Madeleine - Récits et souvenirs

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Madeleine Lévy nous montre comment vivait une famille ordinaire au XXe siècle qu’elle a vécu, souvent atteinte par les heurts de l’Histoire, mais toujours prête à forger de nouveaux espoirs.
Madeleine Lévy se dévoile par les souvenirs de ses proches. Elle dessine un autoportait en mêlant ses propres réflexions aux regards amoureux qu’elle porte sur ses parents, ses amis et ses enfants. Nous la découvrons généreuse, dévouée, engagée : femme peu ordinaire de ce XXe siècle.
Ces fragments de vie, ancrés profondément ou retrouvés par le travail de mémoire, sont plus qu’une traversée du siècle, plus qu’une saga familiale : ils nous montrent comment une vie peut s’inscrire dans l’Histoire, la revendiquer, en être à la fois un témoin passionné et un acteur militant.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782953640205
Nombre de pages : non-communiqué
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Mes origines
Ma vie de 1917 à 1939
Le creuset familial : de l'Alsace annexée à la Russie tsariste
Mon père, Charles Lévy, était le fils de Hermann Lévy, né à La Walk (canton de Niederbronn-Les-Bains dans le Bas-Rhin) et qui avait quitté l'Alsace en 1870 pour ne pas être allemand. Il s'était engagé dans l'armée de Chanzy*, mais il ne s'est pas battu longtemps car l'armée a rapidement été défaite sur la Loire. Ma grand-mère Rachel était aussi originaire d'Alsace : sa famille avait quitté l'Alsace pour les mêmes raisons que mon grand-père et s'était installée à Paris rue Rambuteau.
C'est à Paris que mon grand-père et ma grand-mère paternels se sont connus. Mon père est né au 5 rue Debelleyme. Plus tard, j'ai habité au 6 de cette rue, juste en face !
Ma mère, Rosa Lévy, était une «demoiselle» Berchadsky. Mon grand-père Noé et ses deux frères, Joseph et David, étaient partis tous les trois de Palestine où ils étaient arrivés fuyant la Russie tsariste, Kiev en Ukraine, où sévissaient les pogroms vers 1875. Ma grand-mère Esther et sa famille avaient fui Reval (maintenant Tallinn) en Estonie et se trouvaient eux aussi en Palestine où elle fit la connaissance de mon grand-père. Mais aucun ne voulait rester en Palestine. Ils ont pensé aller en Amérique. Il n'y avait pas, alors, d'avion : il fallait prendre le ba teau et faire de nombreuses escales. Ils ont fait escale à Marseille. Un des trois frères y est resté. Les deux autres sont montés à Paris. L'un d'eux, l'oncle Jacques, est parti aux États-Unis puis en est revenu et s'est installé à Paris. Quant au troisième, mon
*. Voir les notes page 151.
Ma mère et mon père dans les années trente.
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grand-père Noé, il est parti s'établir à Dunkerque où il a ouvert un commerce de dentelles et soie-ries dont s'est occupé ma grand-mère après qu'il soit devenu paralysé.
Ma mère avait un frère aîné, Joseph, qui était né en Palestine. Il est parti en Amérique en 1913 comme matelot et s'est installé à Washington. Il s'y est établi commerçant en bonneterie et a fondé une famille. Il a eu un fils, Robert, appelé Bob. Malgré la distance, nous sommes toujours restés en relations très étroites.
Les trois frères s'appelaient Berchadsky. Par suite d'une erreur de transcription, le nom de mon grand-père Noé est devenu Verchafsky. Mais les deux autres frères avaient bien le nom de Berchadsky. Or, aux États-Unis, mon oncle Joseph, sur les conseils d'un ami, a changé son nom pour celui de Vernon afin de faciliter son commerce.
Les Berchadsky, c'était l'ancien système. C'était des patriarches : quand ils avaient décidé quel-que chose, il fallait obtempérer. Ils avaient des principes dont ils n'auraient dérogé à aucun prix. Mon cousin Bob n'a pas connu ses oncles mais il est le portrait craché de son oncle de Paris ! Le s Berchadsky ne plaisantaient pas ; ils étaient impressionnants. Je les ai connus alors que j'étais petite fille ; j'en avais presque peur ! Je n'ai pas connu mon grand-père Noé : il est mort en 1908.
