Mémoires synchrones du fleuve de mon destin

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"C'est une "tranche de vie" que l'auteur retrace, entre mémoires et essai. Son oeuvre en fait la synthèse, en abordant d'abord l'environnement culturel de son éducation à l'exercice du métier d'instituteur, ensuite en retraçant le déroulement de sa carrière militaire et enfin ses fonctions administratives et politiques. Tous ces développements sont accompagnés de notes de bas de page et d'annexes qui ajoutent à la densité historique.
Publié le : dimanche 1 juillet 2012
Lecture(s) : 130
EAN13 : 9782296498150
Nombre de pages : 362
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Mémoires synchrones
du feuve de mon destin
Collection « Mémoires et Biographies »
n°4« Mémoires & Biographies »
Collection dirigée
par Pr Abdoul SOW & Dr Abdoulaye DIALLO
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« Mémoires & Biographies », n° 3, novembre 2011.
SOW Abdoul, Mamadou Racine Sy. Premier Capitaine noir des Tirailleurs
Sénégalais (1838-1902), collection « Mémoires & Biographies », n° 2, septembre
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KÉBÉ Abdoul Aziz, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabbâkh. Itinéraire et enseign-e
ments, collection « Mémoires & Biographies », n° 1, juin 2010.Général Mamadou Niang
Mémoires synchrones
du feuve de mon destin
SénégalComposition : Serge Lauret
© L'HARMATTAN-SÉNÉGAL, 2012
« Villa rose », rue de Diourbel, Point E, DAKAR
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
senharmattan@gmail.com
ISBN : 978-2-296-99389-1
EAN : 9782296993891Sommaire
Sommaire
Dédicac e.................................................................................................................11
Remerciement s......................................................................................................13
Avertissemen ........................................................................................................t 15
Préfac ....................................................................................................................e 17
Prolégomène s 23
Première partie
Instituteur de brousse
Chapitre 1
Une naissance au cœur des tradit ...............................................................ions 33
Chapitre 2
La jeunesse d’un rescapé du Simoun (vent chaud et violent du d ....... és41ert)
Chapitre 3
à l’école française au pied d’un f ..................................................................ort 43
Chapitre 4
Le lycée Faidher ................................................................................................be 55
7Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
Chapitre 5
Les indépendance ...............................................................................................s 59
Chapitre 6
Les chemins du desti ........................................................................................n 69
Deuxième partie
L'aventure militaire
Chapitre 7
La veste rouge et les signes du d e..............................................................stin 127
Chapitre 8
Engagé volonta ................................................................................................ire 133
Chapitre 9
Deuxième bataillon de Fra ..........................................................................nce 145
Chapitre 10
Premier bataillon de Fra...............................................................................nce 155
Chapitre 11
Saint-Maixent, l’Éc .........................................................................................ole 159
Chapitre 12
Premiers pas de l’ofcier d’ac t.....................................................................ive 165
Chapitre 13
Le président Senghor et les arm ...................................................................ées 175
Chapitre 14
à l’école du général Jean Alfred D ...........................................................iallo 179
Chapitre 15
Le bataillon de blindés et la guerre de libération
de la Guinée-Bissa ............................................................................................u 195
Chapitre 16
CiSM, Dagos, Saumur ........................................................................................215
8Sommaire
Chapitre 17
Le bataillon de blindés au Sud-L i..............................................................ban 219
Chapitre 18
Chef de cabinet d Cu EMGA ............................................................................. 237
Chapitre 19
Deux bonnes années à l Éc’ ole supérieure de gue r.....................................re 239
Chapitre 20
Commandant de zone confédérale en Ga ..............................................mbie 245
Chapitre 21
L’État-Major : S/CEM OPS
(sous-chef d Ét’ at-Major chargé des opérati ............................................ons) 255
Chapitre 22
Visite aux ramées du président de la République Abdou D .................iouf 261
Chapitre 23
Général de brigade, sous-chef dÉtat-M’ ajor général des arm é................es 263
Chapitre 24
Général de division, inspecteur général des Forces a .........................rmées 273
Troisième partie
étranger dans la jungle
Chapitre 25
L’Observatoire national des élec ..............................................................tions 285
Chapitre 26
Présentation du rapport à l’issue des légis ...........................................latives 297
Chapitre 27
Élections sénatoriales du 24 janvie r 1........................................................999 305
Chapitre 28
Remercié de lO ’n EL ..........................................................................................307
9Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
Chapitre 29
Réactions de la classe polit .........................................................................ique 311
Chapitre 30
Ambassadeur en Guinée-Bissa ......................................................................u 313
Chapitre 31
Ministre de lin ’térieu .......................................................................................r 329
Chapitre 32
Les crises  ............................................................................................................. 339
Chapitre 33
Ambassadeur auprès de Sa Majesté Élisaib ie, t h
Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne eir t dlan’ de du n ord ........... 345
Annexe 1 ...............................................................................................................355
Annexe 2 .............................................................................................................. 357
Annexe 3 361
• • •
10Instituteur de brousse
Dédicace
Je dédie cette contribution :
À ma grand-mère et à mes parents qui, avant de partir, ont implanté en moi
le courage et le calme, sur fond de foi en Dieu, qui procurent la sérénité, comme
la froide détermination de toujours faire face à la vie et à ses aléas ;
À mon épouse, Marie-Charlotte Guèye, qui a toujours porté avec moi mon
sac à dos tout en ayant été aussi un père pour nos enfants pendant mes nom -
breuses absences ;
À mes enfants dont je suis fer et qui ont compris et accepté mon destin ;
À notre valeureuse gendarmerie, à nos JAMBAARS et particulièrement à
ceux qui, pendant sept ans, ont constitué à mes côtés un des éléments essen-
tiels de nos forces au sein du plus beau commandement que j’eus à exercer : le
Bataillon de blindés ;
Enfn, à mes camarades instituteurs et à mes collaborateurs du tout premier
Observatoire national des élections (ONEL) de notre pays.
11Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
12Instituteur de brousse
Remerciements
ux amis qui me disaient d’écrire mes Mémoires, je répondais inva -riableAment : que voulez-vous que je dise ? Et eux de répondre : « Tu n’as pas le
droit de conserver pour toi une partie de tes témoignages et de ton expérience.
Tu priverais les jeunes générations de ta part de vérité et de tes réfexions. »
Attaché à notre sol et à notre si beau peuple, je ne pus résister au bout
du compte à leurs nombreuses et insistantes invites. Mon ami l-e profes
seur Babacar Kanté est de ceux-là qui, avec le défunt professeur Mwamba
Cabakulu, m’encouragèrent en me prodiguant des conseils.
Le colonel de gendarmerie (Cr) Samnbda iaye m’assista de sa disponibilité
en s’usant les yeux aux Archives nationales.
Mon cousin Mamadou Bassirou Ly et notre neveu Ciré Ly, nos historiens
maison, m’éclairèrent de leur science.
Mes enfants m’apportèrent une assistance appréciable.
Grâce à eux mon entreprise prit forme au fl du temps pour donne-r le résul
tat que voici.
