Palestro Lakhdaria

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Palestro, aujourd'hui Lakhdaria, d'abord un village colonial puis une ville qui ne cesse de se développer, est un microcosme de l'Algérie d'hier et d'aujourd'hui. Encore jeune, l'auteur constatait des contradictions dans son milieu social truffé de légendes et de croyances mystiques et où cohabitaient les ethnies arabophones et amazighs, auxquelles s'ajoutaient les pieds-noirs et les Européens. L'auteur tisse une toile sur la trame des souvenirs marquants de son enfance pour mettre en relief et discerner le mythe et la réalité de l'Algérie coloniale.
Publié le : mercredi 1 juin 2011
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EAN13 : 9782296466913
Nombre de pages : 302
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PALESTRO
Lakhdaria
Réflexions sur des souvenirs d’enfance
pendant la guerre d’Algérie



Graveurs de mémoire

Robert PINAUD, Dans la gueule du loup, 2011.
Lina BATAMI, Algérie, mon enfance v(i)olée, 2011.
Jean-Paul FOSSET, Histoire d’amour, histoire de guerres
ordinaires. 1939 - 1945… Évian 1962, 2011.
Oruno. D. LARA, La magie du politique. Mes années de
proscrit, 2011.
Jean Michel HALLEZ, 40 boulevard Haussmann, 2011.
Yvon CHATELIN, Recherche scientifique en terre africaine,
2011.
Pierre REGENET, Ma dernière pomme. De PRETY à Bissey,
Chroniques en culotte courte, 2011.
Jean-Paul KORZEC, Dans l’ombre du père, 2011.
Rachel SAMUEL, On m’appelait Jeannine, 2011.
Michel LAPRAS, Culottes courtes et bottes de cheval,
« C’était comment la guerre ? », 2011.
Béatrice COURRAUD, Non je n’est rien oublié… Mes années
60, 2011.
Christine BELSOEUR, Une vie ouvrière. Un demi-siècle de
parcours militant, 2011.
Jean-René LALANNE, Le canard à bascule, 2011.
Louis NISSE, L’homme qui arrêtait les trains, 2011.
Danièle CHINES, Leur guerre préférée, 2011
Jacques FRANCK, Achille, de Mantes à Sobibor, 2011.
Pierre DELESTRADE, La belle névrose, 2011.
Adbdenour Si Hadj MOHAND, Mémoires d'un enfant de la
guerre. Kabylie (Algérie) : 1956 – 1962, 2011.
Émile MIHIÈRE, Tous les chemins ne mènent pas à Rome,
2011.
Jean-Claude SUSSFELD, De clap en clap, une vie de cinéma
(Récit), 2010.
Claude CROCQ, Une jeunesse en Haute-Bretagne, 1932-1947,
2011.
Pierre MAILLOT, Des nouvelles du cimetière de Saint-
Eugène, 2010.
Georges LE BRETON, Paroles de dialysé, 2010.


Dmoh Bacha


PALESTRO
Lakhdaria
Réflexions sur des souvenirs d’enfance
pendant la guerre d’Algérie













































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55449-8
EAN : 9782296554498





A la mémoire de ma mère Hamama
1920-1954
Fille de Brahim Mouhouche et de Mina Bouzid






Ma gratitude à Zahia pour son soutien indéfectible







Remerciements à :
Ali N’Ali Bacha
Haj Ali Bacha
Zohra Bacha
Brahim Bettahar
Saïd Bettahar
Messaoud Boudjelti
Ali Mouhouche
Ali Saada
Omar N’Essaid Sayoud








INTRODUCTION

J’ai toujours voulu écrire sur un sujet qui me passionnait.
Diverses idées foisonnaient en moi dans l’attente d’un événe-
ment déclencheur pour orienter le flot vers un thème précis.
Ainsi, le déclic cérébral se produisit avec le mot « bigarré ».
Un jour, durant l’été 2009, alors que j’étais en vacances à
St Augustine, Floride, flânant sur le belvédère du fameux Cas-
tillo de San Marcos, le plus ancien fort construit aux USA, je
contemplais la splendeur du lever du soleil tout en savourant la
fraîcheur des embruns de l’Atlantique. Je fus tiré de ce mo-
ment de sérénité par l’arrivée d’une foule bruyante de touristes
impatients d’entamer leur visite organisée. Voilà une foule
bigarrée ! me dis-je. En évoquant ce mot, mes pensées me
renvoyèrent dans le passé, au temps où j’étais au collège dans
la classe de français de Manta à Palestro en Algérie, dans les
années 60.
Ce professeur de collège avait pour habitude de sélection-
ner les rédactions exceptionnellement bien écrites par les
élèves, et nous les lisait en classe pour inspiration. Un jour, il
nous fit part d’une rédaction rédigée par un élève inconnu à
notre établissement scolaire. Cet élève fréquentait une des
écoles spécialement conçues dans le cadre des camps de re-
groupement. Ces écoles étaient hétéroclites, leur gestion et
leurs programmes étaient indépendants du système scolaire en
place. Les classes étaient administrées par des instructeurs du
contingent militaire français. Elles comprenaient des élèves de
tout âge et de tout niveau.
La qualité littéraire de la rédaction en question devait être
sans doute de haut niveau, autrement Manta n’en aurait jamais
fait éloge dans sa classe de français. L’utilisation de mots nou-
veaux à notre répertoire lexical et particulièrement l’adjectif

