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Midor LeDor

De
278 pages
Ce livre retrace l'histoire de l'auteur et des générations qui l'ont précédée. Le récit de cette saga familiale commence à Tantoura (Palestine turque) avec ses grands-parents maternels, se poursuit à Safed avec ses arrière- grands-parents, puis nous ramène en arrière vers Benjamin II, célèbre voyageur du milieu du XIXème siècle et premier maillon de "la chaîne". Fidèle à la vocation de ses ancêtres, l'auteur nous fait revivre son action dans la Résistance en France, et en particulier, sur le Plateau de Chambon-sur Lignon, puis son engagement de pionnière en Israël, avant même la naissance de l'Etat.
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MIDOR LEDOR

@L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7641-8 EAN: 9782747576413

Denise Siekierski

MIDOR LED OR
(De génération en génération)

Préface de Philippe Joutard

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan KllnyvesboIt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

"Garde-toi d'oublier les événements dont tes yeux furent témoins, de les laisser échapper de ta pensée, à aucun moment Fais-les connaître ton existence ! à tes enfants et aux enfants de tes enfants".

de

(Deutéronome, Ch. 4, verset 9)

REMERCIEMENTS

Ce livre n'aurait certainement jamais vu le jour sans le dévouement de Bernard Pagella qui a passé tant d'heures à préparer, réaliser, enregistrer et décrypter tous les interviews qui ont formé la trame de ce texte. Ses observations et ses conseils, une fois la rédaction achevée, ont apporté une aide précieuse à la novice que j'étais. La parution de cet ouvrage - enfin réalisée - sera, je pense, le meilleur remerciement que je puisse lui adresser. Je n'oublie certes pas les encouragements de tous mes amis qui m'ont, avec tant d'insistance, poussée à exécuter ce travail de longue haleine. Je pense d'abord à Rina Neher-Bernheim et aux conseils éclairés qu'elle n'a cessé de me prodiguer, et à l'aide très efficace que m'ont apportée Mady Caen et ma plus fidèle et patiente collaboratrice, Aimée Sackstein. Et je tiens à exprimer mon affectueuse reconnaissance à Rivka Pavie qui a réalisé toute la mise en page. A tous, un grand merci ! D. S.

SOMMAIRE

Tout a commencé à Tantoura ...................................................... Mes grands-parents, Jacob Benchimol et Jenny Bliden ........... Mes arrière-grands-parents, le Docteur et Madame Bliden .... Le père de Madame Bliden : Benjamin II .................................... Mon enfance.. ............................................................... Une adolescente confrontée à la guerre ..................................... L'occupation et la Résistance ........................................................ La Libération et l'après-guerre ..................................................... Pionniers en Israël: 1948-1954 ..................................................... De nouveau en France: 1954-1959 .............................................. Notre vie au Brésil: 1959-1978 ..................................................... Retour aux sources: Jérusalem 1978 ..........................................

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Transmettre l'espérance MiDorLedor, De génération en génération, ce titre énigmatique ne doit pas tromper le lecteur. L'ouvrage est, certes, d'abord l'autobiographie d'une femme, qui de Marseille à Jérusalem en passant par Paris et Sao Paulo affirme son entière et permanente fidélité à la communauté juive et en transmet I'héritage spirituel et culturel, mais il va bien au-delà et doit intéresser un public beaucoup plus vaste, dépassant les limites du monde juif J'en suis le premier exemple, et ce n'est pas l'amitié qui m'inspire, même si je fus un court moment associé à la trajectoire de Denise Siekierski, grâce à mon ancien étudiant, Bernard Pagella. Au premier plan, évidemment, la Seconde Guerre Mondiale où Denise Siekierski nous apporte un double témoignage: apparaît d'abord l'attitude des juifs français, tellement confiants dans la France et le gouvernement français qu'ils se croient constamment à l'abri: «Nous les juifs français, on ne nous touchera jamais, il ne peut rien nous arriver, le Maréchal ne le permettra pas, ni aucun gouvernement français ». Même après la grande rafle de Marseille en janvier 1943, sa mère et son oncle, réfugiés dans le Vaucluse, signalent leur changement d'adresse à la gendarmerie! Les jeunes générations ne peuvent plus imaginer une telle attitude. Celle-ci explique le traumatisme profond subi, lorsque la réalité se révèle dans sa cruauté insoutenable. La confiance est rompue et ne reviendra jamais entièrement. Témoignage plus précieux encore sur la résistance juive, à laquelle elle participe dès août 1942, à partir de son engagement dans les E.I (éclaireurs israélites) sous son nom d'éclaireuse, Colibri: faux papiers, recherche de

