Mon œil

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C’est l’histoire vraie de mon œil : le droit. Celui qui avait le droit à une chirurgie « soignée ». Comment cet œil, opéré d’une banale cataracte, est-il devenu celui qui me reste aujourd’hui ? Lorsqu’on me regarde, c’est toujours mon œil, un peu moins beau, bien sûr... Lorsque JE vous regarde, je ne vous vois plus tels que vous étiez, tels que vous êtes toujours ! Ma vue a changé. Ma vie a changé. Irrémédiablement. Voici l’histoire d’une intervention chirurgicale simple qui ne s’est pas déroulée aussi simplement que le mot simple : cataracte. Aurais-je écrit plusieurs fois le mot « simple » ? A vous de.......Voir.


Maquette de 1ère de couverture réalisée par: florianburger@yahoo.fr


Publié le : mercredi 29 juillet 2015
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EAN13 : 9782332927934
Nombre de pages : 148
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-92791-0

 

© Edilivre, 2015

Mon œil

 

 

J’ai l’envie et le besoin d’écrire ce texte afin que cette négligence médicale n’arrive plus jamais. J’ai retenu des bribes de conversations avec les différents médecins lors de mes opérations, ou pendant les examens. Étant profane dans le domaine médical, il se peut que les explications techniques soient erronées ou pas. L’ophtalmologie a progressé considérablement. Les moyens techniques sont efficients, la recherche est remarquable de la part de certains praticiens. Ne pas retenir les leçons des professeurs amène parfois au pire.

Ce chirurgien est sans aucun doute un ponte dans son domaine, mais il a oublié l’essentiel… la vigilance ! Ce manque de surveillance entraine des fautes médicales graves et sévères pour le patient. Me voilà aujourd’hui réduit à une vue quasi monoculaire. En espérant que rien ne perturbera l’œil valide qui vieillit en même temps que l’homme.

Messieurs les chirurgiens, soyez fiers de votre savoir mais, de grâce, restez sur vos gardes. Un geste inapproprié peut être fatal.

Ainsi je vous livre mon vague à l’âme tout au long de mes 6 interventions et de toutes les consultations de ce marathon médical.

Pour retracer l’événement, heure par heure, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, je détaille ce drame !

Et c’est ma vie !

Celle de ma femme, de mes enfants et de tout mon entourage.

Mon accident (très rare lors d’une intervention de cataracte) se produit le 3 juillet 2009 à 10h55. Touché en plein cœur, ce moment dramatique restera gravé à jamais.

J’entends « flop » dans mon œil, mais pas de douleur, puisque je suis endormi en locorégional : abolition transitoire de la sensibilité d’une partie du corps.

« Bordel de merde ! C’est la première fois que ça m’arrive, je n’ai jamais vu ça ! » ai-je entendu lors de l’opération qui, jusque-là, se déroulait parfaitement.

Les secondes m’ont paru un siècle. J’entends ceci :

« Tout le monde autour de moi ! Calculez-moi le nouvel implant rigide ! Appelez l’anesthésiste, les instrumentistes, on a un quart d’heure pour sauver l’œil, il saigne de partout. »

Ce sont les paroles de ce chirurgien de bonne réputation.

Grâce au sédatif administré qui vous ferait traverser les chutes du Niagara en courant sur un fil, je suis zen ou presque !

Le processus vital de mon œil est engagé.

Ma vie de jeune retraité bascule. Je ne sais pas à ce moment précis ce qui s’est passé exactement. Les paroles anxiogènes de ce chirurgien me donnent à penser que des dégâts considérables ont eu lieu avec des conséquences graves, puisque six interventions seront nécessaires pour tenter de sauver cet œil meurtri à jamais.

26 décembre 2010, à l’heure où j’écris ces premiers mots, il me reste 1/20e d’acuité visuelle. C’est-à-dire rien. En prime je louche ! C’est une diplopie acquise depuis le 6 août 2009 lors de ma deuxième opération : je vois les images en double. Cela fait aujourd’hui dix-sept mois que tout s’est arrêté. Je vis donc au ralenti. Je sais, des drames plus sévères se jouent au quotidien. Mais chacun le sien !

