Paroles d'instituteurs

De

Encore un bouquin sur l'école ! Certes !
Mais on parle dans ce livre d’une École qui a définitivement disparu. « L’Instit » est bien mort au début des années 2000. Il a disparu définitivement de l’environnement de l’École élémentaire, même si encore, avec nostalgie, sinon peut-être par respect, la plupart des gens n’ont pas encore admis dans le langage, qu’il a été remplacé par « le professeur des écoles ».

Jean-Paul Martin qui a terminé sa carrière avec les derniers « Instits », après 37 ans et demi au service des enfants et des parents, dans plusieurs écoles publiques de village des Pyrénées-Orientales, a proposé à plusieurs collègues, anciens instituteurs comme lui et pour la grande majorité désormais pensionnés au « Grand livre de la dette publique », de parler de l’École qu’ils ont connue et servie pendant de nombreuses années. Les jeunes « professeurs des écoles » d’aujourd’hui y apprendront que les débuts du métier d’instituteur étaient aussi difficiles « avant la guerre » que de nos jours... Certes, les postes ne manquaient pas, mais il fallait souvent s’expatrier, que l’on soit normalien ou pas, et accepter bien souvent un poste « loin de tout » en « classe unique » pour entrer dans la carrière.

Nos jeunes collègues comprendront peut-être que le « métier » d’instituteur ne s’est jamais, à aucune époque, exercé comme tant d’autres métiers... Malheur à celui ou celle qui a essayé de devenir « instituteur ou institutrice » sans une certaine foi, sans aimer profondément les enfants et surtout sans avoir profondément enraciné dans son être les principes fondamentaux de l’École de la République. C’est grâce à cette passion pour la Liberté, l’Égalité et la Justice que l’ascenseur social scolaire a permis à de nombreux enfants de familles déshéritées d’accéder aux plus hautes fonctions et à de grandes réussites sociales.

« Paroles d’instit » n’est pas un recueil de lamentations sur l’École républicaine disparue, mais au contraire un vibrant témoignage sur un moment glorieux de notre histoire de France, plein d’espérance et de fraternité pour les années à venir...

