Mémoires d’Afrique : (Côte d’Ivoire), l’histoire et le mystérieux dynamisme de Kpass un village Ôdjoukrou - tome 1

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Les Adjoukrous sont une tribu de la lagune, de celles où les caractères et les consciences s’affirment le plus et où l’amour-propre individuel, villageois et tribal est le plus fort. Le village de Pass s’enrichit de la vente du poisson de ses pêcheries au marché de Dabou tout proche, autant que de ses palmeraies.
Chez les Adjoukrous , le village représente la cellule sociale fondamentale. Le sentiment de la race, ici, comme chez tous les Noirs, n’a rien de physique c’est une force spirituelle, c’est la somme des âmes de tous les morts et des vivants de la tribu depuis l’origine, les ancêtres communs. La famille, chez les Adjoukrous, paraît aussi représenter un lien plus religieux, que nous fait partager ici Martine-Blanche Yéble Oga-Poupin.


Publié le : lundi 11 janvier 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332564290
Nombre de pages : 414
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C o u v e r t u r eC o p y r i g h t













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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-332-56427-6

© Edilivre, 2016

En hommage au Professeur Harris Mêmel-Fôtê Un Ôdjoukrou et un Mbédié authentique.
Décédé le 11 mai 2008
« Faire aimer son petit coin c’est faire aimer la France »
Frédéric Mistral
« Faire connaître son village natal Kpass, c’est faire connaître la Côte d’Ivoire et l’Afrique »
Poupin-Oga Yéble
« Si j’écris, c’est pour tuer la nostalgie avant
qu’elle ne me tue. »
Poupin-Oga Yéble Martine-Blanche.
En écrivant ces lignes, mes pensées se tournent vers mon mari Roland, mes enfants Sergine,
Floriane,
Dante et Mélissande qui n’ont pas connu
ce peuple et ce village des années 1970.
Je pense également à mes neveux Séraphin, Denise, Edith, Crépin, Eliane et Isaac devenus
mes enfants.Mes remerciements à
– Monsieur Olympe Bhêly-Quenun, écrivain Franco-Béninois, pour ses conseils et son
soutien. Sans oublier son épouse Maryvonne.
– Professeur Roger Little de l’Université de Dublin et son épouse Patricia Little, pour l’aide
qu’ils m’ont apporté en acceptant de lire ce travail, de le corriger et de faire des suggestions
utiles.
– Le Père Jean Larose, Prêtre de l’Eglise Catholique à la Retraite, ancien Missionnaire au
Tchad, qui a accepté ce lundi 30 Mai 2005 d’assumer la préface de cet ouvrage, alors qu’il
vient d’apprendre (ces 26, 27 et 28 Mai 2005) par le Docteur Jean-François Dor (chef de
Service de Médecine Interne du Centre Hospitalier d’Antibes Juan Les Pins) son médecin
traitant, que dans trois mois, il ne serait plus de ce monde. Puisse le Seigneur Dieu lui-même
l’accompagner et prendre soin de lui dans sa lutte contre la maladie.
Jeudi 11 Août 2005 : le père Larose s’en est allé. En toute dignité. Ainsi, ce jour du 11 Août
2005, un baobab s’est couché, une bibliothèque a brûlé. Paix à son âme. Nous venons juste
de célébrer ses obsèques ce mardi 16 Août 2005. Que la terre lui soit légère ! Et que Dieu
l’accueille dans son royaume !
– Mon feu père Agbaya Oga Jean décédé le 26 avril 1976 qui m’a enseigné la sagesse
Ôdjoukrou de bonne heure.
– Ma feue mère Bodji Badjôh Louise décédée le 22 mars 2007 à Antibes dans les Alpes
Maritimes en France à 20h45. Je voudrais lui rendre tous mes hommages pour tous les
sacrifices qu'elle a consentis pour moi, depuis la mort de mon père, alors que j'étais encore à
l'école primaire, pour faire de moi ce que je suis devenue aujourd'hui. Je recommande sa
patience, son amour maternel, son amour du travail, son calme, sa persévérance, sa loyauté
et sa bravoure à toutes les mères du monde ayant en charge un ou plusieurs orphelins.
– Mon feu oncle maternel BODJI Djacko Jean décédé le 25 janvier 2009. Il a été pour moi,
le père qu'il me fallait à la mort de mon géniteur en 1976.
– Je pense à mon unique sœur de lait, KPASSI Ôkidje Antoinnette dite Antou, décédée
dans la fleur de l'âge le jeudi 31 mai 2001 à l'Hôpital Protestant de Dabou à 7 heures du matin.
Pour tous ces moments passionels partagés ensemble.
– Feu Monsieur Agnérôh Lohouess Ezéchiel (décédé en 2015), mon père spirituel, pour ses
enseignements sur la tradition de Lôdjoukrou.
– Feu Monsieur Ezéchiel Adou Lakpa (décédé en 2013), pour les recherches et les
informations auprès des anciens du village de Kpass.
– Je me souviens de feu Agnimel Yede Faustin, dit Dé Faustin, mon moniteur d'Ecole du
Dimanche qui m'a initiée à la lecture de la Bible. Décédé en 2010, il laisse derrière lui sa
veuve OKPO You Julienne et des orphelins qui me sont tous aussi chers.
