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MEDECINS NANTAIS EN OUTRE-MER (1962-1985)

De
143 pages
Quarante-quatre jeunes médecins nantais partent volontaires pour exercer outre-mer, contribuant à la relève médicale après la décolonisation. Ils racontent leurs activités, leurs aventures et la fascination que les pays aidés ont exercée sur eux, la découverte des autres, de leurs cultures, de leurs traditions avec lesquelles il faudra compter. Opérer la nuit à la lumière des phares d'un 4x4 embourbé dans quelque coin d'Afrique, établir un certificat de virginité pour le bon déroulement d'un mariage maghrébin, accompagner les mourants recueillis à Calcutta par Mère Teresa, etc. Voici quelques exemples de leur vécu, mélangeant pittoresque, risques et efficacité.
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A la mémoire du Doyen honoraire de la Faculté de Médecine, J.P. Kerneis, premier président de l’Université de Nantes. Cet éminent historien de la médecine des gens de mer m’a appris le sens et la valeur du témoignage. Il souhaitait la parution de cet ouvrage. Les circonstances ne m’ont pas permis de le rédiger de son vivant. Je lui ai toujours voué reconnaissance et profond attachement. A Nantes la rebelle, passionnément.

A Françoise, mon épouse et précieuse collaboratrice, à M. Marjolet, mon successeur : il a choisi le même itinéraire, aux collègues qui m’ont honoré de leur confiance et aidé dans mes entreprises.

Sommaire
Introduction
Ière Partie :
..........................................................................................................................11

Les coopérants ......................................................................................23 - Le Monde (Afrique exclue)......................................................23 - Afrique Blanche ................................................................................57 - Afrique Noire ......................................................................................85

IIème Partie : Formation de médecins africains à Nantes ........................123

IIIème Partie : A propos des cycles parasitaires ............................................131

Conclusion

........................................................................................................................137

9

Introduction
La coopération médicale française en Outre-mer s’ouvre de manière coordonnée au temps de transition qui marque l’accès à l’indépendance de la plupart de nos colonies. Cette époque se situe approximativement des années 60 à 80 du siècle précédent. Notre pays ressent la nécessité de compléter son action médicale, dans ses anciens territoires sous tutelle, déjà remarquablement entreprise au cours des décennies précédentes, par les organisations militaires, civiles et les pastoriens. Les structures de santé établies antérieurement à la décolonisation, ainsi que leurs divers groupements, éprouvent alors quelques perturbations dans leur fonctionnement, dues à des mouvements du personnel technique et administratif, appelé à poursuivre leur carrière en métropole. Les médecins d’origine et de formation locale ne sont pas assez nombreux pour prendre immédiatement le relais. Cette période est donc favorable à l’établissement d’une nouvelle relation Nord-Sud, particulièrement féconde. La Faculté de Médecine de Nantes s’y engage “à fond” et dans un double courant dont le déroulement et l’histoire sont ici exposés. De jeunes médecins nantais, en fin d’études, vont profiter, pour la plupart, des facilités d’affectation Outre-mer, accordées par le Service National, pour satisfaire leur goût de l’aventure et du don de soi, dans une coopération originale. 11

Docteurs nantais en Outre-mer
Des situations quelquefois délicates, mettant en jeu leurs qualités d’adaptation les conduisent à des alternances d’enthousiasme et de découragement, sans pour cela neutraliser leur efficacité. Certains vont dans leur engagement, jusqu’à pratiquer une médecine risquée. Ils rendent de précieux services, acquièrent une connaissance éprouvée de la Pathologie Exotique. A leur retour, ils rédigent une thèse nécessaire à l’obtention du titre de docteur en médecine. Celles-ci constituent de remarquables documents, non seulement par le récit de leur vécu, mais aussi par la valeur des observations et les réflexions sur l’univers qui les accueille et souvent les fascine. Parallèlement à ces départs, Nantes, comme bien d’autres villes universitaires, reçoit des agents de santé assistants médicaux originaires de nos anciens pays de tutelle en Afrique-Noire, boursiers de l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) venus parfaire leur formation médicale et accéder au diplôme d’université de Docteur en Médecine. Ils ont à combler des lacunes et à supporter le dépaysement : tout est organisé pour qu’ils y parviennent sans trop de difficultés. Certains d’entre eux, de retour dans leur pays d’origine, occupent des fonctions importantes. La première partie de cet ouvrage est donc consacrée aux quarante quatre coopérants français partis Outre-mer. Dans un second volet est exposé l’effort de l’Université de Nantes, pour la promotion des cent six étudiants africains. Ce double courant de réajustement médical s’amorce et s’épanouit à Nantes sur un terrain favorable. Tout pousse dans cette cité, connue pour la diversité et la beauté de sa végétation. Au XVIIIème siècle fleurit le commerce triangulaire du bois d’ébène, marqué de violence et de mépris. Deux cents ans après va éclore le mouvement de jeunes médecins engagés, pour apporter le meilleur d’eux-mêmes dans cette Afrique. Cette poignée de docteurs, hommes et femmes, ambassadeurs de nouvelles valeurs, est une petite clarté, mais elle brille 12