Je ne terminerai pas sans confondre dans le même hommage ceux qui,
comme les corps de la police, des sapeurs pompiers, de l’administrat-ion terri
toriale et de la diplomatie, m’ont apporté leur loyale collaborat-ion en m’enri
chissant de leurs compétences.
à tous je dis merci.
13Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
14Avant-propos
Avertissement
e tiens d'abord à préciser que je n’ai aucune prétention de me prendre pour Jun historien. Je suis, tout au plus, un narrateur qui veut, au détour de sa
carrière, partager ses réfexions.
Ensuite, comme tout haut fonctionnaire ayant le souci de l’éthique et de
la déontologie, j’ai volontairement passé sous silence une part extrêmement
importante de ma carrière. C’est dans cette même logique que j’ai choisi de
remettre au goût du jour discours et interviews qui, déjà, étaient sur la place
publique, mais qui restent parlants dans le cadre de cet ouvrage.
15Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
16Préface
Préface
u départ, la conception et la réalisation de cette œuvre que constituent AlesM émoires synchrones du feuve de mon destin étaient un paril si. ’agis-
sait en efet de convaincre l’auteur, que les Sénégalais appellent - respectueu
sement le généranl iang, de sortir de sa réserve naturelle, imposée par son
statut ou volontairement observée, et de se raconter, en faisant le récit d’une
vie que ses amis ont trouvée sufsamment riche pour mériter d’être contée
sous forme de témoignaàge l. ’arrivée, je pense, et espère que ce sera le cas
de beaucoup de lecteurs et de lectrices qui auront lu son œuvre, que le pari
a été brillamment gagné. L’auteur nous livre en efet plus que le récit d’« une
tranche de vie », une leçon de vie. C’est un ouvrage dont on peut en efet se
demander, après l’avoir achevé, s’il faut se réjouir de sa beauté ou de sa portée.
Je dois cependant confesser que, personnellement, mes encouragements
pour le lancer dans cette aventure n’ont commencé que lorsque m- on pre
mier sentiment d’appréhension à l’idée de travailler avec ce général que je ne
connaissais pas encore a disparu, pour vite laisser place à de l’admiration qui
se transformera progressivement, de façon presque imperceptible, en amitié.
Pour un universitaire, dont l’indépendance et la liberté d’espr-it s’accom
modent difcilemenat p riori de la discipline militaire, exercer des re-sponsa
bilités sous l’autorité d’un général de l’armée éveille naturellement, pour dire
le moins, des velléités. D’ailleurs, la dernière séance de d àeb l r’oiefncc-ga
sion de la fn de notre mission à l’Observatoire national des élnecE tL i)o, ns (O
après les élections législatives de 1998, a été pour moi une confrmation et une
révélation. Je me rendis compte à ce moment que je n’étais pas seul, parmi les
membres dont la majorité exerçait une profession où le poids de la hiérarchie
n’était pas aussi pesant que dans l’armée, à éprouver ce sentiment au début de
notre collaboration. Mon ami P isamapa ïla Kâ notamment ne m'en avait rien
17Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
dit, mais il n'en pensait pas moins comme moi. Mais on en était heureusement
vite revenu.
Très tôt, je me suis efectivement découvert, avec beaucoup de bonheur, un
point commun avec ce général. Du fait de sa rigueur militaire, il avait horreur
d’être en retard. Quant à moi, en raison de mon éloignement, je pre -nais tou
jours les dispositions pour être à l’hneuorues . nous sommes alors retrouvés
souvent seuls, attendant les autres membres de l’équipe.
n os pensées divaguaient au début lors de nos conversations. Je me s- uis sou
vent mis à rire des histoires qu’il me racontait, pensait-il, mais en mon for
intérieur, de ma propre sottise d’avoir eu des préjugés à l'endroit de cet homme
que rien ne faisait ressembler à l’idée que je me faisais de lui. J’entrepris alors
d’aller à la découverte de cette fascinante personnalité, de ce soldat dont l’arme
de persuasion la plus redoutable était la séduction.
J’étais surtout curieux de savoir quelle stratégie le général de l’armée qu’il
était avait mis au point pour diriger une équipe composée de personnalités
venant d’horizons aussi divers que l’université, la justice, le journ-alisme ; au
tant de professions toutes réfractaires par principe à l’autorité et à la hiérarchie.
C’est peut-être de ce moment que date mon admiration pour ce militaire qui
m’explique alors, avec un sourire en coin, qu’une de ses plus longues nuits a été
celle de sa nomination à la tête de ce « machin » chargé des élections, un objet
politique auquel il ne comprenait ril nie’a cn. essé de se demander comment g- é
rer « ces gens-là ». Au terme de sa réfexion, me confa-t-il, un peu plus sérieux,
il décida de mettre en œuvre une méthode de management rigoureuse, mais
adaptée à l’équipe. Elle consistait à éviter tout autoritarisme et à se contenter
de dégager une vision, de bâtir un consensus autour d’elle en la partageant avec
l’équipe et de demander à chacun de se l’approprier. Chaque membre avait la
fexibilité de se mouvoir à l’intérieur du cadre ainsi défni, adossé à s - on exper
tise et mû exclusivement, selon ses termes, par un amour commun de n - otre pa
trie et une conscience élevée d’un devoir au service de l’État. J’ai pu noter que,
pendant toute la durée de notre mission, il a, en toutes circonstances, fait la
diférence entre les principes sur lesquels il a systématiquement été intraitable
et les personnes avec lesquelles il a toujours été tir l a sès d u nouoxu. s motiver
en entourant les membres de l’équipe, avec une constance qui ne s’est jamais
démentie, d’un respect qu’on lui rendait et leur a témoigné une confance sans
réserve. Grâce à son leadersh dip’une qualité exceptionnelle, et dont no- s insti
tutions manquent souventn, lE’OL a pu obtenir des résultats salués par tous les
observateurs de la vie politique. Un indice a fni de me convaincre de son sens
élevé de l’État : à la fn de notre mission, au lieu de dilapider les fonds comme
c’est de coutume, il a tenu à ce qune l E’L rO ende le reliquat de son budget.
Mais ma complicité avec le général grandissait au fur et à mesure de
l’avancement de notre mission. J’ai ainsi eu droit, ce que je considère comme
18Préface
un privilège, à des moments où le retraité de fraîche date se laissait peut-être
envahir par la nostalgie, à une reconstitution de sa carrière sous forme d’un
feuilleton, dont chacune de nos conversations correspondait à un épisode.
Certains me sont restés ancrés dans la mémiol eirn ee. st ainsi de l’histoire
de « la veste rouge » que, jeune lycéen, il avait juré de n’enlever que le jour
où son pays accéderait à l’indépendance, par attachement à ses idé-aux révo
lutionnaireisl e. n est de même de sa prise de fonctions comme « instituteur
de brousse » afecté dans une école qui n’existait pas encore et qu’il fallait
construire avec ses futurs élèves. Le développement de sa carrière militaire,
sous l’ombre tutélaire du général Jean Alfred Diallo pour leque-l il garde en
core une admiration et un respect comme au premier jour de leur rencontre,
m’avait aussi beaucoup marqué. Plus tard, quand nous sommes devenus amis
et qu’il m’a accueilli dans l’intimité de sa demeure, je me suis rendu compte
qu’il gardait toujours pour le général Diallo, dont il parle enco-re avec beau
coup de ferté et d’émotion, des sentiments à la limite de la vénération. Sa
photo dédicacée était la seule dont il a demandé l’autorisation à sa charmante
épouse de l’exposer bien en vue dans sa salle de séjour, pour qu’il continue
peut-être à lui servir de vigie ; ce qui semble d’ailleurs être le cas. D’autres
anecdotes, dont on peut regretter l’absence dans ce livre, me rev-iennent en
core, comme celle relative aux nombreux petits Manmaiadnogu , ses homo-
nymes, qui trottaient dans les rues des diférentes villes de la Casamance,
qu’il a laissés derrière lui à la fn de sa mission dans cette région.
