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Pierre Gassendi

De
264 pages
Figure centrale de la République des Lettres, Pierre Gassendi a souvent été réduit au rôle du rival malheureux de Descartes ou du philosophe sans système. Cet ouvrage présente pour­tant un savant passionnant, à la pensée riche et complexe, que la pratique et l’éthique de soi ont mené sur le chemin de la connaissance et de la sagesse.
En se penchant sur les choix poétiques et discursifs de Gassendi, l’auteure met en avant l’actualité de sa pensée, proche de nos questionnements sur notre rapport aux émotions, à notre corps ou à la nature. Elle tente par ailleurs de saisir sa pensée dans son ensemble, à la fois dans ses dimensions scientifique et spirituelle, sans chercher à opposer ces deux aspects. Ce faisant, elle montre le lien particulier qui s’établit entre vérité, savoir et raison au xviie siècle et la manière dont se racontait alors le métier de savant et de penseur – Gassendi empruntant, quant à lui, la voie de la conversion.
Judith Sribnai est professeure adjointe au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal.
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Judith Sribnai
Figure centrale de la République des Lettres, Pierre Gassendi
a souvent été réduit au rôle du rival malheureux de Descartes Pierre Gassendi
ou du philosophe sans système. Cet ouvrage présente
pourtant un savant passionnant, à la pensée riche et complexe, que Le voyage vers la sagesse (1592-1655)
la pratique et l’éthique de soi ont mené sur le chemin de la
connaissance et de la sagesse.
En se penchant sur les choix poétiques et discursifs de
Gassendi, l’auteure met en avant l’actualité de sa pensée, proche
de nos questionnements sur notre rapport aux émotions, à notre
corps ou à la nature. Elle tente par ailleurs de saisir sa pensée
dans son ensemble, à la fois dans ses dimensions scientifque et
spirituelle, sans chercher à opposer ces deux aspects. Ce faisant,
elle montre le lien particulier qui s’établit entre vérité, savoir
eet raison au xvii siècle et la manière dont se racontait alors le
métier de savant et de penseur – Gassendi empruntant, quant à
lui, la voie de la conversion.
Judith Sribnai est professeure adjointe au Département des littératures de
langue française de l’Université de Montréal.
• 34,95 $ 31 e isbn 978-2-7606-3793-1
Couverture : Paysage avec chasse au sanglier, Joos de Momper (II),
c. 1590 - c. 1635. Rijksmuseum (domaine public)espace
Disponible en version numérique´litteraire
www.pum.umontreal.ca Les Presses de l’Université de Montréal
PUM
sribnai
Pierre GassendiGassendi.final.indd 2 2017-08-20 11:03 PMpierre gassendi
Gassendi.final.indd 3 2017-08-20 11:03 PMGassendi.final.indd 4 2017-08-20 11:03 PMpierre gassendi
Le voyage vers la sagesse
(1592-1655)

Judith Sribnai
Les Presses de l’Université de Montréal
Gassendi.final.indd 5 2017-08-20 11:03 PMMise en pages : Yolande Martel
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec
et Bibliothèque et Archives Canada
Sribnai, Judith
Pierre Gassendi ; le voyage vers la sagesse (1592-1655)
(Espace littéraire)
Comprend des références bibliographiques.
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s).
isbn 978-2-7606-3793-1
isbn 978-2-7606-3794-8 (PDF)
isbn 978-2-7606-3795-5 (EPUB)
e1. Gassendi, Pierre, 1592-1655. 2. Philosophie française – 1 s7iècle. I. Titre. II. Collection : Espace
littéraire.
b1887.s64 201 7 194 c2017-940945-x
c2017-940946-8
eDépôt légal : 3 trimestre 2017
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
© Les Presses de l’Université de Montréal, 2017
Cet ouvrage a été publié grâce à une subvention de la Fédération des sciences humaines de
concert avec le Prix d’auteurs pour l’édition savante, dont les fonds proviennent du Conseil de
recherches en sciences humaines du Canada.
