Lettres à Angélique

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La correspondance de la vicomtesse puis du vicomte de Vaux avec Angélique Dortet de Tessan s'étend de 1819 à 1847. Ces lettres sont consacrée à l'évocation de la vie à la campagne, à la mise en valeur du patrimoine, à l'éducation et au mariage des enfants. Les rôles de chacun sont joués de façon inexorable : celui du chef de la lignée, de sa femme, de l'aîné, des filles et des cadets, et même des riches héritiers. On ne sait ce qui prime, du destin, des rôles, des événements ou des personnes.
Publié le : mercredi 1 juillet 2009
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EAN13 : 9782296230712
Nombre de pages : 205
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Lettres à Angélique

Lettres à Angélique
Correspondance de la vicomtesse et du vicomte de Vaux à AnBélique Dortet de Tessan 1819-1847

Presentee et annotee par

Martine

de Lajudie

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo:tr

ISBN: 978-2-296-09226-6 E~:9782296092266

À la mémoire de François de Lajudie,

mon père

Présentation

Cette correspondance comprend 63 lettres, 27 lettres de Marie-Anne-Régine-Bemardine de La Mure (1779-1828) et 36 de Jean-Joseph-Xavier Jourda de Vaux de Foletier (1773-1857). Leur répartition dans le temps est simple: ce sont d'abord ses lettres à elle, de 1819 à 1828, puis les siennes à lui, de 1828 à 1847. La récipiendaire des missives est Angélique Dortet de Tessan, née de La Forestie. Beaucoup ont été écrites du château de Vaux, près d'!ssengeaux (de nos jours Yssingeaux), Haute-Loire, et adressées au Vigan, Gard. Deux familles se trouvent en présence, celle de ceux qui écrivent, constituée du vicomte et de la vicomtesse Jourda de Vaux de Foletier, et de leurs trois enfants: Aricie, Marcellin et Paulin, et celle de ceux qui ont conservé la correspondance: Angélique et François Dortet de Tessan et leurs 6 enfants. Les deux familles n'ont pas de lien de parenté. Elles ont fait connaissance lors d'un séjour de la famille Dortet de Tessan à Lodève (Hérault) de 1815 à 1820, alors que François y était sous-préfet et qu'Angélique y tenait salon. 7

Ces lettres nous instruisent évidemment sur les protagonistes et leur famille. Cependant cela ne suffirait pas pour en justifier la publication. Ce qui en fait toute la valeur, c'est plutôt la qualité exemplaire de ces destins. On y voit la volonté patriarcale d'un seul de façonner le destin de toute une famille au présent et au futur. Les rôles, établis de façon immémoriale, y sont joués de façon inexorable, rôles du chef de la lignée, de sa femme, de l'aîné, des filles et des cadets, et même des riches héritiers, et par-delà les personnes, rôles de la religion, de l'éducation, du château, de la propriété et du patrimoine. On ne sait ce qui prime, du destin, des rôles, des événements ou des personnes. Le style des lettres ajoute au tableau, celui de la vicomtesse où les événements rapportés sont noyés dans un flot d'émotions, celui du vicomte, tout aussi poli, mais plus précis et focalisé. On remarquera que cette correspondance se cantonne dans quelques problématiques, à l'exclusion presque totale des autres: rien en effet sur la politique ou les guerres, si ce n'est une simple mention (sur l'assassinat de I'héritier de la couronne, le duc de Berry, par Louvel en 1820) ; rien sur les idées nouvelles, ou pas si nouvelles, même dans le domaine religieux, si important pour ces familles; rien sur ce qui est de nature culturelle ou artistique, rien sur les progrès, encore peu perceptibles à cette époque il est vrai, rien même sur le social (1'épidémie de choléra qui sévit en France en 1832, et fit 250 000 morts) ou le local, si ce n'est le plus sensationnel. Cela limite la portée de la correspondance bien sûr, mais par contre permet de se concentrer sur un monde clos mais cohérent.
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D'ailleurs on peut se demander si ce silence sur les grandes questions du jour provient vraiment d'un manque de perspective et d'une étroitesse d'esprit. D'une part, cette correspondance ne constitue qu'une fraction minuscule des échanges de cette famille; elle n'en est donc pas forcément représentative; d'autre part, le passé révolutionnaire encore présent et si douloureux conduit peut-être à se concentrer sur le présent, le futur et la reconstruction, comme cela se produit chez de nombreux traumatisés rescapés. Les personnages Quelques mots sur la vicomtesse et le vicomte de Vaux serviront à les introduire. Peu de choses sont connues sur la vicomtesse de Vaux. Elle naquit Marie-Anne-RégineBernardine de La Mure, à Montbrison, dans la Loire. Son père, Durand de La Mure mourut vers 1789. Il se peut qu'il comparut aux États-généraux de 1789 comme représentant de la noblesse. Sa mère naquit ReinePierrette-Éléonore de Constant. Dans le cours de la correspondance, la vicomtesse de Vaux parlera de sa famille d'origine. Jean-Joseph-Xavier Jourda de Vaux de Foletier naquit le 24 juin 1773. Son père, Jean-François Jourda, seigneur de Foletier, était conseiller au Présidial du Puy (Haute-Loire) et demeurait à Retoumac. En 1793, Il fut condamné à mort (18 frimaire, an II) par la Commission révolutionnaire de Lyon, "comme contre-révolutionnaire", le motif étant: "venu de son pays pour se joindre aux rebelles"]. Il fut exécuté dans la plaine des Brotteaux à
I

