Mémoires d'un Juif de Bagdad

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"Par où commencer ? Y a-t-il un premier souvenir ? Mon père me tient par la main pour m'aider à grimper quelques marches d'un escalier dans une ruine poussiéreuse de Babylone, mais je ne me souviens pas à quel moment j'ai réalisé que j'étais dans cette ville mythique". Ces souvenirs couvrent les 23 années que l'auteur a passées à Bagdad, depuis sa première enfance (il est né à Bagdad en 1929) jusqu'à son départ vers la France en septembre 1953. "Deux petites décennies qui auront suffi pour nous pousser dehors, et réduire à néant 2000 ans d'un passé glorieux".
Publié le : mercredi 1 septembre 2010
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EAN13 : 9782296935617
Nombre de pages : 244
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A mes fils Arnaud et Jérôme, et à mes petits-enfants Julie, Jérémie, Louis et Adrian.

SOMMAIRE

Préface du Rabbin Claude Sultan .............................................9 Préambule..............................................................................13 1. BABA .................................................................................23 2. NANA ................................................................................39 3. LA MAISON ......................................................................51 4. APPRENTISSAGE ............................................................79 5. RETOUR … OU DEUXIEME EXIL ? ............................127 6. WELCOME TO PARIS ...................................................183 Epilogue ..............................................................................217 Annexes ...............................................................................223

Préface du Rabbin Claude Sultan
L’histoire de la Babylonie appartient certes à l’histoire de l’humanité entière, mais tout particulièrement à l’histoire d’Israël et du judaïsme universel. S’il est, en effet, une civilisation, une nation, une histoire dont le nom et la mémoire soient associés de manière permanente et intime à la civilisation, à la nation et à l’histoire d’Israël, c’est, sans conteste, celle de la Babylonie. Il y a là un mystère qui n’a pas encore délivré son secret. Il nous faut pourtant nous rendre à l’évidence, même si des explications restent à être trouvées, que depuis la naissance de ‘‘l’idée’’ monothéiste révélée à l’Abraham originaire de l’ ‘‘Aram-d’Entre Les Deux Fleuves’’, l’histoire de la Mésopotamie et sa civilisation ne cessent d’accompagner les grands moments fastes ou, au contraire, douloureux, de l’histoire des communautés juives qui vécurent entre le Tigre et l’Euphrate depuis bientôt quatre millénaires. Babel, présente pour le peuple du Livre depuis déjà le livre de la Genèse, est célébrée pour être le berceau du monothéisme et de celui qui allait devenir ‘‘père d’une multitude de nations’’ (Gn, 17, 5) Son nom sera évoqué, pour la seule Bible hébraïque, plus de 300 fois du début de la Torah au livre des Chroniques en passant par presque tous les livres des grands prophètes bibliques. C’est dans l’aire géographique mésopotamienne que se feront les déportations assyriennes qui précéderont et suivront la chute du royaume d’Israël, suivies elles-mêmes par les déportations babyloniennes qui annonceront la chute du Temple de Jérusalem et celle du Royaume de Juda. Mais c’est là aussi que Cyrus, roi de Perse, proclamera son fameux édit qui consacrera une fin d’exil et la reconnaissance d’une entité palestinienne juive. C’est là que naîtront toutes les Taqanot (ordonnances) visionnaires d’Ezra le Scribe, ‘‘imaginant’’ ce que deviendra la vie religieuse de l’Après-Temple de Jérusalem et façonnant ainsi le vrai visage du Judaïsme de l’exil tel qu’il est vécu encore jusqu’à ce jour. C’est dans ces contrées-là que va naître ce nouveau type d’homme appelé le ‘‘Sage d’Israël’’ qui, Dieu s’étant tu avec les dernières prophéties de Malachie, va prendre la relève de la direction spirituelle