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien fnancier le Conseil des arts
du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
imprimé au canada
Gassendi.final.indd 6 2017-08-20 11:03 PMLes hommes qui veulent sincèrement penser ressemblent souvent au
ver à soie, qui accroche son fl à toutes choses autour de lui, et ne
s’aperçoit pas que cette toile brillante devient bientôt solide, et sèche,
et opaque, qu’elle voile les choses, et que, bientôt, elle les cache ; que
cette sécrétion pleine de riche lumière fait pourtant la nuit et la prison
autour de lui ; qu’il tisse en fls d’or son propre tombeau, et qu’il n’a
plus qu’à dormir, chrysalide inerte, amusement et parure pour d’autres,
inutile à lui-même. Ainsi les hommes qui pensent s’endorment souvent
dans leurs systèmes nécropoles ; ainsi dorment-ils, séparés du monde et
des hommes ; ainsi dorment-ils, pendant que d’autres déroulent leur fl
d’or, pour s’en parer.
Ils ont un système, comme on a des pièges pour saisir et
emprisonner. Toute pensée ainsi est mise en cage, et on peut la venir voi r;
spectacle admirable ; spectacle instructif pour les enfants ; tout est mis
en ordre dans des cages préparées ; le système a tout réglé d’avance.
Seulement, le vrai se moque de cela. Le vrai est, d’une chose
particulière, à tel moment, l’universel de nul moment. À le chercher, on perd
tout système, on devient homme ; on se garde à soi, on se tient libre,
puissant, toujours prêt à saisir chaque chose comme elle est, à traiter
chaque question comme si elle était seule, comme si elle était la
première, comme si le monde était né d’hier. Boire le Léthé, pour revivre.
Alain , Les Marchands de sommeil
Une fois qu’on lui demandait à quelle fn il avait été engendré, il
répondit : « Pour observer le soleil, la lune et le ciel ».
Diogène Laërce, « Anaxagore », II, 10
Gassendi.final.indd 7 2017-08-20 11:03 PMGassendi.final.indd 8 2017-08-20 11:03 PMremerciements
L’aide du Conseil de recherches en sciences humaines a été
particulièrement précieuse et m’a permis de me consacrer à ce travail.
Je tiens à remercier chaleureusement Lucie Desjardins pour m’avoir
encouragée à écrire ce livre et pour m’avoir soutenue et guidée tout au
long de sa rédaction.
J’aimerais également adresser ma très grande reconnaissance à tous
les membres du Centre de recherche interuniversitaire en sociocritique
des textes pour leur générosité intellectuelle, leur infatigable
enthousiasme et leur indéniable sens de la fête. Ils ont été les premiers à écouter
et à éprouver les thèses de ce livre.
Un immense merci à Sylvie Taussig qui a partagé avec moi son int-é
rêt pour Gassendi, ainsi que son savoir et son érudition. D’une manière
ou d’une autre, elle a été présente tout au long de ma réfexion.
Toute ma gratitude va à mes relecteurs et à ceux qui ont toujours
témoigné d’une imperturbable confance : Jean-Pierre et Christiane
Sribnai, Anne Bertrand, Marjorie Dennequin, Sara Harvey, Élise
Revon-Rivière, Cécile Poletti, Bernabé Wesley.
Enfn, toutes mes pensées à l’incroyable Julian Menezes, Socrate
moderne s’il en est.
Gassendi.final.indd 9 2017-08-20 11:03 PMliste des abréviations
DM Recherches métaphysiques (Disquisitio metaphysica)
LF Lettres familières
LL Lettres latines
LP Lettres à Peiresc
OO Opera omnia
PA Dissertations en forme de paradoxes contre les aristotéliciens (Exercitationes
paradoxicæ)
PP Préliminaires à la physique
VP Vie de Peiresc
Gassendi.final.indd 10 2017-08-20 11:03 PMintroduction
Jouir d’un ciel plus libre, plus lumineux, plus humain.
Gassendi , Lettres latines
Malgré les importantes études qui lui ont été consacrées, Pierre Gassendi
(1592-1655) est encore peu ou pas connu, non seulement du grand public
mais aussi des spécialistes de l’Ancien Régime. Voilà un philosophe
qui appartient défnitivement à un autre temps. C’est peu dire qu’il
soufre de l’envahissante prédominance de Descartes dans l’imaginaire
occidental. Les deux hommes avaient peu en commun, se sont opposés
sur presque tout, et il faut reconnaître à Descartes un sens de l’à-propos
qui l’a certainement aidé à devenir une fgure emblématique, et un peu
monolithique, de la pensée et du sujet modernes. L’intérêt des dernières
décennies pour les auteurs dits « libertins » a sans doute redonné à
Gassendi quelque notoriété parmi les dix-septièmistes, littéraires et
philosophes. Son nom apparaît fréquemment au côté de ceux de Cyrano de
Bergerac, La Mothe Le Vayer, Naudé, Saint-Évremond ou La Fontaine.