– Monsieur Agnimel Meless Jean-Baptiste, pour sa recherche d’informations auprès des
anciens du village de Kpass.
– Mon grand-frère Oga Loukou Daniel et mon cousin Brime Mêlagne Honorat pour leurs
corrections, leurs informations et leurs suggestions.
– Ma nièce Dôgbô Essi Odette et mon neveu Oga Agbaya Jean qui m’ont renseigné sur
notre Patriclan (Eb) des ERIDJOU.
A tous ceux qui vivants ou morts ont participé à la réalisation de ce travail.Préface de Jean Larose
La France des années 70 célèbre les “Trente Glorieuses”. Je suis dans le Sahel, au sud du
Tchad. Quel contraste.
Là-bas, les villes prospèrent – Ici : Savane, baobabs, doums ; mil et cotons ; eau du marigot
et termites grillées ; étui pénin et peau de chèvre ; initiation des jeunes par la circoncision ;
polygamie ; sens cosmique et importance des génies de la brousse ; divination par les pierres
et les baguettes ; langues non écrites… Pour quelles raisons des groupes humains si
différents cherchent-ils à se rencontrer ?
Des marchands coloniaux s’expatrient pour commercer à bon marché : arachides, coton
etc.
Des états colonisateurs fiers de leur civilisation veulent l’imposer aux autres.
Des ethnologues rêvent de conserver telles quelles des civilisations primitives, comme
Pompei sous les cendres du Vésuve.
Des missionnaires veulent apporter le salut à des populations “sauvages” à leurs yeux.
Pour ma part, j’aspirais à connaître une civilisation proche de celle d’Abraham et je voulais
lui porter la confiance en l’amour des hommes, en coopération avec Jésus.
Le parcours de Yéble Oga-Poupin est tout autre. Africaine de Côte d’Ivoire, du bord de la
mer, région totalement différente du Sahel, elle parle français très jeune, fait ses études de
théologie à Montpellier et vit en France.
Son livre décrit avec minutie et vivacité les coutumes originales de son pays. Sans nous
déplacer, nous goûtons la vitalité de l’Afrique. Son témoignage nous est précieux. Avec la
mondialisation, les cultures se rencontrent inexorablement. Le fait n’est pas nouveau ; Grecs et
Perses ; Latins et Carthaginois ; Francs et Gallo-Romains ; Ibères et Arabes ; Incas et
Espagnols. Europe et Afrique vont certainement se rencontrer et se féconder. A un occident
obsédé par le virtuel, l’Afrique apportera la fraîcheur du naturel.
A un occident super organisé par l’ordinateur, l’Afrique apportera l’imprévu, l’aventure.
Un grand merci à Yéble Oga-Poupin qui nous rappelle les racines d’où germera un ordre
nouveau riche pour l’humanité.
Jean LAROSE
Antibes, 18 Juin 2005Transcription des mots Ôdjoukrou
Alphabet Equivalent en
utilisé Alphabet
Phonétique
International (API)
n N
Ô, Ô
Ê, ê Ê, ê
GN / gn gn / gn
N, n N, n
TCH, tch C
Avant-propos
Pourquoi ce livre ?
Je suis arrivée en France le 09 Octobre 1993. Avant cette date, j’ai connu un certain
nombre de problèmes qui m’avaient affectée tant moralement, psychologiquement que
spirituellement. Mon arrivée en France m’a permis de fuir un certain milieu devenu très
oppressant et très difficile à vivre pour moi. Un milieu où chaque regard, chaque moindre
salutation qui m’étaient adressés devenaient de plus en plus suspects et insupportables. En
clair, j’étais arrivée en France avec un moral réduit en lambeaux qui faisait de moi une proie
facile à succomber à la paranoïa. Le cœur blessé et plein de vengeance, j’attendais que
chaque jour, chaque heure et chaque minute qui passaient m’apprennent au moins que j’avais
raison de mes bourreaux. A ce grand malaise, est venu se greffer un autre mal-être qui est la
nostalgie. Plus les jours et les mois passaient et je me rendais à l’évidence que j’avais besoin
de mon village pour vivre. Tout de suite, la fuite de mon milieu que j’espérais salutaire pour
moi est devenue un véritable cauchemar. Je vivais en France physiquement mais en esprit,
j’étais toujours en Côte d’Ivoire, dans mon village natal de Kpass. Un village natal qui, sous la
pression de l’adversaire m’était soudainement devenu hostile.
