel au concours d'Ananda, dont il s'assure au départ l'amitié et le dévouement. Mais les insuccès du général, la perte des terres dont il avait la ferme, l'indiscipline générale et, pour fmir, l'invasion anglaise, affectent la santé physique et morale du chroniqueur, qui voit s'écrouler, avec la déroute, toutes ses ambitions. Il abandonne la tenue de son journal plus de trois mois avant sa mort, survenue trois jours avant la capitulation de la ville, bientôt suivie d'une démolition programmée.

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LE JOURNAL

5. ANANDA EN FAMILLE
Le chroniqueur est resté longtemps mystérieux sur sa famille. Commencé en 1736, le « Journal» ne lui fait aucune place avant la naissance de son premier fils, onze ans plus tard.
Naissance d'un premier fils

7 janvier] 748 «A huit heures, à l'émergence du quatrième signe du zodiaque... on vint m'annoncer qu'un fils m'était né... Toute la ville se réjouit à cette nouvelle». ( IV. 305 ) Il l'appellera Annaswami. Ce n'est que trois semaines après que Dupleix est informé de
1'heureux évènement.

28 janvier «On me dit que le Gouverneur se déclara enchanté d'apprendre la naissance de mon fils, mais demanda pourquoi je ne lui en avais pas parlé. .. « Rangappa, dit-il, a prié pour avoir un fils et à présent le Ciel l'a exaucé ». ( N. 333 ) Un moment après: « Dieu, me dit-il, vous a béni en vous donnant un fils pour vous consoler de la mort de votre fille, pour qu'il soit votre héritier et perpétue la prospérité de votre famille. Mais pourquoi ne m'en avezvous pas parlé? - Je _nevous en ai rien dit, fis-je, parce que vous étiez absorbé par l'expédition de Fort Saint-David. L'enfant est né pour vous vénérer et vous servir en esclave.» Il répondit en souriant: « Vous auriez dû m'en parler le jour de sa naissance» ». ( IV. 334 ) Un peu plus tard: « Puis il me demanda: « Combien d'enfants avez-vous eus? et combien sont en vie? » Je lui dis que, de mes quatre filles, les deux aînées étaient mortes et les deux autres en vie, tout comme mon fils,

qui est né pour être votre esclave. » Il me demanda et redemanda pourquoi je ne lui avais pas parlé de la naissance de mon fils... Il répéta la même question deux, trois et même quatre fois, pour quelle raison? Je ne saurais le dire». Le gouverneur paraît ignorer que tout ce qui touche à ]'épouse est un sujet sur lequel un Oriental se montre réticent, particulièrement pour ce qui regarde ses couches. La discrétion de son ministre aurait pu le mettre en garde. _Deuxans et neufmo_is plus tard, autre évènement d'importance. 10 octobre 1750 «Ce matin, à sept heures et demie, le Ciel en soit loué, mon petit Annaswami s'est fait percer les oreilles en grande cérémonie, au son des instruments de musique et en présence d'une foule d'assistants ». ( VII. 400 )

Le second fils

Le « Journal» ne porte aucune trace de la venue au monde du deuxième fils d'Ananda. La partie relative à cette naissance a probablement disparu.. Ayyaswami n'était pas beaucoup plus jeune que son aîné puisqu'il sera comme lui du voyage de Villenour, en janvier 1755, alors qu'Annaswami avait sept ans.
Les quatre filles

La naissance des trois premières filles d'Ananda est vraisemblablement antérieure à l'inauguration du « Journal» ( 1736 ) si l'on compare leurs âges probables ( une Indienne se mariait rarement au-delà de sa seizième année) avec cette date. Par contre la dernière, mariée en 1755,dut lui être postérieure. 40

La première, innomée, paraît être morte en bas âge. Des survivantes, Pappal, Nannachi et Ponnachi, il ne sera pas question avant le mariage de l'aînée, qui se déroulera, avec le luxe de rigueur, sur deux semaines à partir de juin 1747, l'aînée ayant droit à tous les égards.
Premier mariage

