Ma vie, ma vision pour le Centrafrique

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Dans ce récit, Charles Armel Doubane raconte son vécu et son expérience. De la province centrafricaine aux couloirs de l'ONU, on rencontre des personnalités historiques de premier plan et des personnages forts qui ont marqué l'auteur pour la vie, notamment son père, ancien militaire. Le parcours de l'auteur est intimement lié à l'histoire de son pays qu'il a servi au plus haut niveau. . Son objectif : faire sortir le Centrafrique de la misère et du conflit. Il se consacre à sa candidature à la prochaine élection présidentielle.
Publié le : mardi 1 décembre 2015
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EAN13 : 9782336397504
Nombre de pages : 246
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Charles ArmelDOUBANE
MA VIE, MA VISION POUR LE CENTRAFRIQUE
Ma vie, ma vision pour le Centrafrique
Charles Armel Doubane
Ma vie, ma vision pour le Centrafrique
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07700-0 EAN : 9782343077000
PROLOGUE
Je me rappelle très bien le panache de fumée qui sur-plombait notre maison de Zémio. C’était une fumée épaisse et âcre qui piquait les yeux et le nez. Plus je m’approchais en courant, plus je toussais. Au coin de ma ruelle, je pouvais sentir la chaleur du brasier. Des flammes hautes léchaient les murs de briques rouges et des poutres enflammées s’effondraient faisant monter vers le ciel assombri des millions de petites escarbilles phosphorescentes. Un attroupement s’était formé devant ce qui avait été la porte de notre cour. La foule s’agitait. Il me semblait qu’un homme se débattait au milieu de ces gens. Plusieurs gaillards costauds retenaient le forcené qui semblait vouloir se jeter dans le brasier. Le ronronnement puissant du feu m’empêchait d’entendre ce qui se disait au milieu de ce groupe lancé dans un mouvement de va-et-vient. J’avais du mal à voir à travers les jambes des adultes ce qui se passait vraiment et qui étaient les acteurs de cette pantomime étrange. Mais j’étais bien sûr que c’était ma maison qui brûlait. Me débarrassant de mon cartable encombrant, je tentais de me frayer un passage entre les badauds qui continuaient à s’agglutiner pour me rapprocher au maximum du centre de la scène. La chaleur était de plus en plus forte, la sueur perlait sur mon front, dévalait à grosses gouttes sur mes joues, mêlée aux larmes qui commençaient à couler à cause de la fumée, de la poussière de cendres et d’un sen-
timent diffus qui m’envahissait. Cet homme que l’on retenait de force, c’était mon père. Il ne cessait de mar-monner : « Avez-vous sécurisé mes fusils ? Et mes papiers, mes médailles, vous les avez récupérés ? Je dois tout retrouver, tout récupérer ! Laissez-moi, laissez-moi ! », ajoutait-il en donnant de puissants coups de reins pour se libérer de l’étreinte des voisins. Je reconnaissais mes grandes sœurs en larmes dans la foule de plus en plus nombreuse, des parents, des cousins. J’aurais voulu moi-même me jeter dans les flammes et récupérer les biens auxquels mon père tenait tant. Mais il n’y avait rien à faire… Je me rapprochais de mon père se débattant toujours, essayant, dressé sur la pointe des pieds et la tête haute, d’entrer dans son champ de vision. Sa tunique d’habitude impeccable était froissée, rendue grisâtre par la poussière et la sueur. Ses yeux fixaient la maison transformée en ruines fumantes, et le grand arbre au centre de la cour dont les branches dépassaient le muret d’enceinte. Les vertes feuilles du manguier commençaient d’un côté à roussir. Finalement, il me vit. Dans son regard passa comme une lueur de désespoir vite remplacée par de la fierté. Il arrêta de se débattre, son corps se relâcha. Mes oncles restaient sur leurs gardes, le frappaient sur les épaules et dans le dos pour le réconforter. Papa tendit la main vers moi et la posa sur ma tête. J’ai souvent revécu en songe ce drame dont je n’ai pas vraiment été le témoin. J’étais à l’école quand la maison a été détruite par le feu. Personne n’a jamais su dire com-ment l’incendie s’était déclaré. Mais ce qui était clair, c’est que mon père avait tout perdu. Je n’ai plus aucune photo de mon enfance, papiers officiels et médailles de mon père ont disparu dans les flammes. Et sans doute aussi beau-coup d’argent que mon père gardait à la maison en l’absence de banque à Zémio à l’époque. Cela explique
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sans doute sa tentative, quasiment suicidaire, de se jeter dans le brasier pour récupérer ses biens, comme ses fusils qui faisaient sa fierté et sans doute ses économies. Nous avions tout perdu, mais personne n’avait été blessé. Il ne restait qu’à rebâtir. Je me suis souvent retrouvé plongé dans ce rêve, qui fait partie intégrante de mes souvenirs reconstruits, comme nous en avons tous. La fréquence varie. Elle est souvent fonction des soubresauts de l’histoire de mon pays, la Ré-publique centrafricaine. Je pourrais dire, au vu de ce qui se passe chez moi aujourd’hui, que là aussi, la maison a brûlé. Sauf que le feu n’est pas encore éteint, et que nous ne connaissons pas encore l’étendue complète des pro-fonds dégâts. Ce dont je suis sûr c’est que tout devra être reconstruit. Nous n’avons plus rien à perdre. Mon pays est au fond du trou. Nous devons tous nous mobiliser pour l’en sortir. J’y suis en tous les cas déterminé. Comme mon père me l’a appris, je suis au service de ma famille, de mes concitoyens. Je lui dois bien cela. Nous avons tous une dette envers notre pays et ceux qui nous l’ont légué, dans un état plus ou moins délabré, il est vrai, mais tout de même, cela reste notre patrie. Tous les Centrafricains ai-ment leur pays. C’est à eux que j’adresse ce modeste ouvrage, pour qu’ensemble, nous reconstruisions notre maison et retrouvions le foyer digne de nos aspirations et de nos rêves.
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