planques, convoyages de clandestins, assistance sociale, liaison, les tâches sont multiples. Denise Siekierski sait raconter et l'on suit avec passion ses pérégrinations dans le sud de la France, le Massif Central, Nice ou la frontière suisse où elle se fait même domicilier un moment. Puis Colibri voit ses responsabilités augmenter lorsqu'elle devient l'adjointe de l'un des chefs de la résistance juive. Véritable roman d'aventures, s'il ne s'agissait pas d'une histoire vraie et souvent dramatique. Mais la résistance juive, surtout dans le domaine de la cache des clandestins, se nourrit de multiples complicités extérieures à la communauté, complicités protestantes, le fait est connu, mais aussi catholiques. Depuis quelques années, on a enfin découvert cette résistance civile, longtemps occultée par les maquis. Ce livre apporte cependant un éclairage précis et original, d'autant plus qu'il se nourrit du travail que quarante ans plus tard, Denise Siekierski a mené dans le cadre de Yad Vashem, la grande institution israélienne qui s'efforce de retrouver et d'honorer les «Justes des Nations », tous ceux qui, non juifs, au péril de leur vie, ont sauvé des juifs. L'intérêt du témoignage se prolonge bien au-delà de la période de la clandestinité. Le temps de la Libération comprend aussi des temps forts et je songe ici à l'arrivée des rescapés d'Auschwitz, non pas à I'hôtel Lutetia que l'auteur a aussi vue, mais plus originale, et peu connue, à Marseille par bateau, venant d'Odessa - ou même, aussi dramatique, l'exemple de cette résistante arrêtée à la Libération par erreur dans la cité phocéenne, dont le mari est torturé par d'anciens miliciens reconvertis en résistants de la dernière heure avec l'aide de gens de la mafia.

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La construction même du livre est attachante, qui articule mémoire d'enfance, récit de vie et histoire, destinée personnelle, traditions orales familiales et histoire du peuple juif, pas seulement à propos des premiers temps du sionisme, avec le grand-père Benchimol, mais avant, avec Benjamin TI, «cet anthropologue avant la lettre» qui décrit si bien les communautés de la diaspora orientale. Toute la première partie proprement historique apporte un éclairage original sur le monde juif du xrxe siècle. La dernière partie semble relever uniquement de la sphère privée et s'adresser à l'entourage immédiat: l'auteur y raconte ses deux installations en Israël, et dans l'intervalle son court séjour à Paris et ses dix-neuf ans au Brésil. Pourtant l'étranger s'y retrouve et prend un grand intérêt à suivre Denise Siekierski dans les aléas de sa vie. Certes, celle-ci a su trouver le ton juste et la distance nécessaire: ainsi sa fidélité religieuse sans faille ne l'empêche pas de souligner les méfaits d'une orthodoxie aveugle et intolérante; sa forte personnalité transparaît constamment à travers les étonnantes successions de réussites sociales et d'échecs, qui la font passer de l'aisance à la pénurie, avec une égale sérénité. De bout en bout c'est une femme libre qui prend la parole et témoigne pour son temps et sa communauté, mais son témoignage n'est jamais enfermé dans son groupe: à travers les épreuves nombreuses et toutes surmontées, elle affirme une étonnante espérance et un amour de la vie qui sont un enseignement pour tous. Philippe Joutard
Conseiller scientifique à la Mission de la Recherche du Ministère de l'Éducation Nationale, ancien recteur des académies de Besançon et de Toulouse, directeur d'études à l'EHESS Paris, professeur à l'université de Provence.

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TOUT A COMMENCE A TANTOURA

Janvier 1979. De retour à Jérusalem depuis quelques mois, je parcours une revue historique: c'est une biographie succinte de quatre pionniers de l'épopée sioniste. Un nom, soudain, me fait sursauter: "TANTODRA". Ce nom, je ne l'avais plus vu ni entendu depuis mon enfance. Il me semble alors écouter la voix de Mamita, ma grand-mère, une voix douce, teintée d'un indéfinissable et charmant accent russo-américain, me disant:
"Tantollra, Tantoura, le petit Méir, les bouteilles..."

Suis-je en train de revivre l'expérience de la madeleine de Proust? Je me laisse envahir par une nuée de souvenirs, les récits merveilleux que me contait Mamita, émaillés de noms étranges, Zikhron, Rishon, Mikvé... Ces nomsl je les avais

plus tard retrouvés sur la carte ou l' de visu" lors de ma
première Aliya. Mais l'image du Baron et de la Baronne arrivant sur leur yacht ou emmenant mes grands-parents dans leur château de MontmorencYI ressortait davantage pour moi des Contes de Perrault que d'une réalité historique. Je suis née chez mes grands-parents maternels, à Marseille, et c'est chez eux que j'ai été élevée. Mais je connais peu de choses sur leur parcours avant de se fixer dans la cité phocéenne. Et où donc se situent Tantoura et "les bouteilles" dans ce parcours? Ce "petit Méir" serait-il Méir Dizengoff, fondateur et premier maire de Tel-Aviv? Il faut que je sache.