Et pourtant, Dieu seul sait l’amour qui me lie à ce village. Loin de ce village, j’ai enfin réalisé
qu’effectivement, « chaque rivière a son poisson » et qu’il vaut mieux que chaque poisson
reste dans sa rivière car réellement, « quel que soit le séjour d’un tronc d’arbre dans l’eau, il ne
devient jamais un caïman ». Voilà qui explique les souffrances que j’endure, souffrances dues
à la nostalgie, à un fort désir de revoir mon village natal ainsi que ses habitants, de revoir
Dabou, les villages Ôdjoukrou bref, de revoir mon peuple dans l’espoir de vivre autrement,
comme auparavant. C’est-à-dire dans la confiance, le pardon, la tolérance, la sincérité, l’amour
fraternel. Une seule idée m’obsède : revivre dans le village de Kpass des années 1960 et
1970. Où, enfant, tout baignait dans le meilleur des mondes dans mon esprit. Les années 70
qui ont vu naître l’avènement du féminisme en pays Ôdjoukrou avec pour point central, la
révolution sexuelle de la femme Ôdjoukiôw. Laquelle révolution sexuelle est exprimée dans
des danses à caractère romantiques comme Solo par exemple. Une époque qui a vu
l’émergence de la musicologie comme un moyen d’acquisition de la liberté, de l’émancipation
de la femme Ôdjoukiôw. Revivre dans le village de Kpass des années 80-90 où le modernisme
a pénétré très rapidement grâce au dynamisme créateur d’un peuple laborieux : les Akpassou
et les Akpassiôw, tel est mon vœu le plus cher. Pour lutter contre la nostalgie qui me ruinait à
petit feu, je n’avais que le souvenir de mon enfance, mon adolescence, ma jeunesse. Là
encore, le mystère de la nostalgie ne faisait que s’épaissir. Obligée de devoir accepter une
réalité tout aussi dure que la nostalgie : le temps est réellement irréversible, et l’espace,
indivisible. Mais qu’importe ? Entre deux maux, ne fallait-il pas choisir le moindre ? Ainsi, je
préférais me réfugier dans ce lointain souvenir, insaisissable et furtif, plutôt que d’affronter la
réalité de mon exil en terre étrangère. Hélas, comme il fallait s’y attendre, le refuge dans ce
souvenir, loin de me guérir ne faisait que renforcer mon nouveau bourreau qu’est la nostalgie,
lui donnant ainsi la verge qu’il fallait pour me fouetter davantage. Puis, en Hiver 1995, à
l’occasion du rite de l’Êb-Eb des Mbédié et du Lab-Eb des Bôdjl, je suis partie au village où j’ai
passé trois semaines avec mon mari. J’ai pu respirer une bouffée d’air après tant d’années de
séparation dans la douleur. J’ai repris les couleurs. J’ai aussi fait la connaissance de Evelyne,
une Autrichienne de la mission Wycliff résidant à Kpass. C’est elle qui nous a offerts (mon mari
et moi) le livre du Professeur Harris Mêmel-Fôtê intitulé : « Le système Politique de
Lôdjoukrou ».
De retour en France, ce livre est devenu mon deuxième livre de chevet après la Bible. Au
plus fort de la détresse nostalgique, je serre ce livre contre moi après avoir lu quelques pages.
En fait, j’ai lu et relu ce livre en entier. Mais à chaque lecture, je découvre toujours quelquechose de nouveau sur mon peuple. J’ai découvert que l’auteur était lui-même un penseur de
qualité. Grâce à ce livre, j’ai décidé d’écrire mon propre livre, ma propre histoire, ma propre
connaissance de Lôdjoukrou, tel que je l’ai connu à travers le village de Kpass c’est-à-dire mon
village natal et d’autres villages comme Môpôyêm, Bodou et Ggbougbô. Je voulais rendre
hommage au professeur Harris Mêmel-Fôtê qui m’a entièrement séduite au travers de son
livre, lequel livre m’a beaucoup instruite sur mon peuple et d’autres peuples Ivoiriens, tout en
étant mon rempart contre la nostalgie. Je voulais écrire une partie de l’histoire de Kpass. Le
lecteur y trouvera quelques descriptions probablement élogieuses sur Lôdjoukrou et sur
Kpass, ce n’est que l’expression de l’amour et du patriotisme qu’il est prié d’excuser. L’auteur
en est consciente et en a besoin pour sa thérapie contre la nostalgie. Ecrire ce livre est un
moyen de vaincre la nostalgie, et c’est pourquoi j’écris. Car, après le livre du professeur Harris
Mêmel-Fôtê, l’écriture reste la deuxième arme à ma disposition dans mon combat contre la
nostalgie en terre étrangère.A v e r t i s s e m e n t
Dans ce livre, je ne m’attarderai pas sur la présentation du peuple Ôdjoukrou pour deux
raisons :
1) Le professeur Harris Mêmel-Fôtê a fait un travail fouillé, minutieux et exhaustif dans ce
domaine qu’il convient de consulter en cas de besoin. Les origines du peuple Ôdjoukrou, sa
préhistoire, son histoire, sa géographie, sa politique, sa culture… etc. sont décrites dans
l’ouvrage du professeur Mêmêl-Fôtê, et moi-même, j’ai eu à m’informer sur beaucoup
d’aspects que j’ignorais concernant le peuple Ôdjoukrou. (cf : Harris Mêmel-Fôtê : Système
Politique de Lôdjoukrou Paris – Abidjan, Présence Africaine – Les Nouvelles éditions
Africaines 1980).
2) Ce livre ne concerne pas le peuple Ôdjoukrou spécifiquement. Il concerne Kpass, un village
issu de ce peuple d’où l’intérêt tout à fait légitime de faire quelques rappels sur le peuple
Ôdjoukrou. Pour la transcription des mots Ôdjoukrou, j’ai volontairement utilisé l’alphabet
latin et non l’Alphabet Phonétique International (A.P.I.). La raison d’un tel choix réside dans
mon souci de faciliter la lecture de ce livre à tous, c’est-à-dire à un grand public.
