Mémoires pour l'espoir

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L'auteur emprunte une démarche de type autobiographique, tout en exposant les voies qui doivent mener vers le développement du Sénégal et de l'Afrique. Il montre, en se fondant sur l'histoire, que les Sénégalais et leurs frères africains doivent puiser dans leur propre substrat culturel pour prendre d'assaut les citadelles du développement. Dans ce cadre, il s'intéresse à Cheikh Amadou Bamba, figure emblématique du Sénégal.
Publié le : vendredi 1 juin 2012
Lecture(s) : 41
EAN13 : 9782296497962
Nombre de pages : 218
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ÉMOIRES PO

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IARISSO




MOIRES

POUR

L

ESPOIR





















































© L'H
ARMATTAN
, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris


http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99516-1
EAN : 9782296995161




P
RÉAMBULE

Je dédie ce livre à ma mère et ma grand-mère, pour tout
ce qu’elles ont représenté et représenteront toujours pour
mes frères et sœurs et moi-même. Que Dieu soit satisfait
d’elles.
Je le dédie également à mon fils Cheikh Ahmadou
Bamba Diarisso qui a été pendant longtemps privé de mon
affection au profit d’expériences professionnelles et
d’activités de recherche retracées dans ce livre.
Mes plus sincères remerciements vont à ma sœur aînée
qui a lu et corrigé le premier chapitre du livre. Je ne puis
manquer également de témoigner toute ma gratitude aux
amis qui l’ont lu et corrigé et dont les commentaires m’ont
été fort utiles et précieux, sans oublier cet anthropologue
américain qui y a contribué par un regard extérieur. Toute
ma gratitude également à mon neveu Ben qui a apporté le
regard de la jeunesse, à qui s’adresse pour l’essentiel cette
œuvre.

7




I
NTRODUCTION

Mémoires pour l’Espoir
est un essai sur le
développement et la spiritualité. Il trace une vision d’espoir
sur le devenir du Sénégal et des pays environnants et de
l’Afrique mère en général.
Cette vision d’espoir s’appuie sur un vécu, plus
précisément sur les mémoires d’une vie ordinaire dans
laquelle se retrouveront des dizaines de millions
d’Africains. En d’autres termes, il s’agit de simples
réflexions du commun des Africains, inspiré par son
expérience personnelle, aux plans professionnel et
spirituel.
L’idée d’écrire ce livre est née d’une conjonction de
facteurs, notamment les longues discussions avec mon
neveu Ben qui, au regard de mon cursus professionnel, m’a
beaucoup encouragé à partager ma vision du
développement, et ce, depuis le début des années 2000.
L’envie d’écrire est devenue pressante à partir de fin 2004
quand j’ai commencé la lecture de l’ouvrage de Nelson
Mandela intitulé :
Long Walk to Freedom. The

9

SOGUÉ DIAIRSSO Autobiography of Nelson Mandela
(Back Bay, 1995)
1
. Cette
lecture ne me fut pas très aisée en raison de mon anglais à
peine basique. Un peu après la première moitié de l’année
2005, mon neveu Ben m’offrit le livre du Président Bill
Clinton intitulé
Ma vie
(Odile Jacob, 2004) dans sa version
française.
J’étais bien entendu plus à l’aise dans l’ouvrage de
Clinton dont j’ai commencé la lecture au cours d’un voyage
entre Paris et Washington. Je n’ai pas cependant lu plus de
vingt pages de cet ouvrage en raison des effets qu’il
suscitait en moi. La dame qui était à côté de moi, une
Américaine vraisemblablement, me regardait lire avec des
émotions manifestes et jetait de temps en temps un regard
au livre que je tenais. À notre arrivée, elle a certainement
dû filer à une librairie ou à sa bibliothèque personnelle
pour se procurer ou relire l’ouvrage de Clinton, et essayer
peut-être de comprendre les émotions de l’Africain avec
lequel elle avait voyagé.
En fait, ce n’était pas le contenu de l’ouvrage du
Président Clinton qui suscitait tant d’effets chez moi, mais
plutôt le fait qu’il me faisait prendre conscience de choses
importantes que je devais partager, lesquelles ont sans
doute contribué à forger l’homme que je suis devenu.
C’est maintenant le moment d’aborder notre sujet qui se
subdivise en trois parties. La première retrace
essentiellement un parcours autobiographique jusqu’à l’âge
de 40 ans où j’ai commencé à occuper des responsabilités


1
J’avais cherché en vain la version française :
Un long chemin vers la
liberté
(Paris, Le livre de poche : 1996).

10

Mémoires pour ’lsepio r qui me donnaient une position privilégiée d’observation et
d’analyse de la situation économique et sociale du Sénégal.
La deuxième décrit une vision d’espoir inspirée, en partie,
par mon expérience professionnelle. Elle se focalise sur la
problématique de développement du Sénégal, des pays
environnants et de l’Afrique en général. La troisième partie
est consacrée aux forces motrices dont la contribution
devrait être déterminante à la réalisation de la vision
d’espoir susmentionnée.