MES GRANDS-PARENTS, JACOB BENCHIMOL ET JENNY BLIDEN

De mes grands-parents, je conserve une image et des souvenirs très vivants, puisque c'est chez eux que je suis née et que j'ai été élevée, à Marseille. J'avais douze ans et demi lors du décès de mon grand-père, en 1936, et vingt ans quand ma grand-mère, victime d'une agression par la Milice, en juin 1944, a succombé peu après la Libération. Mon grand-père n'évoquait jamais son passé, mais ma grand-mère se plaisait à me conter de merveilleuses histoires où revenaient sans cesse les noms de Safed, Mikvé, Zikhron Yaacov, Tantoura ... et du Baron et de la Baronne de Rothschild. Ces histoires ont bercé mon enfance, mais je n'y croyais pas vraiment et, les années passant, je les ai reléguées aux oubliettes en même temps que la citrouille de Cendrillon transformée en carrosse. Bien plus tard, en 1950, alors que, vivant en Israël, je me trouvais de passage à Marseille, mon oncle Emile m'a remis une liasse importante de documents, retrouvés dans la bibliothèque de son père. Il s'agissait des doubles de lettres adressées par mon grand-père au Baron, et des réponses de ce dernier. Mon oncle m'a chargée de les remettre à la municipalité de Zikhron Yaacov, puisqu'elles constituaient en fait l'historique de cette ville. Lorsque, en 1953, j'ai pu enfin me rendre à Zikhron, j'ai compris que mon grand-père avait dû être là-bas un personnage très important, car le maire nous a reçus, mon mari et moi, avec tous les honneurs possibles, et nous a chaleureusement remerciés pour les

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précieux documents. Il nous a fait visiter les caves, dont la partie la plus ancienne, construite par mon grand-père, est toujours en service aujourd'hui. Il nous a aussi montré une tour d'eau où se trouve gravé, avec ceux du Baron et de son émissaire Elie Scheid, le nom de Jacob Benchimol. Mais les difficultés de notre vie pionnière ne m'ont pas laissé, alors, le loisir de m'intéresser réellement à tout cela. C'est la lecture de cette revue historique intitulée "Un quatuor de pionniers", en 1979, qui m'a poussée à vouloir reconstituer cette histoire familiale, que je n'avais jusque-là que très vaguement entrevue. Bien des années avaient passé, et je me trouvais à ce moment-là dans un autre état d'esprit, et beaucoup plus disponible. De plus, ma famille et mes amis m'ont vivement encouragée à me lancer dans ce travail de recherche. Celui-ci m'a révélé, à ma grande stupéfaction, que toutes les histoires contées par ma grand-mère durant mon enfance n'étaient pas "des histoires", mais bien l'Histoire avec un grand H : l'histoire des premiers balbutiements du sionisme, avant même sa fondation officielle, celle du défrichage et de la mise en valeur d'Eretz Israël par les tout premiers pionniers. Je peux à présent parler de mon grand-père, non seulement en évoquant des souvenirs d'enfance, mais aussi en m'appuyant sur des documents d'archives - ceux des Archives Sionistes Centrales, ceux de l'A. 1. U. (Alliance Israélite Universelle, à Paris) et ceux de diverses bibliothèques. Jacob Benchimol est né à Tétouan, au Maroc espagnol, en 1857, peu avant que l'A. 1. U., fondée en 1860, n'ouvre dans cette ville sa toute première école. L'Alliance se consacrait essentiellement à l'époque à développer la connaissance de la langue et de la culture françaises, dans tout le bassin méditerranéen et au-delà, en Bulgarie, en Iraq, en Syrie, au Liban. Mon grand-père a donc eu le privilège de pouvoir étudier dans cette école, et, extrêmement doué, il a été, après

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ses études primaires, envoyé par l'Alliance (Ecole Normale Israélite Orientale), à Paris. très haut niveau, qui existe toujours, préparait d'Instituteur. Le programme, extrêmement aujourd'hui impressionnant: "Langue

à l'E. N. 1. O. Cette école de alors au Brevet chargé, paraît

et composition

hébraïques, traduction de la Bible avec commentaires, explications

de la Mishna, du Talmud et des Théologiens, histoire sainte et
histoire juive; langues française et espagnole, histoire universelle,