Combes R. 2009. 9

Lyon, le 8 décembre de la même année. Lyon avait alors été renommée: Ville-Affranchie. À cette époque, la mère de Jean-Joseph-Xavier, Jeanne Dupuy "fut aussi arrêtée à Monistrol, sur les ordres de Moret... Celui-ci lui refusa un certificat qui aurait pu sauver son mari ; 'Il y est! Qu'il y reste!', lui aurait répondu Moret. Allant lui-même mettre les scellés au château de Foletier, il fit vendre tout ce qu'il y trouva, laissant Mme de Vaux sans aucune ressource...,,2. On peut présumer que la famille émigra, car Jean Joseph Xavier fut officier dans l'armée de Condé. Il rentra à une date indéterminée et racheta le château de Vaux. Il fut d'abord garde de la porte (1814-15), fonction brièvement rétablie lors de la première restauration, puis lieutenant de gendarmerie à partir de 1817, sa fonction pendant la période de la correspondance. Cette famille de Vaux était parente du maréchal de Vaux, Noël Jourda de Vaux, qui fut instrumental dans la libération de la Corse de la tutelle des Génois et fut le gouverneur général de l'île en 1769. Il semble que sur la demande de sa fille et héritière, la marquise de Vauborel, "Louis XVIII daigna conférer à MM. Jean-Joseph et Antoine-Fidèle-François (frère du précédent) Jourda de Vaux, de la branche cadette dite de Folletier le titre héréditaire de vicomte, tant en reconnaissance de leurs services personnels qu'en mémoire de ceux du maréchal de Vaux.,,3 Le troisième personnage à présenter n'est pas une personne, mais le château de Vaux car, mentionné ou non, sa place est essentielle pour la compréhension. Il est situé
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3

Boudon-Lashennes, 173.
La Roque, 1902, 1] 1. 10

à Saint-Julien du Pinet, dans la Haute-Loire. Il fut construit au XIVe siècle, en particulier le donjon. En 1653, il fut acheté par Jean Jourda, notaire royal, à Paul d'Apchon, baron de Vaumières. L'arrière-petit-fils de Jean, le futur maréchal de Vaux, y naquit en 1705. Sous la Révolution, le neveu du maréchal, Noël Gabriel (1747-1807) ("Noë Jourda Vaux", pendant la Révolution) le vendit en 1791 au citoyen Jean Chevalier, négociant à Issingeaux, pour la somme de 95,000 livres, valeur en assignats. Le vicomte de Vaux le racheta à une date indéterminée avant l'époque de la correspondance, c'est -à-dire 1819. Remarques éditoriales Nous avons conservé le style, y compris les incorrections, mais rectifié l'orthographe et la ponctuation. Des paragraphes ont été créés, en particulier pour les lettres de la vicomtesse qui, pour la plupart, se présentent d'un seul bloc. Le plus souvent nous avons aussi uniformisé et modernisé les noms de famille. À cette époque, le soin apporté à orthographier de façon exacte les patronymes n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. En particulier le patronyme de Vaux s'écrivait le plus souvent Devaux, mais parfois de Vaux. Pour les patronymes que cela concerne, la particule était utilisée ou elle ne l'était pas. Les notes de bas de page sont destinées à identifier les personnes nommées, à donner quelques informations factuelles, à fournir des repères en particulier dans le domaine du progrès, ou à éclairer le contexte historique ou social. Les additions dans le texte sont entre crochets et en italiques. 11

