Michel Lohier, régionaliste et folkloriste guyanais

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« Guyane, pour tout dire », vaticinait le poète Serge Patient. Car, comment dire ? Et quoi dire ? Tâche difficile voire impossible, mais entreprise salutaire. Aussi bien, à son exemple, faut-il que tour à tour chacun ait à cœur de s’interroger, au lieu de l’origine, au premier commencement de l’inquiétude identitaire collective. Qui et quels sommes-nous ? Qu’est ce pays devenu ? Quelle en est la raison d’être, le centre de gravité ? A cette question entêtante, aujourd’hui comme naguère constamment recommencée, s’il est une réponse peu ou prou éclairante, d’utiles éléments en sont d’ores et déjà, là, réunis. Ce pour quoi il est de bonne méthode de relire Michel Lohier. Toute modeste soit-elle, son œuvre est un viatique au sens propre du mot. Pour remonter à la source du fleuve, à travers les forêts amazoniennes, il est un guide discret mais des plus fiables.
Extrait de la préface du professeur Roger Toumson

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844508133
Nombre de pages : 128
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MiCheLLohier,Auteur réGionALiSte et FoLkLoriSte GuyAnAiS
II Le passeur
Michel Lohier, ethnologue : Légendes et contes folkloriques de la Guyane LEsLégendes et Contes folkloriques de la Guyane, REpRÉsEN-TENT lE pREmIER OUvRagE qUE pUblIE MIcHEl LOHIER. C’EsT sUR lEs cONsEIls dE sON amI AbdON MaRsaU, dIREcTEUR dE l’ImpRImERIE dÉpaRTEmENTalE dE la GUYaNE PaUl LapORTE, qU’Il REgROUpE lEs TExTEs qU’Il avaIT dÉjà dIffUsÉs sOUs fORmE dE cHRONIqUE, daNs la REvUEParallèle V. CEs TExTEs ÉTaIENT alORs sIgNÉs iRac oUbO ET ÉTaIENT TOUs ÉcRITs EN cRÉOlE. LOHIER EU alORs l’IdÉE d’EN EffEcTUER UNE TRadUcTION fRaNçaIsE. il avOUE lUI-mêmE NE pas avOIR EU dE plaIsIR à TRadUIRE cEs TExTEs. il dIT ÉgalEmENT qUE cE TRavaIl lUI fUT 117 assEz « pÉNIblE » . AU TOTal, cE sONT qUaRaNTE lÉgENdEs ET cONTEs qUI ONT ÉTÉ TRaNscRITs ET TRadUITs daNs cE REcUEIl, la TRadUcTION fRaN-çaIsE aYaNT ÉTÉ RÉalIsÉE paR l’aUTEUR lUI-mêmE. SEUls TROIs TExTEs 118 ONT ÉTÉ pUblIÉs EN cRÉOlE . LE cHOIx dE la pUblIcaTION dE la plU-paRT dEs TExTEs EN laNgUE fRaNçaIsE a ÉTÉ faIT ExplIcITEmENT, pOUR UNE lEcTURE dE l’OUvRagE paR lE plUs gRaNd NOmbRE. MalgRÉ cET EffORT fOURNI paR l’aUTEUR, l’accUEIl INITIal dU REcUEIl paR lE pUblIc, a ÉTÉ TRès fROId. A TEl pOINT, qUE LOHIER, pREssÉ paR UN lIbRaIRE, a ÉTÉ cONTRaINT dE RETIRER sEs ExEmplaIREs dE la vENTE. eT, saNs qU’aUcUN faIT NE pUIssE RÉEllEmENT l’ExplIqUER, Il Y a EU UN REvIREmENT dU pUblIc qUI s’EsT INTÉREssÉ à l’OUvRagE bIEN plUs TaRd qUE sa sORTIE.
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MIcHEl LOHIER,Mémoires… ,p. 213. il s’agIT dEGalima, légende Galibi(pp. 44-45),Le moustique et l’oreille(pp. 97-100),La femme est bonne(pp. 227-229)
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CAtherineLePeLLetier
AvEc bEaUcOUp d’HUmOUR, l’aUTEUR sIgNalE qUE cET INTÉRêT TaRdIf 119 lUI a pERmIs dE dOUblER sON pRIx INITIal dE vENTE : « CETTE HaUssE dÉcUpla lE NOmbRE d’acHETEURs. C’EsT lORsqU’Il NE mE REsTaIT plUs UN sEUl vOlUmE qUE dE TOUTEs paRTs lEs cOm-maNdEs m’aRRIvaIENT. J’aI pU alORs cONsTaTER qUE lE lEcTEUR gUYaNaIs N’EsT pas pREssÉ dE gaRNIR sa bIblIOTHèqUE ; il N’Y pENsE qUE lORsqUE l’OUvRagE EsT ÉpUIsÉ. CE fUT dE mêmE pOUR lEs lIvREs dE PaUl LapORTE ET 120 dU DOcTEUR hENRY ». AUjOURd’HUI, lEsLégendes et Contes folkloriques de la GuyaneEN sONT à