La famille s'installe à Paris
14 rue Froissart, janvier 1914. La famille Lévy (Charles et Rosa, jeunes mariés) emménagent dans un appartement au 5ème étage, 1ère porte à gauche, sans ascenseur, avec un jeune bébé d'un an, Raymond. Mais vivent avec eux, la Grand-mère Lolo (mère de Charles Lévy), sa soeur Fanny céli-bataire (tante de Charles Lévy) et Hélène soeur aînée de Charles Lévy.
Ainsi, les jeunes époux et leur bébé, ne sont pas seuls. Bientôt en 1917, en pleine guerre, naît une petite fille, Madeleine.
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Ma naissance
Le 14 juillet 1917 à 0h20, voilà, je suis née, moi, Madeleine, Adèle, Rachel.
Je suis née à la maison, 14 rue Froissart. Maman m'a toujours rappelé que je suis née en pleine guerre, le jour de la Fête Nationale.
J'ai déjà un grand frère de quatre ans et demi, Raymond.
Mon père est mobilisé. Mais il a la chance de ne pas avoir été envoyé en première ligne dans les tranchées : il avait été réformé pour une déviatio n de la colonne vertébrale. Il était dans la Marne, près du front et travaillait à l'administration militaire, cela pendant toute la guerre. Et je sais que la situation financière à la maison est très difficile mais je n'ai que le souvenir de ce que mes parents en ont raconté, j'étais trop petite. J'étais, disait Maman, fragile et difficile à nourrir. J'ai quand même réussi à grandir ! Mais, voyez-v ous, ne soyez pas étonn és que je sois une « petite mangeuse », comme me le rappellent en s'amusant mes petits enfants. Il est vrai que ce fut longtemps un souci pour maman. Enfin, s'il est vrai que les repas seront pour moi un problème pendant assez longtemps, il n'en demeure pas moins que j'ai bien grandi, entourée de l'affection de mes chers parents et de ma chère Tante Hélène (soeur de Papé, Charles Lévy, mon père). Je suis une petite fille choyée par tous.
La guerre terminée, mon père retrouve un emploi de comptable, Tante Hélène travaille dans la maroquinerie et le temps passe. Raymond et moi, nous nous entendons pour faire des bêtises ou nous disputer comme il convient entre frère et soeur.
À l'époque, et jusqu'à la guerre 39-45, puis jusqu'à la guerre d'Algérie où tout s'arrête, Paris est en fête le 14 juillet. On danse, pe ndant trois jours et trois nuits dans tous les quartiers, à tous les croise-ments de rues et sur toutes les places. Au carrefour en bas de chez nous, sous nos fenêtres, s'installe
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un orchestre, les cafés installent des tables au dehors et les rues sont ornées de guirlandes. C'est magnifique, joyeux. Les autobus (4 lignes K, O, Q, D) qui passent au carrefour s'arrêtent et attendent la fin de la danse. Les autobus parisiens portent, alors, des lettres. Le Q est devenu le 96 d'aujourd'hui.
Les autobus sont ornés de drapeaux tricolores ! Et moi j'ai cru longtemps que c'était pour mon anniversaire. Quelle déception quand je me suis aperçue qu'il n'en était rien. Le Q va à la gare Montparnasse. Nous prenons le K pour aller à la Mutualité où ont lieu les meetings du Front Populaire et du P.C. Le trajet du K passe devant le Cirque d'Hiver, emprunte un pont très délabré qui s'est effon-dré en 1940 avec un autobus dessus. C'est aujourd'hui la passerelle de l'île Saint Louis.
Mon enfance, ma jeunesse, la vie quotidienne
Je vais essayer de faire comprendre aux générations actuelles et futures dans quelle atmosphère et de quelle façon nous vivions entre les deux guerres, et même jusqu'aux années 1950. Je com-prends aisément que les jeunes de maintenant ne puissent réaliser comment nous évoluions et réa-gissions alors. Comment vivait notre famille pendant ces années ?
L'après-guerre 14-18
En premier lieu, situons la période entre les deux guerres, soit 1918-1940.
Je suis née en 1917, en pleine guerre. Donc, de ma petite enfance, ce ne peut être qu'un loin-tain souvenir de propos entendus dans la rue et au cours de promenades. Nous sommes marqués par le grand nombre d'invalides et d'infirmes (on ne dit pas encore « handicapés »). Ce sont tous des Anciens Combattants.
À l'époque, les appareillages sont loin d'être ceux d'aujourd'hui. Que d'unijambistes se déplaçant avec une béquille ou deux !
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