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Pas envie d'être arabe

De
450 pages
Pas envie d'être arabe. C'est le titre en forme de boutade de ma toute première chronique dans La Presse. Le hasard a fait en sorte que j'ai été nommée chroniqueuse un certain 10 septembre 2001. Le 11, bien malgré moi, je suis devenue chroniqueuse arabe.
Je n'ai jamais voulu de cette étiquette. Non pas qu'il y ait dans mes origines quoi que ce soit de honteux. Mais l'idée de me retrouver dans le camp des suspects, aux côtés de millions de gens pas plus suspects que moi, ne m'intéressait pas. L'idée de devoir choisir une seule appartenance, non plus.
Longtemps, je n'ai même pas su que j'étais une «minorité visible». Le pire qui m'était arrivé, c'était de me faire traiter de chameau et d'en rire. Mais je ne suis pas une victime pour autant. Les victimes n'ont pas le luxe d'une aussi belle tribune. Je ne suis que témoin. Journaliste un peu arabe et très chanceuse, témoin d'un malaise qui me dépasse, qui nous dépasse. Un malaise que j'ai tenté, au fil des chroniques, de retourner dans tous les sens. Pour voir au dos des clichés si on s'y trouve.
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CHRONIQUES ET REPORTAGES 20002014
É C R I T S CHRONIQUES
Pas envie d’être arabe a été publîé sous la dîrectîon de Serge Théroux.
Conceptîon de la couverture et desîgn graphîque : Les Éclaîreurs Dîrectîon de l’édîtîon : Renaud Plante Dîrectîon de la productîon : Marîe Lamarre Révîsîon : Jenny-Valérîe Roussy Correctîon : Phîlîppe Paré-Moreau
© 2014 Rîma Elkourî et les édîtîons Somme toute
ISBN papîer 978-2-924283-58-5 epub 978-2-924283-59-2 pd 978-2-924283-60-8
Nous remercîons le Conseîl des arts du Canada de l’aîde accordée à notre programme de publîcatîon et la SODEC pour son appuî financîer en vertu du Programme d’aîde aux entreprîses du lîvre et de l’édîtîon spécîalîsée.
Nous reconnaîssons l’aîde financîère du gouvernement du Canada par l’entremîse du Fonds du lîvre du Canada (FLC) pour nos actîvîtés d’édîtîon.
Gouvernement du Québec – Programme de crédît d’împôt pour l’édîtîon de lîvres – Gestîon SODEC
Toute reproductîon, même partîelle, de cet ouvrage est înterdîte. Une copîe ou reproductîon par quelque procédé que ce soît, photographîe mîcrofilm, bande magnétîque dîsque ou autre, constîtue une contreaçon passîble des peînes prévues par la loî du 11 mars 1957 sur la protectîon des droîts d’auteur.
Dépôt légal – 4e trîmestre 2014 Bîblîothèque et Archîves natîonales du Québec Bîblîothèque et Archîves Canada
Tous droîts réservés Imprîmé au Canada
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MOI
CHRONIQUES AUTOBIOGRAPHIQUES
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MOI Chroniques autobiographiques
Je suîs tombée dans le journalîsme par hasard. Depuîs, je remercîe le hasard.
En 1998, j’aî posé ma candîdature à un stage en journalîsme àLa Presseun peu comme on envoîe une bouteîlle à la mer. Un job d’été întéressant, me dîsaîs-je. Je ne m’attendaîs à rîen. Surtout pas à ce que cet été devîenne ma vîe.
D’aussî loîn que je me souvîenne, ma mère aichaît les chro-nîques de Foglîa sur la porte du rîgo. Maîs le journalîsme n’avaît jamaîs été consîdéré comme un métîer envîsageable pour uneenant d’îmmîgrants commemoî. Dans maamîlle, le vaste choîx quî s’ofraît à moî, c’étaît médecîn ou encore… médecîn.Àlarîgueur,génétîcîenne«commeAlbertJacquard», précîsaît mon père. On ne quîtte pas l’încertîtude pour voîr ses enants choîsîr un métîer încertaîn.
Contraîrement à mon rère quî est devenu un brîllant chîrur-gîen, je n’aî pas suîvî le plan de carrîère quî m’étaît assîgné au berceau. C’est aînsî que je me suîs retrouvée àLa Presse. À l’époque, je termînaîs une maïtrîse en lîttérature compa-rée sans trop savoîr où cela me mèneraît. Maîs au bout de ce premîer été dans une salle de rédactîon, j’aî comprîs que
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j’avaîs toujours voulu être journalîste sans le savoîr. Obser-ver le monde. Le questîonner. Le raconter. Et recommencer. Y a-t-îl vraîment un plus beau métîer ?
Mîlle et quelques textes plus tard, je ne me lasse pas de ce travaîl en dîrect de la vîe nî des abuleuses rencontres qu’îl me permet de aîre.
Depuîs 2001, j’aî le bonheur de aîre de la chronîque, la orme la plus lîbre de journalîsme. J’aî le prîvîlège d’avoîr une trî-bune et tout ce quî vîent avec. Des pots et des fleurs. Des gens quî m’écrîvent pour me confier leur vîe. D’autres quî m’en-voîent des însultes préventîves. Des lecteurs adorables quî s’înquîètent des trop longs sîlences. D’autres un peu moîns sympathîques quî aîmeraîent tant me aîre taîre.
C’est l’aspect du métîer dont on me parle le plus souvent. Les réactîons vîrulentes que des textes d’opînîon peuvent sus-cîter. Tous les chronîqueurs y ont droît. La seule dîférence dans mon cas, c’est le acteur « arabe » quî guîde paroîs les réactîons. Ces oîs où l’on s’attarde plus à ce que je suîs qu’à ce que je dîs.
Je ne suîs pas une vîctîme pour autant, tant s’en aut. Les vîctîmes n’ont pas le luxe d’une aussî belle trîbune. Je ne suîs quetémoîn. Journalîsteunpeuarabeet très chanceuse, deve-nue chronîqueuse un certaîn 10 septembre 2001. Témoîn d’un malaîse quî me dépasse, quî nous dépasse. Un malaîse que j’aî tenté, au fil des chronîques, de retourner dans tous les sens. Pour voîr au dos des clîchés sî l’on s’y trouve.
Rima Elkouri, Montréal, juillet 2014