Publié le : mardi 1 février 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782350736426
Nombre de pages : 208
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Avis au lecteur !
« Encore un livre sur l’école et les instits !... » direzvous. Certes, le sujet est vaste, tout a été dit certainement, mais beaucoup reste à faire pour que « l’Institution École » fonctionne encore mieux. D’ailleurs, n’estce pas une utopie que de vouloir en faire un instrument étalonné et définitif pour former des citoyens formatés ? L’école n’a cessé de se transformer depuis qu’elle existe, parfois plus lentement que nécessaire au gré des « instits » certes, mais surtout en fonction de la place qu’on lui accordait dans la société. Précisons bien que l’intérêt qu’ont porté aux enfants, la famille et la société n’a jamais été le même au cours des siècles passés. Il n’y a guère, certains grands humanis tes ne savaient même pas combien d’enfants ils avaient engendré… quant à connaître leur prénom ?… et se soucier de leur avenir !… La plupart de ceux qui ont écrit sur l’école n’ont jamais été placés en situation devant une classe d’élèves. Ils n’ont su parler que de l’école qu’ils souhaitaient idéale ou au contraire de celle qui ne leur servit per sonnellement à rien. Leurs souvenirs ne sont bien souvent que des té moignages intimes et donc bien inutiles…
Mais l’école, c’est avant tout l’« instit ». Qui estil cet « instituteur » qui par définition doit « instituer » c’est à dire fonder, instaurer... quoi ? sinon le savoir ainsi que les règles qui permettront à chacun de vivre en société. Appelé aussi « Maître d’école » il exerce une autorité en ma tière d’éducation, mais surtout, le Maître d’école est celui qui est pris comme modèle, qui doit donner l’exemple et ne pas le trahir. Chacun a embrassé la carrière pour des raisons différentes, mais, à toutes les époques, l’Instit n’a eu comme souci que l’avenir des enfants et par là l’amélioration de la société.
Paroles d’instituteurs 15
«Quand on connaît les enfants, on connaît les hommes», mais surtout on aime les gens et on s’ouvre aux idées... on cherche et on essaie de comprendre... D’ailleurs, si les divers Ministres qui se sont succédés ont pour la plupart, souhaité marquer leur passage par une loi ou un décret élaboré dans les salons du ministère par des technocrates bons élèves qui n’avaient jamais mis le pied dans une salle de classe publique, les « Instits » ont toujours été très réticents pour appliquer des « recet tes », des « techniques » à la mode qui relevaient plus du « copiécollé » que de la réflexion pédagogique personnelle. Je peux vous assurer en connaissance de cause puisque je l’ai encore constaté en préparant cet ouvrage, que la plupart des enseignants sont très réticents pour parler de leur métier. Non point parce qu’ils n’ont rien à dire, mais parce qu’ils se rendent compte que même au bout de quarante années passées dans une école au service des enfants, ils n’ont guère de certitudes sur le mé tier de Maître d’école, ni surtout de conseils définitifs à donner. Métier passionnant, où la remise en question du maître est quasi quotidienne, ce qui en fait un métier d’art très difficile et combien envahissant ! Le contact des enfants ramène aux choses simples et un Maître d’école sait très bien qu’un homme naît et renaît sans cesse tout au long de sa vie. On ne peut enseigner qu’avec ses « tripes » et on y laisse certai nement beaucoup de soi. On ne « fait pas carrière » dans l’enseigne ment primaire comme dans d’autres administrations, on « s’investit ». D’ailleurs, le nombre d’abandons de jeunes maîtres non motivés, dès les premières années en portent témoignage. La plupart d’entre eux ont d’ailleurs abordé le métier d’« éducateur » avant leur prise de fonction dans une classe en ayant été, lorsqu’ils étaient adolescents, membre dans un mouvement de jeunesse comme « les éclaireurs de France », puis, jeunes adultes, moniteur de colonie de vacances.
Combien me font mal au cœur ces vieilles bâtisses depuis longtemps abandonnées dans les villages de l’arrière pays. On décrypte encore au fronton principal :
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« ECOLE COMMUNALE » « filles – garçons »
et au dessous le triptyque républicain :
« LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE ».
La cour, envahie de ronces et d’orties, ne résonne plus des cris des gamins pendant les récréations. Le passant n’a plus l’occasion d’en tendre le bourdonnement d’une classe au travail dont les diverses et nombreuses activités étaient ponctuées au cours de la journée par le coup de règle sec du maître sur le pupitre, prolongé par sa voix grave et autoritaire annonçant la séquence suivante, après la leçon de morale qui débutait la journée :
Que sont devenues toutes les cartes de géographie, les gravures aux sentences moralisatrices pour illustrer la première leçon de la journée… Au tableau noir, juste en dessous de la date du jour, était écrit, en belles lettres cursives :
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Et suivait une courte maxime, une citation, un principe, un pro verbe, un conseil, une phrase « de morale », qui n’a jamais fait rou gir un citoyen honnête. Elle changeait chaque jour, et restait écrite au haut du tableau toute la journée. Les enfants, s’imprégnaient peu à peu d’une philosophie, par petites touches quotidiennes. La solidarité, la politesse, le devoir envers soimême et envers les autres, l’amitié, le tra vail, l’amour de ses parents et de la Patrie, telles étaient les valeurs ensei gnées. La « morale » était commentée en quelques phrases au début de la journée et donnait l’occasion d’échanges plus ou moins longs.
Où sont passés ces tableaux d’histoire de Lavisse ou Parmentier qui présentaient le Roi Soleil à Versailles ou Vercingétorix à Alésia, le petit
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Duguesclin, Bugeaud en Algérie et Lyautey au Maroc… Que de voya ges merveilleux ontils proposés aux plus distraits d’entre nous !
Mais le plus émouvant reste le monde du banc d’écolier avec son pupitre parfois gravé par un cancre vengeur, marqué de l’encre vio lette près des encriers et renfermant dans son ventre les livres et cahiers apportant tout le savoir nécessaire pour passer avec succès « le certi ficat d’études primaires » : « le certif », qui sanctionnait une scolarité primaire plus longue que celle d’aujourd’hui. Il couronnait un cursus de sept ans : après les deux années de cours moyen, il y avait encore deux années de Classe de fin d’études primaires, suivies par des élèves qui n’étaient pas entrés dans l’enseignement secondaire et dont le taux de réussite à l’examen n’a jamais dépassé 50% des candidats avant la guerre de 1940.
C’est dans les entrailles du bureau que l’on trouvait souvent le « li vre de bibliothèque » celui que l’on amenait « en cachette » à la maison, le maître le savait, (il utilisait le subterfuge de Parmentier) car à l’époque point de télévision, de Nintendo, de jouets à la mode… Les malheurs de Sophie, Les mémoires d’un âne ou les méchancetés de Mme Lepic pour le pauvre François Poil de carotte nous passionnaient le soir près du feu ou sur un coin de table de cuisine. Non, ces souvenirs n’ont rien qui pourraient ressembler à de la nos talgie mal placée. Ils ne dévoilent que le sentiment d’espoir et de grande liberté que nos parents, au sortir de la guerre, on bien voulu nous com muniquer.
Nous avions nos héros, nous aspirions à des idéaux qui malheureu sement aujourd’hui semblent avoir complètement disparu de l’esprit de nos enfants… les pauvres ! Nous n’avions rien, nous étions gais et sereins, prêts à embrasser la vie avec beaucoup d’audace.
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C’était cela mon école… et qu’elle sentait bon à l’approche de la rentrée !
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J.P. M.
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