Les sucres d'orge

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Finalement, comme je l’ai dit à quelqu’un qui se mariait, « le plus important, c’est l’amour, le reste c’est de la littérature ». Alors voilà, ces quelques pages, c’est certainement pas de la littérature, par contre, c’est beaucoup d’amour. Beaucoup d’amour, une marmite d’émotions et un océan de dérision avec juste ce qu’il faut d’exagération, parfois. Mais bon, j’écris comme je parle, avec l’accent… même quand ça pleure.

Publié le : mardi 1 janvier 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954369013
Nombre de pages : non-communiqué
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CHAPITREI
Parce qu’il faut bien à un moment tirer sur le fil de la pelote de laine.
Apparence Il met le pantalon, il y noue la ficelle Qui lui sert de ceinture depuis tant d’années Il ferme la chemise, celle qui était si belle Quand il riait encore de ses bonheurs, passés Et glissent les chaussures, énormes, bien entendu Mais quelle importance, elles sont trouées devant Et les chaussettes, dépareillées, les rebords décousus Installent le tableau, dessinent le faux-semblant. Et puis, la veste, trop courte, et puis la redingote, La fleur, la boutonnière, le chapeau cabossé, Les cheveux en bataille, aussi la voix trop haute… Il est l’heure, la représentation peut commencer. Et il sort en costume, camouflage intérieur, Celui qui lui permet de survivre debout
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Il met des couleurs vives, ravit les spectateurs Il va dans la lumière, il rit, il fait sa roue. Il chante, il parle, le verbe haut et l’ironie légère, Regarde autour de lui couler au ralenti La vie des gens qui passent, et puis, sans avoir l’air Écoutant sa musique, celle qui couvre les cris, Celle qui lancinante, fait soulever son cœur De son monde oublié, du fond de son histoire, Regardez, il s’en va, il est déjà ailleurs Ne le réveillez pas, il fait semblant d’y croire Voilà, finalement, je me retrouve encore devant une page blanche. Et, comme tous les mecs qui écrivent, que ce soit Victor Hugo ou ton copain devant ta foutue carte d’anniver-saire qu’il est obligé de se creuser les méninges pour y graver dans le marbre quelque chose d’original et que les autres aient pas déjà dit, je sais même pas ce que je vais y mettre. Un peu comme un peintre en bâtiment qui se retrouverait devant un mur sans savoir ce qui va sortir de son pinceau, et qui, en plus, s’apercevrait que son pinceau, hé bé, il a pas de poils et qu’en plus, y a même pas de mur, d’ailleurs et que sa combinaison, il l’a oublié chez lui ce qui fait qu’il est en caleçon avec un morceau de bois à la main devant… RIEN. Bref le cauchemar du maçon. Hé bé, croyez-moi, la page blanche c’est pareil et ça fout quand même pas mal la boule au ventre. J’ai toujours aimé les mots, les mots et leur musique. Et du coup, je me suis retrouvé avec des histoires, mes histoires (enfin, dans les personnages, y a pas mal de ma famille et de mes amis aussi) qui se sont un peu écrites toutes seules. Parce
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que t’écris un mot, puis deux et d’un coup, t’en as une ribam-belle qui se pousse les uns les autres pour faire des phrases que des fois, t’es obligé de te relire pour savoir si, à la fin du paragraphe, tu parles de la même chose qu’au début… Et la plupart du temps, tu t’aperçois que t’es obligé de remettre de l’ordre dans le torrent de mots qui s’est échappé de ton clavier, que sinon, y faut une boussole pour se retrouver dans le ma-quis inextricable que tu as laissé échapper de ton imagina-tion. Surtout, que quand je me relis, j’en rajoute encore et que je suis obligé de me rerelire et, du coup, enfin, bref, je me comprends… Ah oui, parce que j’écris à l’ordi. Pas pour le correcteur d’orthographe, non là ça va, j’ai pas trop de soulignage (je sais pas si ça existe, en tout cas le correcteur, lui, il me l’a accepté, alors, hein…) ni pour le correcteur de grammaire (lui, carrément, j’ai décidé qu’il parlait pas français, enfin, en tout cas pas mon français). Non, c’est qu’il m’est impos-sible d’écrire avec un stylo, un crayon ou tout autre machin sur une feuille de papier. Quand, dans un moment d’égare-ment aussi coupable qu’irresponsable ou parce