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Mopaya

De
130 pages
Un homme retrouve, dans les éclats de sa mémoire, le Congo de son enfance, l'Angola en pleine guerre et la Suisse sous la neige. Récit d'une odyssée. Pour se réapproprier sa vie, il choisit de livrer son histoire, et de laisser quelqu'un d'autre en retrouver la clé. Récit d'une quête. "C'est étonnant de lire ma propre histoire dans des mots qui ne sont plus les miens. Cela me permet un recul inhabituel. (...) Je découvre au travers des pages de la poésie, là où je ne trouvais en moi que des plaintes. Tout semble transposé et pourtant cela reste juste". Mopaya est né de la parole de Gabriel Nganga Nseka et de la plume de Douna Loup.
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MOPAYA

Ecrire l’Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

Dernières parutions
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Douna Loup Gabriel Nganga Nseka

MOPAYA
Récit d’une traversée du Congo à la Suisse

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11829-4 EAN : 9782296118294

Remerciements À mon père qui, malgré son absence, est toujours resté présent. C’est ma manière de l’honorer, avant de poser un jour, là où il repose, une pierre tombale. Je remercie les familles Geiser et Flückiger, de La Neuveville, pour leur accueil et leur accompagnement lors de mes premiers pas en Suisse. Je remercie M. Mercier Sébastien qui, par ses encouragements à un certain moment de ma vie, a pu me redonner confiance et espoir. Je remercie M. Dos Martires, qui est pour moi comme un père, un coach. Il y a certaines personnes, dans le silence, qui me font encore du bien et à qui je pense fortement. Je remercie mon épouse qui m’aide à retrouver une stabilité favorisant une certaine créativité. Enfin, je remercie Douna qui a accepté d’être une plume, une porte-parole, une traductrice, une interprète dans la réalisation de ce projet. Gabriel Nganga Nseka

À mes filles, Miomey et Soaniry.

Il n'est jamais plus tard que minuit
Proverbe birman

Tu n’as pas eu le temps de comprendre. À peine le temps de faire tes adieux, pas le temps d’expliquer ce départ. Tu es un peu triste de laisser derrière toi, ton pays, ta famille, ton emploi, tes amis, tes élèves. Mais tu ne penses plus qu’à une chose. Te mettre à l’abri. Dans une valise tu as pris ta radio, quelques habits, un réveil, dans l’autre tu as des cosmétiques à revendre sur place. Il faut faire fructifier tes économies de route. On t’a dit qu’il faut du liquide pour avoir un visa et du liquide encore pour passer les frontières. L’Angola. Tu as un visa pour l’Angola dans un premier temps, parce que l’Europe directement ce n’est pas possible et que l’on dit que c’est plus facile depuis l’Angola. Que sais-tu de l’Angola ? C’est un pays en guerre, tu ne parles pas le portugais, mais tu ne vas faire qu’y passer, le plus vite possible pour rejoindre les terres espérées, l’absence de risque, la sûreté. Enfin.
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Car ici tu sens que les heures pressent. Ce soir, dans l’aéroport tu ne te retournes pas, tu vas avec sang-froid tout droit vers l’inconnu. Tu as 22 ans. Luanda. Nuit, ciel pailleté d’étoiles et autres feux. L’avion atterrit. Tu pénètres dans l’aéroport. Il sent l’urine, il est sombre, il est sale, il grouille de militaires, il y en a plus que de personnes en civil. Tu remplis ta carte de débarquement en tremblant, tu donnes l’adresse de la famille que tu dois rejoindre, tu pries pour que les militaires ne t’adressent pas la parole, tu viens de voir un jeune homme se faire arrêter par des militaires, tu ignores quel sera son sort. Tout se passe bien pour toi, tu atteins la sortie sans anicroche, simplement un dégoût qui monte dans ta poitrine et te donne la nausée. Après un trajet en taxi, tu arrives enfin dans le quartier populaire où tu seras hébergé. La famille t’accueille et tu vas te coucher dans la chambre du fils aîné. Luanda. La guerre résonne aux fenêtres tous les matins. Comme une insulte. Elle emplit les petites ruelles sombres du Bairo Rocha Pinto. Elle glisse le long des côtes abruptes. Elle plisse les yeux des hommes. Déchire les vêtements des enfants. Fatigue la démarche des femmes. Il y a des patrouilles de police tous les jours. Elles tournent de quartier en quartier dans leurs voitures bleu ciel, les enfants les appellent « azulinos ». C’est le signal. Dans le Bairo Rocha Pinto, les policiers coupent le moteur dans les
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ruelles en pente pour glisser en silence et surprendre les jeunes restés dehors. C’est le recrutement forcé. Les enfants crient « azulino », tout le monde est averti et les jeunes tentent de se cacher. Toi tu dois disparaître. Un Zaïrois qui ne parle pas le portugais, c’est un ennemi des Angolais. Un Zaïrois qui ne parle pas le portugais c’est un membre de l’UNITA, l’opposition armée soutenue par le Zaïre. Un Zaïrois qui ne parle pas le portugais c’est un bon prisonnier politique, ou s’il est jeune, un futur recruté de force qui servira de bouclier humain. Un Zaïrois qui ne parle pas le portugais ne doit pas se pencher aux fenêtres quand passent les « azulinos ». Un Zaïrois qui ne parle pas le portugais doit disparaître. Tu ne savais pas que la guerre, ici, c’était ça. Que la guerre, ici, c’était devenu la vie. Que la guerre ça rongeait tout.

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