11

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MEIÈ

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ÉMO

PIARREST

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D
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HISTOIRE

Je m’appelle Sogué Diarisso. Mon prénom est assez rare.
En effet, à ma naissance, mon père me donna le prénom
d’un de ses oncles. La mère de ce dernier avait un jour
décidé de rejoindre ses parents au regard des nuages qui
assombrissaient son ménage. C’est durant son retour vers
ses parents quelle mit au monde mon oncle, à qui l’on a

donné le prénom du chef de famille qui avait manifesté de
l’hospitalité envers sa mère. Cet homme serait né une
année où la pluviométrie était abondante et avec elle la
production de mil, notamment la variété de sorgho, si bien
que les populations lui attribuèrent le surnom de Sorgho
ou Sogué en langue Soninké. Je ne sais pas maintenant par
quel artifice il fut mentionné Sogué dans mon acte de
naissance plutôt que le véritable prénom de mon oncle.
L’auteur de ce livre est Soninké, issu de la dynastie des
Diarisso, dont l’histoire est assez souvent galvaudée. Mon
père avait laissé beaucoup de notes relatives à cette histoire,
mais celles-ci furent malheureusement brûlées par
inadvertance.
Ce que l’on sait par contre de façon précise sur les
Diarisso, ’ st que c’est une famille qui régnait sur une des
ce
principautés de l’empire du Ghana, un des plus prestigieux

15

SOGUÉ DAIIRSSO empires de l’Afrique de l’Ouest vers les Xe et XIe siècles. Au
XIe siècle, lorsque l’empire du Ghana fut envahi par les
Almoravides venus l’islamiser, une famille princière se
révolta pour préserver, disaient-ils, la religion des ancêtres :
c’était celle des Diarisso.
Ils abandonnèrent la savane devenue très dangereuse
pour se réfugier dans la zone forestière de l’époque où ils
créèrent l’État soninké du Kaniaga dont la capitale sera
appelée plus tard le Sosso. Ils y régnèrent de 1076 à 1180
avant qu’une révolution de palais conduite par Diarra
Kanté, un des meilleurs généraux de l’armée ne les écarte
du pouvoir, et ce, suite au différend entre les fils du défunt
roi Birama Diarisso qui ne parvenaient pas à s’entendre sur
sa succession.
Le nouveau roi Diarra Kanté prit comme épouse une
femme de la lignée des Diarisso. Celle-ci lui donna un fils
du nom de Soumangourou qui sema la terreur dans le
Mandé avant d’être défait par Soundiata Keïta, le fondateur
de l’empire du Mali
2
.
Lorsqu’ils perdirent le pouvoir au Sosso, les Diarisso se
dispersèrent dans ce qui devint le Mandé
3
où ils régnaient
sur de petites contrées. C’est dans une de celles-ci
qu’El Hadj Omar, une grande figure de l’Islam en Afrique
de l’Ouest du XVIIIe, trancha la tête d’un des leurs qui
refusait de se convertir à l’Islam. L’histoire raconte que,
face à l’impressionnante force des troupes d’El Hadj Omar,


2
Niane,
Soundjata. Voir à ce sujet Djibril Tamsir ou l’épopée mandingue
,
Paris, Présence africaine, 1960.
3
L’empire mandingue.