27 juin 1747 «Aujourd'hui j'ai eu une conversation très agréable avec le Gouverneur, qui s'est montré la bonté même. Il m'a demandé quand il pourrait assister au mariage. -Quand il vous plaira, lui dis-je. -C'est à vous de fIXer la date », répondit-il. Je lui dis que, vendredi et samedi étant jours de jeûne, Je mieux serait d.imanche prochain.. « Très bien, fitil, mais je ne vois pas pourquoi vous iriez faire une dépense de 4 ou 500 pagodes pour me recevoir; une simple collation suffira ». (IV. 109) Les conditions semblent avoir été acceptées. 1er juiJ1et. « Le Gouverneur... a dit qu'i] viendrait un de ces jours, qu'il s'assiérait avec mes hôtes et mangerait sur une feuille de bananier ». ( IV. 114)
Mort de Pappal

Par une de ces fatalités qui troublaient au plus haut point l'âme superstitieuse d'Ananda, la jeune femme succomba très peu de temps après ses noces. ] 5 juiHet. «Tous les Européens, hommes et femmes, hindous et musulmans, les enfants mêmes, portèrent le deuil et toute la ville était en larmes.. Si ce malheur était survenu dix jours avant ou après Je mariage, cela aurait été suffisamment accablant; mais qu'il tombe au milieu des fêtes du mariage, voilà quj est intolérable »..(IV. 118 ) De quel nouveau mariage s'agissait-il donc, que ce deuil venait malencontreusement troubler? D'une union politique, sans nul rapport 41

avec la famiHe, et .l'on est en droit de trouver dépJacée cette dépJoration qui met au même rang la mort d'une jeune fille et son incidence sur un évènement mondain.. Mais quoi? On est père, mais aussi chambellan.. Son coeur paternel devait saigner encore. Le veuf de Pappal, son beau-fils, Lakshmanan, lui survécut six mois à peine.
Décès de l'époux de Pappal

25 janvier] 748 «J] était très malade ces deux derniers .mo.is.Comme son pouls faiblissait, que son corps se refroidissait, qu'il respirait à peine et que les médecins l'avaient condamné, le rite de la purification. a été accompli à peu près au moment où retentit le soir le coup de canon. )} Cette cérémonie, en expjation des péchés du défunt, consistait en ondoiement et en distribution d'aumônes. « Il a expiré à quatre heures du matin )}.( IV. 330 ) Mort de chagrin? Ou d'une épidémie? Que de malheurs rapprochés! On est très discret en Inde sur les causes d'un décès, dont l'annonce est souvent inopinée dans la mesure où la familJe dissimule ce qui le précède.
Un second mariage Un évènement heureux, les noces de Nannachi, soeur cadette de Pappa], vint à propos dissiper ces ombres. 2 janvier 1750 «La célébration du mariage de Nannachi a été fIXée ce soir, entre six et sept heures. Je suis rentré à la maison, j'ai distribué le « pan supari » et l'eau de noce aux assistants et je les ai congédiés ». (VI. 348 ). Cérémonie vite expédiée, la mariée n'étant que cadette.

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Deux mariages un même jour

Les mariages simultanés de sa dernière fiUe, Ponnachi, et de Kulan.dai, sa nièce, furent célébrés le 14 juin 1755, en grande pompe: «A cinq heures (de l'après-midi), j'envoyai Appavu et Annaswani, vêtus pr la circonstance, avec deux éléphants portant un howdah couvert l'un d'argent et l'autre de velours, suivis de piqueurs et d'oriflammes, inviter le Gouverneur et l'escorter jusqu'au pandal» (IX. 316). C'est M. De Leyrit à qui fut rendu cet honneur.
Adoption d'un neveu

Parlons de cet Appavu. Ananda, qui vouait une tendresse particulière pour son jeune frère, Tiruvengadam Pillai, s'attacha davantage encore au fils de ce dernier, Appavu, après le décès du frère ( 8 septembre 1754 ) . Cependant, du vivant même du père, Appavu particjpe à tous les évènements, voyages, cérémonies, où sont imp]jqués les propres fils du courtier. Son nom même est souvent cité en premier. Une adoption anticipée, en quelque sorte.