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de la nation juive en Babylonie et en Palestine. C’est Hillel le Babylonien qui viendra fonder l’une des plus célèbres écoles d’interprétation de la Bible, et qui conduira, avec celle de son collègue Chammaï, à l’émergence, en particulier, du Talmud de Babylone, ce Talmud qui renferme et préserve le trésor de tout le savoir juif ; ce Talmud qui constitue tout l’héritage de la tradition orale du Judaïsme, de sa culture, de sa Loi, de sa foi, de son éthique, de sa philosophie, de sa théologie, de ses espérances. Tout cela est né dans ces contrées qui avaient nom : Soura, Poumbedita ou Neharde’a. Tout cela est évoqué quotidiennement, depuis plus de 15 siècles maintenant, par des milliers d’étudiants dans les académies talmudiques de par le monde. C’est là aussi que naîtra le Caraïsme contestataire du discours rabbinique traditionnel ; là qu’évoluera le Rech Galouta (l’exilarque) entretenant l’autorité éternellement dévolue à la dynastie davidique. C’est là que sera fixé l’essentiel de la Halakha retenue jusqu’à nos jours. De là partiront les premiers Responsa qui véhiculeront, dans tout le monde juif, les grandes décisions en matière juridique. C’est là que naîtra une grande partie du Midrach ; c’est là que verra le jour le Targùm de Babylone d’Onqelos ou celui attribué à Jonathan Ben Ouziel ; de là aussi que nous parviendront les littératures mystiques des Hekhalot ou encore ces études ésotériques fondatrices contenues dans le Sefer Yetsira ou le Chiour Qoma. Nous accompagnant dans toutes nos études talmudiques, ce seront les travaux des Savoraïm qui éclaireront pour nous la Gemara rédigée par les Amoraïm. C’est à Saadia Gaon, un des chefs les plus éminents du Judaïsme babylonien, que nous devons, avec le Tafsir, la première traduction paraphrasée du Pentateuque en langue arabe et le premier monument de la Pensée juive post-talmudique : ’’Emunot Ve De’ot’’ ‘‘Le livre des croyances et des opinions’’. Lui succédera toute cette période du GAONAT qui contribuera définitivement à l’édifice de la littérature talmudique et de la codification de la Halakha. C’est encore de là que parviendront jusqu’aux communautés des Juifs d’Occident les premiers travaux de lexicographie et de grammaire de Dounach Ibn Labrat de Bagdad. Lorsque, après la période du Gaonat, l’hégémonie intellectuelle et spirituelle du judaïsme babylonien cessera au profit de celle des communautés occidentales, l’influence du judaïsme babylonien restera décisive partout et toujours.

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Il était important, pensons-nous, de rappeler, serait-ce de manière ô ! combien incomplète, l’immense apport du judaïsme babylonien pour comprendre l’importance de l’initiative d’Edmond Samuel s’attelant à raconter les ‘‘Derniers jours de l’exil babylonien’’. Le travail remarquable et conséquent d’Edmond Samuel et que nous devons saluer ici, nous permet de vivre, de l’intérieur, les derniers soubresauts qui ont secoué cette communauté et qui ont conduit au déclin puis à l’extinction annoncés de ces siècles cruciaux pour l’histoire du Judaïsme ; même si les lumières de la science babylonienne antique continuent à être entretenues, ailleurs, et surtout dans l’Israël naissant, par ces représentants de l’élite rabbinique séfarade qui en sont les héritiers et les dépositaires et qui sont, de nos jours encore, les grands décisionnaires en matière de Halakha ou les grands maîtres de la Cabale et de la littérature du Moussar (Ethique juive). Ressenti comme une fin de vie, ce départ massif de la communauté juive irakienne, dans la deuxième moitié du dernier siècle, est raconté, avec, certainement, les accents des profonds regrets qui dévoraient le Psalmiste se ‘‘souvenant’’ dans une prophétie prémonitoire de : ‘‘Al naharot Babel…’’ (Ps, 137, 1) : ‘‘Sur les rives du fleuve de Babylone, là nous nous assîmes et nous pleurâmes au souvenir de Sion !’’ Nous tenons, dans ces ‘‘Mémoires d’un Juif de Bagdad’’, un document important qui procède autant de l’histoire que de l’ethnographie, de l’anthropologie et de la sociologie. Nous y revivons, délicieusement racontée, la saga d’une famille-miroir, image d’une société juive de ce milieu du XXème siècle ; véritable histoire d’une ‘‘condition humaine’’ vécue par une famille qu’illustrent les personnalités, le pittoresque et les métamorphoses d’une société juive enjambant un pont qui relie une vie médiévale à celle d’une société moderne. Il y a là un art de raconter, de décrire et de reconstituer un ‘‘temps qui suspend son vol’’ délicieux. Tout est dit très simplement dans la délicate concision et le style dépouillé d’une réalité toute naturelle. Il y a du Scholem Aleikem croquant une tranche savoureuse de vie séfarade, où Tevié le laitier s’efface devant Mehdi le repasseur ou devant la petite-Bédouine-aux-boîtes-rondes-de-laitcaillé-empilées-sur-la-tête ou encore devant Ummi, grand-mère et dépeceur du nerf sciatique. Il y a là du Woody Allen s’amusant des