11
« bigarré » fut remarquable. L’excitation démesurée de Manta,
la béatitude de mes camarades de classe et la prouesse en
écriture d’un élève fréquentant une école d’un camp de re-
groupement marquèrent d’une façon indélébile le mot « bigar-
ré » dans ma mémoire. Plongé dans ces vieux souvenirs, son-
geant à ces camps de regroupement, je réalisais alors que
l’impact des déplacements forcés des populations durant la
guerre d’Algérie fut d’une magnitude jamais évaluée à sa juste
mesure.
Je me mis à écrire sur les camps de regroupement, cepen-
dant, je me rendis vite compte que mon récit se situait dans un
temps, un environnent et un milieu social exceptionnels. Mon
enfance s’était passée au sein d’une société complexe et riche
en événements historiques. J’avais grandi parmi une popula-
tion fascinante de par ses diverses croyances mystiques et sa
diversité ethnique. Ces caractéristiques faisaient sortir Pales-
tro, mon village d’enfance, de l’ordinaire. Je décidai ainsi
d’élargir mon thème d’écriture au-delà des camps de regrou-
pement pour décrire les aspects marquants observés par
l’enfant que j’étais.
Encore jeune, je constatai beaucoup de contradictions dans
mon milieu social. Je me posai des questions qui restaient sans
réponses. J’étais témoin de beaucoup d’intrigues et je voulais
comprendre les raisons de leur présence et l’utilité de leur
usage. Dans leurs mièvres tentatives d’explication sur ce sujet
difficile, les adultes avançaient des arguments pêle-mêle où
s’entremêlaient l’occulte, la réalité et le sacré. Leur approche
noyait le raisonnement logique que recherche un enfant.
Afin d’éclaircir ces situations énigmatiques, des années
plus tard, je décidai de les explorer et essayer de leur donner
un sens à travers une recherche documentaire. Pour ce, je dé-
cris dans cet ouvrage les gens de mon entourage, leur vie, les
repères de leur histoire commune, leurs croyances et leurs
perceptions du passé et du présent. Je présente aussi les récits

12
qu’ils avaient appris de leurs aînés et qu’ils m’avaient fait
connaître.
Le village colonial de Palestro présentait de multiples fa-
cettes. Il se trouvait sur un territoire qui rassemblait les ethnies
1arabophones et amazighes , auxquelles s’ajoutaient les pieds-
noirs et les Européens. La région est aussi riche en événements
historiques. Vers 1815, les Beni-Khalfoun barrèrent la route à
2Omar Lagha, chef de la milice ottomane, puis dey d’Alger,
coupant ainsi aux forces ottomanes la communication entre
Alger et Constantine. Pour acheminer facilement des renforts,
le dey Omar Lagha fit construire plus tard le pont de Beni-
Hini, nom repris par les Français pour indiquer la région de
Palestro. Dans cette même localité, se trouvent aussi les traces
du passage de l’émir Abdelkader et ses démêlés avec les Kou-
3rouglis .
Plus tard, il y a eu l’insurrection de 1871 marquée par la
mise à sac du village colonial de Palestro.
La région fut le lieu de passage des soldats Americains
durant la Deuxième Guerre mondiale et le refuge du général de
Gaulle à Beni-Khalfoun pendant la même période.
Sur ce même territoire, les bastions de Zbarbar et les
gorges du massif d’Ammal furent des zones redoutées par les
forces françaises durant la guerre d’Algérie. Le territoire fut
aussi la zone d’action du commando Ali Khoja qui sévissait
dans les montagnes de Bouzegza, Zbarbar, Begas et Ammal.
C’était aussi le lieu où vivaient, en parallèle, plusieurs com-
munautés qui parlaient différentes langues, pratiquaient diffé-
rentes croyances et avaient différents statuts juridiques. Ces
communautés humaient la même brise automnale de l’Atlas
tellien et pendant l’été, elles redoutaient le même sirocco saha-
rien. Ces communautés se côtoyaient mais ne vivaient pas

1 Premier peuplement d’Algérie selon l’histoire documentée
2 Gouverneur sous l’Empire ottoman
3 Population issue de l’union de janissaires et des femmes algériennes