Par ailleurs, il convient de rappeler qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite. Ce travail n’a
pas la prétention d’être parfait encore moins achevé. Il n’est qu’un commencement. Et l’auteur
voudrait compter sur la bonne volonté de tous et toutes, afin que d’éventuelles corrections
soient apportées dans un esprit fraternel pour, si possible, une nouvelle édition revue et
corrigée.Première partie
Brève présentation de Lôdjoukrou
(Le peuple Ôdjoukrou)Chapitre I
Le pays et le peuple
1. Situation géographique
Le peuple Ôdjoukrou ou Lêboutou Niwinn désigne la même chose. Lêboutou Niwinn, c’est
l’ensemble de toutes les huit tribus qui forment le peuple appelé Lôdjoukrou. Les Ôdjoukrou
vivent dans la région du sud-est de la Côte d’Ivoire. Leur chef-lieu est Dabou qui est située à
une quarantaine de kilomètres d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Pour
localiser la région de Dabou, cf. la carte topographique suivante.
2. Les villages
Lôdjoukrou est composé de trente-trois (33) villages, regroupés en deux confédérations :
3. La confédération : Lok
La confédération, c’est l’ensemble de plusieurs tribus. La tribu est traduit par le mot
« Sêbol » ou le mot « Lêboutou » en langue Môdjoukrou.
Le peuple Ôdjoukrou est regroupé au sein de deux confédérations (Molok Yogn) : La
confédération de Dibrim et la confédération de Bobor. Sur le plan spatiale et démographique,
la confédération de Bobor est la plus grande. Alors que la confédération de Dibrim est la plus
petite.
1) La Confédération de Dibrim ou Dibrim-Lok :
Elle est composée de quatre tribus (Sêbol Yaar) ou (Lêboutou Yaar) appelées Dibrim Sêbol
Yaar qui sont :
– La tribu des Armabou composée du seul village d’Armêbê.
– La tribu des Dibméyn composée des villages de : Agnébi, Dibrim, Gatti, Gbougbô et
Kpass.
– La tribu des Okossrou composée du seul village de Kosr (originellement issue de la tribu
des Dibméyn.)
– La tribu des Ôlôkpou composée des villages de : Akabann, Awya,
Lôkp, ndoumibann et Youwal.
NB : Normalement, Dibrim-Lok ne comprend que trois tribus (Sêbol Gnanhaan ou Lêboutou
Gnanhaan) : Armabou, Dibméyn et Ôlôkpou.
En effet, Kosr est dans la tribu des Dibméyn. Mais vu la distance géographique qui la
sépare de cette tribu, elle est devenue par la force de cette situation et pour raison de
commodité une tribu autonome. D’où, la confédération compte quatre tribus (Sêbol Yaar) au
lieu de trois tribus (Sêbol Gnanhaan.) Néanmoins, le peuple Ôdjoukrou est toujours considéré
comme un ensemble de huit tribus (Lêboutou Niwinn) et non un ensemble de neuf tribus. Car,
dans la logique du peuple, Kosr n’est pas en théorie une tribu. Il est un village de la tribu des
Dibméyn. La confédération de Dibrim-Lok compte au total douze villages et a pour symboles
« la puissance économique et la générosité. Dans le langage tambouriné, sa devise est :
« Watafouê Atêdjrê Koukou Angaman » Watafouê qui signifierait en langue Baoulé Elomoin de
Tiassalé « commerçant. » Quant à Koukou Angamman, il signifierait « grande masse ».
Ainsi, la Confédération de Dibrim se magnifie comme une grande puissance commerçante.
(Lire Mêmêl-Fôtê P. 147-148).
Cette devise est commune à toutes les tribus (Sêbol ou Lêboutou) qui la composent et donc
commune aux douze villages de l’ensemble des quatre tribus. Même si chaque tribu, chaque
village peuvent avoir chacune, chacun, sa devise propre, il n’empêche que la devise centrale
de tous les villages de la confédération reste la devise mère qui est : « la grande puissance
commerçante généreuse ».2) La Confédération de Bobor ou Bobor-Lok :
Elle est composée de cinq tribus (Sêbol Yéhén) ou (Lêboutou Yéhén)
Bobor Sêbol Yéhén qui sont :
– La tribu des Agbadjnou regroupe quatre villages : Dabouli, Gbadjin, Nidj-Nanou et
Gnammiambo.
– La tribu des Aklodjou qui regroupe deux villages : Aklodj et Orogaf redevenu Vieil Aklodj
depuis les années 1990.
– La tribu des Eousrou : composée de deux villages : Ousr-Êb Siguêm et Ousr Êb Owrêm
(Ousr A et Ousr B).
– La tribu des Oborou : composée de neuf villages : Agbaille, Bobor, Bodou, Bôhn, Kaka,
Kpanda, Môpôyêm, Tchaha, et Toukpa.
– La tribu des Orgbaffou composée de trois villages : Orgbaf, Yassakp A (Êb-Owrêm) et
Yassakp B (Êb-Siguêm).