I. Mélopée

26 mars 1819, Lyon Lyon, ce 26 mars 1819 Madame et bien chère amie4 Je me rappelle avec une reconnaissance et un plaisir infinis votre attention à m'engager à vous donner de mes nouvelles lorsque je serai arrivée à Lyon; également, je ne pourrais supporter longtemps la privation des vôtres, et j'espère que vous voudrez bien me dédommager de tout ce que je perds en m'éloignant de vous en m'écrivant quelquefois. Quant à moi, Madame, c'est un besoin pour mon cœur de communiquer avec vous, accoutumée à vous voir journellement, à jouir de l'agrément que procure votre aimable société, et recevoir de vous mille témoignages de bonté, à vous communiquer mes pensées les plus secrètes et à n'agir que d'après vos conseils. Je n'ai pu quitter tout cela sans un regret bien ressenti et sans me promettre de m'en dédommager par une correspondance qui me mette à même de continuer autant que possible à me procurer d'aussi agréables jouissances.
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Angélique de La Forestie (1762-1847),épouse de François Dortet de

Tessan (1760-1847). Leurs enfants encore vivants sont Félicité, Albert, Philippe, Charles, Denis et Urbain. L'auteure de la lettre et des suivantes est bien sûr la vicomtesse de Vaux. 13

Je me flatte toujours que vous vous déterminerez à faire le voyage de Paris. Je voudrais que vous fussiez aussi persuadée que je suis des succès que vous obtiendrez dans ce voyage. Quant à moi, l'avantage de le faire avec vous serait d'un heureux augure de réussir dans ce que j'entreprendrais. Quant à celui de Nîmes à Lyon [il] se fait avec toute la facilité et le bon marché possibles: une bonne diligence vous mène pour 25 fro dans deux jours, et la seconde nuit, on arrive à une heure. J'ai été un peu plus fatiguée que mes enfants parce qu'il fallait les soutenir quand ils dormaient et avoir un soin continu d'eux; mais les uns et les autres, nous sommes bien remis à présent: ils me chargent de vous présenter leur tendre respect; nous ne cessons de parler de vous; les détails que je fais à ma famille5 de toutes les bontés que vous et M. de Tessan avez eues pour nous depuis que nous sommes à Lodève6, et l'agrément que nous trouvions dans votre maison augmentent chaque jour le désir qu'elle a depuis longtemps de faire votre connaissance, et me charge de vous le dire d'une manière bien particulière. Veuillez bien me rappeler au souvenir de votre aimable fille, Mme De Lapérouse [Maury de Lapeyrouse l, me donner de ses nouvelles et de tout ce qui vous appartient. Il serait encore plus charmant de votre part de m'en apporter vous-même. Quelle satisfaction j'aurais d'être encore à même de vous assurer de vive voix de mon attachement, de mon amitié la plus sincère.

S 6

sa famille d'origine (à Lyon). Angélique vécut quelque temps à Lodève où François occupait le Félicité Dortet de Tessan, épouse de Raoul Maury de Lapeyrouse.
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poste de sous-préfet.
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Je vous prie d'agréer l'assurance de ces sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Madame et chère amie, votre très humble servante Devaux8 née de Lamure [13 février 1820 : Louvel assassine le duc de Berry, fils du futur Charles X et seul héritier potentiel de la Couronne après son père, Louis XVIII n'ayant pas d'enfants. Ce crime eut pour conséquence de renforcer le parti ultraroyaliste, au détriment des positions plus libérales (Furet,2007)J [29 septembre 1820 : naissance posthume du duc de Bordeaux, futur comte de Chambord, fils du duc et de la duchesse de Berry (Mansel, 2004)J 12 juin 1820, Paris Paris ce 12juin 1820 Madame et bien chère amie Comment ai-je pu rester aussi longtemps sans vous écrire puisque c'est le seul dédommagement qui me reste au plaisir de vous voir; j'espère que vous me rendez la justice de croire que cela n'a pas dépendu de moi de le faire plus tôt; je m'empresse à profiter de la liberté que me laisse l'absence de ma parente9 qui est partie pour la campagne et auprès de laquelle je passais presque tous mes moments, pour vous assurer que l'éloignement n'a pas et ne peut affaiblir la tendresse que mon cœur vous a vouée
La particule - qui n'est pas et n'a jamais été un signe de noblesse en soi - n'est pas encore aussi prestigieuse qu'elle ne le deviendra au fur et à mesure de l'avancée du siècle.
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On retrouvera cette parente.