Sorti de l’ombre quand il a présidé n El’L Oen 1997, le visage du général
n iang est encore plus connu du grand public depuis qu’il a exercé d- es fonc
tions gouvernementaliel ns. ’en revêt pas moins une partie cachée, que cette
œuvre contribuera, sans aucun doute, à éclairer. C’est pour moi l’occasion de
le remercier d’avoir bien voulu accepter de nous livrer cette somme sur un
pan de sa vie, avec toute la pudeur qui le caractérise, sur un fond de fresque
historique du Sénégal et de géopolitique.
C’est toute « une tranche de vie » que l’auteur retrace, en faisa -nt des varia
tions sur un thème. L’exercice était très difcile. L’option prise se situe en efet
entre deux genres littéraires bien connus et distincts : les Mémoires et l’essai.
Son œuvre en fait la synthèse et se présente en défnitive en trois parties. La
première part du rappel de l’environnement culturel de son éducation dans
une famille traditionnelle à Podor à l’exercice du métier d’institu-teur. Cet épi
sode de sa vie nous révèle ce que très peu de jeunes savent : c’est un ancien
meneur de grève qui est devenu plus tard ministrine dtée lrie’ur, responsable
du maintien de l’ordre. La deuxième partie, qui reste certainement la plus
passionnante pour l’auteur lui-même, porte sur le déroulement de sa carrière
militaire. On y apprend que c’est l’antimilitariste qui fnira sa carrière de
contestataire comme général de division. La troisième concerne les fonctions
19Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
administratives et politiq iul se’sy s. ent comme un étranger, « un épi de sagno
dans un champ de souna », alors que sa grande expérience de négociateur
acquise au cours des nombreuses et délicates missions qu’il a conduites avec
succès et son élégance d’esprit le prédisposaient à de telles fonctions. Tous ces
développements sont opportunément accompagnés de notes de bas de page
et d’annexes qui ajoutent à la densité historique et, par suite, à l’intérêt de
l’ouvrage.
La parole du retraité, une fois libérée, est soutenue par une plume facile,
une très vaste culture générale et un vocabulaire particulièrement riche. Le
style choisi par l’auteur consiste à prendre le lecteur par la main e- t à l’embar
quer dans ses pérégrinations tout au long du « feuve de son destin », en ayant
soin, chaque fois que de besoin, de situer l’étape et de lui rappeler le contexte
de chaque événemenitl p. artage ainsi ses joies, ses peines et parfois ses colères
avec son lecteur. Ses exclamations et les questions qu’il lui pose lui permettent
même parfois de le prendre à témoin.
L’auteur alterne un sens inouï de la narration et une formidable capacité
d’analyse. On voit nettement la diférence, à certains moments, entre « l’acteur
et le témoin ». On note en efet que, parfois, c’est le jeune homme en pleine
construction de sa personnalité qui parle, notamment pendant ses études
secondaires et, à d’autres moments, on retrouve l’homme d’État conscient du
poids des responsabilités qui pèsent sur lui, quand il aborde des questions qui
constituent des enjeux importants pour nos pays. Le rythme tant d- e la nar
ration que de l’analyse est époustou ifl e asnt mt. ené au pas de charge avec, il
est vrai, parfois des pauses pour reprendre son soufe. On distingue, à travers
certains passages, la double personnalité de l’auteur : l’homme d’action et le
penseur. Dans ce dernier registre, la réfexion s’exerce aussi bien sur notre
passé, notamment la colonisation, que de manière prospective, sur n- otre de
venir dans un monde caractérisé par la « glocalisation ». Le ton peut alors
être passionné et les jugements sans concession lorsqu’il s’agit de dénoncer
la violation d’un certain nombre de valeurs qu’il porte en bandoulière, par
des personnes, selon une expression qu’afectionne le général, dont le câblage
mental n’est pas normal. En revanche, d’autres pages comme celles relatives à
la période où, dans l’appellation, les noms venaient avant les prénoms feront
certainement sourire les moins jeunes, de même que la référence à la fameuse
plume Sergent-Major. La cohérence de l’ensemble de l’œuvre est assurée par le
saut, grâce à des transitions remarquables d’élégance, d’une expr-ession par
fois légère à un ton, à d’autres moments, plus grave.
Qu’il soit permis au formateur de féliciter l’auteur non pas p-our les qua
lités littéraires de son œuvre – dont je ne doute pas mais que mes qualités
intellectuelles ne me permettent pas d’apprécier –, mais pour la soumission
à la jeune génération de notre pays d’un sujet de méditation. C’est devenu
20Préface
un lieu commun : la jeunesse se plaint à tort ou à raison, mais certainement
plus à raison qu’à tort, de manquer de références. On ne peut donc que se
réjouir de cette œuvre dont la portée est fondamentalement pédagogique et
souhaiter qu’elle soit un bréviaire non seulement pour les jeunes militaires,
mais aussi pour tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont au service
de l’Étati. l est rafraîchissant et rassurant de constater qu’au moment où on
assiste malheureusement à un renversement, que rien ne semble pouv- oir arrê
ter, de l’échelle des valeurs, une voix autorisée s’élève pour tenter de remettre
les choses à l’endroit. Si ce livre était amicorum discipulorumq, eue lt nibe’erût
été son caractère prétentieux, son titre aurait d’ailleurs pu être : Le général
Mamadou Niang, un homme d’État, ou alors : Le général Mamadou Niang :
l’homme et l’État.
Le titre retenu, mais plus encore la lecture de certains passages, renvoie
cependant à un certain nombre de questionnements sur ce « fabu-leux des
tin ». L’auteur, avec une certaine candeur, semble ramener son parcours, à
tous égards exceptionnel, à une simple question de destin, serait-on tenté de
dire. L’idée de hasard semble structurer toute l’évolution de sa carrière. La foi
religieuse inébranlable de l’auteur ne peut faire l’objet d’aucun doute et saute
même aux yeux du lecteur dès les premières pages de l’ouvrage. Est-ce pour
autant sufsant pour en faire un principe explicatif et justifcatif de toute cette
« tranche de vie » qui nous est contée ? La trajectoire suivie et décrite par le
Général niang épouse-t-elle rigoureusement le cours tranquille de ce feuve
Sénégal si cher à son cœur ? La croyance au déterminisme selon lequel tous les
événements de notre vie sont écrits présente certes l’avantage de p-ouvoir s’ins
taller dans un confort intellectuel consistant à expliquer tout ce qui peut nous
arriver soit par la providence lorsqu’il s’agit d’un événement heureux, soit par
la fatalité dans le cas contraire. Elle est surtout commode pour un militaire
pour se motiver dans des situations risquées ou se consoler après u- ne catas
trophe. Est-il cependant raisonnable d’exclure, dans les eforts d’explication
de ce success story de l’auteur, sa détermination, la construction de sa propre
personnalité par un attachement à certains principes, pour une maîtrise de
son destin ? à certains moments, l’auteur est apparemment dans l’a -utodéri
sion. Mais je tire des expressions comme « faire face » qui reviennent souvent
une philosophie profonde du « soil si » ’a. git d’une exigence morale d’abord à
l’égard de soi-même, du don de soi-même au service de sa patrie et, en toutes
circonstances, d’être en accord avec soi-même.
