Paroles de maquisard ou cyprien

De

Cet ouvrage retrace la jeunesse difficile d’un jeune Cévenol né pendant la guerre de 1914-18, devenu orphelin de père très tôt, obligé de travailler très jeune pour aider sa mère handicapée à nourrir ses huit frères et sœurs. Privé de jeunesse pendant dix ans à cause de la deuxième guerre mondiale, combattant de l’ombre, à force de courage et de volonté Cyprien a réussi à devenir un homme reconnu et surtout humble parmi les anonymes. Nombreux furent les jeunes gens qui ont connu son sort. Ironie de l’histoire il a consacré sa vie à donner un métier à des adolescents en difficulté scolaire en participant à l’épopée des Centres d’apprentissages techniques.

L’année du cinquantième anniversaire de « l’amitié Franco-Allemande » signée par De Gaulle et Adenauer à Reims, personne en Europe ne doit oublier Oradour sur Glane, ni les bombardements des villes allemandes au cours desquels des milliers de civils, de femmes et d’enfants ont laissé la vie. « Plus jamais ça » criait-on en 1918… pourtant, la folie des hommes nourrie par le désir de puissance, l’ambition mal placée, la cupidité et le fanatisme d’où qu’il viennent, a entraîné la guerre de 1939-45.


Publié le : lundi 1 avril 2013
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EAN13 : 9782350737508
Nombre de pages : 160
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Première Partie
1915 • Varennes – Julianges (Lozère) le 26 février 1915 -18 h
e so geé crîssaît sous es sabots de Marîe Phîomème. Emmî-touLée dans son Ichu noîr, ee pressaît e pas pour arrîver chez e père Jean Greze, e maîre du vîage, avant que a porte ne soît déInî-tîvement ermée jusqu’au endemaîn matîn. ï geaît à pîerre endre et a nuît étoîée n’încîtaît personne à a promenade.
– « ïl sera Ier le Phîlîppe, là bas, dans les Ardennes où îl aît la guerre, quand îl apprendra que Mélanîe, sa emme vîent de mettre au monde son second enant, un mâle cette oîs. Pour le premîer essaî, ce ut une Ille, la Germaîne, elle a déjà deux ans avec cette Ichue guerre. Ah, c’est une bîen belle blondînette, maîs cette oîs, c’est bîen le garçon tant attendu. Cyprîen qu’elle veut l’appeler la Mélanîe… Va pour Cyprîen ! »
Ee pensaît à son beau Is Phîîppe Jean-Marîe Martîn. ï étaît né à yon en Févrîer 1883. C’étaît un soîde gaîard aux maîns énormes, de son pouce î recouvraît entîèrement une pîèce d’argent de cînq rancs. ï étaît scîeur-mécanîcîen ; c’est-à-dîre qu’î savaît conduîre es premîères scîes à vapeur quî n’étaîent pas encore arrîvées jusqu’en Auvergne où e travaî de bûcheron se aîsaît encore à a maîn.
’huîs de a erme des Greze aîsse entrevoîr un rayon de umîère. – «J’aî de la chance !» pensa Marîe Phîomène. Au même înstant, a porte s’ouvrît et un grand gaîard mous-tachu, sec comme un tronc de pîn des hautes Cévennes se découpa dans a umîère. – « Je t’attendaîs Phîlo ! dît-îl. J’aî apprîs en In d’après mîdî que Mélanîe avaît ses douleurs et je savaîs bîen que tu vîendraîs m’annoncer
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une naîssance rapîdement. Alors grand-mère, qu’est-ce que c’est ? Un mâle ou encore une pîsseuse comme la premîère ? – C’est un beau mâle, réplîqua Phîlo, et on l’appelle Cyprîen. » e maîre It rentrer a vîeîe emme dans a grande cuîsîne et ’învîta à se mettre à ’aîse. Ee secoua énergîquement ses sabots sur e seuî, puîs entrouvrît égèrement son châe et e It tomber sur ses épaues. Ee découvrît sa tête aux ongs cheveux argentés arrangés par un gentî chîgnon. – «Veux-tu boîre quelque chose de chaud luî proposa Julîenne, la ma-tresse de maîson. – Non dît-elle,et s’adressant au maîre :aîs-moî vîte sîgner les pa-pîers, pour que je rentre rapîdement, car Mélanîe est seule et a besoîn de moî.» e vîeî homme ouvrît e tîroîr du bufet et avec a pus grande attentîon en retîra un grand regîstre qu’î déposa sur a tabe après s’être assuré qu’î ne restaît aucun vestîge après e passage des poues. ï revînt ensuîte au tîroîr pour en retîrer e tampon oicîe, e sceau munîcîpa, enveoppé dans un papîer journa jaunî. – « Tu as de la chance dît-îl à Phîlomène, l’înstîtuteur est passé tout à l’heure. Je luî aî payé un canon et îl a déjà rédîgé l’acte d’état cîvîl. ïl suit d’ajouter l’heure de la naîssance et le prénom du « drôle »…ça tu le eras… car moî, îl y a longtemps que je ne saîs plus tenîr un porte plume. Toî, tu as eu la chance d’apprendre chez les sœurs à Mende.» a vîeîe emme s’approcha de a tabe pînça ses orgnons sur son nez et ut à haute voîx ’acte : « Par devant nous… » Pendant ce temps e père Grèze avaît approché un porte pume, un encrîer rempî d’encre vîoette et un buvard. Phîo s’en saîsît dé-îcatement et après avoîr rotté ses maîns ’une contre ’autre pour es réchaufer et pour assoupîr ses doîgts noueux, dessîna en ettres rondes es ééments manquants à a pace aîssée sur e document par e Matre d’écoe.