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pour toujours; les bontés dont vous avez bien voulu m'honorer m'autorisent à espérer que vous voudrez bien me conserver quelque part à votre souvenir et m'en donner des preuves en m'informant au plus tôt de l'état de votre santé et de celle de votre famille; l'attachement que j'ai pour elle excite de ma part le désirle plus vif de connaître tout ce qui l'intéresse; veuillez bien me mander comment se portent Madame votre fille et ses aimables enfants, Messieurs vos fils, et faire agréer à chacun d'eux mes compliments les plus empressés. Mon mari m'a mandé que vous aviez eu la bonté d'aller voir mon petit PaulinlO; je ne puis vous exprimer, Madame, combien je suis sensible et reconnaissante de ce que vous étendez vos soins sur tout ce qui m'appartient; quelle peine j'éprouve quand je pense que je ne serai plus à même de recueillir vos bontés; le changement que j'ai été obligée de solliciter pour M. Devaux, et que j'ai obtenu, pour être placé dans son pays me cause les regrets les plus vifs, puisque cela m'éloigne d'une ville où j'étais attachée à nombre de personnes, et où j'ai eu l'avantage de faire une connaissance aussi précieuse que la vôtre; les témoignages d'intérêt et de bienveillance que j'ai reçus de votre part et de celle de M. de Tessan seront des souvenirs qui occuperont toujours agréablement mon cœur. Je vous prie, Madame, de vouloir bien être mon interprète auprès de votre cher mari en lui disant la part qu'il a dans les sentiments que je vous exprime. Oserai-je vous prier aussi

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Paulin, le plus jeune enfant, né en 1820. Il semble donc que la

famille de Vaux réside encore à Lodève et se prépare à s'installer au château de Vaux. 16

de me rappeler au souvenir de M. Bellugoull, l'aimable secrétaire de la Chambre joyeuse12; j'aurai encore à regretter de n'être plus à portée d'admirer ces charmantes productions dont chaque membre se plaisait à vous faire hommage. Si le pays que je vais habiter n'était pas aussi stérile, je pourrais me promettre quelques associations. Je me propose de quitter Paris à la fm du mois; je ne vous parle pas des troubles qui ont eu lieu ces tempscil3; les gazettes ont été plus exactes que toutes les autres relations. Étant à Paris, il était difficile de savoir ce qui se passait, à moins de se rendre dans les lieux où étaient les attroupements, ce qui n'était pas prudent. Je suis toujours bien persuadée que si vous eussiez fait le voyage à Paris, vous auriez obtenu une préfecture pour M. de Tessan ; le travail se fait maintenant; une fois terminé, il n'y aura pas de mutations de longtemps. Vous avez cependant une bien bonne recommandation dans M. Paquet [Pasquier )14.S'il pouvait contribuer à l'accomplissement de mes souhaits,
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Joseph Bellugou (ca. 1763-1829), prêtre assermenté, secrétaire de

François et précepteur des enfants Dortet de Tessan, auteur d'un traité sur la Constitution civile du clergé, 1791. En 1797, il fut député par les prêtres assermentés de l'Hérault au concile de l'Église constitutionnelle à Paris (Fisquet, 293). À l'époque de cette lettre, il correspondait avec Lamennais, celui qui plus tard préconisa la séparation de l'Église et de l'État. 12 Angélique tenait une sorte de salon de ce nom lors du mandat de son mari à Lodève. On y composait des poèmes et des compliments. 13 L'assassinat du duc de Berry par Louvel.
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Denis Pasquier (1767-1862), ancien préfet de police de Napoléon,

avait été ministre de la Justice en 1815 et ministre des Affaires étrangères en 1819. Politiquement, il se situait au centre droit. Après l'assassinat du duc de Berry, son crédit diminua en conséquence considérablement. Il était allié à la famille Dortet de Tessan et sollicité pour l'obtention d'un poste de préfet pour François Dortet de Tessan. Celui-ci n'obtint pas de poste de préfet; cependant il fut transféré au Vigan, son pays d'origine. 17

on vous nommerait dans le département de la Haute-Loire. En attendant que ce bonheur se réalise, veuillez bien recevoir, ma bien chère darne, l'assurance de mon profond attachement, et de tous les sentiments les plus tendres et les plus affectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être Madame, Votre très humble servante Vtesse Devaux née De Lamure P. S. Si vous avez la bonté de me répondre de suite, je pourrai encore recevoir votre lettre à Paris. Je loge dans la rue du Jour et hôtel du Jour 128. 2 octobre 1820, Vaux, par Issengeaux15 Devaux ce 2 octobre 1820 Madame et chère amie Depuis que je suis ici,je me propose tous les jours d'avoir le plaisir de vous écrire; ce n'est pas sans chagrin que le soir, je vois ma journée employée sans avoir trouvé le moment d'effectuer cet agréable projet. La fatigue que m'a causée mes voyages, la quantité de choses que l'on a à faire lorsqu'on a absenté longtemps de chez soi et que l'on veut remonter un ménage, faire un établissement à la ville et à la campagne, ajouté les soins que je donne à mes enfants, tout cela, j'espère, sera mon excuse. Cependant si je n'eusse pas eu de vos nouvelles, j'aurais surmonté tous les obstacles pour m'en informer; mais mon mari ne manquait jamais de m'en donner toutes les fois qu'il m'écrivait, ainsi que de celles de votre famille et avec les
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Aujourd'hui Yssingeaux,dans la Haute-Loire,sur la route du Puy à

