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Papa, j'ai pas tué Jésus

De
52 pages

Ce bref récit de quatre-vingts pages évoque l’enfance d’un juif algérien, né en 1944 dans un village proche d’Oran et le parcours qui l’a amené à s’installer en Alsace.

Les auteurs tentent de faire vivre au lecteur les impressions et tribulations du petit Yvon, isolé dans une communauté essentiellement composée d’exilés espagnols catholiques, menant sa vie parallèlement à une population indigène musulmane.

On y évoque la guerre, l’indépendance et l’exil, la découverte de la vie en métropole mais surtout les couleurs, les odeurs, la lumière et les voix d’une Algérie coloniale maintenant disparue.

Il y est bien sûr question de racisme ordinaire mais aussi d’amour, de camaraderie, et de beaux exemples de tolérance et de générosité.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-05147-7

 

© Edilivre, 2015

 

 

Récit autobiographique : un petit juif isolé dans un village mi-catholique mi-musulman découvre le racisme ordinaire dans une Algérie coloniale déchirée par les premiers remous de la guerre d'indépendance.

Dédicace

Merci à Bertrand Sachs grâce à qui cet ouvrage a pu voir le jour, merci pour sa disponibilité, son intérêt pour mon histoire et son amitié à toute épreuve.

Ce récit est dédié à ma famille et particulièrement à mes trois enfants Audrey, Nicolas et Alexandra

Yvon Karsenty 01 octobre 2015

Préambule

Dans cette biographie, fruit d’une série d’entretiens amicaux et écrite à deux voix, c’est le protagoniste de l’histoire qui aura le premier et le dernier mot. Yvon, prenant la parole, expose les raisons qui l’ont amené à se pencher sur son passé algérien :

« Un samedi printanier à 9 h du matin ; le vignoble alsacien dans lequel je savoure ma retraite est déjà baigné de soleil. Ma seule préoccupation concerne désormais les menus détails de la vie courante : que vais-je faire de ma journée ?

Comme les cigognes que j’entends craqueter sur le clocher voisin, (et dont je me demande d’ailleurs si, par une ironie extraordinaire du sort, elles ne passeraient pas leur hiver quelque part en Algérie !), je suis parti du sud pour me fixer, il y a plus de 50 ans, à 20 kms de l’Allemagne entre Vosges et Forêt Noire.

Contrairement à ces oiseaux emblématiques de l’Alsace, l’instinct migratoire m’a rapidement quitté et je ne suis retourné qu’une seule fois, en 1980, dans cette Algérie qui m’a vu naître et grandir jusqu’à l’âge de 16 ans.

Pourquoi l’Alsace ? Comme de nombreux réfugiés venant d’Afrique du Nord, j’aurais pu choisir de m’installer au soleil de la méditerranée pour y retrouver, au moins partiellement la lumière, les odeurs, les couleurs de l’Algérie.

Pourquoi l’Alsace ? Le caractère rhénan de cette province française à l’histoire compliquée, mouvementée et à l’identité unique n’est certainement pas étranger à mon choix.

Pourquoi l’Alsace ? les récits dont m’abreuvait mon père, alors qu’il évoquait les deux guerres mondiales, auxquelles il avait participé, et qui auraient dû jouer le rôle de repoussoir, avaient, au contraire, nimbé dans mon esprit d’une sorte de halo mythique l’image du peuple allemand, pourtant ennemi héréditaire des français depuis plusieurs générations.

Pourquoi sinon avoir choisi, lors de mon entrée en sixième, l’allemand comme première langue à la différence de l’immense majorité de mes condisciples ? Sans doute à cause de cette mystérieuse attirance pour l’exotisme des contraires…

Un juif sépharade est bien plus étranger qu’un ashkenaze à la culture européenne et plus particulièrement germanique !

Pourquoi l’Alsace ? Quittant, tout seul dans ma NSU Prinz 4 (voiture allemande !), l’agitation frénétique et indifférente de la capitale, je revois encore ma descente du col du Bonhomme : alors qu’étrangement mon imagination avait formé l’image d’une plaine parsemée de terrils et de chevalements de mines, me voilà face à la luxuriance des forêts vosgiennes à la sortie desquelles m’apparaissent les images idylliques d’un pays de cocagne dont je tombe immédiatement amoureux :

Ravissants villages et villes aux maisons à colombage garnies de géraniums, placettes ornées de fontaines Renaissance, ruelles pavées, ruines de châteaux en grès rose enchâssées dans la verdure des vignes et des futaies. Description qui peut sembler relever de l’image d’Epinal, mais qui prime évidemment pour les visiteurs sur l’autre réalité de la région, à savoir le bassin potassique que j’évoque plus haut.

Mais un pays n’est rien sans ses habitants ! Quelques jours après, dans le brouillard matinal de la rue des Clés à Colmar (artère principale de la ville N.D.L.R), je croise un vieux monsieur qui, se découvrant pour me saluer, m’apostrophe d’un sonore « Pouchour ! » Il n’en faut pas plus pour conquérir définitivement mon cœur, au point que je décide de m’installer en Alsace. Etrangement, il me semble retrouver dans ce pays rhénan des éléments de mon Algérie perdue : le vignoble, l’amour d’un terroir et l’esprit de famille.

Sans doute n’avais-je pas imaginé, en choisissant l’allemand comme première langue au début de mes études secondaires au lycée d’Oran, à quel point il me serait utile pour la compréhension du dialecte, cette « muettersproch », dont la prononciation particulière me deviendra peu à peu familière.

Il se trouve par ailleurs qu’une importante partie des colons français qui peuplaient mon village algérien, Lourmel (actuellement El Amria N.D.L.R), étaient issus de familles alsaciennes exilées après la victoire allemande de 1870. Le maire de l’époque s’appelait Paul Jung, le quincailler Doermann, et l’un des viticulteurs Gsell, comme mon voisin alsacien actuel exerçant d’ailleurs le même métier…

Les souvenirs d’enfance ont la vie dure : aux trois questions « qui suis-je ? d’où viens-je ? où cours-je ? « pas de réponse précise : ma vie a défilé à une allure fulgurante, mais j’éprouve à présent le besoin de ressusciter et de partager ce qui, avant et après ma naissance, m’a façonné tel que je suis aujourd’hui.

Toute ma vie, plutôt que le passé, j’ai privilégié présent et futur, et ce matin, j’ai l’impression de ressembler à ces vieux espagnols de mon village natal qui ne cessaient de psalmodier « recuerdo ! recuerdo ! » (« je me souviens ») en brandissant de vieilles photos défraîchies… J’ai envie de retourner vers mon enfance et même plus loin encore : vers mes origines ! Difficile exercice lorsque l’on a passé plus d’années en France « métropolitaine », que dans cette Algérie faite de miel et de fiel, de magie et de misère, de lumière et d’obscurité.

Mes trois enfants, depuis leur tendre enfance, ont toujours réclamé des informations sur ma jeunesse, mes origines, ma famille, et je n’ai pu, faute d’avoir entrepris ce travail d’inventaire dans lequel je m’engage maintenant, leur livrer que des bribes de ce passé maintenant appelé à revivre dans son intégralité pour eux et pour tous ceux que ce récit intéresse.

Ma situation d’unique enfant juif dans un village partagé entre islam et catholicisme m’a amené à vivre des situations liées à un antisémitisme ordinaire que mes camarades pieds noirs de l’époque ont probablement évacué de leurs propres souvenirs. J’en ai, quant à moi, été profondément marqué...