composition française, pédagogie, géographie, arithmétique, comptabilité, algèbre, géométrie, mécanique, physique, chimie, cosmographie et histoire naturelle, calligraphie, dessin, musique, gymnastique" (A. H. Navon : "Les 70 Ans de l'Ecole Normale Israélite Orientale (1865-1935), Paris, Durlacher). Ayant obtenu son Brevet d'Instituteur, Jacob Benchimol est envoyé en 1879 à l'Ecole Agricole de Mikvé-Israël, près de Jaffa, en Palestine. Fondée par l'Alliance en 1870, Mikvé a été la première école agricole d'Eretz-Israël. Mon grand-père y enseigne le français, ainsi qu'à Jaffa, où vivait alors une petite communauté juive. Pour améliorer ses modestes appointements, il assure également la comptabilité des deux écoles. J'ai été très émue à la lecture d'une lettre adressée par lui à la direction de l'Alliance à Paris, peu après son arrivée à Mikvé, demandant qu'une partie importante de son traitement, réglé trimestriellement, soit versé à sa mère à Tétouan. Extrêmement doué pour l'organisation, mon grand-père devient très rapidement sous-directeur de l'école de Mikvé, dirigée alors par Samuel Hirsch. J'ai retrouvé dans les archives de l'A. I. U. plusieurs documents concernant tant sa personnalité que ses activités, et aussi un télégramme signé Jacob Benchimol, adressé à l'Alliance à Paris, annonçant le décès de Charles Netter, l'un des fondateurs et directeurs de l'Alliance, et fondateur également de l'école de Mikvé. Il avait été foudroyé par une hépatite au cours d'une de ses fréquentes visites à Mikvé en 1882. Mon grand-père a envoyé également à Paris une longue lettre dans laquelle il décrit la maladie et les derniers jours de Charles Netter, mort dans ses bras.

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Les étudiants qu'accueillait l'école de Mikvé arrivaient de Russie, de Roumanie et de la partie orientale de la Pologne pays qu'ils avaient fuis, comme des milliers d'autres Juifs, et surtout après les terribles pogroms de 1881-82. Si la grande majorité de ces émigrants juifs s'étaient dirigés vers les EtatsUnis, quelques-uns, jeunes et idéalistes, en général étudiants, avaient conclu à la nécessité d'avoir un pays bien à eux, qui devait être Eretz Israël comme aux temps bibliques. Une présence juive, quoique minime, s'était d'ailleurs toujours perpétuée en Eretz Israël au cours des siècles. Le groupe d'étudiants en question, arrivé en 1882, portait le nom de "Bilouim", initiales des mots hébreux "Beit Yaacov Lekhu Vénelkha" ("Fils de Jacob, levons-nous et allons"). Ces jeunes ne connaissaient rigoureusement rien à l'agriculture mais s'étaient cependant mis en tête de défricher, de planter, de faire revivre le pays. Les Juifs installés là depuis des siècles et ceux qui les avaient rejoints par la suite étaient surtout des Juifs religieux, qui consacraient leur vie à la prière et à l'étude de la Torah, et vivaient exclusivement des dons de Juifs établis en Occident. L'argent recueilli par des rabbins d'Europe était envoyé aux rabbins ashkénazes d'Eretz Israël qui le distribuaient souvent arbitrairement. Ce processus portait le nom de "Haluka" (distribution). Seuls quelques petits artisans et commerçants, d'origine séfarade, subsistaient grâce à leur travail. Les Bilouim ont donc été les premiers, depuis la chute du 2ème Temple en l'an 70 de l'ère moderne, à vouloir faire revivre le pays. Mais il leur fallait d'abord, avant de se lancer dans cette aventure, faire un stage à l'Ecole Agricole de Mikvé. Par la suite, ils se sont installés à Rishon-le- Tsion, près de Mikvé, à Zamarine (qui allait devenir Zikhron Yaacov) et à Rosh Pina. Ils étaient environ soixante-quinze et leurs conditions de vie étaient terriblement éprouvantes: un grand nombre d'entre eux mouraient de malaria, de faim, et un an plus tard, en 1883, ils étaient sur le point de renoncer et de se disperser. C'est alors que l'organisation mondiale des "Hovévei Tsion" (Les Amants de Sion), dont le comité central