La confédération de Bobor revendique la « surpopulation et la force ». D’où sa devise en
langage tambouriné : « Frôfrôgban, Dabou Oromomwrê ».
Frôfrôgban ou Frêfrêgwa qui, avec des réserves, pourrait être traduit par « Cendres ».
Tandis que « Agban » signifierait « vaillant, brave » appliqué à la femme en exemple.
« Oromwrê » serait une déformation en Môdjoukrou du Baoulé « Elomoê » (Baoulé Elomoin de
Tiassalé) d’après Mêmel-Fôtê (P. 147-149). « La surpopulation et la force », telle est la devise
de la confédération mère de Bobor (Bobor-Lok), et donc la devise de toutes les cinq tribus de
la confédération ainsi que de tous les villages qui les composent même si chaque tribu et
chaque village peuvent avoir chacune, chacun, sa propre devise.
4) Les clans
Lêboutou Niwinn ou Lôdjoukrou distingue deux grands groupes de clans paternels et
maternels que le professeur Mêmel-Fôtê appelle à juste titre Patriclans et Matriclans. Je lui
emprunterai ces termes durant toute ma réflexion dans ce livre. Lôdjoukrou appelle le
Patriclan : Eb. Quant au Matriclan, il l’appelle : Bossou. Le patriclan regroupe les parents
proches ou lointains de sexe masculin, du côté du père. Le matriclan lui, regroupe ceux du
côté de la mère, de sexe féminin.
Par le père, on devient membre d’un Patriclan : Eb
Par la mère, on devient membre d’un Matriclan : Bossou
Le Patriclan représente la lignée patriarcale. Tandis que le Matriclan lui représente la lignée
matriarcale.
Ce qui est propre au père est désigné par les termes :
– Likr Midj (la semence mâle)
– Gbougn (concession)
Ce qui est propre à la mère est désigné par les termes :
– Ougn (le sexe féminin)
– Akn (à l’intérieur d’une maison)
Les Matriclans et les Patriclans représentent la famille au sens large. En parlant de
Gbougn, on arrive au sens restreint de la famille du côté paternel où il est question des oncles,
tantes, cousins, cousines proches. De même, lorsqu’il est question de “Akn” (l’intérieur d’une
maison), on veut désigner par là, les parents proches d’un individu du côté de sa mère à savoir
les tantes, oncles, cousins, cousines du côté maternel. Le terme « Likr Midj » (la semence
mâle) désigne la famille restreinte, la famille nucléaire : les enfants ayant un même père ou un
grand-père paternel commun. De même que le terme « Ougn » (les attributs de la femme),
pour désigner les enfants ayant une même mère ou une même grand-mère maternelle. Par
exemple, lorsqu’il s’agit de partager de la viande, du sel, du riz, etc., dans le village, on pourra
procéder par :Chez les hommes,
1) Eb, Eb : Patriclan par patriclan
2) Likr Midj, Likr Midj : Semence mâle par semence mâle
3) Gbougn, Gbougn : c’est-à-dire Concession par concession
Ou alors, chez les femmes,
1) Akn, Akn : Maisonnée par Maisonnée
2) Ougn, Ougn : Sexe féminin par sexe féminin
3) Bossou, Bossou : c’est-à-dire matriclan par matriclan
Ou alors dans les deux cas,
3) Ôwôrn, Ôwôrn, c’est-à-dire « classe d’âge par classe d’âge ».
Par exemple, pour parler des traits de caractère propres à un patriclan ou du patrimoine
génétique d’un individu tout simplement, les Ôdjoukrou disent : « Wêl étchi Likr Midj êm é
Low » ce qui veut dire : « c’est relatif à leur sperme, leur semence mâle » ou « c’est ce qu’ils
ont hérité de leurs pères. » Tout simplement pour évoquer le patrimoine génétique, les traits
ou l’héritage sanguin de quelqu’un. Tout citoyen Ôdjoukrou jouit donc d’une double filiation.
Selon le professeur Mêmel-Fôtê, « un Ôdjoukrou s’insère dans un système de filiation
bilatérale, un eb, qui regroupe idéalement tous les ascendants paternels en ligne masculine et
un bossou où se rassemblent tous les ascendants maternels en ligne féminine. Eb est le
patriclan. Pour déterminer sa composition et son rôle, nous le comparerons sans cesse au
matriclan (bossou) ». (p.167-168).
5) Quelques indications terminologiques
1) Lêboutou ou Lêboutou Niwinn
On parle de Lêboutou pour désigner une tribu formée par les Ôdjoukrou. Le mot Niwinn qui
suit Lêboutou désigne le chiffre Huit (8). Lêboutou Niwinn est l’ensemble des huit Tribus qui
forment le peuple de Lôdjoukrou. Ces huit tribus sont : Aklodj, Armêbê, Bobor, Dibrim, Gbadjin,
Lôkp, Orgbaf, Ousr.
2) Môdjoukrou
Môdjoukrou, c’est la langue parlée par les Ôdjoukrou. C’est une langue à ton. Ainsi, selon
l’intonation, un même mot peut varier tantôt en nombre, tantôt pour avoir plusieurs sens et
plusieurs significations.
