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On ne naît pas chômeur, on le devient

De
40 pages

À contrecœur, mais à bout d'énergie, je m’inscris à Pôle emploi.

Je résiste, et si je recherchais un boulot tout de suite ? Sans passer par ce dédale de formalités, ce flicage mensuel. Rester digne ; sans emploi, mais digne.

« Mais mon corps, lui, semble ne pas se soucier de dignité ; il a souffert, il veut souffler, il doit souffler. Il est à bout.

Comment devient-on « chômeur » ? Comment notre entourage nous perçoit-il ? Comment fonctionne Pôle emploi ? Autant d'aspects abordés dans ce témoignage qui interroge ce système dans son ensemble, ainsi que le travail de manière plus générale.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-99880-4

 

© Edilivre, 2015

Dédicace

 

 

 

 

A tous ceux qui se sentent seuls, malmenés, trébuchants et pourtant pleins d’espoir, sur le chemin d’un nouvel emploi.

Citation

 

 

 

 

« Plus mes peuples travailleront, moins il y aura de vices ».

Napoléon Bonaparte

 

 

 

 

Je suis inscrite à Pôle Emploi depuis deux mois environ quand me vient l’idée de témoigner de mon nouveau statut. Sorte de carnet de bord, de journal.

« Chômeuse, sans emploi, à la recherche », c’est ainsi qu’on désigne ce pan de la population.

Auparavant, un an durant – et endurant ! – j’ai travaillé dans une institution privée (d’humanité), une « association ». C’est ainsi qu’elle se définit, de sorte que cela donne l’impression d’un lieu de collaboration, d’échanges, de convivialité.

Un centre de formation, une entreprise comme il y en a tant en France : située en banlieue parisienne, 35 heures par semaine, 9 h-17 h.

En intégrant cette structure, je fais d’abord le constat surprenant et réconfortant que la majorité des collègues sont sympathiques et bienveillants et qu’ils ne sont pas regroupés en clans. Une première en douze ans d’activité, je m’enthousiasme ! Aurais-je atterri dans l’entreprise idéale ?!

La directrice, une femme à l’air doux, mais distante, n’échange de paroles avec ses salariés qu’au détour d’une pause cigarette, sur le pas de la porte d’entrée. Une manière discrète et sympathique de surveiller les abus, les moindres écarts de la petite aiguille de sa main d’œuvre, de son « investissement ».

Son air léger et souriant ne trompe pourtant pas très longtemps : bien que son bureau soit un peu à l’écart au rez-de-chaussée, elle observe les allées et venues de ses salariés, disposant au besoin de relais bien intégrés – secrétaire, comptable ou formatrice en odeur de sainteté.

Pour preuve l’une de mes collègues en période d’essai depuis une semaine. Elle était sortie fumer sur le perron, au rez-de-chaussée puis était remontée en passant de l’autre côté. Une demi-heure plus tard, elle recevait un courriel cinglant de la directrice (d’école ?!) lui rappelant qu’il était interdit de quitter son lieu de travail. Elle ne l’avait pas vue remonter et en avait déduit qu’elle était partie.

Je me suis demandée – et me demande encore – pourquoi la confiance n’est pas l’état d’esprit qui prévaut par défaut dans l’entreprise entre un « supérieur » hiérarchique et ses collaborateurs. Pourquoi est-ce la suspicion et le contrôle qui régissent, le plus souvent, ces rapports ?

Il me semble pourtant que, dans cette entreprise, nous sommes, pour la grande majorité, efficaces et motivés. En un mot, compétents. Alors qu’importe si l’on part trois minutes en avance de temps en temps. Cela représente-t-il un manque à gagner si important… pour un centre de formation ?

Quelques mois plus tard, en allant déjeuner dans la cuisine, inopinément, je fais le constat que non, décidément, cette “entreprise” ne fait pas exception : ici aussi les ragots sur les collègues vont bon train. Dans la pièce minuscule, une grande majorité de femmes de tous âges livrent, en riant, des anecdotes plus acerbes les unes que les autres sur unetelle, bouc émissaire désignée du moment. Elles s’acharnent à l’imiter avec moult mimiques et grimaces. Je ne descendrai plus y manger.

Du harcèlement, il y en a aussi. Mais il cache bien son jeu, il n’en a pas l’air, il est doux, diffus. Insaisissable.

Harcèlement pédagogique d’abord. Un collègue qui intervient en français refuse de rester dans le cadre étroit des scripts, des thèmes. Lui, a une vision plus ambitieuse, plus vaste des compétences à acquérir, qui ne se limite pas au vocabulaire professionnel. Il veut faire découvrir à ses apprenants l’art, les arts. Élargir leurs horizons, non seulement linguistique, mais également culturel, humain. Une fois, deux fois, trois fois, il est convoqué pour se faire “recadrer” assez durement. Mais il persévère : il a des convictions profondes, des principes aussi, et un caractère pour le moins obstiné. Peu à peu on ressent une certaine mise à l’écart, officieuse, mais palpable. Les collègues sont moins nombreux à lui adresser la parole, ou alors cette parole est fuyante...