13
ensemble. Il y avait une classe dominante et une classe domi-
née. Les dominés, natifs du pays depuis des siècles sinon des
millénaires, étaient taxés d’indigènes et traités d’indigents. Les
dominants, fraîchement débarqués d’Europe, se faisaient appe-
lés pieds-noirs ou français et se proclamaient missionnaires du
progrès et de la civilisation.
Ce livre est divisé en onze chapitres.
Le chapitre I traite de la région de mes aïeux, de son his-
toire, de l’implantation du village colonial de Palestro. Il décrit
brièvement les tribus locales et leurs caractéristiques. Il sou-
ligne le passage de l’émir Abdelkader et ses démêlés avec
quelques tribus locales. Il explique les origines et le parcours
socio-militaire des Kourouglis implantés dans la région.
Le chapitre II raconte les péripéties de la bataille de Pales-
tro durant l’insurrection de 1871. Il brosse un aperçu des
causes qui ont mené à la révolte. Il décrit les acteurs impliqués
dans le soulèvement populaire, les causes de l’insurrection et
l’attaque du village colonial de Palestro et la répression déme-
surée infligée à la population locale par les forces coloniales.
Le chapitre III retrace le parcours de ma famille, ses ori-
gines, son exil de Guergour vers 1848 et sa participation à la
fondation du village d’Ait-Oulaali. Il dépeint ce dernier, son
isolement et sa soudaine ouverture au monde extérieur.
Le chapitre IV décrit la propriété, Thaghoza, achetée par
mon grand-père et où il fit installer sa famille. Il explique
l’origine du nom Bacha adopté par mon arrière-arrière-grand-
père. Un parallèle entre le mode de vie traditionnel et celui des
colons illustre l’attachement des Algériens à leurs coutumes
ancestrales. Plusieurs références à « Lalla », ma grand-tante,
sont faites pour souligner son extraordinaire personnalité. Ce
chapitre évoque aussi la découverte de la beauté naturelle de
ma région. Il rapporte aussi des faits reliés à la guerre qui bou-
leverseront la vie paysanne tranquille ainsi que les comporte-
ments des réfugiés de la guerre. Il fait part de témoignages

14
4relatifs aux ratissages dans les djebels , de l’embuscade des
5maquisards à Jerrah et de l’évacuation forcée des douars .
Le chapitre V décrit la vie à Palestro pendant la guerre
d’indépendance, il retrace le comportement, l’organisation et
les actions des forces coloniales. Il décrit l’aspect social de la
ville et les relations intercommunautaires entre berbérophones,
6arabophones et francophones. Il donne un aperçu sur l’OAS et
ses attaques contre la population civile. Il nous fait connaître
l’enseignement et l’encadrement de l’école municipale fran-
çaise ainsi que l’école coranique. Des scènes, illustrant
l’intervention de militaires à l’école municipale ainsi que le
comportement de maîtres d’école en classe et en dehors des
classes, sont relatées. Dans ce chapitre sont décrites les struc-
tures administratives et commerciales de Palestro devenu ville.
Le langage populaire algérien, unique dans son temps et son
genre, largement truffé de mots français algérianisés, est illus-
tré par un dialogue entre deux personnages fictifs. Ces person-
nages sont des représentants typiques de la population algé-
rienne de Palestro. Il nous dévoile leurs états d’esprit, leurs
appréhensions et leurs espérances à travers un dialogue expri-
mé en langage algérien des années 50. Des scènes parfois
amusantes, se déroulant pendant le mois de ramadan, sont
reproduites telles qu’elles furent observées.
Le chapitre VI décrit le concept global, l’organisation et la
gestion des camps de regroupement et l’impact social dévasta-
teur de ce programme. Il décrit les faits sur les procédures
appliquées par les militaires français durant les évacuations
forcées de la population. Ce chapitre relate des témoignages
vécus et rapportés par les proches de ma grand-mère mater-
nelle au camp de regroupement du Krichiche. Il décrit les faits
observés au camp de regroupement de Znina. La population du
camp de Znina relevait de la commune d’Ammal dont mon

4 Mot arabe signifiant montagne
5 Groupe de villages
6 Organisation armée secrète

15
père était maire. La mairie était située non loin du camp de
regroupement.
Le chapitre VII décrit l’impact social de la colonisation
pendant l’occupation française. Il étaye l’avidité des colons et
le mépris réciproque entre les Algériens et l’entité coloniale, il
explique pourquoi la devise « Liberté, Egalité et Fraternité » se
réduisait à un slogan servant à épicer les discours politiques et
orner les écriteaux des édifices publics.
Le chapitre VIII nous fait découvrir les interprétations
religieuses, leurs pratiques ainsi que les activités spirituelles
qui paraissaient énigmatiques pour l’enfant que j’étais. Les
grandes lignes de la religion musulmane ainsi que les diffé-
rents courants idéologiques et leur rôle en Algérie sont présen-
tés dans ce chapitre.
Le chapitre IX reprend les récits sur l’histoire de l’Algérie,
racontés par les orateurs locaux. On y trouve un amalgame de
réalité, de légendes et de mythes qui donnait une vue sur le
parcours du peuple algérien à travers les âges. Il retrace
l’histoire documentée des peuples ayant foulé le sol algérien
depuis l’ère de l’Homo sapiens jusqu'à nos jours. Un bref
aperçu est présenté sur chacun des sept envahisseurs du pays
appelé aujourd’hui Algérie.
Le chapitre X décrit l’exil, les déportations et les diffé-
rentes vagues d’émigration des Algériens qui étaient forcés de
quitter leur pays à cause du colonialisme français.
Le chapitre XI décrit la joie et l’euphorie populaire après
la promulgation de l’indépendance de l’Algérie en juillet 1962.
Il offre un sommaire de la lutte pour le pouvoir entre le
7 8 9GPRA , l’ALN de l’intérieur et ALN de l’extérieur, il décrit

7 Gouvernement provisoire de la République algérienne
8 Armée de libération nationale, se trouvant sur le territoire algérien
9ationat en Tunisie et au Maroc

16
le comportement et l’attitude des forces de l’ordre nouvelle-
ment installées dans le pays.


