Les petites croustillantes de l'éveil

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Maintenant que la broyeuse de temps, cruelle et impitoyable, a presque terminé le siège de mon existence, dans l’écume de mon quotidien sans relief, me reviennent par petites bribes quelques instants précieux qui ont illuminé ma vie. Après avoir récupéré et rassemblé quelques neurones encore potables, ma mémoire m’a offert des sédiments des tout premiers soubresauts de mon cœur. J’y ai pioché, les ai revisités et je les ai baptisés : Les petites croustillantes de l’éveil. Je me suis aperçu que l’ÊTRE est souvent confus, en particulier dans un domaine, celui des sentiments. C’est normal ; il est gorgé de tant de contradictions, de désirs et de tentations qu’il est sans cesse en faillite, constamment ballotté dans une obscure nébuleuse dont il est impossible de sortir et, pratiquement toute sa vie, ses sentiments vont jouer à saute-mouton. Sur la trajectoire de la mienne, il y a donc eu quelques points lumineux, parfois éblouissants, mais aussi des situations beaucoup plus ternes. Toutes ces séquences m’ont permis d’apprécier les comportements humains au milieu de cette palette si riche en surprises qu’est la VIE. Et je n’ai pas tout exploré, il m’en manque, mais pour mes très jeunes « débuts », ça n’a pas été si mal.


Publié le : mercredi 2 mars 2016
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EAN13 : 9782334080149
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Citation
Jusqu’à la fin, l’enfance rôde…
Préface
Maintenant que la broyeuse de temps, cruelle et impitoyable, a presque terminé le siège de mon existence, dans l’écume de mon quotidien sans relief, me reviennent par petites bribes quelques instants précieux qui ont illuminé ma vie. Après avoir récupéré et rassemblé quelques neurones encore potables, ma mémoire m’a offert des sédiments des tout premiers soubresauts de mon cœur. J’y ai pioché, les ai revisités et je les ai baptisés : « Les petites croustillantes de l’éveil ». Je me suis aperçu que l’ÊTRE est souvent confus, en particulier dans un domaine, celui des sentiments. C’est normal ; il est gorgé de tant de contradictions, de désirs et de tentations qu’il est sans cesse en faillite, constamment ballotté dans une obscure nébuleuse dont il est impossible de sortir et, pratiquement toute sa vie, ses sentiments vont jouer à saute-mouton. Sur la trajectoire de la mienne, il y a donc eu quelques points lumineux, parfois éblouissants, mais aussi des situations beaucoup plus ternes. Toutes ces séquences m’ont permis d’apprécier les comportements humains au milieu de cette palette si riche en surprises qu’est la VIE. Et je n’ai pas tout exploré, il m’en manque, mais pour mes très jeunes « débuts », ça n’a pas été si mal.
La Brique chaude
La Villa des Roses avait un nom un peu pompeux pour ce que c’était car, en réalité, elle était très banale, à l’exception d’un très beau rosier grimpant qui courait sur une partie de la façade jusqu’à la très belle maison bourgeoise dans laquelle ma mère était employée, à quatre ou cinq kilomètres. On y recevait beaucoup, soit des amis, soit la famille. Je me souviens d’un géant avec un képi et plein de médailles accrochées sur sa veste et, à ses côtés, une petite femme coiffée d’un chapeau sur lequel un minuscule oiseau empaillé était blotti, entouré de bouts de paille. La patronne, une femme très dure et très directive, menait toute sa maisonnée d’une main de fer ; bouche tombante, regard très dur encadré par d’immenses lunettes qui lui mangeaient la moitié du visage. Je revois une petite bonne avec un tablier blanc et un serre-tête noir et brillant dans les cheveux, légèrement fixé sur l’arrière, et deux femmes de ménage ma mère et une autre, véritable matrone qui régnait sans partage sur une salle