Les Zaffairistes

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Boris Canutchef nous invite d’abord à partager, pour faire connaissance, quelques souvenirs d’enfance... Puis, s’inspirant de son expérience professionnelle, l’auteur nous montre en action, à travers une série de portraits impressionnistes et d’anecdotes parfois savoureuses, tout en détaillant l’enchaînement des faits, ceux qu’il appelle les « zaffairistes », opportunistes et magouilleurs de tous poils, qui sévissent aux abords de l’immobilier et de la politique.


Publié le : jeudi 18 septembre 2014
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EAN13 : 9782332801555
Nombre de pages : 110
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ISBN numérique : 978-2-332-80153-1

 

© Edilivre, 2014

Souvenirs de Pater…

Quand on est à la retraite, on a le temps d’écrire et j’observe qu’un certain nombre de personnes de mon entourage s’y collent. Moi, je crois que j’ai plus la flemme que la flamme, même si j’en ai parfois envie ou peut-être besoin. J’ai la plume plus chatouilleuse qu’impérieuse. Et, c’est un dilemme, je ne peux pas écrire sérieusement. Ayant déjà produit, il y a quelques années, un « Minuscule traité de la connerie humaine contemporaine » sous le pseudonyme de Boris CANUTCHEF, anagramme de mon nom et de mon prénom, je n’ai plus rien à prouver ni à cacher. Les copains savent déjà à quoi s’en tenir quand à mes aptitudes littéraires. J’écris donc sans conviction particulière et au gré de l’inspiration, quand ça me prend, comme ça m’a pris, ce matin. Ce que j’entreprends devrait être une sorte de recueil de souvenirs plus ou moins professionnels, avec mon humour à moi, une sorte de détachement auquel je finis toujours par raccrocher ma désespérance, ma lassitude de voir que l’homme est toujours le même, qu’il ne changera jamais, capable du meilleur et du médiocre. Du pire aussi sans doute. Mais le pire, c’est autre chose. C’est comme le meilleur, mais dans l’autre sens. On sait à quoi s’en tenir. Le pire, il faut le combattre. Tandis que le médiocre, on ne sait pas par quel bout le prendre. Il est mou, il colle, nous englue, nous engloutit. Témoignage inutile, sauf à l’auteur ? Peut-être un intérêt documentaire pour mes enfants, dont mes deux belles-filles qui sont comme mes filles, et leurs enfants…

Mon premier petit-fils, Nolan, est justement le fils de Lore, ma belle-fille aînée. Au moment où j’écris ces lignes, il vient de fêter ses trois ans et il m’appelle « Pater ». J’espère que j’aurai d’autres petits-enfants. Non parce que celui-là ne me convient pas, bien au contraire ; j’en voudrais d’autres comme lui, gentils mais avec du caractère. Pour qu’ils soient moins seuls dans la vie, après… On entend beaucoup moins les futurologues de nos jours que dans les années soixante. Quand tout allait bien, il était agréable de prédire l’avenir. Il était radieux, on allait marcher sur la lune. Mais aujourd’hui, il y a davantage d’incertitudes et certaines hypothèses, non les plus improbables, sont plutôt déprimantes… Bon courage mon petit chéri !

Dès qu’il a été capable de dire quelque chose à mon propos, ce fut « Pater ». Il n’arrivait sans doute pas à dire « grand-père ». Au début je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire : « par terre », « water » ? J’étais perplexe. Il s’est accroché à Pater comme une bernique à un rocher. Pas moyen de lui faire changer d’avis. Il insistait. Quand je lui disais « grand-père », il disait « Non, Pater ! Moi Nolan, toi Pater ! » Quand j’ai compris que ce serait définitivement « Pater » j’en ai d’abord pris mon parti, puis j’ai été très content. D’abord parce qu’il est rare qu’un petit enfant ait le latin infus, que je trouve l’allusion au pater familias investi de la « patria potestas » plutôt flatteuse, et aussi parce que ça sonne comme un nom propre, alors que grand-père, c’est générique. Et maintenant, nos quatre filles m’appellent aussi Pater qui retrouve là, en quelque sorte, son sens générique mais avec une nuance d’affection. C’est parfait pour une famille recomposée. C’est un peu une façon de me partager entre elles et ça me touche beaucoup. Mon fils qui a trente-huit ans, m’appelle toujours papa mais il est mon fils unique… Donc, Pater, c’est moi et j’en suis fier. Merci Nolan !