3) Lôdjoukrou
Ce mot a un sens double.
a. Sens spatial ou sens géographique : Lôdjoukrou désigne le pays, l’espace, le territoire où
vivent les Ôdjoukrou.
b) Sens démographique : Lôdjoukrou désigne l’ensemble du peuple formé par les Ôdjoukrou
en tant qu’un peuple et une entité.
4) Ôdjoukrou, Ôdjoukiôw
C’est le citoyen, la citoyenne appartenant au peuple de Lôdjoukrou.
Au pluriel, Ôdjoukrou fonctionne comme substantif pour désigner les citoyens du peuple de
Lôdjoukrou. Au singulier, Ôdjoukrou prend les fonctions de substantif, adjectif et attribut pour
désigner ce qui est propre au peuple de Lôdjoukrou. C’est par l’intonation que l’on distingue le
singulier du pluriel du mot Ôdjoukrou.
6) Les saisons
Lôdjoukrou distingue quatre saisons :
1. Gbégbn : grande saison sèche (Décembre à mi-mai).
Période du débroussaillage des champs, on coupe l’herbe, on abat les arbres pour faire denouveaux champs.
2) Fampo : petite saison sèche (Mi-Juillet à mi-Septembre). Période des récoltes, période de
reprise des vieux champs (Moupl).
3) Nyam Essous : grande saison des pluies (mi-Mai à mi-Juillet). Période de la pêche, temps
de repos au coin du feu, dégustation du maïs, des arachides, etc.
4) Méwidj : petite saison des pluies (mi-Septembre à Novembre). Période des récoltes.
7) Activités
Selon la préhistoire, le peuple de Lôdjoukrou est un peuple de chasseurs. A ce sujet, voilà
ce que dit le pasteur Edmond de Billy, missionnaire français à Dabou dans la première moitié
èmedu XX siècle : « Race vigoureuse et belle, ne craignant pas le travail, ils sont venus de
l’Ouest, du pays des Didas, de l’autre côté du Bandama, chassés par des guerres
malheureuses. Ils ont trouvé leur pays actuel, la région comprise entre le Bandama l’Agnéby et
la lagune, occupé par les Ebriés et ils les en ont chassés par la guerre. Le pays, véritable
mosaïque de forêts et de savanes, vallonné et pittoresque, sain et aéré par les brises de
l’Atlantique tout proche, était alors rempli de gibier. L’éléphant, aujourd’hui cantonné dans une
région désertique, à l’Ouest de Cosrou, abondait au bord des cours d’eau. Les Adjoukrous
furent d’abord des chasseurs ; presque tous leurs villages ont pour origine des campements
1de chasse. » Cette assertion n’emporte pas notre adhésion. En effet, les classifications
ethniques requièrent des critères comme la langue et les pratiques coutumières par exemple.
En ce qui concerne le peuple Ôdjoukrou, ils n’ont rien de commun ni au plan linguistique, ni au
plan culturel avec l’Ouest ivoirien où se trouve le peuple Dida. Sans parler la langue Akan, le
peuple Ôdjoukrou a en commun beacuoup de pratiques culturelles avec les peuples du groupe
Akan comme par exemple la transmission du pouvoir de gouvernement du peuple par classe
d’âge, une pratique inexistante dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. De nos jours, c’est-à-dire,
depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours, les principales activités de Lôdjoukrou sont la
pêche, l’agriculture, le commerce, l’éducation, la production d’huile et d’oléagineux. La culture
du palmier à huile, principale source de richesse dès l’époque coloniale est la principale
activité des hommes mais en même temps, source de divers conflits comme l’indique le nom
du palmier en Môdjoukrou :
« Ar Ikn », c’est-à-dire, « arbre de guerre ».
« En effet, le palmier à huile se multiplie et prospère d’une manière merveilleuse dans les
2forêts défrichées de ces régions. Une coupe en forêt se transforme automatiquement en une
palmeraie, grâce aux oiseaux Toucans qui sèment les graines après avoir dévoré la pulpe qui
les entoure. Tentés par le gain, par ses Sovereigns, ces Louis d’Or, ces Napoléon d’argent,
avec lesquels les Blancs des comptoirs alladians achetaient l’huile de palme, les Adjoukrous,
dans le courant du siècle dernier, défrichèrent d’énormes zones de forêts ; la richesse s’accrut,
les jalousies aussi, partant les guerres. On ne se battait plus seulement pour des pêcheries,
des terrains de chasse, des bœufs, des femmes ou des affaires de fétiches, on se battait
maintenant pour des palmiers, désormais surnommés « arbres de guerre. » 2
Au plan économique, dès les premières heures de la colonisation, grâce au commerce
d’huile de palme, Lôdjoukrou connut prématurément la monnaie qu’elle a utilisée dans les
échanges commerciaux bien avant plusieurs peuples de Côte d’Ivoire qui eux, pratiquaient le
troc.
Et d’après les anciens, à l’époque coloniale, pour avoir été un essentiel pourvoyeur de
fonds au Parti politique de feu le président Félix Houphouët-Boigny, l’on appelait Dabou « le
coffre du PDCI RDA ». Et, toujours selon les anciens, un des symboles forts du soutien
financier de Lôdjoukrou au PDCI RDA est sans doute le don d’un siège au PDCI RDA à
Dabou, dans le quartier de Mermet Ville, siège qui est devenu plus tard la résidence privée du
premier Député de la région, feu Lambert DE, un natif du village d’Ousr.1 Edmond de Billy, Missionnaire en Côte d’Ivoire, Paris, 1931, Page24
2 Edmond de Billy OPCIT. Page 26Chapitre 2
Panthéon et Mythologie Ôdjoukrou
La légende du ciel et de la terre.