immense au milieu de laquelle trônait une table de campagne, large comme un monument, débordante de légumes, de fruits et de volailles en tous genres. Au mur, un interminable buffet décoré d’assiettes posées verticalement ; au-dessous, trois grandes portes un peu vermoulues. Contre un autre mur, une énorme cuisinière noire avec une grosse barre en cuivre et flanquée, sur le côté, d’un réservoir d’eau chaude. Ses ronflements, pratiquement nuit et jour, produisaient un bruit d’enfer. Je revois aussi des casseroles en cuivre et toute une batterie de marmites qui montaient la garde en attendant le signal. Voilà l’image que je retiens de ce lieu impressionnant. Il y faisait très bon et, surtout, il y flottait constamment une odeur irrésistible. Je ne sais combien il y avait de chambres, mais ma mère et sa copine les faisaient toutes chaque matin à fond et travaillaient sans cesse dans la gigantesque buanderie, à laver, étendre et repasser des montagnes de linge. En parlant de ménage, tout au début, sa collègue l’avait prévenue du piège qui pouvait lui être tendu ; un billet bien plié sous le lit, ou tombé entre la table de nuit et la tête de lit, juste pour vérifier si le ménage était bien fait et, surtout, pour s’assurer de l’honnêteté du personnel. « Madame a perdu ceci dans la chambre. – Ah ! Mon Dieu, ma pauvre Raymonde ! se plaignait-elle. Un jour, je perdrai la tête ! – Mais non, mais non, ne dites pas ça… Madame est en pleine santé ! – Dieu vous entende ma petite Raymonde ! » Et ma mère la gratifiait d’un large sourire artificiel. Sur ce, elle fréquentait beaucoup l’église et le bon curé comptait souvent parmi ses invités et repartait toujours avec un panier bien garni. Quelques jours par semaine, un jardinier bichonnait un potager tiré au cordeau dans lequel on trouvait de tout. Sur le devant de la maison, il avait aussi la responsabilité du parc, magnifique et luxuriant, percé d’une allée qui débouchait sur l’avenue. Une grille imposante et très ouvragée en gardait l’entrée. Cette petite jungle était mon lieu de prédilection, avec ses recoins, ses taillis, et tous les pièges que j’imaginais. À la belle saison, il regorgeait d’oiseaux et de papillons, mais je ne détestais pas non plus courir le beau jardin, surtout pour y dévorer des fraises, sous l’œil bienveillant du maître des lieux, qui portait une superbe moustache et qui roulait les r. Je devais alors avoir 4 ou 5 ans et, pour ma mère et moi, c’était surtout l’hiver le plus dur. J’en ai un souvenir bien précis… Je revois toujours cette brique marron foncé très brillante, comme vernie, posée sur les ronds de la cuisinière, et ma mère qui la tournait et retournait régulièrement avec mille précautions en l’écartant de plus en plus du centre. Juste avant le départ, elle la testait contre sa joue puis, très rapidement, l’enveloppait dans du papier journal. Après quoi elle m’habillait de laines épaisses, me couvrait d’un manteau et me hissait sur le porte-bagages de son vieux vélo. Je tenais la précieuse chaufferette entre mes moufles et, quand elle enfourchait à son tour le vélo, je devais me plaquer contre son dos tout en lui ceinturant la taille. Je ressens encore la douce chaleur qui envahissait tout mon corps. Alors je fermais les yeux et somnolais doucement, ballotté de droite à gauche chaque fois qu’elle
donnait un coup de pédale. Elle devait le sentir et, quand on était sur le point d’arriver, elle passait une main pour me réveiller, délicatement. Je grognais puis me retrouvais au sol, vacillant sur mes jambes, comme groggy, encore tout imprégné d’une douce chaleur. C’est ainsi que j’ai passé deux hivers de ma petite enfance dans cette sorte de nid ambulant qui me laisse un profond souvenir empreint de bonheur et de tendresse, comme si j’étais encore un peu dans le ventre de ma mère.