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travers de la société juive parlant judéo-arabe et qui feint s’étonner d’entendre ‘‘les potins qui vont bon train’’…. pendant l’office du Kippour ou les interminables marchandages engagés par le ‘‘marieur professionnel’’ pour une plus juteuse fixation de la dot à réclamer du riche futur beau-père. Il y a là aussi, utilisés avec talent, tout un vocabulaire expressif, tout un lexique exotique, toute une terminologie pittoresque qui disparaissent déjà et qui seuls pouvaient exprimer le mystère profond des choses et des êtres qui composaient cette présence juive sur les bords du Tigre et qui savaient présenter les mille et une facettes d’une identité juive presque entièrement disparue aujourd’hui. Plus le temps passera et plus cette heureuse entreprise d’Edmond Samuel sera reconnue comme une mémoire inestimable qu’il aura eu raison de fixer. Edmond Samuel est un de ces derniers témoins de la vie d’une communauté millénaire, un de ceux qui aura vécu les derniers moments de sa splendeur et les premières douleurs de sa misère et de sa fin. C’est ce qu’il nous raconte dans cet ouvrage où une nostalgie lancinante le dispute à un désarroi ; lui qui, dans l’exil de son exil, se retrouve vivant à son tour cette indicible souffrance de l’Adam premier chassé du Paradis perdu et le quittant à reculons pour continuer à avoir les yeux tournés vers ce coin du monde où il est né et dont on vient de lui fermer les portes. Rabbin Claude Sultan Directeur de l’Institut Universitaire de Recherches Hébraïques Rachi de Troyes Paris, ce lendemain de Hannoucca 5768-2007 .

Préambule

Préambule Je viens d’un pays autrefois considéré comme lointain avant que les évènements récents ne lui donnent une primauté médiatique. Souvent on me questionnait : « L’Irak, c’est où ? Est-ce que c’est l’Iran ? Pourquoi en es-tu parti ? Et pourquoi venir en France ? » Souvent on me demandait si on y mangeait le couscous que j’ai découvert pour la première fois à Paris, dans un restaurant du boulevard Saint-Michel… Répondre simplement à des questions simples a priori mais qui s’entremêlent à des pages d’une histoire complexe faite de bouleversements dans chaque destin personnel, percutant un ordre des choses qu’on croyait établi pour toujours, voilà ce qu’il faudrait pouvoir réaliser ; c’est toute une époque qu’il faudrait raconter, époque révolue, celle où des liens millénaires unissaient les Juifs d’Irak à ce pays. Aujourd’hui que je peux trouver la disponibilité d’esprit nécessaire pour revenir sur mon passé, je me décide à écrire ces pages, en espérant que la curiosité de mes proches sera au moins en partie satisfaite. Les Juifs d’Irak Si l’origine du peuple juif de la diaspora à travers le monde est toujours entachée d’un certain degré de spéculation, celle des Juifs de Babylonie est historiquement bien établie et ne peut prêter à contestation. En effet, depuis quatre millénaires, l’histoire du peuple juif tout entier est étroitement liée au « pays d’entre les deux fleuves ». C’est là où Abraham est né. C’est de là que, selon la Bible, sont alimentées les sources du jardin d’Eden. La Mésopotamie est un territoire qui a vu naître et s’évanouir un nombre important de royaumes depuis l’antiquité, et dont l’apport à notre civilisation est aujourd’hui notoire. A l’occasion des événements récents, le grand public redécouvre que ce pays est le berceau de notre civilisation et de l’écriture. C’est un territoire traversé du nord au sud par deux immenses fleuves qui transportent généreusement l’or blanc et qui a subi de multiples invasions au cours des siècles. Une mosaïque de peuples et d’ethnies l’habite aujourd’hui.