Mort et apothéose de l'épouse

Enfin, jour sombre entre tous dans la vie du mémorialiste: la mort de Mangathayi, son épouse, décédée le 18 avril 1756. Il le solennise à sa manière, d'abord en notant la position qu'occupajent à sa mort les six planètes connues; en donnant à la disparue des titres emphatiques, « Maharaja Rajasri Mangathayi Ammal »; en l'égalant enfm à la déesse Lakshmi et en l'appelant comme elle « un joyau de chasteté dont la vertu et la destinée étaient glorifiées des .Himalayas à Rameshvaram ». Elle était promise, avec une pareille recommandation, à une apothéose hors série. « Et c'est ainsi que, dans sa gloire, elle gît 43

aux pieds de lotus de Narayana 3dans son séjour céleste ». ( X. 6] ) Peut-on monter plus haut?

3

Narayana: autre nom de Vishnou.

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6. ANANDA EN PRIVE
Devoirs du matin

7 novembre 1747 «Ce matin, quand je suis allé chez le Gouverneur... » 8 novembre « Quand je suis allé chez le Gouverneur, ce matin... » « Quandj'étais chez le Gouverneur, ce matin... » 9 novembre 10 novembre « Ce matin, lorsque j'étais chez le Gouverneur... » (IV. 196 à 200 )
Les fonctions

« Dans toutes ces affaires Ananda Ranga Pillai, son ministre, fut responsable de son succès ». ( X. 331 )
Les honneurs

« Il m'a accordé la permission d'entrer dans le Fort assis dans mon palanquin... Ceci est dû aux égards particuliers que le Gouverneur a pour moi ». ( I. 245 )
Au service de la Compagnie

« Lorsque M. Dupleix fut envoyé du Bengale pour prendre le gouvernement de Pondichéry, il vous chargea de son commerce privé et vous avez tout géré jusqu'à la mort de Nasir Jang, de sorte que ses affaires ont prospéré et que lui-même et la nation entière ont brillé à l'égal du soleil. En outre vous avez acquis à la Compagnie, qui jusqu'alors s'était bornée à son trafic, des pays qui lui ont valu un million et demi de roupies, Bunder et autres places de commerce ». ( VIII. 433 )

« Bien qu'il eût entendu parler en France de ma réputation et de ma compétence, à ma vue sa bonne opinion avait été renforcée au centuple ». (XI. 162 )
Un vrai Français

« Ranga Pillai, dit M. Friel, parle aussi bravement que s'il était né Français. -Ranga Pillai, opina le Gouverneur, vit au milieu de nous depuis son enfance et il connaît nos affaires mieux que n'importe quel Français ». ( V. 271 ) « Notre drapeau, répondis-je, flottera sur Trichinopoly et le Roi de France étendra son pouvoir de Trichinopoly à Golconde. On peut être assuré que Pondichéry sera le port et Gingi la capitale du royaume» ( XI. 329 )
Loin de vos maisons

«Je l'aurais su si j'avais coutume de fréquenter les maisons des Français. Je ne quitte la mienne que pour venir au palais du Gouvernement et à mon magasin de noix d'arec» (IV. 434 )
A l'écart de vos assemblées

« Le Gouverneur et les Conseillers ont poursuivi leurs délibérations. Leur nature et les décisions qui y ont été prises ne me sont pas connues ». (II. 141 ) « Je lui demandai de vérifier les nouvelles venues de France et de m'en donner tous les détails. « Mais, dit-il, attendiez-vous que j'en sache plus que vous? » Je répliquai: « Pour ça vous êtes un Français, tandis que 46

nous, nous sommes Tamouls, et il y a une différence entre vous et nous ». ( V. 65 )
Le « Journal », une bible et un talisman

