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Écrivain et homme politique, André Malraux est né le 3 novembre 1901 à Paris. Après le divorce de ses parents, il est élevé par sa mère et sa grand-mère à Bondy. Il y fréquente le collège, suit des cours à partir de 1919 au Musée Guimet et à l'École du Louvre et apprend le sanscrit. Gagnant sa vie dans le commerce du livre d'occasion, il est introduit auprès des milieux intellectuels et rencontre André Gide, Max Jacob, Pierre Reverdy
En 1920, il publie son premier article dans la revueLa Connaissance: "Des origines de la poésie cubiste". L'année suivante, paraît chez Kahnweiler un récit fantastique que Malraux qualifie de "farfelu":Lunes en papier(1921), illustré par Léger. Maurice de Vlaminck, André Derain et Pablo Picasso deviennent ses amis. La revueDéspublie, en 1922, "Des lapins pneumatiques dans un jardin français", texte inspiré par le principe d'une liberté formelle de l'imaginaire, cher à ses amis peintres. Il continue à Paris ses recherches sur l'art, fait paraître des études sur André Gide, Gobineau, Max Jacob et préfaceMademoiselle Monkde Charles Maurras (1923).
Poussé par le goût de l'aventure et des intérêts artistiques, il part en 1923 avec Clara Goldschmidt, sa jeune épouse, et son ami d'enfance Louis Chevasson pour l'Indochine, chargé d'une mission archéologique. Lors d'une expédition à travers la jungle, il enlève quelques statues khmères dans un temple à Banteaï-Srey. Revenu à Pnom-Penh, il est inculpé le 24 décembre 1923 et condamné en juillet 1924 à trois ans de prison ferme. René-Louis Doyon, directeur deLa Connaissance, entreprend alors à Paris une action en sa faveur à laquelle s'associent Marcel Arland, François Mauriac et Jean Paulhan. Grâce à la pétition des intellectuels, le jugement de Pnom-Penh est cassé en appel. L'absurdité d'un procès au cours duquel Malraux ressentit la dureté de l'administration coloniale renforce en lui le sentiment d'humiliation éprouvé au cours de sa jeunesse et le pousse vers une attitude de révolte sociale qui s'exprime lors de sa deuxième période indochinoise en 1925, plus engagée; il participe au mouvement nationaliste Jeune Annam et lutte avec Paul Monin contre la politique d'asservissement du régime colonial dans le journalL'Indochine, qui deviendra après une interdictionL'Indochine enchaînée. Outre ses articles de lutte anticolonialiste, il y publie sous un pseudonyme "L'expédition d'Ispahan", qui clôture avecLe Royaume farfelu, paru en 1928 chez Gallimard, le cycle "farfelu".
Parti en Asie comme aventurier et amateur d'art, Malraux quitte Saïgon en décembre 1925, malade, mais enrichi par l'expérience de la solidarité de l'action politique. Cette expérience asiatique trouve alors une première expression dans l'essaiLa Tentation de l'Occident(1926). Face à l'idéologie de l'Occident défendue par l'Action française et Henri Massis, il y évoque la crise de l'Europe et de ses valeurs, annonçant le nihilisme comme dernière phase de l'ère moderne. Mais il parle aussi de la crise de la culture chinoise, la lucidité au sens nietzschéen restant la seule valeur. Malraux constate en 1926, l'un des premiers, que l'Histoire a cessé de se jouer exclusivement en Europe: "En ce début de siècle, c'est le monde qui envahit l'Europe". Dans un autre essai,D'une jeunesse européenne(1927), il fait observer que les Européens interprètent le monde à travers les catégories inadéquates du passé. Quant à lui, il cherche à traduire l'expérience du présent par un "mythe cohérent", dont il donnera la première expression dans une série romanesque:Les Conquérants(1928),La Voie royale(1930) etLa Condition humaine(1933, prix Goncourt).