17




1
LA RÉGION DE PALESTRO

Village colonial
Napoléon III qui fut le premier président de la République
et le dernier empereur de France signa le 18 Novembre 1869
un décret stipulant la création d’un village colonial en Algérie,
portant le nom de Palestro, localisé à 79 kilomètres d’Alger
[1]. Ce nom fut emprunté à celui d’un village italien, nommé
d’après un saint patron de l’église de la même localité. Ce fut à
cet endroit en Italie que se déroula, les 30 et 31 mai 1859, une
féroce bataille entre les forces franco-italiennes et autri-
chiennes. La fougue et la détermination du contingent de
zouaves furent déterminantes pour la victoire française [2]. Les
zouaves étaient des guerriers, ils furent enrôlés d’abord dans
les rangs des forces ottomanes et par la suite dans ceux des
forces françaises. Initialement, ils étaient recrutés parmi les
10Amazighs kabyles , au sein des tribus igawawen ou azouaoun,
nom qui est à l’origine du mot « zouave » [3]. Le nom Palestro
fut vraisemblablement transplanté d’Italie en Algérie, patrie
d’origine des zouaves, en reconnaissance de la bataille qu’ils
avaient gagnée à Palestro en Italie.
Palestro devint Lakhdaria à l’indépendance de l’Algérie en
l’honneur du valeureux combattant au nom de guerre Si Lakh-
dar. Ce dernier était inscrit à l’état civil sous le patronyme
Mokrani, son prénom était Saïd, mais il portait le surnom de
Rabah. Il était originaire de Guergour, un village kabyle tout
près de Palestro dans le douar d’Ammal. Son ingéniosité dans
la guérilla, sa bravoure et sa précoce maturité politique durant
la guerre d’Algérie lui valurent le grade de commandant de

10 Groupe de l’ethnie amazigh

19
11l’ALN, au niveau de la wilaya IV . Son frère aîné, Aissa, lui
aussi dans les rangs de l’ALN, fut tué au combat.
Le village de Guergour est situé juste en face de notre
12ancienne maison familiale, de l’autre côté de l’oued Isser.
Selon Na Zohra, ma sœur aînée, Rabah et Aissa étaient
orphelins de mère qui était originaire du village de Tigrine. Ce
dernier était aussi le village natal de ma mère, et c’est pour
cette raison que ma sœur connaissait ces détails. Les jeunes
garçons Mokrani devaient traverser l’oued Isser pour regagner
la route qui passait à une cinquantaine de mètres en contrebas
de notre maison et qui menait vers l’école communale de Pa-
lestro.
Après ses études à l’école communale, Rabah reçut une
formation de maçon au centre d’apprentissage de Palestro et
exerça ce métier brièvement. Il fit partie de l’équipe qui réa-
ménagea un grand mur de soutènement, le long de la voie fer-
rée longeant la route RN5 en face de Guergour. Après
l’indépendance de l’Algérie le mur était appelé « Le mur de Si
Lakhdar ».
Selon Azzedine [4], Si Lakhdar trouva la mort en 1957
durant la bataille du djebel Belgroune, il avait à peine 23 ans.
Touché par une rafale tirée d’un avion F84 Thunderstreak, il
13perdit la vie dans la dechra des Ouled Znim au douar Djouab
près de Sour El Ghozlane, même localité où fut tué Tacfari-
14nas . Les restes de Si Lakhdar reposent le long de l’oued
Znim dans la commune de Djouab, à une centaine de kilo-
mètres de Lakhdaria. Un mausolée fut érigé en sa mémoire à
cet endroit.
Palestro fut implanté le long de la route nationale RN5, à
proximité de l’oued Isser du pont de Beni-Hini. Le village
proprement dit sera construit sur une parcelle de 140 hectares

11 Division territoriale
12 Rivière
13 Bourgade
14 Il y a environ 2000 ans, à l’époque romaine, la ville de Sour El Ghozlane
s’appelait Auzia. C’était dans cette même région que Tacfarinas, chef
amazigh, livra sa dernière bataille contre les Romains [5]

20
15au haouch surnommé Blaazem, territoire des tribus Ammal et
Ait-Khalfoun ou Beni-Khalfoun. Certains haouchs étaient en
16azel , souvent, ils etaient loués à leurs anciens propriétaires
17qui devaient payer un lourd impôt appelé hukr ou hogra.
Les terres désignées pour la création du village de Palestro
appartenaient à Ahmed Ben Dahman, Mohamed Ben Azarak et
Ali Ben Dahman. Une somme de 8000 francs aurait été blo-
quée à cet effet dès août 1868 par le génie militaire qui
s’occupait des transactions d’achat et de vente des terres. L'en-
semble du haouch Blaazem faisait initialement partie d'une
vaste propriété désignée par acte notarial délivré par les autori-
tés turques au profit d’Ali El Azeli et Bou Jerthil. Cette pro-
priété appartenait auparavant au caïd Hassan Ben Hini, à sa
18mort la propriété fut dévolue au domaine du dey d'Alger.
Une superficie de 140 hectares fut désignée pour la construc-
tion du village alors que le centre de colonisation couvrait une
superficie totale de 500 hectares. La totalité des terres fut al-
louée à 59 familles de colons européens qui vinrent s’y instal-
ler. Les lots étaient offerts aux colons à des prix modiques.
Pour illustration, voici une partie de la reproduction d’une
correspondance du général de division qui commandait la pro-
vince d’Alger, concernant la cession de lots de terrain aux
colons de Beni-Hini, Palestro [6]:
« Nouveau Centre de Colonisation à Beni-Hini. Le lot
urbain 45 est accordé en location à madame Ringuerre de la
Rime de ce jour 15 octobre 1869 moyennant le payement d’un
franc. Le prix de cession sera fixé d’après la valeur actuelle
du lot soit 15 francs qui seront payables en 5 ans. Le premier
terme sera payé au moment de la vente et les autres d’année
en année. Les termes non payés seront productifs d’intérêt de
5 %....»
Selon Levasseur [7], le salaire moyen d’un ouvrier en
France était de 2,5 francs/jour en 1850. Vingt ans après, les