Mais, l’efet de lecture peut être trompeur car on est alors tenté de faire
passer la foi de Gassendi au second plan, ou de la prendre comme un
voile prudent jeté sur des idées séditieuses. Enfn, pour l’histoire des
sciences, il reste certes une personnalité importante, mais qui a eu le
tort de ne rien inventer et d’avoir la réputation de n’être pas bon
mathématicien, deux caractéristiques qui lui laissent peu de chance face aux
impératifs de l’historiographie contemporaine.
Pourtant, à beaucoup d’égards, Gassendi me semble incroyablement
proche de nos préoccupations et de nos inquiétudes actuelles. Soucieux
de ne pas trahir la complexité du monde et de l’être, il ménage une
place essentielle aux émotions, aux passions et à la singularité de chaque
corps dans la compréhension de ce que nous sommes. Tout individu,
Gassendi.final.indd 11 2017-08-20 11:03 PM12 • pierre gassendi et le voyage vers la sagesse
irréductible au genre humain, est un composé de chair et d’esprit, une
mémoire fragile mais tenace, un fragment, éphémère et minuscule,
du monde. Émerveillé par le foisonnement complexe et inépuisable
de la nature, le philosophe aspire à la comprendre, non par volonté de
la dominer ou de l’exploiter mais par désir de célébrer sa beauté et de
rendre hommage à son créateur. Pédagogue, il s’interroge sur la manière
dont on peut renoncer à l’autorité, transmettre des connaissances et des
pratiques, tout en faisant retour à des philosophes anciens qui ont, eux
aussi, passionnément cherché à mieux vivre. Dans sa recherche et son
intérêt pour la nouveauté, il réféchit aux conditions d’élaboration d’un
savoir qui n’est jamais une œuvre solitaire mais un ouvrage collectif
et infni. Pour toutes ces raisons, Gassendi est un penseur qui nous
est sûrement plus familier qu’il n’y paraît au premier abord. On peut
expliquer de plusieurs manières le relatif oubli dans lequel il est tombé,
alors même qu’il fut de son vivant un personnage visiblement
impor1tant et respecté . De façon générale, Descartes a été l’arbre cachant la
e 2forêt des philosophes du xvii siècle . Plus spécifquement, les ouvrages
de Gassendi sont souvent fort toufus, écrits dans un latin difcile,
lardés de nombreuses références ce qui en rend l’accès mal-aisé. Ces
caractéristiques, cependant, relèvent en partie d’un choix rhétorique et
éthique qui me paraît essentiel. Les traductions et les études récentes
dont Gassendi a fait l’objet, la curiosité renouvelée pour un siècle moins
univoque qu’il ne semblait, nos interrogations présentes sur le rôle des
sciences et la transmission des savoirs fniront peut-être par venir à bout
de cet isolement.
Dans ses textes théoriques comme dans sa correspondance, Gassendi
raconte souvent comment il travaille, il dit le difcile et répétitif quoti -
dien du chercheur, les piétinements, les doutes et les grands
enthousiasmes. Il réféchit beaucoup aux transformations des pratiques savantes
et se demande, en somme, ce que signife être savant ou philosophe
après Copernic et Galilée. Il met ainsi en récit, de manière directe ou
non, sa vie de chercheur et ce qu’il considère comme son itinéraire,
d’homme et d’érudit, vers la vérité. Ce sont ce cheminement, sa mise en
1. Voir les textes rassemblés par Sylvie Taussig et Anthony Turner danMs émoire de
Gassendi. Vies et célébrations écrites avant 1700 , Brepols, 2008.
e2. Le récent Dictionnaire des philosophes du xvii siècle (Luc Foisneau et al. (dir.),
Classiques Garnier, 2015) a notamment pour vocation de remédier à cet efet de
perspective.