Mon souhait est que les jeunes de notre pays, auxquels ce livre es-t essentiel
lement destiné, puissent objectivement se poser la question légitime de savoir
quelle est la part de déterminisme et de détermination dans leur « tranche de vie
». n on seulement l’auteur, j’en suis sûr, mais aussi et surtout ses nombreux amis
qui l’ont encouragé à commettre cet ouvrage auront alors atteint leur objectif.
21Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
Pour ma part, je tire de cette « tranche de vie » une leçon de vie que je
voudrais partager avec cette jeunesse : mieux vaut réussir sa vie que de réussir
dans la vie.
Babacar Kanté
Professeur à l'université Gaston Berger de Saint-Louis
• • •
22Avant-propos
Prolégomènes
es Mémoires synchrones du feuve de mon destin retracent les points forts Lentre la simultanéité des faits et la dynamique des interférences qui les
accompagnentil. s relatent une tranche de vie dans divers contextes où j’ai été
acteur ou témoin.
Les faits sont rapportés, je l’espère, sans prétention ni volonté d’occulter le
regard critique que je porte sur eux. Ainsi, c’est avec la conviction de toujours
me situer au milieu des hommes, chaque être étant une richesse en soi, et
d’apporter, comme beaucoup d’autres, mon témoignage et ma part de vérité,
que j’entreprends cet exercice qui constitue ma modeste contribution pour
soustraire de l’oubli une infme partie de notre patrimoine commun.
Au-delà de ce premier objectif, il y a celui de garder, pour les je-unes géné
rations, les matériaux nécessaires à la formation de leur j il nuge sem ’aegntit .
point de leur marteler des certitudes, mais plutôt de les inviter à décrypter, au
fl du temps, une parcelle de ce que fut la vie dans notre pays. A -ussi, mesu
reront-ils l’importance des eforts consentis par nos dirigeants successifs, la
classe politique et la société civile pour hisser notre pays dans le lot des pays
indépendants et respectés.
Les témoignages sont un lac qui, jamais, ne devra tarir afn que notre futur
y trouve de quoi s’abreuver après distillation et analyse.
nous délivrons ici nos perceptions sur l’islamisation, la colonisation, la
christianisation qui ont, tour à tour, traversé notre histoire pour en arriver à
notre indépendance et à la mise en place, dans notre pays, d’un État à l’idéal
démocratique.
L’islamisation, bien qu’antérieure à la christianisation, ne s’est p -as accom
pagnée de colonisation. Quant à cette dernière, elle est venue avec, dans ses
bagages, la mission dite « civilisatrice » et, accessoirement, l’évangélisation.
23Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
Elle s’accompagna parfois d’une forme de discrimination qui, sous d’autres
cieux, se nommera pudiquement « développement séparé » avant de s’afcher
sous le tragique régime de l’Apartheid.
il apparaît aussi que le Sénégal n’a, en aucune façon, été volontairement
partisan de sa propre colonisation, pas plus qu’il n’a été le soutie-n à la colo
nisation d’autres pays africains. Le colon s’est lui-même invité par la force
sur nos terres africaines, son itinéraire maritime déterminant l -a chronolo
gie de ses conquêtes. Les faits qui nous ont valu certaines fausses accusations
découlent en grande partie de notre position géographique.
Assurément, le colonisateur est venu chez nous pour ses intérêts. « Pour
étendre et développer notre domination et nos relations commerciales au
Sénégal et nous rapprocher ndigu er, il faut créer d’ici à deux ans u -n nou
veau poste au confuent du Bafng et Baoulé qui forment le Sénégal par leur
1réunion. »
L’islam comme le colonialisme nous sont venus du nord, le premier par la
zone où se rencontrent l’Afrique blanche et l’Afrique noire, et le deuxième par
la mer, là où le Sénégal, sur sa façade atlantique, est aussi une porte d’entrée
en Afrique noire.
Admettons donc que l’islam et le colonialisme se sont imposés chez nous.
La religion musulmane s’est installée plus par la persuasion que par la force
des armes même si, par la suite, des expéditions internes ont revêtu des allures
de djihad entre Sénégalais et au-delà du Sénégal.
La colonisation elle, est venue élargir un empire par la conquête de terres
jusque-là appartenant à diférents royaumes. Si la christianisation l- ’a accom
pagnée, force est de constater qu’elle n’était pas pour le colon une condition
sine qua non de son équipée de conquête comme ce fut le cas par exemple pour
les conquistadores dans les Amériques.
il d emeure que, vaincus par la persuasion des uns et par la force des armes
des autres, notre terre a abrité l’islam et avec lui, pour un temps, l- a colonisa
tion. Le premier est resté et la seconde s’en est a julrelé, te ode us deux laissant
des marques profondes qui, pour l’éternité, font partie de notre histoire.
Mon souhait est de témoigner de leurs efets, dans un cadre bien délimité
certes, mais éclairé par les interactions induites par les péripéties de l’histoire
du monde.
Quand arrivèrent les indépendances, la foÉrtatme d et’ d’éducation léguée
par la puissance coloniale s’est installée en nous. Depuis, nous poursuivons
comme une chimère le schéma étatique de nos colonisateurs qui, dans leur
er1. Mémoires du Gouverneur Faidherbe en date d ou 1ctobre 1856 à son Altesse impériale
le Prince n apoléon Jérôme chargé du ministère de l’Algérie et des CoLlao péniens (étration
française au Cayor, Oumar Bâ, Archives du Sénégal).
24Institute Purr dolége b ormoèunsesse
propre construction mentale d’État, avaient de grandes longueurs d’avance
sur nous dans ce domaine du fait qu’ils s’adossaient à leur histoire et à leur
culture vieilles de plusieurs millénaires.
n otre histoire et notre culture, tout aussi anciennes, avaient été mises entre
parenthèses. La parenthèse fermée, fallait-il retourner à nos sour- ces tradition
nelles n? ous était-il possible de nous défaire des marques laissées p-ar le colo
nisateur ? Fallait-il faire un compromis entre les deux formes de démarches ?
Comment rattraper ceux qui se sont consolidés et enrichis en partie avec nos
bras, notre sang et nos ressources ? Comment se prendre en charge suite à
une prise en main quasi totale ? Ces questions peuvent nous déranger, mais
elles sont incontournables si nous voulons profter des percées technologiques
ambiantes pour inféchir notre démarche et réussir là où des pays tels que la
Corée du Sud, qui avaient été assujettis comme les nôtres, étalent leurs succès,
si bien qu’aujourd’hui ils nous apportent leur assistance.