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se trouvait à Odessa, s'est inquiétée de leur détresse et a dépêché à Paris une délégation, à laquelle s'est joint le rabbin Samuel Mohilewer. Avec le grand-rabbin de France Zadok Kahn, représentant des IIHovévei Tsion", Mohilewer s'est rendu auprès du Baron Edmond de Rothschild pour lui exposer la situation dramatique de ces jeunes pionniers et lui demander de leur porter secours. Le Baron a résolu d'envoyer sur place son homme de confiance pour examiner la situation, et le rapport a été, semble-t-il, convaincant, puisqu'il a décidé d'intervenir. Il a choisi de faire parvenir le montant de son aide au directeur de Mikvé Israël, Samuel Hirsch, puisque ce dernier connaissait ces jeunes, et pouvait donc répartir équitablement la somme entre les différentes implantations. Au début, tout s'est bien passé, puis le Baron a eu la malencontreuse idée d'envoyer à Rishon un agronome français, non-juif, Dugourd, pour enseigner l'agriculture aux Bilouim. D'une part, c'était une erreur de jugement, car ces jeunes idéalistes qui rêvaient de faire revivre le pays ne pouvaient accepter d'obéir aux ordres d'un "Goy" (non-juif). D'autre part, Dugourd, certainement excellent agronome en France, ne connaissait sans doute rien aux conditions géologiques et climatiques d'Eretz Israël et ne pouvait donc leur être d'aucun secours. Par ailleurs, peu psychologue et peu diplomate, il a été chassé à coups de pierres par les Bilouim, et le Baron, furieux, a résolu de mettre fin à son aide financière. Samuel Hirsch se trouvait vraiment pris entre le marteau et l'enclume. Il aimait sincèrement ces jeunes qu'il avait formés et souhaitait continuer à les aider, mais, d'autre part, il servait d'intermédiaire entre eux et le Baron. Ne sachant plus que faire, il a adressé au Baron un télégramme, dont j'ai retrouvé le texte dans les archives de Mikvé. Il y demandait la permission d'envoyer son adjoint, Jacob Benchimol, pour remplacer Dugourd et devenir l'administrateur de Rishon-IeTsion. Le Baron ayant répondu positivement par télégramme, mon grand-père a quitté Mikvé, dégagé des obligations

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contractées vis-à-vis de l'Alliance. En effet, tous les élèves qui avaient étudié à 1'B. N. I. O. aux frais de l'A. I. U. devaient signer un engagement qui les obligeait à enseigner pendant dix ans dans une des écoles de l'Alliance. Jacob Benchimol n'a travaillé à Mikvé que de 1879 à 1883, puis il est devenu en quelque sorte fonctionnaire du Baron. il est parvenu à ramener la paix et l'ordre à Rishon, et à rétablir de bonnes relations entre le Baron et les jeunes pionniers. Doué d'une grande autorité naturelle, il était aussi très diplomate et il a su acquérir la confiance et l'amitié des deux parties. Pour calmer les esprits, il a passé un accord avec le dirigeant du groupe, Israël Belkind : celui-ci a quitté la "colonie" de Rishon (ce mot a aujourd'hui une connotation négative, mais c'est celui que l'on retrouve dans tous les documents de l'époque) et s'est installé à Guedera, avec la promesse que sa famille pourrait rester à Rishon. J'ai retrouvé les termes de cet accord dans l' "Encyclopédia léhalutsei hayishuv vébonav" ("Encyclopédie des pionniers du yishuv et de ses bâtisseurs"). Jacob Benchimol a partagé la vie héroïque des jeunes pionniers: j'ai vu des dessins de l'époque qui le montrent faisant la queue parmi eux pour recevoir un quart d'eau à boire - de l'eau qui n'était même pas potable - et un morceau de pain see. ils ont vécu là dans des conditions terribles, mais ils sont parvenus à forer des puits, à assécher quelques marais et à commencer à semer. Mon grand-père a évidemment contracté la malaria, tout comme le reste du groupe, et il en a souffert jusqu'à la fin de sa vie. il est allé se faire soigner au Liban, car les frontières n'existaient pas à l'époque, toute la région faisant partie de l'Empire Ottoman. La Palestine était une sous-province de la province syrienne, le Liban n'existait qu'en référence à la chaîne de montagnes portant ce nom, et ne constituait qu'une partie intégrante de la Syrie... Ce changement de climat s'étant avéré insuffisant pour mon grand-père et ses jours étant en danger, le Baron l'a fait venir à ses frais à Paris et l'a fait soigner par son médecin

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particulier, puis ill' a envoyé faire une cure à Davos. Il a pu ensuite passer quelques semaines dans sa famille à Tétouan avant de repartir pour Eretz Israël. Son retour a été véritablement rocambolesque: il s'est embarqué en Afrique du Nord sur un bateau se dirigeant vers Alexandrie, où s'était déclarée une épidémie de choléra qui avait entraîné la mise en quarantaine de tous les voyageurs. Jacob Benchimol, qui désirait regagner son poste le plus rapidement possible, a décidé de partir à dos de chameau par le Sinaï et le désert du Néguev. Il a été arrêté par les contrôles turcs à Gaza et jeté dans une sorte de prison, en quarantaine, puisque l'on savait qu'il venait d'Alexandrie où sévissait le choléra. Il est parvenu à faire savoir à Samuel Hirsch où il se trouvait, et ce dernier est arrivé à dos de chameau pour payer une rançon: avec des pots de vin, on pouvait obtenir tout ce qu'on voulait! C'est ainsi que mon grand-père, libéré, a pu regagner Eretz Israël. Le Baron a suggéré alors de le transférer à Rosh Pina, situé sur une colline: la malaria y était tout aussi endémique à cause de la proximité des marais de la vallée du Houlé (asséchés depuis), mais le climat y était moins pénible qu'à Rishon. Jacob Benchimol a donc été administrateur de Rosh Pina pendant trois ans et demi, et c'est ainsi qu'il a pu faire la connaissance de celle qui allait devenir sa femme, Jenny Bliden. Jenny, âgée de dix-sept ans, était la fille du Docteur Bliden, premier médecin juif de Safed et de toute la Galilée, arrivé des Etats-Unis avec sa famille en 1885. La presse locale de l'époque, que j'ai pu consulter, appelait Jenny "Hayéféfia" (la ravissante). Si aujourd'hui dix kilomètres de route goudronnée relient Rosh Pina à Safed, à l'époque seuls des sentiers muletiers sillonnaient la montagne. Les rares personnes qui en avaient les moyens se déplaçaient à cheval ou à dos de mulet, les autres allaient à pied. A la demande du Baron de Rothschild, le Docteur Bliden avait consenti à venir soigner les malades de Rosh Pina et de Yessod Hamaala, une petite colonie juive