« Ceci est le journal, écrit de sa propre main, par Ananda Ranga Pillai. Quiconque le lira acquerra la sagesse et le savoir, et obtiendra les huit sortes de richesse et une nombreuse descendance ». (XI. 336 )
Les archives de la Compagnie

« M. Barthélemy avoua qu'il ne s'en souvenait pas. Je lui tis observer que je devais l'avoir mentionné dans le journal de ce jour. « En êtesvous sûr? dit-il. - Parfaitement, répondis-je. -Eh bien, donnez-m'en une copie ». Je rentrai chez moi, j'examinai mon journal à la date du 16 février et je trouvai une note que j'y avais mise. Je la transcrivis et j'en tis des copies» ». ( IX. 204 )
Les profits du courtier

« J'ai investi mes fonds dans le commerce, dans les entreprises au-delà des mers et dans la fabrication des produits locaux... Mon actif vaut le double de mon passif Les biens que j'ai à bord des bateaux et les arrérages que je dois recouvrer nantissent mes obligations envers la Compagnie ». ( I. 325 ) Sa probité « S'il est prouvé que j'ai empoché un seul denier, je veux bien me soumettre sans une hésitation à toutes les punitions que la Compagnie trouverait bon de m'infliger... C'est seulement lorsque vous aurez fait 47

vos comptes que je retrouverai la paix du coeur et que vous ne nourrirez plus aucun soupçon à mon encontre» (1.326-27 ) Un exemple de sang-froid

« Je suis sorti dans la soirée et, comme je me délassais à l'extérieur du Fort, sous les tamariniers, assis dans mon palanquin, arriva sur moi un soldat très éméché, l'épée hors du fourreau. Gopalakrishaya et les autres s'enfuirent épouvantés; mais je ne bougeai pas de mon palanquin et je lui demandai de bien vouloir me montrer comment il maniait son épée. Bien qu'il fût complètement ivre, il me témoigna du respect et il joua avec son arme pendant prés d'une heure. Comme nous rentrions en ville, je retournai dans mon palanquin tandis qu'il marchait davant moi en faisant des moulinets avec son épée, mais, lorsque nous fûmes aux portes, son épée fut saisie et il fut battu et mis en prison ». ( XI. 269 )

Une signature « Ananda Ranga Rai le Victorieux, qui mérite la charge de Vizir » ( VIII. 4 )

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7. LA NOSTALGIE LENOIR
Un envoyé providentiel

L'avènement de Lenoir, en 1721, au gouvernement de Pondichéry, qu'il trouva au bord de la ruine où l'avait mis la déplorable gestion d'Hébert, coïncida avec le regain de fortune de la famille d'Ananda Ranga Pillai, qui venait enfm de sortir du désert. Le père, Tiruvengadam, banni de Pondichéry, était rentré en grâce, et Gourouvappa, son neveu, revenait en triomphe de Paris où il avait obtenu du Régent, avec la dignité de chevalier, la réhabilitation de son père Nanyappa, mort en prison où Hébert l'avait jeté pour s'emparer de ses biens. Elevé à la dignité de premier courtier, ou premier « dobache », de la Compagnie, l'heureux Gourouvappa associa l'oncle Tiru à ses affaires jusqu'à son décès, survenu brutalement. Entre-temps l'ambitieux avait reçu le baptême à Notre-Dame des Anges et fait un mariage chrétien, de sorte que la succession de sa charge se devait d'échoir, au moins provisoirement, à un catholique bon teint, Pierre Canagarayan, issu lui-même d'une lignée de courtiers.
L'ascension d'Ananda

Ananda cependant avait fait belle impression sur le gouverneur par son intelligence et sa culture, son maniement aisé d'au moins trois langues, tamoul, télougou et français, et, sous la direction paternelle, sa précoce aptitude aux affaires. A vingt ans il obtenait la ferme du tabac et du bétel. Un peu plus tard, devenu armateur, il ouvrait un comptoir dans l'enclave de Porto Novo. « Il m'avait envoyé comme capitaine à Porto Novo et tout le commerce passait par mes mains. Mes balles de toile bleue étaient estampées R et envoyées en Europe, ainsi que le

détail de mes services; je reçus en retour une lettre de remerciement». IX. 165 ) Un héros regretté

