Mon combat pour un visa

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A coups d'anecdotes et de récits de rêves, l'émotion est au rendez-vous de ce témoignage sans prétention, "juste pour un visa touristique". Une histoire vécue, pleine d'humour, de sensibilité, qui raconte une tranche de la vie d'un homme. Sa grève de la faim, où il apporte son lit au pied de l'ambassade roumaine à Paris, suscite étonnement et intérêt des passants, mais aussi des réactions violentes de l'ambassade. Ce "fou" lance un défi inimaginable en 1986 : se battre pour que sa famille puisse venir librement "en touriste".
Publié le : mardi 1 décembre 2009
Lecture(s) : 283
EAN13 : 9782296238800
Nombre de pages : 323
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L’œuf d’autruche : l’amour d’une mère pour son enfant, ou l’antidote contre la folie humaine en quête de progrès atomique : "En Sibérie, les autorités sanitaires militaires utilisaient les enfants pour faire des expériences contre les irradiations atomiques. L’autorité sanitaire proposait aux mères désespérées, comme remède miracle pour sauver leur enfant, d'apporter un œuf d'autruche. Je ne sais pas par quel miracle ma mère a réussi à en dénicher un en pleine Sibérie ! La réaction des médecins a été de rigoler par derrière. Ma mère a alors compris combien comptait la vie d’un petit être pour eux ! Malgré les poursuites et les menaces des services spéciaux, elle m’a retiré de l’hôpital en me "volant". Cela m'a sauvé la vie, j’étais le seul rescapé de ces ambitions grandioses.
1986-Je dédie ce livre aux habitants de la rue d’Exposition de Paris qui ont le sens de la liberté inaltérée parisienne.
Préface
Il y a des gens que l’on croise au quotidien sans imaginer que derrière leur petite histoire, ils ont parfois aussi une grande histoire. Serge Pop est de cela. Nous l’avons rencontré le plus banalement possible. Nous avions besoin d’un bon bricoleur pour des menus travaux et Serge était adroit et avait répondu à notre petite annonce. Le quotidien est fait ainsi que trop souvent on s’arrête à la fonction des gens sans tenter d’apercevoir au delà. Pourtant nous aurions du avoir la puce à l’oreille, souvent des mots s’échappaient de sa bouche sans rencontrer l’attention que visiblement ils cherchaient. Avec du recul c’est évident que cet homme portait en lui quelque chose de trop lourd pour être dissimulé. Son regard lui aussi aurait du nous alerter. Il a la profondeur et l’intensité de ceux que la vie a trop sollicités, un mélange de douceur et de révolte. Il y a chez lui une générosité naturelle, une sensibilité et une disponibilité aux autres, trop rares pour passer inaperçues, trop simples et spontanées pour être feintes. Sans compter que ses dessins au fusain et ses peintures magnifiques, principalement des chevaux révèlent aussi une autre dimension. Plus tard à la lecture de ce récit nous avons à la fois été surpris mais pas étonnés. Pas étonnés de découvrir un parcours mouvementé, mais surpris de l’engagement entier du personnage et séduit par la grandeur d’âme de l’homme. Impressionnés aussi par ces vingt jours de grève de la faim, par cette tranche d’histoire de vie, pendant laquelle toute une population dans la rue s’est spontanément mobilisée pour lui ; son courage et sa conviction étonnent, les jeunes, les vieux, les journalistes, les politiques, les passants. Ca n’est pas un hasard s’il touche les autres à ce point, certaines personnes dégagent de la bonté, de la volonté, et un désir de justice, Serge en fait partie. Un combattant de la liberté au sens noble et rigoureux, un homme courageux qui jamais ne s’accommode de l’injustice. Un itinéraire qui nous rappelle que l’espoir définitivement n’a pas la même couleur pour tout le monde selon le lieu ou l’on naît ; une discrimination géographique à laquelle il ne s’est jamais résigné.