Je vais vous retracer le calvaire vécu, autant sur le plan physique que moral.

L’angoisse de perdre l’œil ne m’a pas quitté un instant.

Depuis la première opération, chaque matin j’ai peur d’ouvrir cet œil, de découvrir que la lumière n’y entre plus. Et s’il n’en restait qu’un ? Il faut le préserver, le protéger, le bichonner, sinon quoi ? La canne blanche ?

Pour l’heure ce n’est pas ce dénouement qui habite mon esprit.

Mon vœu le plus cher serait que ce récit soit accessible au monde entier, ou tout au moins à mon monde, et que tous les ophtalmologues testent leurs seringues en dehors du champ opératoire. A cause d’un geste peut-être oublié, je me bats aujourd’hui pour éviter la prothèse : un œil de verre…

Ces hommes, ces femmes, en prononçant le serment d’Hypoccrate, jurent de servir la médecine. Ils étudient pendant près de quinze ans. Ils sont formés pour sauver des vies, et non tuer… même un œil ! De cela, je ne doute pas, mais le dernier à tenir la seringue doit la vérifier, la tester, il en est le responsable. Et seul, il reste. Seul !

Le protocole a-t-il été suivi ? Je pose la question. Mais le résultat est là : c’est moi qui me retrouve « chocolat » pour ne pas dire dans la merde ! Le médecin qui m’a opéré réalise 700 interventions de cataracte par an, sans compter les consultations, les soins en urgence et autres actes chirurgicaux. Mais comment fait-il pour ne pas faire d’erreur ?

Eh bien… il en a fait une au moins : Moi.

 

 

Juin 2009, clinique d’ophtalmologie en Lorraine, je consulte le Dr B.

Les examens confirment une cataracte. Rendez-vous est pris pour le 3 juillet 2009 à 10 heures. Nous avons une discussion sur le manque évident de médecins dans cette spécialité. Cet homme grand, taillé dans du roc, doté d’une voix grave me semble compétent. La semaine qui précède l’intervention, l’angoisse monte dans mes entrailles. Jour « J » : comme d’habitude, mon épouse et moi sommes à l’heure, voire en avance. Je remplis les formalités administratives pour mon hospitalisation ambulatoire, comme ils disent…

Il est 9h30 lorsque je sonne à la porte d’entrée du bloc opératoire.

Une infirmière me reçoit, et me conduit vers le box n°14 :

« Déshaillez-vous. Enlevez vos bijoux. Gardez le slip. Retirez les dentiers si vous en avez » me dit-elle avec une délicate fermeté.

« Enfilez la blouse, les chaussettes en plastique et un bonnet dit « charlotte ».

Je souris, j’étais coiffeur.

Allongé sur un brancard la tension monte. Une frousse véritable ! Une infirmière m’inflige une voie intraveineuse au cas où cela se passerait mal. L’aiguille bute sur un os du poignet, se plie. Douloureux. Ça commence bien ! Ce n’était pas le jour des aiguilles, je l’ignorais à ce moment-là. Plus aguerrie, une autre infirmière réussit à trouver une veine sur le dos de ma main.

Piloté vers la salle de « préparation », je rejoins une dizaine de patients alignés comme du bétail. J’exagère peut-être, c’est ce que j’ai ressenti. Calme en apparence, un volcan d’appréhension me tenaille.

La pendule murale indique 10h25.

« Vous êtes tendu, Monsieur », je vais vous donner un décontractant.

Des infirmières courent dans tous les sens. L’une d’elles contrôle la dilatation de mon œil droit : « je vais remettre des gouttes, l’œil n’est pas assez dilaté ». Votre tour viendra plus tard. Un autre patient prend ma place.

10h40, c’est à moi. J’entre dans le bloc, la tête sanglée, enfermé sous un drap vert comme une momie sous ses bandelettes. J’ai peur !

