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MA VIE AVEC LIN LAZARE MATSOCOTA

De
129 pages
En 1965, trois hauts fonctionnaires du Congo sont enlevés à leur domicile et assassinés. Parmi eux figure le Procureur de la République, Matsocota Lazare, époux de Marceline Fila. Quarante ans après ces douloureux événements, elle nous livre ici son cri de douleur qu'elle ne pouvait contenir plus longtemps. Elle répond ainsi au devoir de mémoire, car le peuple a le droit de savoir..
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MA VIE AVEC LIN LAZARE MA TSOCOTA

2003 ISBN: 2-7475-3732-3

@ L'Harmattan,

Marceline FILA-MATSOCOTA

MA VIE AVEC LIN LAZARE MA TSOCOT A

Préface du Professeur MAKOUTA-MBOUKOU

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

REMERCIEMENTS

A monfils, Yengui Matsocota qui a suscité l'élaboration de ce livre. J'espère que le récit de la vie de son père et de l'illustre lignée dont il descend, lui donnera réconfort et courage pour construire une vie digne de son nom! Au Pasteur Nkounkou, qui m'a encouragée à rassembler mes souvenirs que je ne pouvais garder plus longtemps enfouis en moi et qui a guidé mes premiers pas dans l'écriture.

A tous ceux qui, de loin ou de près, m'ont aidée, en donnant leurs témoignages pour permettre aux générations futures d'écrire unjour, une page de l'histoire de notre pays.
A tous, mes très sincères remerciements!

PRÉFACE
Ce jour-là, il n'a pas plu, Kintélé, la petite rivière n'a pas débordé. Il y avait un trou long de plus d'un mètre, au milieu des lianes aquatiques, à l'endroit où le petit cours d'eau se jette dans le fleuve Congo. C'est là qu'ils ont enfoui le meilleur d'entre nous le génie qu'ils ont sacrifié à leurs ambitions. Ceux qui ne lui arrivaient pas à la cheville, étaient tous là, entrain de frémir de jalousie, se préparant à s'étriper comme des voleurs, à s'entre-déchirer comme des chiens quand sonne la curée, se bousculant à qui mieux pour savoir qui aurait le meilleur morceau! Mais un génie ne se remplace pas; il ne se tire pas au sort. Il est, c'est tout! Il Y avait un génie, le Procureur de la République et il y avait les niama-niamal Le génie ne les avait pas coiffés à l'arrivée, mais battus de plusieurs kilomètres, se plaçant à la plus haute marche de l'échelle. Eux, ils traînaient, la langue à terre comme des chiens recrus. Ils ne purent supporter les hourras poussés en honneur du meilleur! Ils se rassemblèrent tous cette nuit là, pour préparer la vengeance. Car, c'était pour eux, un crime que d'être le lneilleur parmi les meilleurs, une véritable provocation! Il fallait qu'il paie de sa vie, le génie! Et cette nuit-là, les assassins le lui firent payer en compagnie de deux autres grands congolais. Tous les motifs furent évoqués. On les accusa de tout, y compris des coups d'Etat en préparation! Pauvre Lazare, il n'était pas militaire! Il n'avait même pas un pistolet à lui! Coup d'État? Ah !!! Je connaissais l'homme. Je l'ai apprécié au « Congrès sur la décolonisation de l'Afrique et la Conscientisation des Peuples Noirs »qu'il organisa en 1957 à la maison commune de Poto-Poto. Sa voix de stentor y fit résonner les murs du grand bâtiment communal. Elle s'envola à travers tout le Congo et toute l'Afrique Centrale. Les admirateurs poussèrent des soupirs. J'y mêlai les miens!
1 Le menu fretin

Trois nuits avant le drame, j'ai mangé en compagnie de mon épouse, avec l'un des trois futurs sacrifiés, le Président de la Cour Suprême: Joseph Pouabou. Je l'approchais pour la première fois. Un homme sympathique, un bon vivant qui s'amusa tant qu'il put ce soir-là. Il supplia mon épouse de lui accorder une danse. On rit de bon cœur, ce soir-là, ma femme lui disant qu'elle ne dansait pas, car c'était pécher de danser pour la protestante qu'elle était. Danse prémonitoire s'il en fut; ça se passait chez le Président de la Cour Suprême. C'était le samedi 12 février 1965 ! Le lundi 14 Février, les génies étaient enlevés comme des lapins et abattus tous les trois: Lazare Matsocota, Procureur de la République, Joseph Pouabou, Président de la Cour suprême et Anselme Massouémé, Directeur de l'Information. Le lendemain, 15 février, la République balança sur les antennes nationales un interdit: Personne ne devait aller fouiner à Kintélé, lieu où les Grands Hommes avaient été immolés. Que signifiait cet interdit? L'Etat congolais revendiquait-il cet odieux crime par cette décision? Mais je ne pus garder plus longtemps cette boule qui m'obstruait la conscience. Je bravais l'interdit, comptant sur mon immunité parlementaire; j'étais Député au Parlement. Mais je n'appartenais pas au groupe de Mpila, marxiste par définition et secret comme toutes les associations de malfaiteurs. Et puis, j'étais anti-marxiste. Je pris donc la route de Kintélé, le lieu qui vit tomber la tête, des plus grands, en compagnie de mon informateur linguistique, René Nkouka, originaire du village Kintélé. Les villageois nous reçurent, le visage sombre. Ils avaient entendu dans la nuit, des coups de feu, des gémissements. Terrés chez eux de peur, ils ne virent le spectacle macabre qu'au matin du 15 février. Ils ne virent qu'un seul corps, celui du Procureur de La République. Un paysan entra en transe, courut le long de la berge du fleuve Congo et montra le corps du Directeur de l'Information, enfoui dans la boue du fleuve; un pied ressortait de l'eau. Mais du corps du Président de la Cour Suprême, aucune trace ne fut trouvée. L'avait-on lesté de pierres et jeté loin de la berge comme on le supposait? 10