15 Domaine d’exploitation agricole sous tutelle du beylik turc
16 Terres provenant des confiscations turques
17 Ce terme engendra le mot hogra qui signifie abus, maltraitance, mépris
18 Autorité suprême de la régence ottomane d’Alger

21
salaires ne devraient être que plus élevés. Sans considérer la
facilité de payement s’étalant sur une période de cinq ans,
Ringuerre, en 1869, pouvait donc se payer la propriété avec
une somme qui ne dépasserait pas l’équivalent d’une semaine
19de salaire de l’ancien SMIG en France.
Après l’insurrection de 1871, une expansion extraordinaire
du centre de colonisation de Palestro eut lieu. La répression
engagée par les autorités françaises engendra l’expropriation
d’une grande partie des terres appartenant aux insurgés. Ces
terres seront utilisées pour l’agrandissement de Palestro.
D’après un croquis visuel, établi par Roberly [8], environ 2250
hectares supplémentaires furent désignés pour cette expansion
dans la seule région de l’est de Palestro. Le village, entouré de
montagnes, fut bâti sur une bassine naturelle de l’oued Isser.
Les premiers colons étaient des Tyroliens, Italiens, Français
(Alsace-Lorraine, Corse) et Espagnols [9].
Il y avait trois routes reliant Palestro à Alger. La première
était la route RN5 qui allait d’Alger à Constantine, coupant à
travers le col des Ait-Aicha (Thenia) et le massif d’Ammal. Au
niveau des gorges de Palestro, la route fut taillée à la dynamite
sur une distance de trois kilomètres. Un tunnel d’une cinquan-
taine de mètres marquait la fin du défilé. Les travaux de cons-
truction furent achevés vers l’année 1870. Cette route existe
toujours, elle est graduellement supplantée par l’autoroute
nationale est-ouest. La deuxième suivait en partie l'ancienne
route turque d'Alger à Constantine, passant au nord du mont de
Bouzegza par Ain Soultane situé non loin du village d’Ouled
Belloumou dans le douar d’Ammal. A ce niveau, Ain Soultane
constituait un point de relais pour les forces turques. Jusqu'à
récemment, cet endroit était une grande clairière avec une
fontaine intarissable au milieu d’un magnifique décor naturel.
Le chemin était rocheux et difficile, les anciens appelaient
20cette route « Lamsamra ». De nos jours des sections de cette
route sont devenues des pistes sans asphalte, peu praticables.
La troisième route dont le tracé évitait le mont Bouzegza

19 Salaire minimum interprofessionnel garanti en France
20 La route pavée

22
qu’elle contournait par le sud était la plus longue. Elle fran-
chissait le pont Beni-Hini à 3 kilomètres environ à l’ouest de
21Palestro. Elle passait à travers la tribu des Zouatna et abou-
22tissait à Fondouk . De nos jours cet itinéraire est encore utilisé
en partie par la route RN29 [10].
En 1960, étant élève au collège de Palestro, notre profes-
seur de français nous avait demandé de faire une petite re-
cherche afin de rédiger une rédaction sur l’origine de ce vil-
lage qui était le nôtre. Etant donné l’inexistence d’une biblio-
thèque locale et un refus d’accès aux archives de notre mairie,
nous avions trouvé en la personne de notre brave garde cham-
pêtre, Chambette Moussa, l’information qui convenait à la
rédaction de notre sujet d’étude. Plutôt amusé par cet intérêt
23insolite suscité par une bande de « chouatan », comme il
aimait appeler tous les gens de notre âge, Chambette Moussa
nous abreuva de contes anciens et de récits sur les deux
guerres mondiales. Il s’attarda longuement sur la deuxième à
laquelle il avait participé. Avec ferveur, il évoqua de vieux
souvenirs et différents récits basés sur la traditionnelle histoire
orale de la région. Chambette Moussa était convaincu que
Palestro s’appelait Zezou dans le passé. Ce mot est proche
24d’azzou . Selon lui, cette localité aurait été peuplée d’une
poignée de négociants et de cafetiers et aurait été le point de
rencontre des tribus Beni-Khalfoun, Ammal, Djaada et du
25groupe kourougli . Il nous informa aussi que dans les années
50 la population algérienne de Palestro comptait environ 2500
habitants, les Européens étaient environ au nombre de 400. La
superficie totale de la commune était d’environ 15000 hec-
tares.
Bien que situé sur le bassin de l’oued Isser et entouré de
montagnes, Palestro se trouve à une élévation de 200 mètres
au-dessus du niveau de la mer. Je me souviens fort bien de

