Libération et ses fantômes

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Porté à la vie par le souffle de Mai 68, Libération partage avec la gauche française la plupart des ses contradictions. Entre nostalagie de la révolution et deuil des idéologies, le destin et les tourments actuels du quotidien forment un résumé de ces quarante dernières années. Fidèle autant qu'infidèle, il est à la fois le journal qui perpétue le souvenir de la révolte et celui qui a enterré les espoirs. Si son " style " est un hommage constant aux événements qui l'ont vu naître, c'est au prix d'un renoncement qui n'a pas dit son nom et qui revient hanter sa conscience aujourd'hui. Comment en finir avec les fantômes?



Eric Aeschimann, 43 ans, est journaliste à Libération depuis 1990.


Publié le : vendredi 13 août 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021007541
Nombre de pages : 94
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Libération et ses fantômes
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Du même auteur
Chirac d’Arabie Les mirages d’une politique française (avec Christophe Boltanski) Grasset, 2006
L’ Étoile de Matignon Julliard, 2001
La Guerre de sept ans Histoire secrète du franc fort (avec Pascal Riché) Calmann-Lévy, 1996
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Éric Aeschimann
Libération et ses fantômes
S e u i l
ISBN978-2-02-093074-1
© Éditions du Seuil, mars 2007
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À Serge July
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Avertissement
Cet essai est une réflexion personnelle née de la crise qui a secoué Libération au deuxième semestre 2006. Il ne sau-rait engager ni l’ancienne ni la nouvelle direction du jour-nal, pas plus qu’il ne prétend traduire les sentiments de l’une ou l’autre des diverses sensibilités qui traversent son équipe. Je tiens à remercier Isy Morgenstern qui a attiré mon attention sur lesEntretiens de Vézelay, et Gilles Hanus, qui prépare la publication des cahiers inédits de Benny Lévy aux éditions Verdier en septembre 2007.
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Introduction
« À cette époque-là c’était toujours fête. » CESAREPAVESE
La crise que traverse Libération depuis juin 2006 est une crise politique. Ses ressorts profonds puisent dans son his-toire propre autant que dans l’histoire du quotidien et celle de la gauche française. Un cycle s’achève, qui fut celui des quatre dernières décen-nies. De la mort des idéologies au sacre du capitalisme financier, de l’avènement de l’individu autonome à la ques-tion des minorités, une succession d’évolutions a façonné la France d’aujourd’hui et sapé les certitudes de ceux qui voulaient « changer la vie ». Ces bouleversements, le journal fondé par Serge July les a tous, à un moment ou à un autre, incarnés avec une intensité particulière ; plus qu’un autre, il en a illustré les emportements et les affres. Aujourd’hui, c’est avec la même intensité que ses difficultés reflètent celles de la gauche dans son ensemble. La crise de Libéra-tion est plus qu’elle-même. 11
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Libération et ses fantômes Tous ne veulent pas l’entendre. Cette crise, dit-on, ne serait que le signe avant-coureur de l’inéluctable déclin de la presse écrite. L’affaire se résumerait à une question de tuyaux qui prolifèrent et se connectent ; toute expression de perplexité sur les messages ainsi disséminés aux quatre vents ne serait qu’ultimes pinaillages d’un monde voué à disparaître. Succombant à la superstition de la toute-puis-sance technologique, les prophètes de l’ère numérique nous susurrent, comme dans les contes pour enfants, que nous serons tous un jour ou l’autremangés tout crus– et derrière les déplorations de circonstance, on peut entendre leur joie mauvaise à l’idée d’être enfin débarrassés d’une presse qui complique toujours tout. Certes, Libération ne vit pas hors du monde. Les quoti-diens flanchent dans la plupart des pays développés face au développement d’internet et des journaux gratuits. L’infor-mation est désormais un bien gratuit et l’équation écono-mique de la filière s’en trouve gravement déstabilisée. Mais il se pourrait que la pièce ne soit pas jouée. La presse écrite a montré par le passé ses facultés d’adaptation face à l’irrup-tion de la radio ou de la télévision. Les tirages et le nombre des titres ont décliné régulièrement depuis la guerre et pourtant, elle est demeurée un rouage indispensable de la vie publique. Il n’est pas interdit de penser qu’elle par-vienne une fois encore à trouver une nouvelle place. Surtout, assigner à Libération le rôle de quotidien-témoin d’une déconfiture annoncée revient à oublier ce qui fait sa particularité parmi les journaux français : son ancrage au cœur d’une histoire politique qui a structuré la gauche de Mai 68 jusqu’à aujourd’hui. Lorsqu’il présidait aux destinées 12
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