//img.uscri.be/pth/08a8ee42aa5a61070db1ef72593095504f4e1372
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - PDF - EPUB

sans DRM

Les Portes du destin

De
134 pages

Chaque porte ouverte correspond à un choix ou une décision que l’on prend. Une fois franchie, il n’y a plus de retour possible et votre destin est à jamais scellé.
C'est l'histoire d'une petite fille, qui devient trop vite une femme, le combat d'une mère qui ne perdra jamais espoir de retrouver ses enfants.
C'est une histoire vraie, pleine d'amour et d'aventures.


Voir plus Voir moins

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-78174-1

 

© Edilivre, 2014

Prologue

Je suis née le 31 août 1951, à Bône, en Algérie, avec 45° à l’ombre disait ma mère. Je pense que l’éducation que j’ai reçue, très différente de celle d’aujourd’hui, et la possessivité de ma mère vis-à-vis de moi ont été des facteurs déterminants sur ma vie.

Ma sœur, de cinq ans mon aînée, n’a pas été éduquée de la même manière et nos vies s’en sont trouvées totalement différentes. Je suis persuadée que l’éducation et des événements comme la guerre pour nos parents, voire nos grands-parents, ont beaucoup joué sur notre façon de vivre.

Je n’ai des souvenirs de ma vie qu’après l’âge de cinq ans, lorsque je suis tombée la tête sur du bitume.

Je me souviens que c’était un petit escalier de trois marches, mais mon habileté n’était pas au point et je me suis « ramassée » la tête sur le ciment. Plus de peur que de mal !

Certains événements peuvent ainsi marquer un enfant ! D’autant plus que le sort s’est acharné sur ces deux familles.

Mais commençons par le début…

Mon père

Mon père se prénomme Daniel, il est né le 6 janvier 1921, à Paris dans le 12e arrondissement. Il est issu d’une famille de laboureurs et de collecteurs (ceux qui collectaient pour le roi) depuis des générations.

C’était une grande famille, très respectée et tous avaient beaucoup de terres dans la banlieue de Paris.

Il avait un frère prénommé Guy, de deux ans son aîné.

Louis, leur père, était lui-même l’aîné de deux sœurs, Andréa et Lucienne, et de deux frères, Léon et André. Les frères restaient collecteurs, les sœurs, elles, avaient fait de beaux mariages.

Nous sommes dans les années 1920. Louis, mon grand-père, comme pour se distinguer de la famille, était devenu boxeur professionnel. Ma grand-mère ne travaillait pas. Elle avait quitté son mari et ses enfants du jour au lendemain, alors que mon père n’avait que quelques mois.

Mon grand-père n’avait pas pu faire face à ces bouleversements et avait dû se résoudre à confier mon père pendant quelque temps à une famille éloignée, au Louat (grande banlieue de Paris).

C’était un couple sans enfant, habitant une petite ferme, à la lisière d’un bois et aux abords d’une rivière : à notre époque, on appellerait cela un coin idyllique.

Mon père vécut ainsi les six premières années de sa vie avec une famille qu’il croyait être la sienne. Il n’était pas maltraité, mais ces personnes ne lui donnaient pas vraiment d’amour.

Dès qu’il commença à grandir et à marcher tout seul, ses parents adoptifs s’occupèrent moins de lui.

Il n’allait pas à l’école (ce n’était pas encore obligatoire), on ne l’obligeait pas non plus à travailler à la ferme. Il traînait donc toute la journée tout seul, avec comme unique compagnon son chien Piloute.

Il disait : « Je m’asseyais souvent au pied d’un grand arbre pour partager mon quignon de pain et un sucre avec Piloute, et je cherchais des baies sauvages dans la forêt, comme me l’avait appris ma mère. J’avais faim, mais je ne me souviens pas avoir été malheureux ! »

Les derniers temps, mon père, déjà très ingénieux pour son âge, avait réussi à fabriquer une canne à pêche avec du bambou, du fil de pêche et un hameçon, trouvés dans la remise de son père.

Il était très fier quand il ramenait du poisson à celle qu’il appelait sa mère.

C’étaient des cultivateurs très pauvres. Pendant toutes ces années, mon grand-père n’était pas venu voir son fils et l’argent qu’il donnait ne suffisait pas à nourrir toute la famille ; aussi le poisson qu’il pêchait parfois était un mets de choix.

Je me souviens que mon père me disait : « J’adorais le soir : on était tous réunis devant le feu de cheminée, avec le chat blotti entre les pattes de Piloute. Je me sentais tellement bien et heureux ! »

Un jour pourtant, mon grand-père, après avoir divorcé et s’être remarié avec une autre femme, vint chercher mon père.

C’était en 1927, par une très belle journée ensoleillée, au petit matin, alors que mon père s’apprêtait à aller courir avec Piloute, comme tous les autres jours.

Il vit une voiture s’approcher et cria :

– Maman ! Maman ! Quelqu’un vient !