21 Située aux alentours de Bouderbala
22 Aujourd’hui appelé Khemis El Khechna
23 Petits diables
24 Mot kabyle pour genêt
25 Population issue de l’union de janissaires et de femmes algériennes

23
cette élévation marquée par une pente d’accès au village. A ce
niveau, les camions ralentissaient et donnaient l’impression de
peiner à monter la côte de Palestro. Ce qui permettait aux che-
napans de mon âge de s’accrocher à ces mêmes camions, sou-
lever la bâche, introduire leurs petites mains à travers les ri-
delles et extraire ces fruits bien empaquetés et rangés dans des
cagettes destinées aux marchés de Sétif et Constantine. La
côte, prise en sens inverse, permettait aussi de quitter le village
à vélo en roue libre et à grande vitesse. Dans cette descente
effrénée, le vent fouettant le visage faisait oublier la canicule
d’été.
Certains se référaient aux habitants de ma région comme
26étant les Djaada . Du temps de mon enfance, l’adjectif « djaa-
da » avait une connotation plutôt péjorative associée aux gens
friands de l’oignon cru. Pour illustration, dans les années 60,
lors d’une compétition sportive de football pour la coupe na-
27tionale, le tirage au sort avait fait que l’équipe de Palestro
28devait jouer contre la meilleure équipe du pays, le CRB . Lors
du match, se déroulant à Alger, les infortunés joueurs de Pales-
tro essuyèrent un jet nourri d’oignons lancés par les supporters
du CRB.

Beni-Hini
Beni-Hini, fut le nom utilisé par les Français pour désigner
la région où était implanté le centre de colonisation de Pales-
tro. Sur les cartes militaires et les rapports administratifs, le
pont Béni Hini était souvent mentionné comme référence géo-
graphique. Ce pont fut construit par l’agha Omar, dey d’Alger,
afin de permettre aux soldats ottomans de franchir l’oued Isser
et rejoindre Bouira et l’est du pays. Il se situait à environ deux
ou trois kilomètres au sud-ouest de Palestro, au niveau de la

26 On donnait ce titre aux Arabes d’Algérie descendants de ceux de la pre-
mière invasion du Maghreb, mais après l’arrivée des Beni Hillal et des
Beni Slimane au XIe siècle, l’appellation s’appliqua aussi à ces derniers
[11]
27 Le nouveau nom Lakhdaria était peu utilisé dans les années 60
28 Chabab Riadhi de Belcourt (Jeunesse Sportive de Belcourt)

24
ferme Zaamoum. Il existe toujours un pont reconstruit plu-
sieurs fois au même endroit que l’emplacement initial. Dans le
temps, le pont reliait Guergour au gîte de Zezou, lieu de con-
29vergence des Beni-Khalfoun, des Ammal et des Zouatna . Il
existe un village nommé Hini ou Ait-Hini à l’ouest de Guer-
gour sur le massif d’Ammal, il culmine les gorges de Palestro,
aujourd’hui gorges d’Ammal. Durant mon enfance, l’accès à
ce village se faisait à partir de la seule et unique route gou-
dronnée, la RN5, et non plus par Bouzegza comme du temps
de la régence ottomane. Pour regagner la route goudronnée, au
30lieu-dit Scalié , les habitants de Hini devaient suivre un che-
min vertigineux, taillé sur une falaise, le long d’un ruisseau qui
se déversait dans l’oued Isser. Le nom de ce village est lié au
31nom Hassan Ben Hini qui fut caïd de la région bien avant
l’arrivée des Français [6]. Cette région avait servi dans le passé
comme zone de repli pour les groupes kabyles qui avaient
perdu leur emprise sur les plaines de l’Algérois. Selon la tradi-
tion orale sur l’histoire de la région, le village de Hini aurait
été fondé par Ahmed Oulkadi, ancien chef kabyle de la Mitid-
32ja .

L’émir Abdelkader à Beni-Hini
33 Mustapha, grand-père de l’émir Abdelkader, quitta le
Maroc avec sa famille et ses proches pour venir s’installer
edans l’Oranie, Algérie, vers la fin du XVI siècle. Le père de
l’émir, Mahiedine, était fort estimé par ses proches à cause de
son savoir religieux, sa piété et sa générosité. Comme
34beaucoup de familles de marabouts , celle-ci se clamait

29 Habitants de la région de l’oued Zitoun
30 Escalier
31 Fonctionnaire musulman qui cumule les attributions de juge, d'administra-
teur et de chef de police
32 Plaines limitrophes de la ville d’Alger
33 Chef de guerre musulman
34 Chef spirituel, disciple d’un ordre religieux musulman, adepte du sou-
fisme