Introduction
d’un éclat singulier au regard de la sinistre mémoire de la traite négrière. Le doyen honoraire Kerneis, premier Président de l’Université de Nantes, souhaitait la parution de cet ouvrage car nous avions collaboré à l’aménagement et au fonctionnement de ce double courant. Il considérait nos jeunes coopérants comme les héritiers des chirurgiens navigans, dont il avait raconté l’épopée. C’est donc une page du passé médical nantais qui vous est présentée. Plus de vingt ans séparent le premier du dernier récit de nos voyageurs, temps dont j’ai eu l’immense privilège d’être contemporain. Je le retrace avec rigueur, mais je ne crains pas de le faire en adoptant la connotation d’une saga ou d’une geste à la gloire de ces coopérants, chevaliers de l’humanitaire.

La présentation de ce livre nécessite quelques explications, elle est le point d’aboutissement d’une construction pyramidale dont la base est figurée par les thèses de coopérants. Bien après leur soutenance -j’en suis le président du jury-, elles ont été soumises à la lecture de trois étudiants, en fin d’études médicales. Ils ont accepté de les analyser pour en définir l’intérêt, l’esprit, le caractère de l’œuvre accomplie, et ce qui les a frappés dans le comportement et les opinions de leurs auteurs. Ces trois étudiants, les analystes, souvent beaucoup plus jeunes que les coopérants, apportent ainsi le point de vue et la sensibilité de leur génération. Pour faciliter cette opération, j’ai groupé les thèses selon les trois zones géographiques, théâtre de l’action des coopérants et par commodité essentiellement : Afrique Blanche, Afrique Noire, localisations extérieures au continent africain, constituant trois lots de quinze unités environ. Chaque lot est confié à un des trois analystes, qui à leur tour rédigent leur propre thèse, à partir de l’étude des textes qui leur sont confiés. Je me suis enfin hissé au sommet de la pyramide pour rédiger la présente synthèse des contributions, tant des coopérants que de leurs analystes. Le regard s’est attaché à chaque personne dont l’âge moyen se situe de vingt-cinq à trente ans au moment de leurs interventions. 13

Docteurs nantais en Outre-mer
Ce rassemblement d’informations et de réflexions a donc commencé en 1962 pour se terminer en 2001, et donne une vision assez complète des problèmes de la médecine dans le début de la deuxième moitié du XXème siècle, correspondant à la diversité des structures accueillant les “docteurs nantais”. Je suis donc le porte-parole de mes élèves, de ceux qui ont vécu un volontariat hors du commun et de ceux qui ont apprécié l’attitude de leurs ainés. Peut-être suis-je parvenu à inciter certains à emprunter la voie que j’avais parcourue quelques décennies auparavant, à l’Institut Pasteur de Tunis, ponctuant par la suite un enseignement audiovisuel de souvenirs anecdotiques. Au cours de ma retraite, je les ai suivis, retrouvant les mêmes problèmes et les mêmes joies, essayant de ne pas démériter d’eux dans des entreprises dictées par une même curiosité, et le désir d’aboutir, qu’il se soit agi de la formation de laborantins, assurée par mon épouse, d’études mycologiques chez les lépreux, de la recherche d’acariens vecteurs potentiels d’arbovirus, ou même de la tentative d’un traitement économique du Sida, ainsi que certaines urgences chirurgicales. Cet ouvrage est donc une cascade de messages émanant de trois générations.

Dans quel état d’esprit se trouvent-ils, nos coopérants, au moment de leur départ ? que désirent-ils ? que vont-ils découvrir ? Se libérer, ne serait-ce que pour quelques mois des contraintes et des protections assurées par notre société. Échapper à la monotonie d’un exercice médical, sûrement enrichissant, conduit en structure hospitalière. Satisfaire une curiosité avivée au gré des lectures, des contacts et des informations. Accomplir un devoir de solidarité envers une humanité déshéritée. Assumer un défi et vivre une aventure hors du commun. Le récit de leur vécu, pourtant rédigé conformément aux règles de présentation d’une thèse, se ressent des motivations de leur départ. Hommes ou femmes, ils apportent beaucoup de sensibilité à la description de ce qu’ils découvrent, conformément à leur caractère, 14