DansLa Voie royale, conçue et ébauchée avantLes Conquérants, il transpose son aventure en pays khmer. Conscient de leur contingence et de la pesanteur du destin, les héros y cherchent la liberté par le moyen de l'aventure. DansLes ConquérantsetLa Condition humaine, il ébauche les attitudes possibles face à la révolution. Si sa conception de la
révolution est influencée par le marxisme, elle ne l'est pas en tant qu'illustration d'une doctrine: elle médiatise les points de vue variés des personnages, qui ne se confondent pas avec celui de l'auteur. Ainsi le marxisme apparaît surtout comme une pratique révolutionnaire. Proche de la tradition anarchiste française, Malraux accentue la dimension volontariste face à une vision fataliste de la révolution. SiLes Conquérantscommence par une grève générale, c'est justement que l'auteur attribue à l'action, non plus aventurière mais révolutionnaire, une importance primordiale. La signification que celle-ci revêt pour l'individu est davantage mise en relief que la finalité politique, qui reste provisoire dansLes Conquérants, où les masses organisées sont à peine évoquées: aux yeux de Malraux, l'héroïsme, moteur de l'Histoire, est le fait d'une élite, conception qui sera critiquée par Trotski. La lutte des classes n'est donc pas un concept clé, et les révolutionnaires cherchent moins à transformer les conditions économiques qu'à rendre la dignité aux opprimés. Le thème central de ces romans est la recherche de valeurs humaines qui se distinguent aussi bien de l'individualisme bourgeois que de la négation de l'homme par la société totalitaire.
Cette recherche de l'humain et de son plein épanouissement sont incarnés par Garine dans Les Conquérants, et par le groupe des révolutionnaires de Shangaï dansLa Condition humaine, qui illustre des valeurs authentiquement humaines actualisant par le combat une fraternité qui nie l'individualisme égoïste. Les figures humaines de l'univers romanesque de Malraux se différencient nettement des représentants de l'individualisme (d'obédience libertaire comme Hong et Tchen ou de la tendance libérale comme Tcheng-Daï ou Gisors) mais aussi des personnages totalitaires chez qui domine l'esprit de parti, comme Borodine dansLes Conquérants, ou le groupe de Hankéou dansLa Condition humaine, qui sacrifie les révolutionnaires au nom d'un pragmatisme assez cynique. Malraux se distingue par son humanisme social, par son sens de l'Histoire, mais aussi par son obsession de la transcendance. Derrière l'injustice sociale se profilent chez lui la servitude métaphysique, la contingence de l'homme et l'absurdité de l'existence qui se manifeste dans la mort. Malraux reconnaît que la suppression des servitudes sociales et économiques ne saurait libérer l'homme de sa misère métaphysique.
Mais son engagement politique n'est pas moins authentique et réel: il entre en contact avec les organisations réunissant des écrivains engagés; il adhère en décembre 1932 à l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires. La prise de pouvoir de Hitler renforce cet engagement. Il prend la parole au meeting de l'AEAR en mars 1933 et plaide pour une alliance avec Moscou sous le signe de l'antifascisme. En janvier 1934, il se rend avec Gide à Berlin pour remettre à Goebbels la pétition des intellectuels demandant la libération de Dimitrov innocent de l'incendie du Reichstag. En août de la même année, il est invité comme seul membre non communiste de la délégation française au congrès des écrivains soviétiques à Moscou, où il oppose l'idée de la liberté créatrice, indispensable à l'artiste, au dogme du réalisme socialiste. Il est alors compagnon de route: sans abandonner ses propres idées, il croit devoir être aux côtés des communistes pour une action et un temps déterminés. Il se réclame de la dimension humaniste du communisme, qui concorde avec la certitude que les hommes unis par un but commun accèdent à des valeurs auxquelles ils n'accéderaient pas seuls. Il illustrera le thème de la fraternité virile dans un roman,Le Temps du mépris(1935), où il aborde la persécution nazie et montre, à travers l'exemple du communiste allemand Kassner, la force de la fraternité. Un camarade se sacrifie pour celui qui a des responsabilités politiques plus importantes. Malraux défend l'idée de la solidarité face au nationalisme fasciste lors du Congrès pour la défense de la culture, en juin 1935, à Paris.
Lorsque la guerre civile éclate le 18 juillet 1936 en Espagne, Malraux s'envole quelques jours plus tard en tant que coprésident du Comité mondial contre la guerre et le fascisme à Madrid. Il revient ensuite à Paris informer l'opinion publique que la cause des républicains espagnols
n'est pas perdue...