L’ouvrageM émoires synchrones du Fleuve de mon destin ofre des éléments
de comparaison pour présenter au lecteur ce que furent les obstacles qu’il a
fallu franchir pour arriver au Sénégail pl a rcétseunetle a. ussi le courage et les
premiers pas de nos dirigeants au moment où ils cherchaient leurs marques
ainsi que les eforts qu’ils déployaient pour instruire la jeunesse, former des
cadres, développer le pays.
L’objectif n’est pas de proposer des solutions, mais plutôt d’invi-ter à pour
suivre une réfexion tout en faisant remarquer que le chemin a été difcile et
qu’il le demeure. Personne, en dehors de nous, n’entreprendra, en notre lieu et
place, la longue marche de notre accomplissement.
Podor et les dynasties premières
eLe xi siècle de notre ère voit apparaître le début de la pénétra-tion de l’is
lam sur les terres du Fouta. C’est précisément War Diabi, premier roi de la
1dynastie des Mann qaui, après s’être converti, entreprit l’organisation de
l’islamisation du Tékrour qui englobe la partie nord du Sénégal.
1. La chronologie des dynasties du Fouta s’établit comme suit : 508-720: Jaogo — 720-826:
Tondion — 826-1082 : Manna — 1082-1122 : Laam Taga — 1122-1456 : Lam Termes — 1456-
1506 : Domination du Djolof — 1506-1526 : Période d’anarchie (guerre des Farbas). — 1526 :
fn de la conquête de Koli commencée en 1520 environ » (cf. La première hégémonie peule du
professeur Oumar Kane) — 1776-1881 : ère de l’Almamat. La révolution torodo mit fn au long
règne des Dényankobés. Tierno Souleymane Baal abolit le titre de Satigui, instaura un État
théocratique avec élection de l’almamy en 1776 (les marabouts et les grands notables du Fouta
choisiront parmi les marabouts l’homme qui, par sa science, ses qualités et sa sagesse est jugé
le plus digne de gouverner le pays. La charge d’almamy n’est nullement héréditai-re (cf. profes
seur Oumar Kane). Abdul Qadiri fut le premier almamy du Fouta.
25Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
Saré-Souima et Saré-Tiof (Podor), situés au bord du feuve Séné-gal, for
maient alors une importante agglomération sur la rive gauche de cet empire.
Les habitants de la région, à cheval sur les deux rives du grand feuve, très
tôt donc acquis à la religion du prophète Muhammad (PSL), combattront
pendant près de deux siècles, pour étendre et vivifer leur foi dans le pays. Les
dynasties se succéderont pendant que l’islam prospérait sous la f- érule d’al
1mamys et de marabout asussi puissants dans leur foi que dans leur ardeur
guerrière.
ePodor assiste à nouveau, au sxviècle, à la naissance du royaume du Fouta-
Toro pendant que prenaient forme les empires du Djolof, du Sine et du Saloum.
Ville la plus au nord sur la rive gauche du feuve, Podor est à la pointe ouest
de l’île à Morphil. Cette île, jadis gîte de très nombreux éléphants, d’où son
nom, occupe une bande de terre de deux cents kilomètres de long -sur qua
rante-cinq kilomètres dans sa plus grande largeur, entre deux bras du feuve
Sénégal. Sa position géographique la situe naturellement sur un des points de
pénétration des Almoravides, venus du Maghreb à travers le désert du Sahara
et la Mauritanie, pour le commerce et la propagation de l’islam.
Le choix du site de la cité n’est pas fortuit. La ville, elle-même comprise entre
une boucle du feuve et le marigot de Doué, était une cité protégée, entourée
d’eau, difcile d’accès et facile à défendre contre les invasions ma -ures notam
ment. Sa fondation remonte à la nuit des temps. Capitale du département qui
porte son nom, elle est habitée principalement par des Halpoular, des Wolofs,
des Maures et des Sarakollé.
Le département de Podor a donné au pays d’illustres et légendaires fgures
2telles Ousmane Dan Fod, Tio ierno Souleymane Baal, Tierno Élimane
3Boubacar Kane, Cheikh Oumar Foutyou Tall, Limamoul Ma , Adimaw B d aou
4Cheikhou Bâ, ibra Penda Bouya Bâ, Bra Madiw B , e ântre autres.
1. Tierno Souleymane Baal, Abdel Kader Kane, Tierno Elimane Boubacar Kane, El-Hadj
Omar Tall, Amadou Cheikhou Bâ...
2. Uthman B. Fodyo est le père de Mohamed Bello. Al-hajj Omar en épousant la flle de ce
dernier, torodo comme lui, se retrouve « relié à un brûlant foyer de propagation religieuse
et conquérante ». En efet Uthman avait converti par la force, au cours du Djihad qui s’était
déroulé particulièrement entre 1800 et 1805, les populations du Soudan central j- usqu’au Ca
meroun. (Delavignette cité par Fernand Dumont dans L’Anti-sultan ou Al-hajj Omar Tall du
Fouta combattant de la foi).
3. Le 5 mars 1830, un marabout Diile Faatim Tyam Kumba Djomboss, mobilisé par l-e mara
bout de Kokin, diaga issa, chef politique et religieux de la province du Dyambur, tenta de
mettre fn au régime des Brack pour instaurer dans le Waalo un régime théocratique. Une
année auparavant, en février 1829, un certain Mohamed Amar avait suscité une r -évolution re
ligieuse dans la région de Podor. Selon Berton, Mohamed Amar, doué de toutes les qualités qui
font les hommes supérieurs, avait eu d’ardents prosélytes jusqu’à Saint-Louis (cf. Royaume du
Waalo de Boubacar Barry).
4. Mohamed Amar (Hameth Bâ) avait justement épousé Sokhna Penda Bouya Diop, flle de
26Institute Purr dolége b ormoèunsesse
Encore, et pas des moindres, liés au département, Cheikh Ahmadou Bamba
Mbacké de Golléré Boussobés, Cheikh El Hadji Malick Sy de Souïma, Cheikh
Maba Diakhou Bâ de Bababé et Mbantou… L’histoire les retient et les glorife
à jamais.
Le but de cette énumération, non exhaustive du reste, est de montrer le rôle
joué par ce département dans l’implantation et la consolidation de l’islam au
Sénégal et en Afrique, ainsi que sa forte contribution et le lourd tribut payé
dans la lutte contre la pénétration coloniale.
Bien sûr, la légendaire existence des Dényankobés (nom de la dynastie
royale des Satigui du Fouta Toro) et des almamys du Fouta (titre porté par les
chefs du Fouta après le triomphe des mouvements maraboutiques q- ui détrô
nèrent les Dényankobés) ne peut être occultée. Elle déborderait seulement du
cadre de Podor.
Une autre fgure légendaire de Podor ne peut être ni omise ni o il ccultée.
s’agit de la grande prêtresse, Penda Sanrgr daoe lé, Penda Moussa Boukary,
reine des pêcheurs, toujours évoquée par les usagers des feuves et des rivières
de la vallée et au-delà. Elle serait issue du mariage d’un pêcheur et d’une
« mounou » faite humaine (génie des eaux). Pour honorer et perpétu-er sa mé
moire, même durant l’époque coloniale, tout capitaine de navire empruntant
le feuve se faisait le devoir de sifer à haunteguaor dlée . il existe beaucoup
d’autres légendes autour de cette sirène du Fouta, que les habitants de toute la
vallée se répètent encore aujourd’hui.