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Plus simplement Serge est de ces êtres rares qui nous réconcilient avec la Nature humaine en ne dévoyant jamais le mot humanité. Dans un monde où la tentation du repli sur soi est de plus en plus forte, sonHistoire est une splendide leçon d’ouverture aux autres, une main tendue à la souffrance.
Florence et Nicolas Hulot
INTRODUCTION
Un jour, Serge me propose de l’accompagner pour aller voter lors des élections à l’ambassade de Roumanie. Ce sont des élections nationales. Pour les ressortissants Roumains vivant à l’étranger, elles ont lieu dans l’ambassade du pays d’accueil. J’étais curieuse de voir comment cela se passait, aussi je l’ai accompagné sans hésiter. En route, on parle de la nouvelle démocratie, de la manière de faire et de croire bien faire. Arrivés sur place, nous découvrons une foule autour de l’ambassade. Je me dis : il y a une manifestation.Finalement, je me rends compte que c’est une mobilisation importante des électeurs et qu’ils font tout simplement la queue, jusque dans la rue. Ils viennent deFrance entière, il y a des familles avec leurs enfants et des personnes de toute sorte.
Nous avançons peu à peu. Il y a environ trois heures de queue, et plus le temps passe, plus du monde arrive, et plus le temps d’attente augmente. Plusieurs personnes sortent de la salle de vote en expliquant aux autres qu’ils se sont tout simplement fait refouler, comme des bons à rien, sans avoir pu voter. Sans hésiter, Serge se met à manifester à voix haute, sans que la foule ne réagisse. Il se fait repérer par un garde qui lui conseille de faire comme tout le monde et d’attendre son tour. Serge fait comme s’il ne les entendait pas et sort de son sac le drapeau tricolore roumain : bleu, jaune, rouge, et rétorque : «Comme tout vrai patriote, je me présente au vote avec mon drapeau ». Une discussion commence. Il demande des explications sur la manière inhumaine dont sont traités les électeurs qui sont aussi bien des personnes âgées, des femmes avec les enfants dans les bras...
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Il rencontre une femme qu’il connaît, mère d’un journaliste. Son fils, d’ailleurs, ne tarde pas à nous rejoindre. Ils se joignent à Serge pour contester la manière dont se déroulent les élections.
Je finis par comprendre leur contestation : pour voter, il leur était demandé une pièce d’identité. Seulement, la pièce qui était valable aux élections précédentes ne l’était plus pour celle-ci.Et beaucoup se retrouvaient sans avoir la bonne pièce et donc sans pouvoir voter.
Ils se font bientôt inviter à aller dans le bureau de l’ambassadeur, je suis le mouvement. Le journaliste a un magnétophone caché dans son sac. Très respectueux, monsieur l’ambassadeur fait s’asseoir les invités indésirables dans de grands fauteuils. Les questions commencent : -Comment cela se fait-il que vous soyez les seules personnes à manifester parmi la multitude qui passe ! demande l’ambassadeur -Nous faisons partie de ceux qui sont sensibles à la liberté et nous n’avons pas besoin de leçon de démocratie. -ne vous connais que trop bien.Monsieur je Ccela’est pour que je ne fais pas appel aux forces de l’ordre pour vous expulser par la force.
En ce qui me concerne, ne possédant pas la langue, j’assiste aux discussions sans en comprendre tout le sens, mais je vois bien que la discussion est calme, qu’elle a l’air subtil et que les parties s’expriment courtoisement chacune leur tour. Pour montrer sa bonne volonté, l’ambassadeur, téléphone à son homologue enBelgique pour savoir comment se déroulent les élections àBruxelles, puis à Londres et Madrid, toujours en mettant le haut-parleur, afin que tous entendent la conversation. Mais les réponses restent évasives : aucun problème nulle part. Tout se passe bien.C’est la langue de bois. Puis l’ambassadeur téléphone à la section consulaire deBucarest. Une voix forte, imposante, s’affirme au téléphone :
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