(

Le départ de Lenoir, qui rentrait en France les mains nettes, n'ayant jamais usé de son pouvoir pour s'enrichir par des voies illégales, l'emplit de mélancolie. Pour toujours le gouverneur sortant devait rester dans sa mémoire comme un chef inégalable, le parangon des vertus politiques et morales. Tout autre dirigeant sortira diminué d'une comparaison avec son héros. Lorsque viendra le temps de la déception, de l'amertume, enfm du désespoir, dans toutes ces noires années s'approfondira dans son coeur la nostalgie Lenoir. En un temps de disette, à la Noël 1746, il donne en exemple à Dupleix l'esprit de charité de l'ancien gouverneur. « Naguère, en pareille circonstance, M. Lenoir se rendit populaire par un acte de générosité: il annula l'impôt, importa des vivres à ses frais et s'acquit le mérite d'avoir mis la population à l'abri de la famine ». ( III. 207 ) L'âge d'or est derrière l'horizon. « Autrefois, avec M. Lenoir comme Gouverneur et M. Dulaurens comme Second, la ville était prospère, les jungles se peuplaient, la pauvreté se retirait, la richesse entrait, et la vérité était dans tout son éclat; mais à présent c'est le mensonge qui règne avec son cortège de maux». (XI. 24 ) La cause de cette prospérité? Elle réside, selon les Hindous, dans le respect de leur culte et le courage nécessaire pour résister aux ordres de Paris: « Au temps de M.Lenoir et de ses prédécesseurs, des ordres furent reçus du Roi de France de détruire le temple de Vedapuri Iswaram. Tous les gens de castes furent convoqués et on leur expliqua qu'un temple devait être bâti ailleurs parce qu'il occupait le milieu de la rue et que l'église catholique devait être bâtie à cet endroit. Mais les gens de caste persistèrent à déclarer qu'ils préféreraient mourir plutôt que 50

laisser démolir leur temple. C'est ainsi que des ordres furent obtenus de France autorisant tout le monde à suivre sa propre religion. M. Lenoir là-dessus dit qu'il permettait qu'un nouveau temple fût construit et que les processions de chars et autres cérémonies fussent célébrées au gré des habitants. C'est pourquoi la ville s'agrandit et le commerce fut florissant, de sorte qu'on autorisa la construction de 4 à 5000 maisons entre les portes et la « Barrière». Dès lors les richesses affluèrent. Maintenant, au contraire, il n'y a plus de maisons à l'extérieur et celles qui sont à l'intérieur des portes restent vides et dressent seulement des murs de boue... » ( IX. 63 )
Nec pluribus impar

Un jour de mars 1757, comme, tenu à l'écart par de Leyrit, le dernier gouverneur de l'ère impériale, Ananda désabusé se tournait vers le passé, il rédigea une sorte de testament, qu'il intitula doctement: « Particularités des Gouverneurs de Pondichéry ». Cela commençait avec François Martin et s'achevait avec Dupleix (X. 322 ) Le gouvernement de Lenoir ( 1721-1735 , moins un court interrègne de trois ans) sortait de là sans ombre, le portrait du héros sans une tache: « Homme très capable et très habile, il fit briller son nom à l'égal du soleil ,apportant en toutes les matières un esprit de justice. Pondichéry , qui n'était qu'une jungle, devint une cité; les huttes cédèrent la place aux maisons à étages, et une enceinte fut dressée autour de la ville..., de sorte que, durant les dix années de son gouvernement, le peuple proclamait que, de toutes les places, Pondichéry était l'asile de la justice et de la vérité, que ses marchands et ses habitants étaient les plus fortunés, qu'elle était à même de fournir tous les biens possibles aux autres places du pays et en tirer de toutes les autres places; que les habitants de la ville et des villages, les directeurs de la Compagnie et 51