Les villes de Podor, Saré-Tiof et Souïma, vu la densité des lett-rés et pro
sélytes qui s’y concentraient, ont engerbé de nombreux villages, aujourd’hui
encore foyers ardents de connaissance de la science isill easm t iiq mupeo. rtant
de noter que tous ces villages qui demeurent très liés par de fortes parentés ne
rivalisent que dans la recherche soufe des voies les meilleures p-our les rap
procher de Dieu.
C’est dans cette logique que, parti de Souïma, Hameth Bâ dit Limamoul
Madiw alla s’installer dix kilomètres plus loin, pour une longue retraite mys-
tique dans une zone alors très boisée. Là, il poursuivit sa recherc-he perma
nente de la proximité de Dieu au bord du marigot de Doué, dans le nouveau
village de Wouro Madiw qu’il fonda aux environs d à e p1a8r13t. ir de ce
moment, il entreprit sa mission de propagation de l’islam, y compris dans le
Fouta, en même temps que la résistance, émaillée de nombreux et sanglants
combats contre la pénétration coloniale.
Ses fls s’illustrèrent par la suite de fort belle manière dans la poursuite de
sa mission lorsqu’il s’en retourna dans l’éternité de Dieu. Sur son lit de mort,
n diaga issa et d’Aminata Yella. Ces deux derniers sont les grands-piabrea Pnts dend’ a Bo-u
ya, lui-même demi-frère d’Amadou Cheikhou Bâ et de Bra Madiw.
27Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
le Mahdi a prophétisé, avant de s’éteindre, le destin glorieux mais tragique qui
attendait son héritier :
« Mon fls, je vois des mains rouges de sang, du sang des mécréants et des
ennemis de l’islam. Chacun de tes frères est un preux capable de défer, seul,
cent combattants. Aucun parmi vous ne dormira du sommeil éternel dans
l’enceinte d’un cimetière... comme l’aîné vous serez sacrifés à la gloire de
Dieu. » (Samba Sadio la voix des martyrs du professeur Souleymane Dia).
En efet, Mamadou, Bra Madiw ibert a Penda Bouya reposent respec-tive
ment à la mosquée de Souima, à Diamné diaye, à Tiowane tandis qu’A-ma
dou Cheikhou a disparu à Samba Sadio avec plusieurs de ses frères.
Ainsi, le guide Ahmadou Cheikhou Bâ (ou Cheikhou Amadou) qui s’-impo
sa Bourba Djolof (1870-1875) en compagnie de ses frères dont le généralissime
Bra Madiw, le général de l’ar imbréa Pe enda Bouya, petit-fls de Serigne Koki
et commandant des divisions Ajoor alliées, maintint haut l’étendard de leur
père.
1Un autre saint, érudit doublé d’un preux chevalier, Andmaaark Sy eck,
2 premier Serigne Tiénabeat ses hommes dont les intrépides guerriers Yaba
Kharimane, Mapathé Diagne et Mame Daour Diop, se joignirent à eux pour
accomplir, avec la plus grande bravoure et la maîtrise de la science islamique,
leur œuvre messianique.
De fait, comme on le voit, à la suite de Limamoul Madiw, ils avaient la
double mission de poursuivre la propagation de l’islam et de résister à la péné-
tration coloniale. Le moment venu, à la bataille de Samba Sadio (11 février
1875), la puissance coloniale sut choisir son camp dans une alliance contre
nature. Les états d’âme s’escamotent toujours devant l’intérêt des États. Dans
la logique de cette dynamique, onze ans après, à Dekhelé, en 1886, la puissance
coloniale retourna ses armes contre La nt-g Donioé Lr atyr, un de ses alliés du
11 février 1875.
C’est ainsi que, par alliances, afaiblissements et retournements, elle fnit
par s’emparer du pays. Diviser pour régner dans le cadre d’une stra- tégie glo
bale longuement mûrie et froidement conduite.
La leçon, de nos jours encore, semble bien apprise et sa mise en œuv- re assi
milée par les successeurs des anciens maîtres. Toujours rien de neuf dans la
1. Amary n daak Seck reçut à Saint-Louis le statut de sheex dans la confrérie Tijaan, des mains
de son illustre maître, Dahirou Maadyu, frère d’Amadu Cheikhu ; et voilà un marabout ajoor
dans les rangs de l’armée toucouleur dans laquelle il s’engagea au nom de l’islam avec ses
troupes, après le sac de Wuro Maadyu un soir de févriLer 1a vo87 ix 1. ( des Martyrs du prof-es
seur Souleymane Dia/Éditions de la brousse.)
2. 11 février 1875, un des actes les plus importants de l’histoire de la résistance. En deux siècles
de présence, la France a été en permanence harcelée ; et de l’aveu même du colonel Bégin
commandant les troupes ce jour-là, « ce jour le sort de la colonie étaSait emn jbae Sau » (ajo
du professeur Souleymane Dia).
28Institute Purr dolége b ormoèunsesse
théorie de base de la conquête des terres, des ressources et des biens d’autrui.
Seuls les moyens d’y parvenir évoluent.
La position de la ville de Podor faisait que, quelle que soit la saison, la cité
n’était accessible qu’après avoir franchi une coupure d’eau, par pirogue ou par
bac. On pouvait aussi, toute l’année, la relier à l’extérieur par avio-n ou par ba
teau. Ce fut une escale fuviale véritablement indispensable au ravitaillement
du commerce des comptoirs coloniaux, mais également au soutien logistique
des forces de la pénétration et de la consolidation des terres conquises.
il f aut en efet rappeler que, bien que la France fût présente d-epuis long
temps au Sénégal, la grande majorité du pays échappait à son contr-ôle. Ses re
lations avec les diférents royaumes étaient régulées par des accords et traités
bilatéraux (exemples : 1858 : Dimar, 1860 : Toro et Damga, 1877 : Lao et Canton
des Yirlabé ; 1881 : Bosséa net guénar) qui, toujours, comportaient le payement
de coutumes, sorte de taxes diverses dont celles que les Français devaient payer
pour traverser les terres d’un royaume à un autre, ou pour rallier entre elles
des terres acquises par la France). Ces coutumes, devenant de plus en plus
nombreuses et pesantes, accélérèrent l’invasion et à la conquête des terres qui,
jusque-là, étaient sous l’autorité de royaumes indépendants.
La pression exercée sur l’autorité coloniale par les commerçan -ts et négo
ciants français ou autochtones est pour beaucoup dans l’accéléra-tion et la gé
néralisation de la colonisation et la désintégration des royaumes.
Comme toujours, le colonisateur œuvrait dans le cadre d’une str- atégie glo
bale, avec une forte unité d’action contre de petits royaumes qu-i, eux, guer
royaient en ordre dispersé quand ils ne s’afrontaient pas les uns les autres.
C’est la même logique qui a toujours cours à l’échelle du continent africain
ejusqu’en ces débuts du xxi siècle.