Le chirurgien me parle :

– Bonjour monsieur Mercier, c’est bien l’œil droit que je dois opérer ?

– Oui Docteur, c’est bien le côté droit !

– Je commence, j’incise dit-il.

Agréable surprise, les produits me rendent « euphorique », c’est énorme, je n’ai aucune douleur. Je me détends.

Monsieur Mercier, j’ai terminé, je vais rincer m’annonce le praticien.

A 10h55 ma vie bascule, le drame m’arrive en pleine gueule !

La canule d’hydrodissection se désadapte, l’aiguille entre dans mon œil comme une flèche, perfore la capsule et crée un impact rétinien avec début d’hémorragie.

Je saigne de partout, paraît-il. L’implant s’est luxé dans le vitré, il est au pôle postérieur, l’aiguille fait son chemin dans le liquide et déchire la rétine en plusieurs endroits. Toujours pas de douleur. On me « chloroforme » totalement et c’est parti pour deux heures d’opération afin d’éviter la perte de l’œil.

Les emmerdes commencent !

L’urgence est de prendre les bonnes décisions.

« Je n’ai qu’un quart d’heure pour sauver l’œil ! » dixit le médecin.

Au réveil, j’ai la nette impression que le temps s’est arrêté. Box 14, je suis perdu. Mon épouse arrive, inquiète, il est 14h30… elle attend depuis 9h30.

Je dis en souriant : « j’ai failli perdre l’œil, ça c’est mal passé ! »

Elle pensait que je déconnais, mais l’infirmière présente à mes côtés, confirme que c’est un incident exceptionnel, un événement très rare en ophtalmologie.

Le Dr B arrive dans le box, s’adosse au mur les bras croisés dans le dos : « voilà, il y a eu un problème, mais j’ai réparé ! » OK. S’il a réparé, c’est tout bon ! Je suis rassuré. Dans mon malheur j’ai de la chance. Ce chirurgien est un spécialiste de la rétine. Avec un autre, je repartais une orbite vide. (cavité osseuse de la face contenant le globe oculaire)

Samedi 4 juillet 7h45 : retour au cabinet. La nuit fut agitée, je suis chancelant.

Le chirurgien me dit : « Opération cauchemar­desque. »

Je hurle en silence. Et pour moi donc !

Il retire le pansement oculaire « je m’attendais à pire, ce n’est pas mal ».

Enfin quelques explications techniques mais pour nous c’est la confusion.

Il nous faudra 4 à 5 jours pour réaliser la gravité de l’accident.

Suivent les nausées, les douleurs qui, pendant huit jours, me feront perdre quelques kilos superflus d’ailleurs.

Le lendemain vers 16 heures, mon fils aîné déboule dans la cuisine. Il est pressé de me voir, d’évaluer les dires de sa maman. Connaissant sa sensibilité, je suis resté calme, serein. Il faut le rassurer. Malgré ma tête de boxeur, complètement sonné, j’ai retiré ma protection oculaire pour lui montrer de quoi j’avais l’air.

J’ai découvert le « positionnement ». Un calvaire de six heures par jour pendant un mois après chaque intervention. Assis sur une chaise, mes avant-bras sur la table, la tête posée dessus, je fractionne les séances : cinquante minutes ainsi, les dix autres pour marcher un peu et me détendre.

La nuit aussi il y avait des règles à suivre : la tête doit reposer sur mon bras droit, en décubitus latéral. Galère nocturne, impossible de dormir sereinement. Je passe sur les troubles musculaires et articulaires.

Le positionnement sert à ce que la bulle de gaz thérapeutique introduite dans l’œil fasse pression sur la rétine. Bien, s’il faut le faire, je le fais. J’ai de la volonté, je tiens à la santé de mon œil. Puisque le Dr B a « réparé » je m’y astreins. Six heures par jour. Ah ! je l’ai eu le temps de cogiter cette affaire !