Gassendi.final.indd 12 2017-08-20 11:03 PMintroduction • 13
scène et ses signifcations qui m’intéressent, et c’est ce que j’appellerai la
« conversion du savant ». Le terme « savant » recouvre à la fois des
contenus et des pratiques propres à cette période de lentes mutations
épistémologiques. La science, dans les textes de Gassendi, embrasse tout
d’abord des domaines aussi divers, et non exclusifs, que l’astronomie, la
physique, la numismatique, les mathématiques, la logique, l’éthique et
la traduction de textes anciens. Elle renvoie ensuite aux comptes rendus
des dernières lectures aussi bien qu’aux rapports d’expériences dont il
faut donner une description précise afn d’attester de leur validité et
d’assurer leur répétition. La science est donc érudition mais aussi
savoirfaire – savoir-faire qui est le fer de lance d’une « science nouvelle » se
proclamant avant tout expérimentale.
Sous l’impulsion notamment de Galilée, la période classique s’eforce
de distinguer discours de la foi et discours savant, les nouvelles
hypothèses héliocentriques pouvant ainsi coexister avec les Écritures et les
représentations du monde héritées de Ptolémée. Cependant, lorsque
savants, philosophes ou romanciers racontent l’accès à la vérité, il est
remarquable qu’ils empruntent souvent le modèle du récit de conversion
religieuse ou philosophique. Ils en adoptent et détournent les motifs,
3dégagés en particulier par Pierre Hadot : conjonction d’un retour à un
état favorable à l’intelligence de la vérité (epistrophê) et d’un renouveau
profond du sujet (métanoïa) ; nécessité d’une lente initiation à la
connaissance et événement d’une vérité soudain frappante ; volonté engagée du
converti et soumission à un principe qui le dépasse. Gassendi, homme
d’Église et ardent défenseur de la « science nouvelle », est une fgure
exemplaire de cette convergence du savant et du converti et c’est sur son
seul cas que je me pencherai. Mais une étude semblable pourrait être
menée pour des auteurs comme Charles Sorel, Marin Mersenne, Cyrano
de Bergerac, René Descartes, Spinoza. Dans tous les cas, et malgré les
dires des auteurs, il existe une grande proximité, à mon avis toujours
d’actualité, entre discours savant et discours religieux ou spirituel.
Celle-ci est perceptible dans l’adoption d’un récit et d’un imaginaire
communs, ceux de la conversion, qui supposent un rapport particulier
4à la raison, à la vérité et au savoir . On le verra, Gassendi a la particularité
3. Exercices spirituels et philosophie antique, Albin Michel, 2002.
4. J’entends « imaginaire » ou « imaginaire social » au sens que la sociocritique donne
à ces termes (Pierre Popovic, « La sociocritique. Défnition, histoire, concepts, voies
od’avenir », Pratiques, n 151/152, 2011, p 7-.38). La question du lien entre science et fction
ea fait l’objet de plusieurs recherches, sur des corpus du xvii siècle (Bertrand Binoche et
Gassendi.final.indd 13 2017-08-20 11:03 PM14 • pierre gassendi et le voyage vers la sagesse
d’être très attentif aux leurres d’une science toute puissante et détenant
le monopole du vrai. Il est essentiel pour lui de rappeler que, si l’homme
court après la vérité, il lui faut néanmoins s’accommoder de discours
probables. Une telle posture peut certainement se comprendre dans le
contexte d’un scepticisme modéré qui séduit le début du siècle et qu’a
5analysé Richard H. Popkin . Il n’en reste pas moins que, pour Gassendi,
nous avons les moyens de nous prononcer sur les phénomènes visibles et
invisibles. Notre itinéraire vers le savoir dépend de la confance dans le
progrès des connaissances, de la foi dans l’existence du vrai et de
l’expérience de nos faiblesses.
La conversion renvoie donc à un modèle narratif complexe et, au sens
où l’entendait Fernand Hally, elle invite également à une approche
poétique et rhétorique des œuvres. Repérage de fgures, de structures
polyphoniques ou de topos narratif signalent « dans les dispositifs
explicites de l’énonciation et de l’énoncé les indices de la complexité d’un
6fonctionnement interne ». La conversion fonctionne de plus comme
concept historiographique et heuristique permettant de saisir la
cohé7rence d’une pensée à un moment de l’histoire . C’est sous ces diférents
aspects que j’aimerais faire dialoguer ce dispositif avec l’œuvre de
Gassendi. L’imaginaire de la conversion est en efet extrêmement pré -
e egnant aux xvi et xvii siècles. Sur un plan institutionnel d’abord, la
Réforme catholique et les tensions avec les Réformés occupent la scène
politique et religieuse. De nombreux récits de conversion, souvent
norDaniel Dumouchel (dir.), Passages par la fction. Expériences de pensée et autres dispositifs
fctionnels de Descartes à Madame de Staël , Hermann, 2013) jusqu’au contemporain
(JeanFrançois Chassay, Si la science m’était contée. Des savants en littérature, Seuil, 2009). Ce
travail s’inscrit dans la suite de ces études.
