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Mes années Opéra

De
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Mme Barre, au nom prémonitoire, propose à mes parents de me présenter au concours de l'École de Danse de l'Opéra de Paris. Comme je ne sais absolument pas de quoi il s'agit, on m'emmène au Palais Garnier. On m'explique que si je suis retenue, c'est là que je travaillerai chaque jour. On m'apprend que des garçons et des filles, dont c'est le métier, dansent ici tous les soirs, sur une scène de spectacle, dans la lumière, devant un public. Enfin, on m'informe qu'il me faudra travailler dur, sans compter et sans me plaindre.

Je les entends, mais je n'écoute pas. Je vois l'or, les coupoles, les grands escaliers, les sculptures, les candélabres... Mon château, enfin ! Je suis chez moi. Il faut être danseuse pour vivre là ? Je serai danseuse.

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I. UN DÉCOR DE RÊVE
Je n’ai jamais voulu être danseuse. L’Opéra, le corps de ballet, le corps tout court, d’ailleurs, tout ça m’était parfaitement inconnu jusqu’à ce que je passe le concours. Non, moi, mon truc, c’était princesse. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu le désir de porter de jolies robes, un chignon et des jupons. Mes parents n’étaient pas au courant. À fond dans leur époque, au milieu des années soixante-dix, ils s’habillaient en patte d’éph’, et nous aussi. Nous partagions tous les quatre, avec ma sœur Amélie, deux chambres de bonne réunies dans la joie et dans Paris. C’était la bohème, pleine d’amour et de poésie. Nous étions à l’étroit, mais je l’ai su plus tard. Petite fille, je vivais dans mes rêves, un pays merveilleux qui devait ressembler au décor du « Peau d’âne » de Jacques Demy ou à
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celui de « Gigi » avec Leslie Caron. Dans les contes de fée, je prenais tout au premier degré : les monstres, les robes, les fées, et le château. Quand j’y pense, le château m’a toujours frappée, davantage que le prince charmant ! Je m’imaginais en haut d’une tour, penchée à un balcon fleuri. Je dévalais un grand escalier de marbre éclairé de candélabres dorés à l’or fin puis je tournais, tournais, tournais sans cesse au rythme d’une valse que j’étais seule à entendre. Ainsi, dans trente-cinq mètres carrés, entre mes parents, ma sœur aînée de dix mois et le chien, en sabots et salopette, j’étais princesse. Et ce senti-ment était si sincère, que j’étais presque surprise que personne d’autre ne fut au courant de cet état. Mes parents avaient une princesse sous leur toit, et ils ne le savaient pas ! De l’avis de mes proches, je n’étais pas une en-fant facile. Gaie, vive, exubérante. En un mot : fatigante. Dans mon château imaginaire, je tour-noyais beaucoup, cabriolais souvent et dansais tout le temps. Je piquais l’abat-jour d’une grosse lampe, me contorsionnait dedans, puis m’entourait d’un drap : j’étais en crinoline.
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