Que dire des gouttes ophtalmiques ? De cet œil inondé en permanence, tant il fallait en instiller. « C’était un délit de sale gueule ! » Heureusement, mon infirmière préférée (mon épouse) a eu le cran de me soigner. Comment a-t-elle fait pour l’ouvrir, cet organe meurtri, au-dehors comme au-dedans, écarter les paupières collées, et le bichonner avec soin.

Une des premières fois, où je me suis longuement regardé dans un miroir, j’ai vu un œil à demi fermé, la paupière flasque et basse, le globe amoindri. Il était laid. J’ai fermé l’autre œil : presque plus de lumière. J’ai eu un mauvais présage : qu’il n’y avait plus rien à en tirer. Depuis ce jour, j’ai une vue dite « monoculaire ».

Ce lourd handicap sera le mien.

Les différentes visites chez les docteurs B… T… de la clinique, ont fait que le mois de juillet a filé très vite. Mon ophtalmologue référant le Dr S est également en charge du suivi post-opératoire. Le tour de France cycliste cette année ne m’intéresse vraiment pas. Les feuilletons du genre Derrik, Nestor Burma, Maigret, Rex le chien policier, et bien d’autres, m’ont aidé à passer le temps.

A ce jour, je dois les avoir tous vus ! D’un œil…

Le 18 juillet, j’ai rendez-vous à la clinique avec le Dr T. Après contrôle, il me confirme que c’est en voie de guérison. « Vivez normalement, rien ne vous l’interdit. » Je m’octroie donc quelques promenades coiffé d’un chapeau et de lunettes de soleil. Même une faible luminosité m’est insupportable.

J’effectue également de petits travaux de jardinage, de préférence le matin pour éviter la trop forte chaleur. Je consulte le Dr S. Lui, pessimiste incarné, me somme de ne rien faire du tout : « Il n’y a rien de pire que le jardinage, la tête penchée la pression serait néfaste pour la rétine, trop dangereux actuellement ! »

Alors qui croire ? Les avis divergents des médecins me contrarient.

Rassuré ? Je ne le suis absolument pas ! Non !

Cinq janvier 2011. Pour me préserver de ce fléau qu’est la « dépression », j’écris les premiers mots de mon calvaire la rage en moi. La colère guide ma main. J’éprouve le besoin de griffonner mon ressenti sur des pages blanches. Introverti de nature je n’arrive pas à parler, à évacuer la rancœur qui me possède. Cet état affectif violent, résultat d’un sentiment d’agression, traduit une colère indescriptible. La haine m’habite ! Les larmes ne viennent pas, le chagrin et le désespoir font que les pages se noircissent naturellement.

En une fraction de seconde, ma vie à basculé ! J’ai 61 ans, jeune retraité, en pleine forme, sportif depuis toujours, je redécouvre le bricolage, le jardinage (hobby de ma femme). Me consacrer à mes plaisirs : danses de salon, musculation, gymnastique douce, ainsi qu’à ma nouvelle passion le billard français. J’apprécie ce temps libre obligé pour moi. Récompense après 43 années à coiffer la gent féminine, toujours debout, toujours passionné.

Pendant six mois, interdiction formelle de conduire. Mon épouse, peu à l’aise au volant, s’est transformée en pilote de course, je l’appelle Sébastien Loeb.

Dans cette histoire, il a fallu vendre notre nouvelle voiture, achetée le 3 avril 2009.

Trop imposante elle avait des difficultés pour manœuvrer. Une voiture de dimension réduite fera l’affaire. Cet échange, peut-être un peu précipité, est fait cinq mois après l’achat.

Le 4 aout vers 16 heures, je me rends au club de billard que je fréquente depuis ma retraite. Soudain je suis perturbé, le champ visuel est troublé, la vue est bizarre.

Toutes les couleurs m’inondent. Cela fait drôle. Le chemin du retour me semble très long, l’inquiétude me gagne. J’ai peur !

Nous sommes invités en soirée chez une nièce pour visiter l’appartement de son fils. Au volant, je me rends compte que le noir grignote. L’ampoule interne s’éteint comme le rideau qui se baisse dans les théâtres. Je ferme l’œil gauche, le droit, rendrait-il l’âme ? Une sensation que je ne souhaite à personne. Ma femme doit conduire au retour.