Pourquoi le ciel est éloigné de la terre ? L’origine de l’espacement entre le ciel et la terre
selon la mythologie Ôdjoukrou, est dans le conte que voici :
Jadis, le ciel et la terre étaient proches. A bien d’endroits, ils étaient si proches qu’ils se
touchaient comme un plat et son couvercle. A ces endroits précis, ni homme, ni animaux, ni
arbres ne pouvaient exister à défaut de place. Même aux endroits où habitaient les hommes,
le rapprochement du ciel et de la terre était devenu très gênant surtout pour les grandes
personnes qui devaient se courber dans leurs déplacements pour éviter de bousculer le ciel
avec leur tête. Quant aux femmes Ôdjoukiôw, elles ne pouvaient plus piler le manioc
convenablement tant elles avaient peur de faire mal au ciel par leurs longs pilons. Chaque
jour, au moment de piler le manioc, les femmes suppliaient, priaient le ciel de reculer pour leur
laisser un peu de place pour leur travail. Pendant des siècles, voire des millénaires, elles ont
répété leurs prières et ont fini par persuader le ciel qui a fini par s’éloigner de la terre. Mais,
d’aucuns pensent que c’est à force de brutaliser le ciel à coup de pilons douloureux que le ciel
s’est fâché puis s’est éloigné de la terre. Pour d’autres, chaque jour en pilant le manioc,
chaque levée de pilons faisait reculer le ciel de la terre sans que les hommes et les femmes ne
s’en rendent comptent. Ainsi, petit à petit, le ciel a fini par s’éloigner très loin de la terre. Un
matin, en se réveillant, on s’est aperçu que le ciel était parti très loin de la terre. Pour les
hommes, seules les femmes portent la responsabilité de la fuite du ciel, elles qui lui ont tant fait
mal par leurs coups de pilon. Pris de panique et de remords, on a fait des sacrifices, on a prié
le ciel de revenir à sa place d’antan, de se rapprocher à nouveau de la terre mais le ciel a
refusé. Chaque jour, on a tout fait pour convaincre le ciel de revenir. Attitude qui se comprend,
car après tout, de par sa proximité d’avec la terre, le ciel nous couvrait et nous protégeait de
tous les dangers. De plus, il nous était familier. Avec son éloignement, nous sommes laissés à
nous même, sans force et sans protection. En établissant un parallèle avec le texte biblique de
la chute, on voit très bien la responsabilité directe de la femme dans la survenue du péché
dans ce monde. Pour la bible, c’est Eve, qui, en mangeant le fruit défendu, a commis le péché
originel. Chez les Ôdjoukrous, ce sont les femmes, qui, en pilant le manioc, ont repoussé le
ciel de la terre. Une façon de dire qu’elles ont éloigné Dieu des hommes. Car dans la piété
populaire, le ciel, voire la voûte céleste est la résidence privée de Dieu.
La Lune et l’étoile filante
Ce sont deux époux qui se sont jurés fidélité. On ne verra jamais l’un « Awl » (la lune), sans
l’autre « Léglock », (l’étoile filante). Voilà pourquoi dès que la lune apparaît, on aperçoit l’étoile
filante à ses côtés.
La légende des singes
Pourquoi les Ôdjoukrou ne devraient pas consommer la viande du singe ?
Jadis, les singes étaient des êtres humains. C’étaient nos ancêtres. Ils vivaient dans un
village et non en brousse. Ils parlaient comme des hommes. Ils avaient des femmes, des
enfants, cultivaient les champs et croquaient la vie à belle dent comme les hommes
d’aujourd’hui. Cette belle vie a tourné soudainement au court. En effet, les dieux, pour mettre
leur charité à l’épreuve, ont revêtu la peau humaine et leur ont rendu visite. Ainsi présentés
sous une apparence humaine, les dieux n’ont pu séduire nos ancêtres, et nos ancêtres n’ont
pas exercé la moindre hospitalité envers les dieux ; bien au contraire, ils ont ignoré les dieux.
Mécontents du mauvais accueil du village, les dieux, divines créatures et objets de culte ont
décidé de châtier les villageois. Ainsi, à défaut d’avoir séduit nos ancêtres, les dieux les ont
réduits. Du coup, tout le village s’est transformé en singes. Réduits à l’état sauvage, les dieuxles ont précipités dans la forêt. Voilà pourquoi on ne doit ni faire mal à un singe, ni consommer
sa viande car les singes sont nos amis, nos ancêtres. Manger de la viande du singe, c’est
pratiquer de l’anthropophagie.