J’espère que ce court extrait des aventures de Pater, quand il était plus jeune, vous distraira et, peut-être, vous intéressera. Mon parcours personnel ne mérite pas qu’on s’y attarde, mais j’ai eu envie de rapporter ici, avec je l’espère une certaine humanité pour compenser mes inévitables sarcasmes, quelques anecdotes et observations personnelles à propos de mes congénères, entre autres certains de ceux qui évoluent en politique ou dans le milieu des affaires à différents étages… Je les ai appelés, par dérision, les « zaffairistes ». Ils sont parfois distrayants mais, parfois aussi, avec leur égoïsme, leur cynisme, leur arrivisme, leur cupidité, leur immoralité, leur mesquinerie, leur jalousie, leur mégalomanie, leur mépris, leur bêtise… et leur nombre, ils corrompent la société aussi efficacement qu’un réseau maffieux. Une galerie de portraits impressionnistes, toutes proportions gardées, bien entendu.

Souhaitez-moi une « bonne écriture », ça facilitera votre lecture. Mais personne n’est obligé d’aller jusqu’au bout… On verra bien. Allez ! Je me lance.

La conquête de l’indépendance…

Je crois pouvoir dire que, comme mon petit-fils Nolan, j’ai été un gentil petit garçon. D’ailleurs, j’ai tendance à croire que les enfants sont gentils par nature et que ceux qui deviennent méchants par la suite le doivent aux adultes responsables de leur éducation…

A la maternelle, j’aimais, parait-il, m’assoir à côté d’une douce petite fille blonde qui me laissait caresser ses cheveux et il m’arrivait de m’éloigner des autres et de leurs jeux bruyants pour me promener en rêvassant dans la cour. J’attirai ainsi involontairement l’attention de quelques fiers à bras en herbe, des « grands », qui firent de moi leur souffre-douleur à plusieurs reprises. « Les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux » chantait le poète… Mon père m’encouragea à me défendre et à répondre si nécessaire par la force et j’ai pu constater plus tard, en suivant ses conseils, qu’on vient facilement à bout des matamores dont le courage n’est pas toujours à la hauteur du ramage. Mais je dois illico amender mon propos précédent sur la supposée gentillesse innée des enfants : il y a des cons partout, même à la maternelle… Si bien qu’un beau jour, je décidai de ne pas aller à la cantine avec ces importuns et de quitter discrètement l’école parmi les petits camarades que leur mère venait chercher à la fin de la classe du matin. Faisant d’une pierre deux coups, j’évitais aussi la pénible sieste de l’après-midi ! Après avoir traversé d’un pas décidé la route nationale (nous habitions St Germain-en-Laye et c’était la RN 13 ! Heureusement, il y avait moins de circulation qu’aujourd’hui…), je rentrai calme et tranquille à la maison. Mais mes parents travaillaient tous les deux et il n’y avait personne pour m’accueillir à cette heure-là. J’allai donc demander l’hospitalité à notre voisine du dessous, une brave bretonne déjà d’un certain âge, qui me régala de beignets pour le déjeuner et de crêpes à la confiture pour le goûter ! Elle me garda chez elle, avec gentillesse, jusqu’au retour de ma mère. Quant aux maîtresses distraites qui m’avaient laissé filer et n’avaient même pas remarqué mon absence, elles furent rappelées à l’ordre et ma mère abandonna son travail pour s’occuper de moi. Cette première manifestation d’indépendance fut donc couronnée de succès et elle est restée pour moi un souvenir flou et délicieux.

A l’école, j’avais des facilités mais j’étais rêveur et plus enclin à la distraction qu’à la concentration. Je me rappelle vaguement n’avoir fait véritablement d’efforts que pour une douce et jolie maîtresse et pour les « bons points » et les images (dix bons points valaient une image) qu’elle distribuait volontiers pour nous encourager… En 1960, mes parents quittèrent St Germain-en-Laye pour La Rochelle et, profitant de la différence de niveau, je passai sans coup férir des environs de la dixième place à celle de premier de la classe ! Cet exploit fut de courte durée car celui que j’avais involontairement détrôné, d’origine espagnole (je me souviens qu’il s’appelait Hidalgo), atteint dans sa fierté d’ibère, mit les bouchées doubles et reprit rapidement sa place, que le lui laissai volontiers d’ailleurs, me satisfaisant de profiter de la seconde sans faire vraiment d’effort. C’était sans doute un signe imperceptible du destin car j’allais connaître plus tard quelques aventures espagnoles… Mon entrée au Lycée Eugène Fromentin de La Rochelle, fut un peu solennelle. Avant le jour de la rentrée, mon père m’accompagna pour me présenter, protocolairement, au proviseur. Cet homme, d’allure sévère et au ton tranchant, m’intimida et je dus paraître bien fade. Mon père en tout cas, m’en fit le reproche sur le chemin du retour ce qui acheva de me miner le moral en vue de la rentrée. Attentive à la discipline, ma mère me demanda, dès mon entrée en sixième, de lui communiquer mon emploi du temps et elle m’accorda généreusement une demi-heure, dont vingt minutes de trajet, pour rentrer à la maison après la fin des cours. Au bout de quelques temps, je la priai d’assouplir la règle pour pouvoir rester un moment avec les copains après la sortie. Mais elle se montra inflexible. C’est ainsi que me vînt l’idée d’établir, à partir de la cinquième, un emploi du temps spécialement pour elle, que j’affichai consciencieusement dans ma chambre, et qui me laissait quelques marges de manœuvre. En quatrième et pendant mes deux troisièmes j’avais perfectionné la technique jusqu’au point d’avoir le matin, quand les cours débutaient tardivement, comme l’après-midi quand ils finissaient tôt, de larges plages horaires à ma disposition grâce à des cours et des heures d’étude fictifs habilement rajoutés à l’emploi du temps officiel… Je pouvais ainsi aller avec mes copains les plus libres, donc pas forcément les mieux éduqués mais sans doute, en revanche, les plus intéressants (car les savants précoces et trop bien élevés sont barbants…), passer du temps à la fête foraine qui s’installait l’hiver sur « l’esplanade des parcs », jouer au baby-foot au « Ciné-Bar », ou profiter du soleil et de la plage aux beaux jours.