Dès le lendemain je fonce à la clinique, endroit de toutes mes misères.

L’urgence est urgente ! Fond d’œil, dilatation de la pupille, le verdict tombe.

En m’accompagnant au secrétariat le Dr B m’annonce : « On y retourne, c’est la dernière chance ! » Il est désolé : « perdre un œil pour une cataracte… »

Je suis sans réaction. Je suis très mal, mon épouse effondrée souffre avec moi.

Appuyé contre le mur avec sa voix de baryton, il nous dit encore : « La rétine se décolle à la vitesse d’un TGV, il faut faire vite ! »

Cette posture me rappelle une image déjà vue : ce fameux jour, celui de l’échec, de la faute à pas de chance, d’un accident de routine, d’un manque de vigilance…

« Obligations de moyens, et non de résultats » diront les assureurs.

Plus tard, je vous expliquerai l’attitude de ceux-ci face à mon cas. Interminable journée du 5 août. Cette longue attente avant la deuxième intervention éprouve mes nerfs. Il fait beau dehors. Allongé sur mon canapé rouge, les images télévisuelles égrainent le chrono temporel.

Matin du 6 août, après une nuit « sans fermer l’œil », réveil à six heures, la poitrine serrée, je dois rester à jeun. Une douche m’aide à sortir de ma torpeur. Comme un automate je me rase, j’enfile mes vêtements. Je me retrouve assis dans la voiture en direction de l’hôpital, comme dans un rêve angoissant.

Papiers administratifs remplis, prise de sang effectuée, pas très fier je sonne. Les lieux me sont familiers. Je rentre dans le bloc opératoire de cette clinique à 9h30. Une infirmière me reçoit. Un signe de ma femme pour m’encourager, la porte se referme derrière moi. Je suis pétrifié, une frayeur sans nom me glace.

De toute façon, le choix je ne l’ai plus ! Box n°18.

C’est reparti. Je dois à nouveau me mettre à poil. Je garde seulement mon slip, je m’habille d’une veste bleue, me coiffe d’un bonnet de même couleur, enfile des chaussettes, et toujours un bracelet identifiant.

L’infirmière ajoute de la musique pour calmer l’angoisse qui monte. La veille j’ai pris froid, la gorge me fait mal. Je signale cet état fiévreux, cela pourrait gêner l’intervention. Préparation du futur opéré : voie veineuse, gouttes ophtalmiques à gogo pour dilater l’œil. Je suis surveillé de très près par les infirmières ! De 10h à 12h30, l’attente est interminable. Allongé sur un lit de galère, très inconfortable pour les lombaires, je patiente.

Vers midi, le praticien en tenue de chirurgien entre et me dit : dans vingt minutes c’est à vous. Un petit bizou de mon épouse venue m’encourager. Attaché, sanglé, direction la salle d’opération. Tu voudrais t’enfuir ? Pas moyen. La voie veineuse est branchée, les électrodes cardio-vasculaires se collent aux poils de mon torse, le tensiomètre brassard s’active, l’oxygène m’aide à respirer. J’ai chaud là-dessous… Désirant contrôler la situation, je ne veux pas m’endormir, je lutte pour rester lucide ! Mon corps s’échappe, le temps de… et hop, je suis lourd… très lourd.

Je n’existe plus, ma vie glisse entre leurs mains.

Des voix m’appellent : « M. Mercier, M. Mercier, M. MERCIER, réveillez-vous, l’opération est terminée ! » Ressuscité, je soulève ma tête plusieurs fois. Je cherche la pendule, il est 14h30. Combien de temps a duré l’intervention ?

Je suis dans le box de surveillance post-opératoire. Le personnel infirmier mesure régulièrement ma tension. Quelques instants plus tard, l’image brouillée de ma femme m’apparaît. Subitement je me sens mieux.

J’ai soif, très...

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