St-Étienne. En 1823: "siège d'une sous-préfecture, poste, population: 6200 habitants, commerce de bestiaux, mines de plomb, tourbe." (Vosgien, 1823). 18

détails proportionnés à l'intérêt qu'il sait que je vous porte et à tout ce qui vous intéresse. C'est par lui que j'ai su, dans ma profonde solitude où j'ignore les nouvelles, ne m'étant point abonnée aux journaux que je n'aurais pas le temps de lire, que M. de Tessan avait été nommé à la souspréfecture du Viguand [ViganJ. Vous connaissez trop, Madame, l'attachement que j'ai pour vous pour avoir besoin de vous dire ici la part bien sincère que je prends à une chose qui a été sans doute de votre choix; je vous en félicite mais je félicite bien plus encore les heureux habitants qui vont vous posséder et qui vont passer sous la sage administration de votre cher mari dont la bonté et les vertus assurent le bonheur de tout ce qui dépend de lui; j'ai appris sans étonnement que M. Bellugou l'avait suivi: c'est un ami qui vous était trop dévoué pour manquer de vous donner cette nouvelle preuve de son attachement; à sa place j'en aurais fait autant et j'envie le bonheur de ceux qui par leur position peuvent vous donner des témoignages de leur affection. L'éloignement où je suis de vous ne me permet que de faire des vœux pour que quelqu'heureuse circonstance me procure la satisfaction de vous prouver les sentiments que mon cœur vous a voués pour toujours. En attendant, je sens péniblement le vide que me fait votre aimable société, et suis sans cesse à regretter ce temps heureux où je coulais mes jours près d'une amie sur l'affection de laquelle je pouvais compter, et qui possédait mon amitié et ma confiance la plus entière; c'est donc avec bien du regret que je me suis éloignée d'un pays que vous m'aviez rendu si cher et si agréable, et dont je n'ai pu me consoler de ne plus y retourner que lorsque j'ai appris que vous-même ne deviez plus l'habiter. 19

Je vous prie, Madame et bien chère amie, de me donner quelquefois de vos nouvelles; soyez persuadée d'avance du plaisir que j'aurai toujours à les recevoir, et mettez le comble à votre complaisance en me faisant part de tout ce qui peut vous intéresser; veuillez bien me rappeler au souvenir de votre aimable famille, en leur faisant agréer mes compliments les plus empressés, et recevoir les caresses de la mienne qui n'a pas plus oublié que moi les bontés que vous avez eues pour eux ; ces petits enfants n'ont pas encore éprouvé de bien de leur air natal; ils se portent moins bien qu'à Lyon. Pour moi, je n'ai cessé de souffrir de douleur dans la tête16.Vous n'en serez pas très surprise quand vous saurez que je [manquel7 chauffée tous les jours avec plaisir du mois d'août et qui gèle [manque] toutes les nuits. Vous connaissez déjà un peu ce pays par la peinture que je vous en ai faite. Je ne l'ai pas trouvé plus beau que par le passé. N'importe! Ma destinée est d'y vivre; il faut bien m'y résigner. Ce qui pourra me faire une agréable distraction sera votre souvenir et le plaisir de vous renouveler l'assurance des sentiments d'attachement avec lesquels je ne cesserai
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Les vertus de l'aspirine ne seront découvertes qu'en 1859 par

l'Autrichien, H. von Gilm (Ambrière, 2007). 17 À cette époque, les lettres étaient pliées et cachetées plutôt que mises dans une enveloppe. En décachetant la lettre, on la déchirait parfois ou encore le sceau couvrait une partie de l'écriture, d'où les manques. Le sceau pouvait être aux armes de la famille, ce qui est le cas pour la vicomtesse et le vicomte. Les armes de la vicomtesse de Vaux étaient: "De sable, à trois fasces d'or; écartelé d'azur, à trois croissants d'argent (Forez)". Celles du vicomte étaient: "Ecartelé: aux 1 et 4 d'or à la bande de gueules, chargé de trois croissants d'argent, les cornes dirigées vers le canton dextre du chef; aux 2 et 3 d'azur à la bande d'or, accosté de deux étoiles d'argent. (Languedoc)" Ces cachets en cire restaient rarement intacts. 20

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