16

Mémoires pour ’lsepoi r cet aïeul s’était d’abord résolu à se convertir et toute la
contrée devait le suivre. Mais lorsque son entourage lui
rappela les faits d’armes de ses ancêtres, il s’enfla d’orgueil,
but beaucoup de vin et signifia à El Hadj Omar qu’il ne
saurait se convertir. Sa tête fut tranchée sans ménagement.
De pérégrination en pérégrination, des Diarisso finirent
par s’établir dans la zone désertique de Nara, frontalière
avec la Mauritanie. C’est là qu’un des leurs, du nom de Ali
Kaou, se distingua par de hauts faits de guerre qui font la
fierté des Diarisso. Mais, je dois préciser que je me suis
rendu compte au cours de mes investigations que plusieurs
de ses actes de bravoure étaient en réalité à mettre au
compte de l’administration coloniale française.
Ali Kaou avait plusieurs femmes, dont une longiligne,
qui s’appelait Fatou Moussa Soukho, Hatoumoussa
Soukho, pour les Soninkés. Fatou Moussa était issue de la
lignée des Keita où les femmes portent le nom Soukho. Elle
mourut à la fleur de l’âge en laissant au monde un unique
fils, un bébé du nom de Bouyagui : mon père.
Mon grand-père Ali Kaou s’était converti assez
tardivement à l’Islam. Pour cela, il s’était approché de
Cheikh Hamala, une grande figure de l’Islam en Afrique de
l’Ouest en lui disant qu’il avait fait au cours de sa vie
beaucoup de choses proscrites par l’Islam, mais qu’il était
prêt à se repentir et sollicitait la miséricorde divine.
Cheikh Hamala lui répondit que Dieu pouvait tout faire
et Ali Kaou se convertit. Mais, à l’opposé des chefs
traditionnels musulmans qui envoyaient à l’école les captifs
de case, griots ou enfants d’autres castes considérées à tort

17

SOUGÉ DIARISSO comme inférieurs, à la place de leurs enfants, Ali Kaou, lui,
se résolut fermement à envoyer un de ses enfants à l’école
et son choix se porta sur mon père Bouyagui.
À l’âge de douze ans environ, Bouyagui devint orphelin
de père et de mère. L’aîné de la famille mourut peu de
temps après le décès de leur père. Ainsi devint-il à un très
jeune âge, responsable moral d’une petite famille
composée, outre lui-même, de ses quatre sœurs que je n’ai
pas connues et de ses frères Domé et Baye.
Mon oncle Domé n’a jamais pu évoquer le souvenir de
mon père sans verser beaucoup de larmes. Il m’a raconté
que mon père fut chef de famille à l’âge de douze ans et il
fut, à tous les plans, à la hauteur de cette lourde
responsabilité. Bouyagui suivait les cours à quelques
kilomètres de son village et venait régulièrement arranger
les choses au sein de sa famille jusqu’à son orientation à
l’école William Ponty du Sénégal où transitait l’élite
africaine durant la période coloniale.
Au terme de sa formation à l’école William Ponty,
Bouyagui servit dans plusieurs villes de l’Afrique-
Occidentale française, au cabinet du ministre français
Coste Fleury et s’installa finalement à Dakar.
En 1951, à l’âge de 30 environ, il se maria avec une
femme du nom de Diompollo. Ils eurent huit enfants, dont
deux jumelles,
4
et l’auteur de ces lignes. Mon père eut
d’autres femmes avec lesquelles il eut une dizaine d’autres
enfants.


4
L’une d’elles, Awa, mourut prématurément.

18

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5
Ce village est situé dans l’arrondissement de Pata, région de Kolda.

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éMomrisep uor ’lsepio r Ibrahima Sar installa mon père à la Zone B et l’aida
également à réintégrer la fonction publique sénégalaise. Sa
femme, Tante Codou, d’une très grande gentillesse, s’est
évertuée jusque dans ses derniers jours, à maintenir des
liens étroits entre nos deux familles.
La plupart de mes frères et sœurs et moi même, sommes
nés dans la maison familiale de la Zone B où j’ai vécu
jusqu’à l’âge de quarante ans avec trois périodes
d’interruption correspondant : la première, à mes années
passées à l’internat du lycée Blaise Diagne entre 1972 et
1974, la deuxième à mes études en France de 1979 à 1985
et enfin, la troisième, à un ardent désir d’esseulement qui
me taraudait l’esprit jusqu’à devenir une obsession dans les
années 1992 à 1993.
Aussi, je connais tous les coins et recoins de ce
mythique quartier où les intimes m’appellent Guez, un
diminutif de l’anagramme de mon prénom So-gué.
Ma sœur Hatoumoussa, l’aînée de notre famille, me
raconte souvent que jusqu’à l’âge de six ans environ, je me
plaisais à prédire des choses qui s’avéraient souvent exactes,
au point que certains voisins m’emmenaient discrètement
chez eux et me posaient des questions sur leur avenir. Tout
cela énervait mon père et son courroux atteignit son
paroxysme quand un jour, s’apprêtant à entrer dans sa
voiture pour aller en voyage à l’intérieur du pays, je lui
annonçais sans ambages qu’il nen reviendrait pas.

Mon père renonça à son voyage selon ma sœur, mais il
me frappa très fort ce jour-là et depuis lors, je me consacrai
beaucoup plus aux jeux des enfants de mon âge et écoutai

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