5. Richard H. Popkin, Histoire du scepticisme d’Érasme à Spinoza, PUF, 1995. Les
thèses de Popkin ont été beaucoup nuancées par la suite, notamment, dans le domaine
de la physique, par Sylvie Roux, « Le scepticisme et les hypothèses de la physique », Revue
ode Synthèse, n 2-3, 1998, p .211-255.
6. Fernand Hallyn, Les structures rhétoriques de la science. De Kepler à Maxwell, Paris,
Seuil, 2004, p. 13. Il faut noter ici que, contrairement aux textes qu’étudie Frédérique
Aït-Touati par exemple, Gassendi ne considère pas que la fction puisse servir la science
(Contes de la lune. Essai sur la fction et la science modernes , Gallimard, 2011). Cela ne
l’empêche pas de mobiliser des structures fctionnelles – le récit du voyageur par exemple.
7. Sur la conversion comme « théorie de la connaissance », voire les analyses de
Laurence Devillairs à la suite d’Henri Gouhier, « L’histoire de la philosophie : une afaire
de conversion ? Henri Gouhier lecteur de Pascal, Descartes et Fénelon », TéoRèmes, 2012
<http://theoremes.revues.org/361> (consulté le 20 octobre 2014). Pour ma part, elle me
semble faire le lien entre théorie de la connaissance, ethos, représentations
circonstancielles et discursives du savoir et du savant.
Gassendi.final.indd 14 2017-08-20 11:03 PMintroduction • 15
més, sont publiés ou échangés, puis utilisés par les deux camps pour
8alimenter de violentes polémiques , polémiques qui se termineront
momentanément en 1685 par la révocation de l’édit de Nantes. Tout au
elong du xvii siècle, le converti est, par conséquent, une fgure à la fois
omniprésente, problématique et politiquement chargée qui porte avec
9elle un certain imaginaire de l’unité . De plus, les récits et les
expériences mystiques, prolongements du renouveau spirituel de la fn du
exvi siècle, sont alors en vogue et entraînent bien des réfexions sur la
10réception de la parole divine . Sur un plan politique, ensuite, la
colonisation du Nouveau Monde est aussi un efort de domination confession -
nelle, les missionnaires de diférentes congrégations et ordres étant
extrêmement présents et actifs dans ces conquêtes. Les parutions de
récits de missionnaires, la vogue des relations de voyage témoignent de
l’intérêt des contemporains de Gassendi pour ces peuples qu’il faudrait
faire rentrer de force, mais volontairement, dans le droit chemin.
La confusion des fgures du converti et du savant fut, de plus, le fait
de l’Église. Cette dernière en ft notamment un argument contre la
distinction, suggérée par les savants, entre vérité de la raison et vérité de
la foi. À l’issue de son procès, en 1633, Galilée doit par exemple abjurer
la thèse défendue dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du
monde : comme le soutient le tribunal de l’Inquisition, l’héliocentrisme
relève d’une erreur, d’un égarement, tandis que la vérité, à laquelle
Galilée doit se rendre, est celle des Écritures. D’ailleurs, les travaux de
Copernic sont à l’index depuis 1616. Il existe donc, pour l’Inquisition,
un système du monde. Et, comme il ne peut y avoir plusieurs dieux, une
concurrence des représentations du monde n’est pas tenable. Galilée est
alors sommé d’abjurer, c’est-à-dire de renoncer publiquement à son
8. Nicolas Brucker, La conversion. Expérience spirituelle, expression littéraire, Peter
Lang, 2005. Sur les particularités du modèle chrétien de la conversion et le renouveau
identitaire (collectif ou personnel), voir Anne Pasquier, « Itinéraires de conversion dans
ole christianisme ancien », Cahiers d’ études du religieux. Recherches interdisciplinaires, n 9,
<http://cerri.revues.org/869> (consulté le 20 janvier 2015).