1) Les Dieux
a) Les Emnis ou Elmis
L’appellation varie d’un village à un autre, certains les appellent Elmis, d’autres les
appellent Emnis. Ce sont les dieux qui protègent les villages. Ils sont garants de la prospérité
matérielle et physique mais aussi de la procréation. Ils protègent les villages contre les
envahisseurs et accordent la victoire sur l’ennemi pendant les guerres.
b) Asramangbi ou Assarmangbi
C’est le dieu trinitaire du panthéon de Lôdjoukrou : dieu Hercule (le dieu de la force), il est
aussi le dieu de la cuisine (cordon bleu) et le dieu de la chasse. Doué d’une force
extraordinaire, il est invincible au combat. Ainsi, est-il décrit : petit de taille. Avec une longue
chevelure et des pieds inversés avec les talons à la place des orteils et les orteils à la place
des talons. Ces dieux sont doués d’une grande force physique. Leur puissance dit-on se trouve
dans leurs cheveux très longs. Pour rien au monde, ils ne donneraient leurs cheveux à
quelqu’un car leurs cheveux sont aussi source de richesse pour toute personne qui en
posséderait quelques mèches. En luttant contre un Asramangbi, il ne faut viser que ses
cheveux. Si vous arrivez à en arracher quelques-uns, il vous laissera aussitôt et se mettra à
vous supplier de lui rendre ses cheveux sans lesquels il ne vous laissera pas partir facilement
chez vous. Malgré leur trop grande force physique, les Asramangbi se soumettent à quiconque
leur arrache une touffe de cheveux. Ils supplient alors leur adversaire de leur rendre leurs
cheveux en échange de précieux talents comme par exemple les vertus de la chasse. Ainsi,
ces petits dieux pourtant très forts physiquement, nous enseigne la négociation comme un
moyen de persuasion de l’adversaire. Chose étrange pour un dieu Hercule. On pourrait alors
se demander si ce dieu Asramangbi n’est pas à l’origine de la notion de l’Arbre à Palabres en
pays Ôdjoukrou. L’Arbre à Palabres, haut lieu parlementaire Ôdjoukrou où, opposants comme
partisans d’un arrêté communautaire arrivent toujours au compromis sans l’usage excessif de
la force. Mais, rien que par la négociation. Un procédé à mettre sans nul doute à l’actif, et non
au passif du dieu Asramangbi. En tout cas, les Asramangbi ne vivent qu’en brousse et ne se
nourrissent que de bananes douces. Leurs fruits préférés sont les “kôkôbri”. Espèces de
cerises sauvages très juteuses poussant sur le tronc de leurs arbustes mais aussi sur les
branches. Les Asramangbi sont aussi des ravisseurs d’hommes.
L’on raconte que lorsqu’en brousse, vous êtes ravi par un Asramangbi et que vous devenez
son otage, il vous conduit à sa demeure. Dès lors, vous n’avez qu’une possibilité de lui
échapper : refuser toute nourriture qu’il vous offre. Si vous acceptez de manger ses repas, il
vous conserve à vie. Au cas où vous refuseriez ses nourritures, ce dieu très conciliant et pas
du tout hégémonique ni autocrate, vous raccompagne gentiment là où il vous a pris et vous
regagnez votre village car avec Asramangbi, l’apostolat est négociable et non forcé. C’est un
dieu trinitaire, mais pas du tout totalitaire. Refuser de manger ses repas, c’est la seule
condition pour échapper de devenir son disciple. Chose difficile pourtant. Car, ces dieux dit-on,
sont de véritables cordons bleus. Il est toujours difficile de refuser les plats qu’ils vous offrent
en tant que leur hôte, leurs repas sont si copieux et si délicieux que nulle part dans le monde,
aucun ne pourrait refuser de les manger. De même, pour éviter d’être ravi par les Asramangbi,
il faut observer le rite de la cueillette des fruits appelés “kôkôbri”. Le rite est le suivant : une fois
au pied de l’arbre, s’abaisser pour prendre une poignée de terre et en éclabousser les fruits
mûrs. Répéter le geste trois fois. Pas plus ni moins avant toute cueillette. A défaut d’observer
scrupuleusement ce rite et aussi le fait d’aller seul dans la forêt font de quelqu’un une proie
facile des Asramangbi, ravisseurs d’hommes.Selon la Mythologie, Asramangbi se veut un dieu pudique qui refuse d’apparaître dans les
lieux publiques. Ayant lui-même conscience de son apparence étrange (petit de taille, longue
chevelure, pieds inversés avec talons en avant et orteils en arrière), il déconseille quiconque le
prend en otage de l’amener sur la place publique au risque de connaître le ridicule. Ainsi,
raconte la légende qu’un chasseur, ayant capturé Asramangbi lui demanda de le suivre au
village. Mais, ce petit dieu au physique insolite le lui aurait formellement déconseillé en
insistant sur la dérision que le chasseur encourait en voulant l’exhiber sur la place publique.
Vaine explication puisque malgré le refus du dieu Asramangbi, le chasseur se serait entêté à
le traîner avec lui au village. Mais alors, quelle ne fut la surprise du chasseur, lorsque dès
l’entrée du village, la population entière le cerna, objet de curiosité qu’il devint à cause de son
compagnon pas comme les autres. Confus, le malheureux chasseur fut contraint de
rebrousser chemin, afin de raccompagner Asramangbi à la brousse. Là-dessus, le petit dieu lui
aurait adressé ces paroles : « Vois-tu ? Mon cher chasseur ; je te l’avais bien dit. Il ne...

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