La Blessure
Rège n’habitait pas très loin de chez nous. Il n’y avait qu’à traverser la voie ferrée, à la longer sur quelques dizaines de mètres pour tomber sur une maison basse et étroite, mais très longue, comme un immense couloir. La pièce du bout débouchait sur un atelier de menuiserie ; le passe-temps favori de son père, qui entretenait avec le bois une relation amoureuse des plus étroites. Petit homme ventru et rougeaud au regard porcin qui, au besoin, maniait le ceinturon avec violence, surtout quand il avait un coup dans l’aile. Tout le monde filait droit. Il était employé au chemin de fer en tant qu’aiguilleur. La mère de Rège, petite femme brune énergique à la voix éraillée, n’avait de cesse de cuisiner, laver, repasser pour la ribambelle d’enfants, qui se suivaient de près. Rège était la plus âgée, peut-être 13 ou 14 ans ; moi, 8 ou 9. Tous étaient nés ici et connaissaient chaque centimètre de ce beau terrain clôturé que le père avait laissé moitié sauvage, moitié jardiné avec très grand soin. Ainsi, tout ce petit monde vivait au rythme du passage des trains, des michelines, et parfois de la draisine chargée de l’entretien des voies. Quelques acacias géants occupaient le devant de la maison, pour mon plus grand bonheur, et, très souvent, j’allais chez eux pour assouvir un plaisir que je venais de découvrir… la balançoire. Mais pas n’importe laquelle car, dans ma vie, plus tard, j’en ai vu des balançoires, mais jamais comme celle-ci. C’est le père qui avait mis tout en œuvre entre deux arbres ; un assemblage qui, à mes yeux, paraissait gigantesque. Au plus haut, perché, il avait fixé une barre métallique entre deux branches et y avait accroché des chaînes qui, vu leur longueur, promettaient des balancements à l’amplitude extraordinaire. On montait à une hauteur impressionnante ; j’ai encore le bruit du vent dans les oreilles et cette sensation au creux de l’estomac quand on revenait en arrière. Au début, Rège me poussait pour me donner de l’élan, après quoi je savais l’accentuer et le maintenir en repliant les genoux puis en les détendant tout en tirant sur les chaînes. J’y passais des après-midi entières, complètement soûlé de vide et, quand je posais les pieds sur terre, je chancelais. Je jouais très peu avec ses frères, sauf à quelques occasions de bravoure, quand je passais le pied entre les barreaux de béton pour le poser côté voie, que je le posais au cœur de ces grandes feuilles vertes disposées en couronne et que je leur disais de vite me passer un couteau car elles allaient me dévorer le pied. Je passais alors un bras, tant bien que mal, déchiquetais avec violence cette monstrueuse plante qui en voulait à ma vie et ajoutais : « Tu m’as sauvé Cécé ! – Oui, faudra plus passer par là. Maintenant j’ai peur. – N’aie pas peur Cécé, faut pas poser ton pied, c’est tout ! » Je préférais sa sœur. Elle était grande, les cheveux longs et noirs toujours en bataille, le visage ovale très pâle, une petite bouche aux lèvres très fades déjà marquée de chaque côté par un sillon assez profond. Des yeux verts, limpides, dont l’un s’égarait un peu sur le côté ; aujourd’hui on dirait « strabisme divergent ». Elle était un peu guerrière ; normal, à vivre toujours au milieu des garçons déjà un peu livrés à eux-mêmes. Souvent on les laissait entre eux. On traversait la voie pour se retrouver sur le chantier à ciel ouvert de mon grand-père, qui construisait lui-même sa maison en fabriquant ses parpaings dans un moule de fer. Je l’ai vu naître cette maison. Il en a mis du temps, le pauvre homme car, ce travail, il ne pouvait le faire qu’en dehors de ses heures à l’usine. Il lui fallait beaucoup de courage et je conserve en souvenir cette part de lui comme un précieux trésor. Un jour, au milieu de tout ce fatras, nous avions décidé de construire une cabane en nous appuyant sur une portion de mur. Je ne sais plus comment nous avions procédé mais je sais qu’il y avait plein de tubes rouillés, de sacs de ciment vides et de planches, parfois farcies de pointes. Le fait est, qu’à la fin, alors que j’étais sur le champ de bataille à chercher je sais quoi, je l’entendis m’appeler du fond de notre masure : « Viens ! Viens ! Je vais te montrer quelque chose ! »
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