9. Voir l’appel à la tolérance du protestant Pierre, Bayle, De la tolérance. Commentaire
philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ « contrains-les d’entrer », Pocket, 1992. Les
relations de conversion du protestantisme au catholicisme, qui semblent adopter le
modèle de saint Augustin, portent elles aussi cette peur et cette critique du schisme,
e eTierry Wanegfelen, « Récits de conversion des xvi et xvii siècles. Discours
confessionnels et expérience individuelle », dans Jean-Christophe Attias (dir.), De la conversion,
Cerf, 1997, p. 183-202.
e e10. Michel de Certeau, La fable mystique xvi -xvii siècle, I, Gallimard, 1982.
Gassendi.final.indd 15 2017-08-20 11:03 PM16 • pierre gassendi et le voyage vers la sagesse
erreur. Ce faisant, il doit abandonner une fausse croyance pour entrer à
nouveau dans le giron de l’Église. Son trajet est donc bien celui d’un
converti, avec tous les problèmes que cela pose. Aveuglé par un
fauxsemblant, Galilée retourne au vrai et il se doit de témoigner de son
errance et de son éveil, car la conversion est toujours afaire d’imitation
et d’exemple : le chrétien reprend le chemin du Christ ou de Damas, il
publie sa rédemption et la gloire de Dieu, comme le ft saint Augustin.
La transmission est, en efet, l’un des aspects fondamentaux de la
conversion. En même temps, la parole du converti ou du relaps peut
tromper et seul Dieu connaît le secret des cœurs. Cette position des
autorités religieuses se comprend dans un contexte où diférents sys -
tèmes de représentation entrent en concurrence et où la science promeut
de nouveaux modèles épistémologiques. Entre les théories héritées de
Ptolémée ou celles défendues par Copernic, le savant, le philosophe ou
le croyant doit bien se convertir, c’est-à-dire choisir une voie plutôt
qu’une autre et se penser en conséquence. Est-il l’habitant d’un monde
fni, d’une terre immobile, centrale, et créée pour lui ? Ou occupe-t-il,
dans un espace infni, une petite planète en rotation autour du soleil ?
L’individu fait alors l’expérience de territoires et de temporalités
distincts. Rien n’empêche bien sûr de combiner ces représentations ou
d’imaginer leur complémentarité, ce que frent par exemple Descartes,
Tycho Brahe ou Gassendi. Mais, quoi qu’il en soit des modèles choisis,
il y a quelque chose de l’ancien monde à abandonner pour pouvoir
penser le nouveau. Une telle transformation est rarement
l’aboutisse11ment d’une rupture brutale et datable . Descartes, par le récit de la
révélation onirique des Olympiques, puis par la mise en scène du
Discours de la méthode, fait de l’entrée dans la modernité un coup de
théâtre : l’apprenti philosophe, éveillé par un message divin, abandonne
ses maîtres, son pays et ses croyances, pour renaître à soi et au monde,
neuf et immaculé. On sait que les Méditations métaphysiques doivent
12beaucoup à l’imaginaire de la manducation spirituelle et proftèrent
11. Simone Mazauric, « De l’âge baroque à l’âge classique : construction d’une
nouvelle rationalité scientifque », dans Jean-Paul Aeschlimann et al., Histoire et agronomie.
Entre rupture et durée, IRD Éditions, p. 91-104. L’auteure remet en question l’idée d’une
« rupture épistémologique ». Il n’y a pas eu, selon elle, de « conversion radicale » (p. 100).
12. La manducation, ou le fait de manger, renvoie dans le domaine religieux à la fois
au moment de la communion et à l’exercice méditatif. Il s’agit de « manger » ou «
d’incorporer » la parole du Christ.
Gassendi.final.indd 16 2017-08-20 11:03 PMintroduction • 17
13d’un courant néo-augustinien sensible chez les mondains . On verra
cependant que, pour Gassendi, le trajet vers la vérité n’est pas toujours
synonyme de renversement ou de catastrophe.