lEUR TROIsIèmE ÉdITION, Ils ONT ÉTÉ REpROdUITs paR lEs edITIONs CaRIbÉENNEs à dEUx REpRIsEs, alORs qUE l’aUTEUR avaIT dÉjà dIspaRU, pOUR lEs sEcONds ET TROIsIèmEs TIRagEs. LE pREmIER daTE dE 1960, à cOmpTE d’aUTEUR. AvEc cE REcUEIl, MIcHEl LOHIER a faIT œUvRE dE TRaNscRIpTEUR, maIs aUssI dE TRadUcTEUR. il a EN EffET REcUEIllI dEs cONTEs ET dEs lÉgENdEs qU’ON lUI avaIT RacONTÉs Il a mêmE INvENTÉ cERTaINs RÉcITs. il a ÉgalEmENT TRadUIT EN fRaNçaIs lEs TExTEs qU’Il pROpOsE aU lEcTEUR. POUR NOTRE paRT, NOUs cONsIdÉRONs qU’Il s’agIT bIEN là d’UNE œUvRE dE cRÉaTION OU dE RE-cRÉaTION, TOUT EN gaRdaNT à l’EspRIT lE faIT qUE lE cONTE ET la lÉgENdE appaRTIEN-NENT aU paTRImOINE cOllEcTIf. LE TITRELégendes et Contes folkloriques de Guyane, mÉRITE ExamEN. oN pEUT EN EffET sE dEmaNdER pOURqUOI l’aUTEUR INvERsE l’ORdRE dE la lOcUTION HabITUEllE : « cONTEs ET lÉgENdEs ». DE façON dÉlIbÉRÉE, lEs lÉgENdEs ONT ÉTÉ mIsEs EN avaNT, lEs cONTEs sUIvENT. DE mêmE, lE TERmE « fOlKlORIqUE » INTERvIENT daNs lE TITRE. nOUs avONs vU avEcLes mémoires de Michel, l’aTTacHEmENT dE l’aUTEUR aU fOlKlORE, dONT Il sE dÉsIgNE cOmmE UN « aNImaTEUR ». nOUs pENsONs qUE MIcHEl LOHIER EsT UN fOlKlORIsTE RÉgIONa-lIsTE, sElON lE dÉcOUpagE caTÉgORIEl qUE NOUs avONs pROpOsÉ 121 sUpRa . il N’a EU dE cEssE, EN EffET, d’ExalTER lEs TRadITIONs, lE paTRImOINE cUlTUREl dE la GUYaNE à TRavERs sEs ÉcRITs ET sEs dIffÉ-
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MIcHEl LOHIER,Mémoire…213, p. Ibidem. Cf. pp. 29-30.
MiCheLLohier,Auteur réGionALiSte et FoLkLoriSte GuyAnAiS
RENTEs acTIONs TOUT aU lONg dE sa vIE. Sa dÉmaRcHE EN TaNT qUE « RacONTEUR d’HIsTOIREs », cOmmE cEllEs dEsLégendes et Contes folkloriques de la GuyaneEsT bIEN cEllE d’UN aUTEUR RÉgIONalIsTE, maIs aUssI cEllE d’UN fOlKlORIsTE qUI s’affIRmE EN TaNT qUE TEl.
Composantes ethnolinguistiques de la Guyane La GUYaNE fRaNçaIsE dE MIcHEl LOHIER EsT cOmpOsITE ET cOm-pRENd dIffÉRENTEs cOmmUNaUTÉs ETHNIqUEs, aINsI qUE dIvERsEs cOmpOsaNTEs lINgUIsTIqUEs. POUR sEsLégendes et Contes folklo-riques, l’aUTEUR UTIlIsE dEs INTERjEcTIONs EN cRÉOlE, EN NENgE TONgO ET EN KalI’Na, maIs d’aUTREs gROUpEs ETHNOlINgUIsTIqUEs fORmENT aUssI la cOmpOsaNTE gUYaNaIsE : LE cRÉOlE gUYaNaIs appaRTIENT à la famIllE dEs cRÉOlEs fRaNçaIs d’AmÉRIqUE. il Y a UNE gRaNdE INTERcOmpRÉHENsION ENTRE lEs lOcU-TEURs dEs dIffÉRENTs cRÉOlEs à basE lExIcalE fRaNçaIsE dEs ANTIllEs ET cEUx dE la GUYaNE fRaNçaIsE. CONsTITUÉ pENdaNT la pÉRIOdE dE l’EsclavagE, lE cRÉOlE REpRÉsENTE la laNgUE vÉHIcUlaIRE dE la plU-paRT dEs cOmmUNaUTÉs dE GUYaNE.
eN GUYaNE, ON NOTE cOmmUNÉmENT la pRÉsENcE dE sIx pRINcI-palEs laNgUEs amÉRINdIENNEs, qUI RElèvENT dE TROIs famIllEs lIN-gUIsTIqUEs. La famIllE CaRIbE (KaRIb), avEc lEs laNgUEs KalI’Na ET waYaNa ; la famIllE aRawaK, avEc lEs laNgUEs palIKUR ET lOKONO ; la famIllE TUpI-gUaRaNI, avEc lEs laNgUEs TEKO ET waYampI. LEs lOcU-TEURs dE cEs TROIs gROUpEs lINgUIsTIqUEs, N’ONT pas d’INTERcOmpRÉ-HENsION, mêmE sI la laNgUE UTIlIsÉE appaRTIENT à la mêmE famIllE lINgUIsTIqUE. AINsI, UN kalI’Na NE cOmpRENdRa pas fORcÉmENT UN WaYaNa. LEs cOmmUNaUTÉs amÉRINdIENNEs dE GUYaNE sONT RÉpaR-TIEs TOUT aU lONg dEs flEUvEs MaRONI ET oYapOcK. nOTONs qUE pOUR cHacUNE dEs famIllEs dE laNgUEs amÉRINdIENNEs, plUs d’UNE TREN-TaINE dE laNgUEs dIffÉRENTEs ExIsTENT. AU TOTal, sUR plUs dE qUaTRE vINgT dIx laNgUEs amÉRINdIENNEs REcENsÉEs dE paR lE mONdE, sEUlEs sIx sONT UsITÉEs EN GUYaNE.
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