que je suis obligé (tu sais, carte d’anniversaire – encore –, remplissage de chéquiers ou documents administratifs quelconques), obligé donc (oui, parce qu’aussi non, même sous la torture, je m’approcherais jamais d’un crayon), obligé, dis-je, d’ap-poser mon écriture sur un morceau de papier qui ne de-mande rien à personne, tu te retrouves avec un ensemble de traits, de points, de ronds et de hiéroglyphes que tu croirais que c’est un code secret. Et je me suis toujours dit que si, par un hasard malen-contreux, dans un futur très très lointain, un Champollion malchanceux trouvait un exemplaire de mes écrits, de quelle façon il allait pouvoir traduire en langage cohérent mes pattes
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de mouche asthmatiques. En fait, je vois très bien le mec hagard avec des lunettes sur le nez cherchant pendant des jours et des années quelle était donc cette écriture si tour-mentée et à quel peuple retardé du bulbe ou handicapé des membres supérieurs elle pouvait bien appartenir. Et, pour sa bonne santé mentale, il vaut mieux pour lui qu’il ne découvre jamais que, ce qu’il prenait pour une ébauche de découverte essentielle d’une civilisation disparue voulait simplement dire « bon anniversaire, et à l’année prochaine ». À moins que les pharmacies existent encore dans ce futur-là, parce que, comme me disaient mes collègues de boulot à qui je donnais des notes de travail : « Bernard, t’es gentil, mais, à la fin, ça devient pénible de demander aux pharmaciens de déchiffrer ce qu’on doit faire. » Tout ça pour dire quoi, au fait ? Ah oui, c’est vrai. Mes histoires. Finalement, je me sui aperçu que dans cette année écoulée, j’avais commis (un peu comme un crime, quoi, sauf que la seule personne blessée, la plupart du temps, c’était moi dans mon amour-propre) pas mal de textes. Et que ça serait peut-être pas mal de les relier entre elles. Bon, norma-lement, comme vous allez le voir, c’est pas trop possible, mais, qui sait ? Peut-être avec un peu d’imagination… Le problème, c’est de trouver un ordre « cohérent » dans mes écrits. Mais, comme « cohérent », ça fait trop penser à coercitif et que j’ai horreur d’être coercitivé, le mieux que j’ai trouvé, c’était de me laisser porter par le clavier (vu mon poids de forme, j’entends d’ici le cri du clavier le soir au fond des bois à l’idée de me porter) et de commencer par la première histoire que j’ai écrite, d’abord parce qu’il faut bien commencer par quelque chose et ensuite parce qu’elle est complètement différente des autres et que, du coup, il
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vaut mieux que je m’en débarrasse (vous comprendrez pour-quoi en la lisant). D’abord, un peu d’histoire pour cette première histoire. Je me suis pas levé un bon matin en me disant « tiens, si j’écrivais un conte pour faire lever les cheveux sur la tête, les scoubidous dans les bermudas et les yeux de mes enfants au ciel ». Oui, je sais, y a bien des flashes bizarres qui me passent dans la tête, des idées d’un autre monde et il m’arrive effec-tivement de faire quelquefois des trucs étranges ou incongrus mais en général, ça se situe plus au niveau des étoiles (Et même des fois encore plus loin) que de la ceinture abdominale (quoique… mais bon, ça, c’est une autre histoire). Non, en fait, tout est parti à cause d’une copine de travail, comme quoi, quand y a un tour de cochon quelque part, il faut tou-jours chercher la femme. Un matin, alors que je passais der-rière elle et son écran, je l’entends rire comme une baleine en disant : — Il est vraiment trop fort. Pas de webcam au travail, donc piquage de curiosité. — Pourquoi « il » est trop fort ? — On est en train d’écrire une histoire à deux, chacun un paragraphe et il est vraiment trop fort. — C’est quoi comme histoire. — Une histoire cochonne. — Je peux lire ? Et je lis. Bon, vraiment, au point de vue écriture et imagi-nation, très très basique, et quand t’as lu le marquis de Sade en version originale sous-titrée où toute la série des Infir-mières (ou des Soubrettes, ça dépend des éditeurs) en go-guette, tu peux pas cautionner l’avis de ma copine. — Ouais, bon, c’est pas transcendant, son truc, y en a plein les romans de gare de ces récits.
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