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au pied de la colline de Rosh Pinal dont les habitants vivaient dans une misère indescriptible. Il se rendait deux fois par semaine dans ces deux colonies, et c'est ainsi que l'administrateur de Rosh Pina a connu le médecin de Safed et sa fille, qu'il a demandée peu après en mariage. Ce mariage, célébré à Beyrouth dans le palais du docteur Emile Frank, délégué du Baron pour tout le Moyen-Orient, a représenté un grand événement social et mondain, dont les quelques journaux locaux de l'époque se sont fait l'écho. Les invités se sont rendus à la noce en bateau, et sont revenus de même. Le Baron avait envoyé de somptueux cadeaux, et plusieurs documents mentionnent les contributions à diverses œuvres charitables récoltées au cours de la cérémonie. J'ai également pu lire une lettre de mon grand-père, adressée à Samuel Hirsch, avec lequel il était resté étroitement lié et qu'il considérait un peu comme son père adoptit dans laquelle il lui annonçait son mariage. Par la suite, il lui a écrit régulièrement pour lui faire part de la naissance de chacun de ses enfants. Cela a été extrêmement émouvant pour moi de retrouver cette correspondance dans les archives de Mikvé. Les trois années passées à Rosh Pina se sont déroulées sans problèmes particuliers. Jacob Benchimol y avait trouvé à son arrivée, en 1886, une situation très pénible (misère des colons et malaria). Dans son livre, "Hazon hahitnahalut ba Galil" ("Vision d'avenir sur l'implantation en Galilée"), le docteur Yaacov Harozen écrit: "Après un certain temps, vint
une époque de repos pour la 'moshava' (village), avec l'arrivée de

Benchimol à Rosh Pina". L'instituteur David Shoub, dans ses mémoires "Zikhronot Lé Beit-David" ("Souvenirs de la Maison de David") rapporte qu'au début de l'année 1887 une école a été ouverte à Rosh Pina. Il a obtenu de l'administration l'autorisation de commander à Paris des livres d'hébreu moderne, et l'enseignement par la suite a pu se faire en hébreu. Mais déjà, les élèves ont accueilli le Baron de Rothschild lors de sa

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première visite en Eretz Israël en juin 1887, avec des chants hébreux. Le journal "Hamelitz", l'un des pionniers de la presse hébraïque, publie, le 13 juillet 1888, une lettre de protestation, signée par tous les colons, s'élevant contre les critiques formulées à l'encontre de Jacob Benchimol dans le "Havatselet" n° 32 paru à la même date: "Le nouvel administrateur, Benchimol, est un homme droit dont nous sommes très contents et dont personne n'a à se plaindre, tout au contraire... Nous faisons notre travail avec joie... Il ne pense qu'à notre bien... C'est pourquoi, au nom de la Vérité et de la Justice et de l'amour de Sion et pour la bonne Cause, nous vous prions de publier cette lettre dans votre journal et nous demandons à tous les éditeurs de journaux juifs dans le monde de copier cette lettre afin que la Vérité soit divulguée et que seferme la bouche des menteurs". En 1889, une révolte éclate à Zikhron Yaacov. Cette colonie, située sur la chaîne du Carmel à 33 kilomètres au sud de Caïffa (Haïfa) avait été fondée en même temps que Rosh Pina et Rishon. A l'origine, lorsque le Baron avait commencé à octroyer son aide, les pionniers étaient installés à Zamarine, au pied de la colline de Zikhron. Le Baron a décidé de transférer Zamarine au sommet de la colline et il y a fait construire des maisons plus confortables. Son père, prénommé Yaacov, est décédé à ce moment-là, et le Baron a donné à cette implantation le nom de "Zikhron Yaacov" ("Souvenir de Jacob") pour honorer sa mémoire. Dès lors, le Baron a voué à Zikhron un attachement indéfectible. Bien plus tard, il a même demandé dans son testament que, lorsque les circonstances politiques internationales le permettraient, sa dépouille mortelle et celle de sa femme soient transférées de Paris à Zikhron. Son vœu a été réalisé en 1954, peu après la création de l'Etat d'Israël, en très grande pompe, en présence des autorités françaises et israéliennes. Mon oncle a assisté à l'embarquement des cercueils à Marseille, et toute la presse s'est fait l'écho de cet événement. Par la suite, les héritiers du Baron ont toujours continué cette