Le couple de fermiers s’approcha de la porte et, voyant arriver la grosse voiture noire, comprit tout de suite que l’heure était venue pour eux de se séparer de leur petit garçon.

La fermière dit à mon père :

– Rentre dans la maison avec Piloute, petit Daniel !

Mon père ne comprit pas mais obéit, et essaya de voir par le coin de la porte ce qui se passait. La voiture s’immobilisa devant la maison et un grand homme très bien habillé en sortit.

Qui est cet homme ? se disait-il.

Il n’entendait pas bien ce qui se disait mais comprenait que ce n’était pas normal et se cacha dans un coin de la salle avec Piloute quand cet homme approcha doucement vers lui avec un grand sourire et dit :

– Viens, petit Daniel, viens avec moi, je suis ton papa et je te ramène à la maison.

– Non ! Non ! Ce n’est pas vrai, ce n’est pas toi mon père, répondit le petit Daniel.

Un sanglot dans la gorge, il partit vite se réfugier derrière l’homme qu’il croyait être son père.

Ce dernier s’agenouilla près de son garçon et lui dit :

– Oui, petit Daniel, c’est ton papa. Tu dois aller préparer tes affaires et partir avec lui. Tu verras, tu as un autre grand frère, et tu seras dans une belle maison.

– Je ne veux pas de belle maison, je veux rester avec vous !

– Mais tu viendras nous voir, on te promet de ne jamais t’oublier !

Résigné, il partit préparer son barda, dit au revoir à son Piloute, et suivit cet étranger jusque dans la voiture. Celle-ci démarra. Mon père, à genoux sur la banquette arrière, les yeux remplis de larmes, faisait des signes avec la main pour leur dire adieu.

La voiture s’éloignait et prenait de la vitesse. Son chien Pilote courait derrière de plus en plus vite, mais haletant et à bout de force, il finit par s’arrêter. Il ne les revit plus jamais.

Ce fut un grand déchirement, on l’enlevait d’une famille qu’il croyait être la sienne pour l’emmener auprès d’une belle-mère acariâtre et méchante, aux côtés de son frère et de son père qu’il ne connaissait pas. Il dut apprendre à vivre différemment. Cette femme qu’il était obligé d’appeler « Maman » le grondait constamment et le punissait sévèrement, car il ne savait pas se tenir à table, ne savait pas bien parler. Jusque-là, il mangeait avec les doigts et parlait le patois. Imaginez le scandale devant les personnes qu’ils recevaient !

Il avait un grand frère de cinq ans son aîné, très gâté et plein de bonnes manières – en surface tout au moins.

Mon père apprit à parler et à se tenir correctement, et son frère Guy continua de plus belle ses bêtises, puisqu’il avait trouvé un coupable idéal.

En 1926, mon grand-père avait créé son usine de mécanique générale. Cette petite entreprise était vite devenue très prospère. Il acheta une maison au Perreux pour loger toute sa petite famille, une voiture, ainsi qu’une autre maison de vacances à Hossegor : il adorait la région, et, pour l’époque, aller en villégiature dans le Sud-Ouest, avec une voiture de surcroît, était réservé à la haute société.

En 1931 naquit son demi-frère, Christian. Tout le monde s’en occupait, il était le bienvenu.

Plusieurs années plus tard, alors que toute la famille commençait à peu près à s’entendre et que son grand frère ne le faisait plus punir à sa place, la maladie frappa mon père. C’était des rhumatismes articulaires aigus.

Il avait douze ans. Il resta paralysé au moins trois mois. Il devait rester sous surveillance médicale, car il risquait à chaque instant une paralysie du muscle du cœur.

Au grand étonnement de mon père, toute la famille s’occupa de lui, et, à force de courage, il parvint à remarcher.

Cette famille était maintenant solidaire.

En 1935, mon père, âgé de quatorze ans, apprit l’acrobatie au cirque Bouglione.

Puis un jour, son père l’emmena à l’aérodrome d’Orly pour voir une exposition d’avions. Mon grand-père connaissait beaucoup de monde.

Désormais, mon père se passionna pour l’aviation, et mon grand-père, comme pour racheter les années qu’il n’avait pas partagées avec son fils, lui paya ses premiers cours de pilotage.

Il avait quinze ans, quand il pilota tout seul un avion, un Stamp. Il faisait alors partie des membres de l’aéro-club de Jean Mermoz. Il était très fier de ranger au hangar l’avion de Mermoz ou celui d’autres pilotes tout aussi connus, comme Jacqueline Auriol.

En 1936, mon père devint le plus jeune pilote d’Europe. Il aurait aimé être pilote d’essai, mais il n’avait que son certificat d’études. Ce petit homme était pourtant d’une grande intelligence. Mais la maladie l’avait si souvent frappe qu’il n’avait pas pu avoir la même scolarité que ses frères. C’était pourtant, et de loin, le plus intelligent des trois. Ce manque d’études le pénalisa pour toute sa vie. Il travailla donc avec son père et son frère à l’usine familiale, et passa ses moments de détente à piloter des avions.