OH ! Jésus, Fils de Dieu, le Congo était-il entré par cette porte béante, dans l'ère du crime? Les criminels avaient. signé leur forfait. Ces assassinats étaient l'œuvre du Groupe de Mpila composé des personnes bien connues aujourd'hui qui ne s'en cachent pas d'ailleurs. Ce groupe était divisé en trois sous-groupes ainsi que les assassins euxmêmes l'ont reconnu à la Conférence Nationale Souveraine. Chaque sous-groupe devait neutraliser une des trois personnalités, c'est à dire, éliminer physiquement. Il s'agit là d'un groupe marxiste façonné par Pascal Lissouba, pendant les rencontres de Brazzaville dites rencontres dominicales. Pascal Lissouba ne me semble donc pas étranger à ce crIme. Mais quel ne fut pas mon étonnement, lors d'une rencontre avec le Président de la République Alphonse Mas samba-Débat, lorsque Pascal Lissouba nia tout! A cette rencontre étaient conviés plusieurs personnes: Augustin Poignet, Felix Mouzabakani, André Mouyabi, Jean-pierre Makouta-Mboukou, et bien d'autres encore. L'objet de cette rencontre, était une confrontation entre le Président de la république, Alphonse Massamba-Débat et son Premier Ministre, Pasc,al Lissouba, au sujet de l'assassinat des trois cadres. On était e,n,core à la question: « Qui les a tués?» Comme dit plus haut, cette rencontre ne produisit aucune vérité sur l'évènement. On rit beaucoup, à l'occasion de la réponse à une question du Président de la République à l'ancien Premier Ministre. Le Président demanda à Pascal Lissouba :

.

Quefaisiez-vous dehors, à 2 heures du matin?

Je veillais sur la République! Répondit-il. . Vous veillâtes si bien sur la République, que vous oubliâtes de veiller sur les républicains assassinés sous vos yeux braqués sur la République! Comme je dis, on en rit malgré l'atmosphère qui s'y opposait. Mais aujourd'hui, nous n'en sommes plus là. L'épouse éplorée n'en est plus là, elle non plus! Car nous savons aujourd'hui que l'exécution de Lazare Matsocota, de Joseph Pouabou et d'Anselme Massouémé, est une œuvre commune, pour défendre le régime marxiste. Il

.

L'épouse éplorée ne demande qu'une chose: qu'on laisse son cher époux continuer paisiblement son repos éternel sans qu'on aille aussi sottement, sous le couvert d'un manteau culturel indigne, revêtu et décoré du sang des congolais, le réveiller par des rappels humiliants et injurieux, dont on peut et doit se passer. On devrait plutôt consacrer ses énergies intellectuelles, morales et altruistes par allocentrisme, à la défense des droits des orphelins des victimes, de toutes les victimes, en commençant par les premiers: ceux de Matsocota, de Pouabou et de Massouémé. Nous sommes étonnés que des envolées sentimentales soient consacrées à ce drame, uniquement sous l'angle de la jalousie et d'un tribalisme tribaliste, sans qu'un mot ne soit prononcé relativement au dédommagement, à une réparation nécessaire et indispensable du préjudice subi. Nous ignorons la descendance de Pouabou et de Massouémé, mais celle de Matsocota, nous la connaissons. Les tuteurs de YEN GUI Matsocota, troisième du nom, ont la possibilité de plaider pour celui qu'ils appellent leur protégé. Ne peuvent-ils pas l'aider à effacer l'image d'un père qu'on lui présenta jadis: incomplet, défiguré, affreusement mutilé comme un voyou, alors qu'il était l'un des plus grands de la République! L'Etat Congolais ne peut-il pas prendre un décret d'indemnisation de ces orphelins conformément aux décisions de la Conférence nationale? Mais ce que nous admirons le plus chez la mère, cette femme digne des anciennes Kongos, du temps de nos anciens rois, à l'époque où nous négocions avec Rome par nos ambassadeurs chrétiens, ce que nous admirons chez cette femme, c'est l'esprit de pardon qui caractérise aussi les Kongos d'hier et d'aujourd'hui. D'ailleurs les assassins des Kongos, comptent sur cet esprit de pardon, car ils disent: « les Kongos pardonneront toujours ». En effet, Marceline Fila Matsocota n'en veut nullement aux assassins et aux anciennes amies de son mari dont certaines cherchent à l'humilier aujourd'hui encore. Est-ce par jalousie même après la mort du grand homme, puisqu'elles font tout par esprit de vengeance, pour salir sa mémoire. Elle respecte ses anciennes rivales qui l'injurient malS qu'elle ne veut absolument pas injurier ni humilier.

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Je profite de cette Préface pour poser une question: les familles avaient retrouvé les corps de Lazare Matsocota et d'Anselme Massouémé qui ont leur tombe au village des vivants, sur lesquelles, elles peuvent aller déposer des fleurs le jour des Chrysanthèmes. Les assassins qui ont avoué leur crime, ne peuvent-ils pas avoir pitié de l'épouse de Joseph Pouabou, en lui indiquant le lieu où ils ont enterré son mari? Les autres assassins pourraient aussi en profiter pour dire où ils ont placé le corps d'Alphonse Massamba-Débat. Le Congo, ne pourrait-il pas décréter, en tant qu'Etat civilisé, que désormais les corps des personnes exécutées de quelque manière que ce soit, seraient automatiquement rendus à leur famille?

Professeur Makouta-Mboukou Ancien Député Ancien Vice-Président du Sénat Ancien Ministre Plénipotentiaire.

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