Il me revient à ce propos une anecdote. Mon père dirigeait alors la Douane du secteur de La Rochelle-Pallice. Un beau matin de printemps, alors que, séchant les cours, j’étais à la plage tranquillement allongé sur le sable, je vis s’immobiliser à quelques centimètres de moi deux paires de chaussures noires réglementaires surmontées de pantalons d’uniforme bleu roi ornés de bandes rouges verticales. Je levai les yeux et reconnus deux douaniers coiffés de leurs képis et arborant leur insigne distinctif, une grenade incluse dans un cor, rappelant que la Douane fut au XIXème siècle un corps militaire. « Bonjour Monsieur. C’est un appareil américain que vous avez-là ? » Ils faisaient allusion à une petite radio à transistors, marquée « made in USA », que j’avais achetée en Suisse l’été précédent à l’occasion d’un séjour dans une colonie de vacances du Ministère des Finances. « Vous avez payé les droits de douane ? » me demandèrent-ils. « Bien sûr » répondis-je avec aplomb alors qu’il n’en était rien. « Avez-vous la quittance ? » insistèrent-ils. Moi : « Non, mais mon père sûrement. Vous le connaissez sans doute, Monsieur untel, le directeur des douanes… » Les deux agents en uniforme me saluèrent en claquant des talons et poursuivirent leur chemin. Sur l’instant, j’étais plutôt fier de moi car j’avais épaté les copains et les copines qui m’accompagnaient… Mais en rentrant déjeuner à la maison, je commençais à craindre que mon père, à coup sûr informé de l’incident, me demandât ce que je faisais à la plage au lieu d’être en cours. Je vécus les jours suivant dans la hantise d’un savon qui ne vînt pas. Des années plus tard, je contai l’anecdote à mon père qui me dit que ses agents ne s’étaient bien entendu jamais vantés de leur promenade à la plage car leur mission était d’être en faction sur le port ! J’avoue que l’idée qu’ils ont dû redouter de leur côté pendant quelques jours que le fils du patron ne vendît la mèche, me parut plaisante…

J’ai fait allusion à mes « deux troisièmes ». Ce fut un redoublement de luxe. Comme je ne travaillais guère et que mes copains et moi perturbions un peu l’institution scolaire, ma mère se fit la complice du proviseur pour me faire redoubler afin de me séparer de ma bande. Cependant, comme j’avais obtenu mon « Brevet d’études du premier cycle » du premier coup et que, si j’avais perdu mes copains, je bénéficiais en revanche de l’image respectée de « vieux routier » que l’esprit potache attribuait alors aux redoublants, je me laissais aller à une douce torpeur et, si je peux dire, ma « seconde troisième » fut un peu comme des vacances… Les premières années de lycée, c’est aussi l’époque où je séchais le catéchisme pour aller jouer à la pelote basque à main nue contre le mur de la Cathédrale, avec un ou deux acolytes. Cette distraction me procurait en outre un sujet de confession indolore puisque déjà connu de l’archiprêtre qui nous avait repérés et bien plus original que l’inévitable péché de gourmandise…

Je ne vais pas m’étendre sur mes bêtises et mes blagues de potache : disons que je n’étais pas le pire des élèves, mais sûrement pas non plus le meilleur. Cependant, j’ai profité de ces années, bien loin des « zaffairistes ». J’en garde beaucoup de bons souvenirs et je ne regrette pas d’avoir...

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