La conversion constitue, par ailleurs, une trajectoire propre au
philosophe antique ce que Gassendi, qui fréquente intensément Platon, les
14stoïciens, Épicure, Pyrrhon n’ignore pas . Dès l’Antiquité, discours de
la foi et discours de la science sont plus complémentaires
qu’antagonistes. Ce sont des modes d’explication du monde et surtout des
manières de pouvoir l’habiter. Notre connaissance des dieux et de la
physique est, pour Épicure ou les stoïciens par exemple, inséparable
d’une façon d’être et de vivre, pour soi et avec les autres, c’est-à-dire
d’une manière de philosopher. Chez Épicure, la connaissance de la
physique est un remède au souci de l’âme et c’est elle aussi qui permet
de ne pas prêter aux dieux des intentions révélatrices de nos angoisses et
de notre ignorance. Pierre Hadot et Michel Foucault ont chacun montré
ce que la conversion chrétienne devait aux concepts de métanoïa et
15d’epistrophê développés par les Anciens . Pierre Gassendi, chrétien
convaincu, qui connaît bien les milieux dévots de Grenoble et de la
16Visitation , ainsi que les missions d’un personnage comme François de
Sales, grand lecteur et héritier des Anciens, astronome enthousiaste, est
familier de ces diférentes traditions. Le récit de conversion est un
moyen pour lui d’être à la fois, et sans contradiction, un savant, un sage
et un chrétien.
e13 . Christian Belin, La conversation intérieure. La méditation en France au xvii siècle,
Champion, 2002.
14. Gassendi fréquente aussi Montaigne (voir par exemple LL, p. 2) avec qui il
partage un grand nombre de questionnements, ainsi qu’un intérêt pour les philosophes
antiques. Le rapprochement entre Montaigne et Gassendi demanderait un travail à part
entière qui m’amènerait trop loin mais il est important de souligner une proximité de
pensées entre les deux hommes.
15 . Pierre Hadot, « Exercices spirituels antiques et “philosophie chrétienne” », dans
Exercices spirituels et philosophie antique, op. cit., p. 75-98 et Qu’est-ce que la philosophie
antique ?, Gallimard, 1995, p .355 sqq. ; Michel, Foucault, Du gouvernement des vivants.
Cours au Collège de France (1979-1980), EHESS, 2012. Également, sur l’éthique et les
techniques de soi, Daniele Lorenzini, Éthique et politique de soi. Foucault, Hadot, Cavell
et les techniques de l’ordinaire, Paris, Vrin, 2015.
16. Je remercie vivement Marjorie Dennequin pour ces informations concernant les
passages de Gassendi à Grenoble.
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18 • pierre gassendi et le voyage vers la sagesse
Lorsqu’il évoque l’« ensemble assez important de représentations
singulièrement modernes » dont témoigne l’œuvre de Gassendi, Oliver
Bloch remarque :
Et pourtant, ces formulations novatrices, Gassendi les a, dans une large
mesure, élaborées à partir du passé : passé lointain de l’atomisme antique et
passé renaissant, dont le souci « humaniste » a permis, en réintroduisant
celui-ci, de l’introduire en la présence de la science nouvelle – passé
médiéval, où les notions théologiques d’espaces et de temps « imaginaires », et plus
précisément peut-être les raisonnements des théologiens nominalistes, ont
servi de première armature aux conceptions nouvelles qu’il en proposait –
17passé plus proche du naturalisme italien des novatores […] .
La nouveauté des travaux de Gassendi s’inscrit ainsi dans un triple
mouvement de retour : retour à la physique des Anciens, à la théologie
18médiévale et au naturalisme italien . En ce sens, le renouvellement de
la réfexion savante dépend de la réappropriation de systèmes et de
doctrines non seulement distincts les uns des autres, mais également
ancrés dans une temporalité et une vision du monde a priori éloignées
de celles qu’élabore alors la nouvelle science. Un tel « processus de
trans19mutation » révèle deux particularités du parcours gassendiste. Tout
d’abord, Gassendi se situe à la croisée d’une tradition philosophique et
religieuse en même temps qu’il est un ardent défenseur de la science
expérimentale. Ces héritages, qui ne s’excluent pas, ont plutôt tendance
à se renforcer l’un l’autre. Ordonné prêtre en 1616, nommé prévôt de la
cathédrale de Digne en 1626, Gassendi enseigne la philosophie à Aix,
puis les mathématiques au Collège royal. Homme d’Église, il est occupé
par ses obligations ecclésiastiques autant que par les confits politiques
20liés à l’exercice de ses charges . Il défend sans ambiguïté sa foi
catholique et reproche à Descartes de vouloir démontrer l’existence de Dieu
par des réalités objectives quand celle-ci ressort du domaine de la
révé17. Olivier Bloch, Matière à histoires, « Gassendi et le passage du Moyen-Âge à l’Âge
classique », Vrin, 1997, p. 146 (l’auteur souligne).