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Préambule

En ce qui nous concerne, nous ne remonterons que … jusqu’à Nabuchodonosor. Ce roi qui régna en Babylonie au VIème siècle avant notre ère, fit des conquêtes, et alla envahir Jérusalem au passage. La Bible nous dit qu’à Jérusalem, Salomon (fils du roi David) avait construit - à la demande expresse de l’Eternel - un Temple pour abriter d’une façon permanente le sanctuaire ou la « Shekhina », la présence divine. Les soldats de Nabucho en l’an 586 avant JC, profanèrent et saccagèrent ce Temple et emmenèrent captifs une bonne partie des habitants juifs de cette ville. Cet événement avait d’ailleurs été prévu dans une vision prophétique de David (Psaume 137) : Sur les bords des fleuves de Babylone nous étions assis tout en larmes Au souvenir de Sion Nous avons suspendu nos harpes Aux saules de ce pays …. Plus tard, les Juifs installés en Babylonie s’y trouvèrent bien. Ezekiel vint de la terre d’Israël pour y prophétiser, et il y mourut. Son tombeau devint lieu de pèlerinage pour les Juifs jusqu’à leur départ massif dans les années 1950. Jérémie aussi venait prophétiser en Babylonie et Ezra le scribe faisait des allées et venues entre la terre d’Israël et Babylone pour copier et compiler des écrits religieux et les sauver de la disparition. Il mourut en Babylonie et son tombeau est aussi devenu un lieu de pèlerinage. Quelques années plus tard, en 537 avant JC, le royaume de Nabucho fut écrasé par Cyrus, roi de Perse qui, lui aussi, envoya ses soldats jusqu’à Jérusalem. Il bâtit un véritable empire s’étendant depuis l’Egypte jusqu’en Inde. C’était un roi bienveillant pour les Juifs, ainsi que son fils Darius. Il les autorisa à retourner à Jérusalem pour y reconstruire le Temple. Les prophètes Ezra et Néhémia exhortèrent les Juifs à profiter de cette proposition ; une minorité seulement répondit à l’appel. Beaucoup restèrent du fait de leur situation confortable. Le deuxième Temple fut reconstruit entre l’an 520 et -515. Quatre siècles plus tard, les Romains chassèrent les Grecs et envahirent le Moyen-Orient, faisant de la Palestine une de leurs provinces. Ils ne tolérèrent pas que les Juifs pratiquent leur culte dans leur Temple, et le prirent d’assaut en l’an 76. A l’issue d’une terrible

Préambule

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bataille durant laquelle les Juifs tentèrent désespérément de le défendre, il fut mis à sac et brûlé sous la conduite de Titus. Des sources historiques relatent l’événement : le livre de Josephus (« La guerre des Juifs ») et surtout l’arche de Titus au Forum de Rome où l’on voit gravés, sur du marbre blanc, les soldats de l’empereur portant le chandelier sur les épaules et derrière les Juifs captifs. On a trouvé aussi des pièces de monnaie de l’époque sur lesquelles figure l’inscription « Judea Capta » : il faut croire que la prise du Temple ne fut pas une mince affaire pour justifier ainsi la frappe d’une pièce de monnaie spéciale et la résistance de ce petit peuple contre les puissants soldats de Rome fut probablement acharnée. Les rouleaux de la Tora et les Ecritures Saintes qui se trouvaient dans le Temple et qui purent être sauvés furent transportés clandestinement dans des cercueils jusqu’à Yabné, loin de Jérusalem, où l’enseignement de la Tora continua malgré les persécutions. Dans le même temps, des combattants juifs retranchés dans la célèbre forteresse de Massada, continuèrent à résister jusqu’à ce que leur suicide collectif mette un terme définitif à cette « guerre des Juifs ». A partir du IIème siècle et jusqu’au Vème siècle de notre ère, la Babylonie devint un terrain fertile pour une activité intellectuelle et religieuse d’une richesse inouïe pour les Juifs, sans égale dans toute la diaspora. Des académies furent fondées, dont les plus célèbres étaient celles de Soura, Pumbatita et Nehardéa (dirigée par Samuel !), villes aujourd’hui disparues sur l’Euphrate. Des élèves affluaient de tous les pays à population juive importante (surtout le bassin de la Méditerranée) pour y étudier et discuter sur la Michna (la loi orale)1 avec de grands maîtres célèbres. Ces grands maîtres allaient et venaient très fréquemment entre Babylone et Jérusalem : les échanges sur des problèmes difficiles entre les savants des deux cités allaient bon train. Tout ce foisonnement finit par donner lieu à la rédaction du très célèbre « Talmud de Babylone », véritable monument du judaïsme d’où sont tirés les halakhot ou préceptes qui régissent la vie juive spirituelle. Le Talmud comprend la Michna (loi orale) mentionnée plus haut, et la Guémara, les commentaires des rabbins et des sages.
1 C’est au deuxième siècle de notre ère, à Tibériade, que Yehuda Hanasi termina la mise en forme écrite de la loi orale, la Michna (loi donnée au Sinaï en même temps que la loi écrite, et transmise oralement de génération en génération). Il craignait que cette loi ne soit perdue si ce mode de transmission se perpétuait.