Fîère du résutat, ee utîîsa précautîonneusement e buvard, ee sourît enIn au maîre et e remercîa aînsî que sa emme. Ee renvoya son châe sur sa tête dans un geste éégant et se dîrîgea vers a porte. « Dîs, Phîlo, les temps sont dîicîles, tous les hommes jeunes et valîdes sont sur le ront… Je ne suîs plus très solîde, maîs encore je suîs capable de
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aîre quelques eforts. Sî vous avez besoîn de quelque chose, n’hésîtez pas, aîs-le moî savoîr. D’autant que Mélanîe ne se relèvera de ses couches que dans quelques jours. Son înIrmîté ne l’aîdera pas pour la reprîse des tâches quotîdîennes ! – Mélanîe bote, depuîs sa naîssance, ça ne l’a pas empêchée de mettre au monde deux magnîIques enants quî ne sont pas tordus, croîs-moî !(NDR : Méanîe étaîtatteîntede coxagîe congénîtae, vérîtabe Léau à ’époque, totaement dîsparu de nos jours). – Ne pars pas au quart de tour, Phîlo, je saîs bîen que vous avez l’ha-bîtude en bonnes Illes cévenoles de vous débrouîller toutes seules. C’est par amîtîé qu’îl te dît cela mon Jean Baptîste, ajouta Juîenne. – Ou peut être par pîtîé ! Nous n’en avons pas besoîn, nous nous débrouîllons bîen toutes seules. Mercî quand même.» Et ee s’enonça dans a nuît roîde. a une traçaît devant ee un chemîn argenté, dans un quart d’heure ee sera rentrée au chaud.
M. Philomène et Mélanie âgées
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Quelque part dans la Meuse, le 1 mars 1915
Les Eparges
Le 17 février 1915 les Français ont décidé d’enle-e ver les Eparges. Deux bataillons du 132 régiment d’infanterie devraient occuper les tranchées enne-mies dès qu’ellesseraient conquises. Début mars les 106è, 54è, 132è, 67è et 302è régiments d’infan-terie ainsi que le 25è bataillon de chasseurs à pieds prennent la relève.
18 Paroles de maquisard
Le « rata »
Au ever des coueurs Phîîppe est appeé. – « Caporal Phîlîppe Martîn au rapport, le lîeutenant veut vous voîr. » Phîîppe au garde à vous, sortît du rang et se dîrîgea vers a case-mate du t Fontagné. Ceuî-cî étaît panté devant une carte d’état major étaée sur une tabe. ’aîr pensî î étaît en traîn de prépa-rer a prochaîne attaque à a baonnette contre es aemands quî se terraîent à queques pas, avant que ceux-cî ne mînent a tranchée rançaîse.
A ’arrîvée de Phîîppe, e îeutenant abandonna ses réLexîons, sortît de sa poche un petît canî à manche de nacre attaché au bout d’une chane d’argent. Proprement, î ouvrît une bote d’anchoîs et écrasa déîcatement chaque poîsson sur une tartîne de paîn. ï en tendît a moîtîé à Phîîppe et mangea ’autre moîtîé e petît doîgt evé, puîs î reerma son canî et e remît dans sa poche.
– « Caporal, le sergent Pîchon, votre supérîeur, est tombé hîer au champ d’honneur au cours d’une opératîon contre le « boche », c’est vous quî, avec moî, mènerez les hommes au combat cet après mîdî, lorsque nous en aurons reçu l’ordre. Préparez-vous sur le champ ! Et, baonnette au canon ».
En sortant de a casemate, e vaguemestre tendît à Phîîppe une ettre qu’î ouvrît sans tarder.
Mon cher Philippe,
Je me dépêche de t’apprendre que Cyprien vient d’arriver. C’est un joli garçon de plus de trois kilos qui est né le 26 février et qui t’attend avec nous tous pour ta prochaine permission. Mélanie
– « Les nouvelles sont bonnes, Caporal ? – Oh ouî, mon lîeutenant ! Je vîens d’être père pour la deuxîème oîs ! – Félîcîtatîons ! Maîs ça ne change en rîen les ordres que je vous aî donnés. A tout à l’heure.»