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légendaire tradition de générosité, et ont fait aménager au pied de la colline de Zikhron un immense parc, appelé "Ramat Hanadiv" (la Colline du Bienfaiteur). En Israël, on prononçait rarement le nom du Baron, que tous nommaient "Hanadiv Hayadoua" (le Bienfaiteur bien Connu). C'est dans ce parc, agrémenté d'un magnifique jardin botanique et devenu un site touristique très fréquenté, que sont enterrés, dans une grotte, le Baron et la Baronne Edmond de Rothschild. A Zikhron, on avait découvert des trafics d'influence et d'argent de la part de l'administrateur de la colonie et du médecin, un certain Goldberg, et les colons ont alors fomenté une véritable révolution. TIy a même eu des vitres brisées. Le Baron, informé des faits, s'est, semble-t-il, souvenu de la façon dont mon grand-père avait calmé la révolte de Rishon, et il lui a donc demandé de quitter Rosh Pina - où il a nommé un autre administrateur - et de se rendre à Zikhron pour y rétablir l'ordre. Jacob Benchimol est parvenu effectivement à calmer les esprits, et, nommé administrateur de cette colonie, il l'a dirigée pendant dix ans, de 1889 à 1899. Hl'a transformée en une véritable petite ville, et a en particulier édifié les caves et la tour d'eau, ce qui a permis d'amener l'eau courante dans toutes les maisons et dans les champs. C'est là aussi que sont nés tous mes oncles et tantes, ainsi que ma mère, Andrée, la plus jeune des enfants. J'ai retrouvé un grand nombre de documents sur l'activité de Jacob Benchimol à Zikhron, et en particulier ce témoignage d'Elie Scheid, l'homme de confiance du Baron, qui n'a cessé de voyager entre Paris et les colonies de Palestine, et qui a rassemblé ses souvenirs dans un livre intitulé "Mémoires sur les colonies juives en Palestine et en Syrie 1883-1899" : "Monsieur Benchimol, sans architecte et sans ingénieur, élabora un projet de cave. Et avec un simple maîtremaçon arabe, il mit ce projet à exécution. La construction réussit au-delà de toute expression. Elle consiste en trois caves voûtées et

adjacentes, de cinquante mètres de longueur chacune, sous la
montagne de Zamarine. La porte regarde du côté de Zikhron Yaacov

21 et donne sur la route qui conduit à Caiffa. Au-dessus de ces caves sont les celliers et les caves de fermentation etc... et également en sous-sol, trois nouvelles caves, de cinquante mètres de long, en sens perpendiculaire, surmontées de trois celliers. Il y a une machine à vapeur, une forge, une machine à glace, des wagonnets, des pressoirs, et cent vingt colons y travaillent, plus des ouvriers, et plus des arabes. Il y a aussi une tonnellerie", Ce travail considérable semble avoir émerveillé l'envoyé du Baron, et pour cause! Mon grand-père, bien que n'ayant jamais étudié l'architecture, était parvenu à réaliser cette extraordinaire entreprise. J'ai visité ces caves, qui sont encore utilisées aujourd'hui. Elles ont été considérablement agrandies et forment un immense ensemble, qui reçoit de nombreux visiteurs. En effet, les vignes plantées à Zikhron et à Rishon représentaient la plus grande richesse de ces colonies, et le vin était produit dans ces fameuses caves, construites par mon grand-père. Un texte d'Elie Scheid a trait à Méir Dizengoff, jelme chimiste engagé à Paris par le Baron, et à la verrerie de Tantoura, destinée à fabriquer les bouteilles indispensables à l'écoulement du vin: "A Tantoura, une petite plage sablonneuse, au pied de Zikhron, il y avait quelques terres, un jardin, une maison d'habitation, un magasin et deux colons... Je ne parle que pour mémoire d'une petite verrerie qu'on a essayé d'y faire marcher et qui n'a pas réussi". Un paragraphe de publicité fait suite à ces propos: "Il faut convaincre tous les Juifs du monde et surtout les orthodoxes pratiquants, d'acheter du vin de Zikhron Yaacov et de Rishon-le- Tsion, le seul vin au monde qui soit exclusivement préparé par des Israélites".