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Préambule

Cette activité intellectuelle continua avec ferveur et dynamisme jusqu’aux environs du Xème siècle de notre ère. Les maîtres recevaient non seulement des élèves de l’étranger pour étudier dans leurs académies, mais aussi des missives par courrier leur demandant un avis sur telle ou telle épineuse question ; leurs réponses sont connues aujourd’hui encore sous le nom de « responsa », consignées dans la littérature rabbinique. Entre-temps, au VIIème siècle, Mahomet avait fondé l’Islam, et Bagdad était devenu le siège des Califes Abbassides. Les Juifs vivaient en bonne entente avec la population locale. Très rapidement l’Islam se répandit jusqu’en Espagne à l’Ouest et jusqu’aux frontières de l’Inde à l’Est. Dans l’Espagne du Xème au XIIème siècle sous domination arabe, le judaïsme vécut son âge d’or. C’est là que la Cabale2 connut un nouvel essor conduisant à la rédaction du Zohar, le « Livre de la Splendeur ». C’est aussi dans l’Espagne arabe que le célèbre Maïmonide (Rabbi Moshé Ben Maïmon) rédigea son Michné Tora « la Deuxième Loi », écrit en hébreu et son « Guide des Egarés », écrit en arabe. Les travaux de ce médecin, maître de la Tora et philosophe, constituent un pilier de la littérature rabbinique. Il est mort à Fustat en Egypte en 1204. Son tombeau se trouve aujourd’hui à Tibériade, en Israël. Après le Xème siècle il subsiste une zone d’ombre sur la vie des Juifs en Mésopotamie, car les documents historiques qui attestent de leur présence sont rares. En tout cas, entre le XIème et le XIIIème siècle, se sont succédé des envahisseurs comme les Mamelouks et les Monghols (Genghis Khan, Houlakou) venus des steppes de l’Asie Centrale. D’une cruauté et d’une sauvagerie sans bornes, ils mirent le pays à sac. Après la chute de l’empire byzantin (prise de Constantinople en 1453), les Ottomans envahirent tout le Moyen-Orient et bâtirent un empire bien connu qui a perduré jusqu’au début du XXème siècle. Sous la domination ottomane les Juifs furent plutôt bien traités, moyennant le Dhim : cette taxe avait été instituée par Mahomet qui, n’ayant pas réussi à rallier les Juifs à sa cause et après en avoir massacré un bon nombre à cause de cela, décida de leur imposer une taxe en échange de leur relative tranquillité. Cette pratique a subsisté
La Cabale est l’approche mystique de l’étude de la Tora, pour en révéler le sens caché. Le texte est connu depuis l’antiquité. Le Zohar est un ouvrage de concrétisation de cette approche.
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Préambule

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dans les pays arabes jusqu'à la fin du règne des Ottomans au début du XXème siècle. D’autres minorités y furent soumises de la même façon. En Irak, si les Juifs furent concentrés à Bagdad dans leur grande majorité et s’ils parvinrent à former la majorité de la population totale de la ville durant toute une période du XIXème siècle, des communautés furent également dispersées à travers tout le pays, dans de grandes villes comme Mossul et Bassora, dans des villes et des villages du Kurdistan comme Kirkouk, Irbil, Suleymanniyah, et dans des petites villes du centre et de la partie méridionale du pays. D’après les historiens, Bagdad et Salonique étaient les villes à plus forte population juive de tout l’empire ottoman. ........................................... Voici donc, en quelques lignes, résumés les 4000 ans de l’histoire juive de Babylone. Le pays s’est littéralement vidé de sa population juive dans les années 1950, après la fondation de l’Etat d’Israël. Ce fut la clôture de cette longue, riche mais triste histoire, que je n’ai fait qu’évoquer ici.

Note: D’après une publication britannique de 19213, la population juive de l’Irak était composée de 5% de riches, de 30% qu’on qualifierait aujourd’hui de « classe moyenne » (commerçants, artisans, employés), de 60% de pauvres et de 5% d’indigents (surtout au nord de l’Irak). D’après le recensement de 1947, on estimait à 117 000 le nombre de Juifs en Irak, pour une population totale de 5 millions d’âmes. Ils étaient 77 000 à Bagdad, soit près de 15 % de la population de la ville ; on dit même qu’au cœur de la capitale, ils représentaient un tiers des habitants. La plupart des marchés du centre restaient fermés le samedi, et Bagdad était, à un certain égard, une ville juive.

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Cité par Nissim Rijwan « The last Jews in Baghdad » - University of Texas Press, 1994.

1. BABA

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