De 1936 à 1939, la vie suivait son petit bonhomme de chemin, tout allait bien pour eux : du travail, de l’argent, des vacances en bord de mer. La belle vie !

Mais en septembre 1939, la guerre éclata.

Beaucoup de personnes furent mobilisées, dont mon père et son frère Guy. Christian était trop jeune.

Avant d’aller plus loin dans l’histoire, passons à celle de ma mère.

Ma mère

Ma mère se prénomme Jacqueline. Elle est née le 14 septembre 1920 à Thorigny, d’un père cheminot (de génération en génération) et d’une mère originaire des Vosges.

Ma grand-mère s’occupait de la maison et de ses enfants.

Ma mère avait une sœur plus jeune de neuf ans, prénommée Alice, surnommée Lily. C’était une famille tranquille, heureuse et sans histoires.

Mon grand-père avait fait la guerre de 1914-1918, il avait été décoré pour sa bravoure comme brancardier dans les tranchées. Il avait été blessé gravement à la tête et mourut en 1932 des suites de ses blessures.

C’est à ce moment-là que la famille commença à avoir des problèmes.

Ma grand-mère se retrouva seule, sans argent, avec deux filles à élever. Elle fut donc obligée de chercher du travail ; c’était dur pour une femme seule à cette époque-là.

Ma grand-mère, très douée de ses mains, trouva un emploi dans une fabrique de poupées en porcelaine, heureusement pas trop loin de leur maison. Elle était payée pour chaque poupée terminée.

Ma mère dut abandonner l’école à douze ans, pour s’occuper de sa petite sœur qui n’avait que trois ans.

Ma grand-mère ramenait également des poupées à faire à la maison, afin d’avoir plus d’argent pour nourrir sa famille. Alors, à la lumière des chandelles, ma grand-mère et ma mère travaillaient une bonne partie de la nuit. Les journées étaient très longues et ce n’était pas facile tous les jours pour elles.

Quelques années plus tard, en 1935, ma grand-mère rencontra un autre homme, cheminot lui aussi et veuf de deux garçons.

Ils se marièrent rapidement et ma grand-mère put enfin arrêter de travailler à la fabrique de poupées et se consacrer à sa grande famille.

Les quatre enfants se considérèrent vite comme frères et sœurs, et purent vivre une enfance à peu près heureuse, sauf ma mère !

Elle ne supportait pas l’idée d’avoir perdu son père. Elle ne détestait pas son beau-père, bien au contraire, cet homme était plein de ressources et de bonnes intentions envers les enfants, mais elle souffrait en silence. Elle travaillait sans relâche à la maison.

Son beau-père décida de lui faire plaisir et lui paya des études de comptabilité. En 1937, il la fit entrer à la SNCF comme employée à la paye.

Il lui paya également des cours de solfège et de violon.

Ma mère adorait la musique et elle avait une très belle voix de soprano. À l’âge de dix-huit ans, elle chantait dans les crochets le dimanche et, certains samedis soir, jouait du violon dans un orchestre philharmonique sur les bords de la Marne.

Fin 1938, le hasard voulut qu’elle postule pour l’entreprise familiale paternelle, comme secrétaire.

Ainsi, elle rencontra « le petit Daniel », mon père. Elle tomba sous son charme, d’autant qu’il avait une très belle voix de ténor et chantait tout en travaillant aux machines.

Autant dire que mon père et ma mère s’étaient bien rencontrés !

La famille de mon père ne voyait pas d’un très bon œil cette idylle. Pourtant, le grand frère Guy fréquentait une fille de poissonnier : alors pourquoi pas une secrétaire ?

La vie s’écoula à nouveau, douce et heureuse pour nos deux familles, jusqu’en 1939, plus exactement jusqu’en septembre 1939. C’est là que la guerre fut déclarée par l’Allemagne, dirigée par le mouvement nazi d’Hitler.

Sous l’Occupation

La plupart des jeunes hommes partirent combattre l’ennemi, y compris mon oncle Guy qui s’était engagé dans la marine. Mon père continua à travailler dans l’usine familiale, auprès de son père.

Personne ne croyait encore réellement à la guerre, la France ne s’était pas préparée à ça. Le 10 mai 1940, ce fut l’offensive, et en trente-sept jours la France fut occupée. Le pays connut la plus grande débâcle. Il fallait fuir le plus vite possible. L’exode commença.

Mon grand-père, soucieux de la sécurité de sa famille, envoya sa femme avec mon père et son petit frère sur les routes de l’exode, sans savoir réellement ce qui se passait. Lui-même resta pour ne pas laisser la maison et l’usine sans occupants, en danger de pillage.

Les avions de l’armée allemande étaient partout et mitraillaient tout le monde...