Pendant les hautes eaux, du fait des inondations, la ville se retrouvait enserrée
dans les limites de digues protectrices qu’une équipe permanente d’entretien et
de renforcement était chargée de surveiller dès le début de la montée des eaux.
à la moindre alerte, l’équipe d’entretien et les militaires de la g - arnison ve
nus en renforcement entraient en action pour colmater les brèches.
Pour toutes ces raisons, à l’approche de l’hivernage, les voitures des chefs
blancs étaient parquées dans le Diéry, plus précisément au village de Diambo,
les autorités conservant chacune sur le feuve sa vedette de dotation avec
laquelle elles pouvaient, à tout instant, faire des tournées ou rejoindre leurs
véhicules automobiles.
La construction, non loin de Wali-Diala et de Wouro-Madiw, du pont
Tierno Seydou n ourou Tall inauguré en 1979 mit un terme à ces difcultés
en assurant une continuité terrestre entre Podor et le reste du pays.
Bien que l î’le à Morphil subisse toujours les afres de l’enclavement et
que les femmes continuent de payer de leurs vies les accouchements faute
29Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
d’infrastructures sanitaires accessibles, force est de reconnaît-re que des ef
forts ont été faits et quelques résultats positifs enregistrés. Mais existe-t-il une
priorité supérieure à celle de la sauvegarde de la vie des administrés ?
La vie est dure par ici même si la noblesse d’esprit, le stoïcisme et la foi en
Dieu couvrent d’un voile pudique les soufrances endurées depuis de longues
années. Le désenclavement est la première des priorités. La liberté de circuler
n’a de sens que lorsqu’elle est assortie de la capacité de l’exercer.
C’est dans cet environnement que je vis le jour, précisément dans le quartier
traditionnel de Saré Tiof de la vieille ville de Podor.
Les guerres saintes, comprises dans le sens de l’implantation de l’islam, se
sont terminées il y a fort longtemps tout comme, dans le registre du passé, les
guerres d’implantation coloniale.
Le seul djihad qui vaille aujourd’hui est celui de la recherche d- e la per
fection spirituelle dans un combat personnel et intérieur de tout croyant qui
souhaite se rapprocher de Dieu, Grand Ordonnateur de l’univers, en suivant
Ses lumières dont il a confé une infme partie à Ses prophètes et à Ses envoyés.
Ces lumières éclairent et balisent le chemin du bien. Elles laissent dans une
obscurité d’une épaisseur insondable le chemin du mal, celui de Satan.
Pour un croyant qui accepte qu’il n’y a de dieu que Dieu aux att-ributs su
perlatifs, il devient contradictoire de se proclamer dieu à la place de Dieu.
Prétendre défendre la religion de Dieu, se plaçant ainsi sur un socle supé-
rieur à celui de Dieu, n’obéit à aucune règle des religions révélées. Prétendre
défendre ce que Dieu a mis en place relève de l’idnol’eâsttr-iel p. as le Tout-
Puissant ? L’évolution de l’islam dne licha e cachée obéit à une logique qui
échappe à la sagacité humaine. La meilleure voie pour amener les hommes à
adhérer à une religion n’est-elle pas celle de la persuasion, à savoir montrer au
quotidien, par sa foi et son comportement, la justesse de son combat ? C’est
assurément en dehors des religions et de leurs lois qu’il faut aller chercher les
motivations de ceux qui tuent, capturent et assassinent de pauvres innocents.
• • •
30Instituteur de brousse
Première partie

Instituteur de brousse

31Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
32Instituteur de brousse
Chapitre 1

Une naissance au cœur des traditions
Je vois le jour dans un monde que je mettrai du temp-s à dé1938  couvrir et à connaître. Premier enfant de mes parents, j’étais
attendu avec impatience. Eh bien voilà, je suis là ! Et comme j’ai vu faire bien
plus tard, probablement encore dans les bras de ma mère avant que mon père
et ma grand-mère me prennent tour à tour.
Le célèbre Gawlo et ami de papa me racontera ce qui s’était passé. Une
semaine après ma venue au monde, comme prescrit par la religion m- usul
mane, a lieu le baptême du nouveau-né, dans cette gigantesque fa-mille, soli
daire et soudée. Mes deux grands-mères, Coumba Dado Tamara Hamat Tall
et Oumou Hassan Dado Sow, mes oncles, tantes, cousins, cousines, frères,
sœurs et alliés sont là aux premiers rangs de l’assemblée.
Les griots et autres sont aussi de la pials srtoien. t toujours les bienvenus
avec, à leur tête, un fdèle compagnon de papa, le majestueux et famboyant
Hatta Gawlo, futur père de celui qui sera mon ami, Abdoul Hatta Seck.
Mes deux grands-pères Silèye Hamo Djiby Wn E eO t Mamadou n iang, ne
sont plus de ce monde.
Les imams et marabouts sont tous au rendez-vous. Le marabout désigné
s’avance, ofcie, soufe dans mes oreilles la « Shahada », prie et publie à haute
et intelligible voix le prénom d’accueil qui sera désormais le mien, c-elui du pro
phète Muhammad (PSL). Murmures approbatàif tso. ur de rôle, les membres
de la famille, les dignitaires viennent me bénir. Certains me souhaitent d’avoir
beaucoup d’ennemis, mais dont les maléfces ne pourront jamais m’atteindre ;
ceci pour dire que seuls les gens heureux et qui réussissent dans la vie sont
33Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
susceptibles d’attirer la malveillance, l’envie et la jalousie. C’est drôle, mais
c’était ainsi.
Le bébé que je suis, comme ceux qui m’ont précédé dans la famille, devient
la propriété de toute la communauté qui, en retour, devra, conformément aux
canaux de la tradition ethnique, veiller à son éducation lorsqu’il deviendra plus
solide. Le principe du partage est implicitement inscrit dès la naissan-ce contrai
rement à ce qui se fait sous d’autres cieux. Je constate sans porter de jugement.
Tous les rituels d’accueil sont accomplis, y compris l’immolation du bélier
de sacrifce. Voilà, l’objet de toute cette afectueuse attention est ofciellement
admis dans la communauté.
Toute la famille, au sens large du terme, a droit de regard sur la conduite
de l’enfant dès qu’il échappe au regard et à la surveillance de ses parents. Si
cet enfant transgresse les règles établies par la communauté, il est rappelé à
l’ordre, au besoin corrigé, autant que défendu si la situation le demande.
Là où les traditions sont conservées, les familles sénégalaises sont très larges
et unies les unes aux autres. Le concept de solidarité et de partage n’est pas
suranné. Ce sont des clans hiérarchisés avec des chefs identifés et d- ont l’auto
rité est incontestable. De même, les connexions sont connues, jalousement
gardées et graduellement transmises oralement à l’enfant au fur et à mesure
que sa maturité s’afrme.
Maman est la sixième d’une fratrie de deux garçons et de six flles.
Les garçons, fns lettrés en sciences coraniques, ont consacré leur vie à
l’enseignement des Saintes Écritures. Les sœurs, toutes femmes de tête, sont
également admirables tant dans leur dévotion que dans leur générosité envers
leurs semblables.