A propos de la verrerie de Tantoura et de Méir Dizengoff, le Baron semble avoir, pour une fois, commis une erreur de jugement... Dans une lettre datée du 1er décembre 1894, il écrit à mon grand-père:
"Mon cher Benchimol, Je viens de recevoir votre lettre datée de Zikhron et je m'empresse de vous répondre, ,. J'ai reçu vos comptes, mais je n'ai pas encore eu

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le temps d'y jeter un coup d' œil, j'ai vu seulement dites au sujet de Dizengoff puissiez toujours examiner est absolument m'inspire chimique, ce que vous me

Le principe que j'ai établi est que vous ses dépenses, sinon avant, du moins

après qu'elles ont été exécutées.

J'ai grande confiance en vous et il nécessaire que j'aie un contrôle sur ce qui se passe à

la verrerie. Je ne peux pas me fier à un homme qui, somme toute, ne pas une confiance suffisante, même au point de vue pour pouvoir le laisser voler de ses propres ailes. Je ne

comprends pas, d'après les comptes qu'il m'a envoyés, qu'il n'y ait pas une recette sérieuse, obtenue par les ventes qu'il aurait faites:

je vois une petite vente très faible et elle ne représente pas les quantités de verre qu'il doit produire..." Cette fabrique s'étant avérée non rentable (en grande partie sans doute par manque de main-d'œuvre qualifiée), elle a dû être fermée peu après. L'avenir a démenti la méfiance du Baron, et a révélé toutes les qualités de Méir Dizengoff, fondateur de Tel Aviv, la première métropole juive, dont il a été le maire pendant vingt-cinq ans. Toujours à propos de la cave, Elie Scheid ajoute plus loin : "Cette cave, qui coûta tant de peines et d'insomnies à Monsieur
Benchimol, faillit aussi lui coûter la vie. Au mois de novembre 1892,

lorsque, la cave terminée, il s'obstinait à rester sur place pour surveiller les derniers travaux, il ne prit même pas le temps de se garantir de la pluie qui arrivait par torrents. Il tomba
dangereusement malade".

Effectivement, il a failli mourir à ce moment-là. Scheid arrivait de Paris pour une nouvelle mission d'inspection et débarquait à Jaffa. A l'époque, il n'existait pas de port aménagé pour permettre à de grands bateaux d'y accoster: les passagers descendaient, au large, dans de petits canots plus ou moins bien manœuvrés par des Arabes, qui les amenaient du paquebot jusqu'au port de Jaffa. Ceci représentait un réel danger et entraînait bien souvent des noyades. Scheid, arrivé à Jaffa, apprend par la rumeur publique que l'administrateur de Zikhron, Monsieur Benchimol, est mourant, et que seule une opération pourrait

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le sauver. Scheid, qui aimait beaucoup mon grand-père et connaissait l'attachement que lui portait le Baron, décide aussitôt de trouver dans le pays un chirurgien pour lui sauver la vie. Comme les difficultés de déplacement rendaient cela impossible, il tente d'atteindre par télégramme tous les paquebots croisant au large dans la région, et dans l'un d'entre eux, par miracle, se trouvait un chirurgien qui a consenti à tenter l'aventure! Scheid télégraphie alors à Zikhron, demandant qu'une équipe descende sur la côte au pied de la colline, à Tantoura, et fasse brûler des feux pendant deux nuits, pour que le bateau puisse les repérer. Aucun accostage n'était possible, mais des canots se tenaient prêts. Et c'est ainsi qu'un chirurgien anglais, débarqué en haute mer sur un canot, a pu accoster à Tantoura, arriver à cheval à Zikhron et sauver la vie de mon grand-père. Cette histoire invraisemblable, qui se situe en 1893, m'a confirmé la véracité des récits de ma grand-mère. Scheid raconte ensuite, avec de nombreux détails, comment mon grand-père s'est remis de sa maladie et a repris du service, tout en devant ménager sa santé. Il ne pouvait plus suffire à accomplir seul tout le travail, vu le prodigieux développement de Zikhron, et il a fallu lui trouver un adjoint. Le Baron, très attaché à Jacob Benchimol, lui écrit, le 11 janvier 1893 :
"Mon cher Benchimol, Je tiens à vous dire combien j'ai été désolé en apprenant votre maladie. Grâce à Dieu, ça n'a été qu'une alerte et Scheid m'écrit que d'ici peu de jours, vous n'aurez plus que le souvenir de cette maladie. Je suis bien heureux de ces bonnes nouvelles. le même reproche, Mais, à cette occasion, je vous ferai toujours c'est celui de ne pas soigner assez votre santé. Je vous prie instamment de ne jamais sortir quand il pleut et de ne pas vous exposer, ainsi, à l'humidité. Vous savez combien je tiens à vous, en dehors de tOllS les services que vous rendez à la colonie, aussi me ferez-vous grand plaisir en m'écrivant vous-même bientôt que vous êtes complètement remis.