25
descendante du prophète Mohamed et, par conséquent, ses
35membres s’appropriaient le titre de « chérif ».
Abdelkader, né en 1808, fut initié aux études religieuses et
36au soufisme par son père, marabout de la « zaouïa » qu’il
fonda dans la région de Mascara. Cette zaouïa était proche de
37l’ordre religieux kadiria établi par Abdelkader El Djilali vers
1165 à Bagdad.
Enfant, je me rappelle des gens de mon entourage qui ju-
raient par Sidi Abdelkader. D’après leurs dires, Abdelkader El
Djilali et l’émir Abdelkader étaient la même personne.
Le jeune futur émir reçut une vigoureuse formation dans le
maniement des armes, il fut un excellent cavalier. Il était admi-
ré pour son courage et sa témérité. Son goût du savoir l’amena
à étudier divers sujets, converser en plusieurs langues et écrire
plusieurs essais. A l’âge de 24 ans, Abdelkader fut proclamé
38sultan par trois tribus de la plaine de Ghris dans la région de
39Mascara. Pour ce nouvel émir, le moment du jihad avait son-
né, il proclama la guerre sainte contre les chrétiens. Mais
d’abord, il fallait rallier d’autres musulmans à sa cause. Pour
ce faire, il fallait avoir du charisme, une vision, un savoir et
une piété exemplaire. Abdelkader possédait toutes ces vertus.
Néanmoins, réunir les différentes forces pour combattre les
infidèles n’était pas chose facile. Ayant rallié à son combat les
tribus Aribi du Chelif et Ben Nouna de Tlemcen, Abdelkader
décida d’aller prêcher le jihad chez les Kabyles. Il délégua Ali
Oussadi des Beni-Khalfoun pour prendre contact avec les
tribus kabyles avoisinantes. Il lui confia des lettres desti-
nées aux puissants chefs Zaamoum des Ait-Iflissen et Bel-
kacem Oukaci des Ait-Ameraoua. Oussadi se fixa dans la

35 Titre d’une personne clamant descendance du prophète Mohamed
36 Établissement religieux sous l'autorité d’un marabout, faisant partie d'une
confrérie musulmane
37 Association religieuse réunissant des personnes adeptes d’une voie spiri-
tuelle particulière
38 Autorité suprême dans un pays musulman
39 Guerre sainte chez les musulmans

26
40région des Zouatna , à proximité du fameux pont de Beni-
Hini où il avait des relations de famille et des propriétés.
Après une année destinée à sa mission de repérage et de
persuasion pour le ralliement des Kabyles, Oussadi fut con-
voqué par l’émir pour remettre son rapport sur la tâche qui
lui avait été confiée. L’émir se rendit vite compte que ni les
messages de son appel au jihad, ni la stature et le compor-
tement d’Oussadi n’avaient impressionné les Kabyles. Il
détermina qu’une expédition chez ces derniers et sous son
propre commandement était nécessaire. Il envisagea une
mission qui devrait marquer les esprits par sa fermeté. Une
mission qui serait une démonstration de force, suivie de
quelques actes de terreur pour gagner la soumission des
Kabyles.
Le maillon faible de la cohésion communautaire de la
région de Beni-Hini était le groupe des Kourouglis parmi
les Zouatna. Ce groupe ne s’identifiait pas à l’ethnie arabe
ni à celle des Kabyles, ce qui le rendait vulnérable. Se si-
tuant sur les limites du territoire kabyle, ce groupe représen-
tait la cible parfaite pour l’émir qui voulait attirer l’attention
des Kabyles par un acte de terreur. Une opportunité idéale
pour Abdelkader qui, selon ses propres écrits, ne portait
guère à cœur les forces turques de la régence d’Alger et
leurs proxys. Abdelkader prit la tête d’une forte colonne et
se dirigea d’abord vers Bouira. Il fit installer son campe-
ment non loin du pont de Beni-Hini à quelques kilomètres
de Bouderbala. Alertées, les tribus avoisinantes se sentant
en faute prirent les devants et s’empressèrent d’envoyer des
dons et des engagements de soumission à l’émir. Les
Zouatna furent les premiers à se soumettre, suivis des
Khechna de la montagne (partie Ammal). Les cavaliers de
Zaamoum pressèrent les Zouatna à pourvoir, sans délai, à
tous les besoins de l’armée de l’émir campée sur leur terri-
toire. Ce qui fut fait avec zèle et révérence. Hamimed, chef
des Zouatna, fut sommé d’apparaître devant l’émir. La dis-
cussion suivante eut lieu entre l’émir et Hamimed.

40 Région de l’oued Zitoun située au sud de Bouderbala

27
L’émir :
─ Combien avez-vous de villages ?
Hamimed :
─ Pourquoi cette question ? Nous faisons partie de la cir-
conscription des Khechna et nous paierons notre part de
l’impôt qu’il vous plaira de frapper sur tout le territoire.
L’émir :
─ Non, non, dites-moi le nombre de vos villages, désignez-
moi ceux occupés par les Kourouglis seulement !
41 L’émir Abdelkader décida d’imposer 1000 boujous à
chaque village, ce qui représentait une somme énorme. A
titre de comparaison, en 1868, les autorités coloniales fran-
çaises proposèrent 8000 francs pour l’achat des 500 hectares
qui serviront à l’implantation du centre colonial de Palestro.
42Bien que jouissant de l’ « aman » concédé par Abdelka-
der, les Zouatna étaient en émoi. L’impressionnant dé-
ploiement et l’agressivité des forces d’Abdelkader suscitè-
rent une forte inquiétude. Certains, craignant le pire,
s’apprêtaient à s’enfuir. La moitié de l’impôt exigé par
l’émir fut ramassée. Les Zouatna demandèrent à payer
l’autre moitié en espèces tels bœufs, moutons et bêtes de
somme. Leur demande fut accordée, mais ils devaient
s’acquitter de cette imposition dans les 24 heures. Appré-
hensifs sur l’exigence du lourd tribut à payer dans un très
court délai, ajouté à la maltraitance de leur chef Hamimed
par Abdelkader, les Zouatna étaient désemparés, ils étaient
convaincus qu’ils allaient être punis par Abdelkader quoi
qu’ils fassent. Ils envoyèrent des éclaireurs pour observer le
camp de l’émir au pont de Beni-Hini. Ces derniers rapportè-
rent à leurs chefs que les soldats de l’émir étaient sur le
point de les attaquer. L’alerte fut donnée par les Zouatna
qui se rallièrent autour de la zaouïa de Sidi Bouzid Bouder-
bala. Arrivés à cet endroit, les soldats de l’émir se scindè-
rent en trois corps qui se dirigèrent respectivement sur les