Celle d’entre elles qui me marqua le plus est ma tante Banel Wone, décédée
à près de cent ans de vie aussi rude que riche, le 31 mai 2006. Elle vivait avec sa
famille de l’autre côté du feuve, jusqu’aux douloureux événements de 1989 qui
embrouillèrent, pour un court instant, les relations entre les deux pays frères,
le Sénégal et la Mauritanie.
Elle nomadisait d’un point d’eau à un autre avec ses troupeaux, juchée sur
son taureau-guide avec bâtons et coupe-coupe. Une vie à la dure av- ec un ca
ractère forgé selon le code des gens du dn ’éesm epr ê tc . he, elle avait l’esprit sur
ses sœurs. Voyant que ma mère n’avait pas de flle, elle lui donna une de ses
flles, ma sœur Aminétou, venue s’ajouter à notre foyer lorsque nous avions
tous deux cinq ans.
Aminétou était tellement liée à notre mère qu’elle ne lui a pas survécu. Prise
d’un très bref malaise, six mois après le décès de notre mère, elle s’en est allée
sans bruit, entrant à jamais dans le silence de l’éternité de Dieu. La force de
l’attachement flial que ma sœur vouait à notre mère n’avait d’égale que la
noblesse de cœur et le courage de sa mère biologique.
34Instituteur de brousse
J’ai toujours été très attaché à ma s il eœuxris. tait entre nous une afection
fraternelle, une complicité et une entente extraoirndtienlalirgesn. te et c - ou
rageuse, elle s’embarquait toujours dans mes interminables bagarr-es de quar
tier. Un autre trait de courage et de dignité apparut un jour où elle demeura
introuvable dans toute la concenssoiotnre m. ère, très inquiète, ft organiser
une recherche dans toute la ville. Lorsqu’on la retrouva, elle avait déjà atteint
son objectif : se tatouer la gencive et le contour de la bouche. C’é-tait non seu
lement vu comme un signe de beauté mais, également, de courage. Elle était
alors l’égale de ses copines déjà tatouées, et au-dessus de celles qui ne l’étaient
pas encore. C’était ainsi.
Repose en paix Aminétou. Tes frères et sœurs, tes enfants ne t-’oublient ja
mais dans leurs prières.

Quand l’orage se prépare
Des nuages s’accumulent et s’assombrissent au-dessus de l’Europe. Bientôt,
ils ne tarderont pas à plonger la terre entière dans les ténèbres de la tourmente.
En Allemagne, des bruits de bottes se font perceptibles aux oreilles et à tous
les sens de tout observateur averti et attentif. Début 1938, Goering souhaite
accélérer l’aryanisation de son pays et inciter les juifs au départ.
« Aryanité », non-sens. Tous ceux qui prônent ce type de classement des
êtres et des races comme Heydrich, Himmler, Hitler sont ad heabiptetus ds ’
morbides qui, jamais, ne prospèrent.
Malheureusement, il y aura d’autres théories de même nature, i- nconsis
tantes et fumeuses qui, elles aussi, plongeront des peuples entiers dans des
turbulences faussement identitaires. Les fractions de peuples, singulièrement
noirs, et les théoriciens qui se prêtent à ce jeu aussi sordide que morbide
savent-ils seulement la place qu’Adolf Hitler et ses séides leur réservaient dans
leur hiérarchie des races ?
J’arrive au monde au moment où, semble-t-il, les démons de la guerre sont
en train d’aiguiser leurs armes dans une ignoble fourberie qui n’épargnera
pas les Premiers ministres anglais et français : messieurs Anervtilhlue r
Chamberlain et Édouard Daladilis era. uraient été circonvenus par Hitler et
Mussolini qui avaient signé avec eux, le 30 septembre, le traité de Munich
supposé éviter la guerre. Alors que déjà, depuis le 12 mars, Hitler avait réalisé
l’Anschluss en envahissant l’Autriche au petit matin, très facilement ; puis il
est allé défler sous des vivats dans sa ville natale de Brianun n.au-Am-
Une cécité politique des démocraties occidentales qui leur coûtera cher.
Du 9 au 10 novembre 1938, l’Allemagne nazie procède, à l’encontre des Juifs,
à une abominable épuration à l’échelle nationale. Pnogurit dome , Cristal :
35Mémoires synchrones du fleuve de mon destin
prémices de la Shoah. Quelle horreur ! Crimes contre l’humanité, à jamais
imprescriptibles.
La guerre civile en Espagne fait rage. L’armée japonaise s’empare de Canton
en Chine le 21 novembre.
Au Sénégal, déjà vieille colonie française, où un cycle de sécheresse sévit,
avec sa cohorte de maladies et de disettes, les populations ne réalisent pas
encore que le pire est à venir.
C’est extraordinaire, les hommes sont parfois comme des bêtes ; ils ne
peuvent décidément pas rester tranquilles ! Les leçons de l’histoire ne leur
servent à rien. Leur connaissance relative du monde animal ne les met pas à
l’abri de se comporter, entre eux, comme des rapaces.
ils recommencent toujours les mêmes fautes. C’est peut-être même le règne
animal, où les forts dévorent les faibles, qui est leur modèle. Pourtant, il suft
de se convaincre que l’homme n’est pas venu au monde pour être subjugué et
qu’il a toujours, à sa manière, une capacité de réaction et de défense.
C’est une loi de la nature. L’opprimé, le spolié, se révoltera toujours avec le
temps, soit par lui-même, soit par ses descendail fntnsi. ra toujours par avoir
raison de ses tyrans et tyranneaux.
il n ’y a, hélas, pas que les nazis qui soient fascistes. Des hommes aujourd’hui
encore, utilisent des méthodes sous-tendues par des idéologies siiml ilaires.
est donc logique que, tôt ou tard, le fascisme soit toujours présent et combattu,
les fascistes traqués et condamnés par le tribunal des hommes et/ou par le
tribunal de l’Histoire. Et on recommence, dès l’instant que nous ne retenons
jamais les leçons du passé.
La conférence de Yalta en Ukraine (du 4 au 11 février 1945), entre Roosevelt,
Churchill et Staline consacra, pour débarrasser le monde du nazisme, la divi-
sion de l’Allemagne en quatre parties à occuper et l’avènement d’une cour
internationale de justice, le tribunaulre d meb erg.
il y aura d’autrnes uremberg. ils viendront du fait de l’unilatéralisme qui
cherche à dominer la planète et à réduire les nations à l’état de croupions.
Les États peuvent parfois être momentanément vassalisés. Mais les nations
jamais. C’est de l’inconsciente confusion de ces notions que prend forme très
souvent, le découplage, lui conscient, entre les dirigeants d’un État et le peuple
qui l’habite.
Quand un groupe d’individus afche à la face du monde que sa vérité fait
foi et que la loi universelle doit être adaptée à sa vérité, que sa foi est la seule
qui vaille, je dis qu’il n’y a aucune diférence entre ce groupe et les groupes
fascistes, naguère honnis. Comme eux, ils répondront présents dev- ant le tri
bunal de l’Histoire.
à l’image des créations de Dieu, tout est équilibre. Tout équilibre rompu
se traduit par un cataclysme à l’échelle de l’objet du déséquilibre. Cela va de
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