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 Ces ronces n’ont jamais fleuri
Phîîppe rassemba es hommes de son escouade et es înorma des ordres reçus. Chacun se prépara et a ongue attente commença.
a proxîmîté des îgnes ennemîes avaîent un avantage. ’artîerîe s’étaît momentanément arrêtée. e came régnaîtsur e ront, entre-coupé de queques raaes de mîtraîeuse, î annonçaît une opératîon prochaîne. Quî prendraît ’înîtîatîve ? es Aemands jaîîraîent-îs es premîers, comme des dîabes de eurs tranchées ? Ou seraît-on à nouveaues premîersàservîrde chaîràcanon?es vîsages des ancîens étaîent sévères. es pus jeunes avaîent envîe de peurer. Chacun pensaît à cee quî étaît restée en arrîère et quî devaît se aîre un sang d’encre, bîen qu’ee n’aît aucune îdée de ’ener vécu sur e ront. es sentînees et es observateurs ne quîttaîent pas une mînute eur poste d’observatîon. ï étaît vîta pour tous que e moîndre mou-vement ennemî soît îmmédîatement sîgnaé. es mînutes puîs es heures passaîent jusqu’à ’ordre attendu quî arrîvaît enIn, comme un souagement.
– «En avant ! En avant !» avaît commandé e îeutenant en tîrant son sabre hors du ourreau. On voît son bras evé, a dragonne autour de son poîgnet, î escaade a pente, magré es raaes de mîtraîeuses, es grenades et es boches quî ont un eu d’ener. Aussîtôt une vague d’unîormes beus, de usîs et de baonnettes avaît domîné e bord de a tranchée, poussée par une cameur angoîs-sante des poîus, ponctuée par e crépîtement des mîtraîeuses. es hommes tombaîent et ne se reevaîent pus. Queques mètres pus oîn, Phîîppe sentît tout à coup e so s’efondrer sous ses pîeds. ï se retrouva sîx pîeds pus bas dans une tranchée înconnue. Une sape préparée par ’ennemî… es exposîs n’ont pas encore été pacés ! à queques heures près, on auraît assîsté à un carnage !
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Les clés du succès !
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Des cadavres de sodats aemands gîsaîent pêe-mêe au ond de a sape, aucun sîgne de vîe… Une odeur âcre uî arrachaît a gorge… Phîîppe ne connaîssaît pas encore cette odeur…une odeur de chore ! C’est certaînement cette saoperîe quî a tué tous ces Aemands ! Vaîs-je y passer moî aussî ? ïnstînctîvement, î chercha son mouchoîr. ï ne e trouva pas, sans doute ’avaît-î perdu au moment de ’assaut. ï enten-daît es baes sîler au dessus de sa tête… Quand tout à coup pusîeurs ombres se jetèrent à queques pas de uî au ond de a tranchée. Unîormes beus ! Ce sont des Françaîs ! ï crîa ! ï reconnut deux de ses hommes parmî es cînq antômes couverts de boue et de e umée. es autres venaîent du 54 de îgne. – «Venez par là ! leur crîa-t-îl, vous serez un peu plus à l’abrî» En rampant, es sodats vînrent se bottîr contre eur capora, attendant un moment propîce pour revenîr vers eurs îgnes. – « Nous ne quîtterons pas cette tranchée leur annonça Phîlîppe, nous avons gagné quelques mètres sur le ront Allemand et nous attendrons les nôtres !»
a nuît arrîvaît. a mîtraîe dîmînuaît. e ront aaît se stabîîser pour queques heures au moîns. Certaînement on aaît voîr es punîs essayer de ramener queques bessés agonîsants vers eur îgne. Une ampe aîssa entrevoîr soudaîn un aîsceau de umîère au bout de a tranchée sur a gauche. Phîîppe poînta son usî dans a dîrectîon attendant un sîgne amî ou ennemî. - «Halte-là !» hura-t-î. Une voîx répondît : - «Tu n’es pas encore mort ! Tant mîeux ! Ne m’allume pas…j’ar-rîve !» ïs étaîent troîs sodats chasseurs à pîeds, avec à eur tête un adju-dant manchot que Phîîppe connaîssaît. ïs venaîent repérer e terraîn conquîs et étaîent très heureux d’y trouver des camarades. ’adjudant tendît à Phîîppe sa gourde et une cîgarette aumée. Une gorgée de pînard seraît a bîenvenue. ï demanda ensuîte aux sodats de revenîr en arrîère et au bout du boyau de prendre sur a gauche. Aînsî îs arrîveraîent jusqu’aux îgnes rançaîses sans aucun probème. e retour ne dura guère ! Phîîppe se présenta au rapport et e îeutenant ayant comprîs ’împortance de ce saut de puce bîen în-
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voontaîre pour Phîîppe, uî annonça qu’î e proposeraît pour une récompense. Bîen joî pensa-t-î, maîs ce quî comptaît e pus maîntenant, c’étaît d’aer dormîr ! e endemaîn matîn, ’ordonnance annonça à Phîîppe qu’î étaît chargé de ramener vers ’arrîère, à Bar e Duc, un convoî de bessés de a veîe et qu’î veuîe bîen se tenîr prêt pour e départ à tout mo-ment. Une « perm » ’attendaît au quartîer généra, î pourraît aînsî aer reconnatre son Isnouveau né. Que bonheur ! Quînze jours oîn de ’ener ! EnIn je vaîs pouvoîr respîrer et retrouver un peu de sérénîté, pensa-t-î.
Transports de troupe de l’époque
Paroles de maquisard 23
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