41 Monnaie utilisée sous l’Empire ottoman, en 1830 un boujou équivalait à
1,75 franc
42 Engagement de non-agression

28
villages d’Arkoub, Tamarkanit et Ouled Ziane, poursuivant
les Zouatna jusqu'à Zougagha sur les hauteurs du mont
Bouzegza. Cinquante-deux hommes, dix femmes et deux en-
fants furent tués lors de l’attaque. 25 prisonniers d’Arkoub
furent exécutés. A son départ, Abdelkader chargea Allal
Lemrigal, chef des Beni-Djaad, de continuer la répression
contre les Zouatna [21].
Pourtant en 1860, avec l’aide du consul français Lanusse,
Abdelkader fit un grand geste humanitaire en sauvant un grand
nombre de chrétiens maronites à Damas. Sa grandeur d’âme et
sa compassion n’étaient pas au rendez-vous à Arkoub [22].
Croyant avoir convaincu les Kabyles, Abdelkader se
trompait. Les Ait-Iflissen, les Ait-Ammal et les Ait-
Khalfoun étaient accommodants, mais pas
Amraoua. Ceux-ci, plus puissants, beaucoup plus nombreux
43et plus ancrés autour du Jurjura , ne suivaient pas facile-
ment la bannière d’autrui. Arrivé dans le fief des Ait-
Amraoua, Abdelkader annonça aux Kabyles que [21]:

« Dieu l’avait élevé pour rétablir la religion du pro-
phète et anéantir la puissance des chrétiens et qu’il n’avait
rien de plus à cœur que le bonheur et la prospérité des musul-
mans. Il n’exige d’eux pour triompher des infidèles
qu’obéissance accord et marche conforme à la sainte loi ;
soutient de son armée en payant des impôts, obéissance à son
représentant, et faire ce qui est ordonné par Dieu, le maître du
monde… »

44 A défaut de dire « Achou ! », la réponse des Kabyles fut
la suivante :
─ Nous ne demandons pas mieux que de vivre en bonne
45intelligence avec votre khalifa , mais qu’il ne nous parle
jamais d’impôts, comme il l’a déjà fait dans les plaines, car

43 Chaîne montagneuse en Kabylie
44 “Quoi !” en kabyle
45 Représentant

29
nos ancêtres n’en ont jamais payé, et nous voulons suivre
leur chemin.
A cela l’émir rétorqua :
46─ Vous donnerez au moins la zakat et l’achour ! Ces contri-
butions sont d’origine divine !
Sans hésitation, les Kabyles s’exclamèrent :
─ Oui, nous donnerons la zakat et l’achour prescrits par la
loi religieuse, mais nos zaouïas les recueilleront, et nos
pauvres en profiteront, telle est notre habitude !
A ces mots, l’émir quitta la Kabylie où il ne remit jamais
plus les pieds.

Région de Palestro avant 1870
A l’époque de la création du centre colonial de Palestro,
l’emplacement était entouré des douars ci-après. Au nord,
Beni-Khalfoun, suivant la direction du déplacement des ai-
guilles d’une montre, venaient ensuite Nezlioua, Beni-Maaned,
Sanhaja Maala, Zouatna et Ammal [12].

Beni-Khalfoun
Le douar couvre une région montagneuse située dans la
vallée de l’Isser, sur les deux versants du contrefort monta-
47gneux dont le point culminant est le pic de Lalla-Moussad .
La majorité de la population de ce douar, fortement arabisée,
est d’origine amazigh. Beni-Khalfoun était formé d’une tren-
taine de villages dont Ait-Athman, Thala Mehdi, Ait-
Bousmail, Hazama, Ait- Sidi Elmehdi, Ait-Nbabaali, Attou-
cha, Ait-Nacer, Ait-Ali, Makhokha, Aouilal, Mattoussa, Ait-El
Aas, Tala Oughanim, Ouled Ahmed, Zerarga, Bou Kouba, Ait-
Ali Ouaïssa, Ouled Amara, Hel Tizi, Ait Elhaj, Taliouin, Re-
jioua, Adoukan, Ait-Ouchara, Cherchara, Ait-Abelaziz Oulhaj,
Ait-Bousalah [13].

46 Impôt religieux
47 Montagne de 1028 m d'altitude.

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