18. Sur les novatores, voir notamment Jean-Claude Margolin, Philosophies de la
Renaissance, Paradigme, 1998.
19. Matière à histoires, op. cit., p. 146.
20. Sur l’occupation de ses charges, voir par exemple LL, p. 500, LF, p. 79, p. 87 ou
LP, p. 485. Sur la biographie de Gassendi, Olivier Bloch, op. cit., Sylvie Taussig, Pierre
Gassendi (-). Introduction à la vie savante , Brepols, 2004, p. 11-36 ; Howard Jones,
Pierre Gassendi (-) : An Intellectual Biography, B. de Graaf, 1981 ; Bernard, Rochot,
Pierre Gassendi, 1592-1655. Sa vie et son œuvre , Albin Michel, 1955, p .9-58.
Gassendi.final.indd 18 2017-08-20 11:03 PMintroduction • 19
21lation . Dissociant les sphères naturelle et surnaturelle, il prend le parti
22de Copernic et Galilée et se prononce pour le savoir expérimental
23plutôt que livresque. Convaincu de l’immortalité de l’âme , Gassendi
trouve néanmoins chez Épicure et les Anciens une sagesse qui a pu
24« surmonter les injures du temps » et qu’il peut amender à la lumière
de sa foi. Ses écrits illustrent cette diversité d’approches et d’infuences
autant qu’ils manifestent la place de ce philosophe au sein de la
République des Lettres : proche de l’érudit Peiresc, ami de Luillier et
fdèle de Mersenne, il écrit à Sorbière, à Campanella, au pasteur
Schickard, à Naudé, à Christine de Suède ainsi qu’à son protecteur
Louis de Valois.
Ce que l’on peut considérer comme un souci de conciliation si
caractéristique du travail de Gassendi explique par ailleurs que ses diférents
écrits (lettres, essais, biographies, traités) mobilisent aussi bien le sens
religieux que philosophique de la conversion. C’est comme chrétien et
comme lointain disciple d’Épicure que Gassendi pense son rapport à la
vérité et il importe de comprendre comment ces deux imaginaires
s’articulent. Cependant, les motifs et topoï attachés au récit de conversion
interviennent également pour relater l’expérience savante et l’accès au
savoir en général. De façon remarquable, et c’est la seconde spécifcité
du parcours gassendiste que met en relief Olivier Bloch, la démarche
intellectuelle et spirituelle du savant est bien essentiellement celle d’une
conversion : il ne peut y avoir d’invention de la science moderne sans un
efort pour habiter de nouveau le monde des Anciens et, pour le philo -
sophe, la possibilité de la modernité advient dans le passé. Si la réfexion
gassendiste reprend alors les éléments constitutifs d’une telle
concordance – ceux, par exemple, du retour et du renouveau, du renoncement
et d’une raison volontaire – elle en fait surtout son principe même. Chez
Gassendi, l’appréhension de la vérité, cette vérité qui, qu’elle soit de
l’ordre des phénomènes naturels ou du mystère divin, nous échappe, est
représentée et pensée comme la conversion permanente du sujet :
constamment transformé par ce qu’il découvre, il doit aussi se préparer
21. Sur la distinction entre domaine de la foi et domaine de la raison : DM, p. 20 ou
p. 363. Également, discours inaugural au Collège royal, OO IV, p. 66-73.
22. Voir, par exemple, les lettres qu’il adresse à Galilée dans LL, p. 6-8, p. 16-18,
passim.
23. LL, p. 28. Olivier Bloch, « Gassendi et les “semences des choses” », op. cit., p.
167173.
24. LP, p. 249.
Gassendi.final.indd 19 2017-08-20 11:03 PM20 • pierre gassendi et le voyage vers la sagesse
et se métamorphoser pour accueillir les connaissances qu’il poursuit.
Contrairement à Descartes pour qui l’on accède à des connaissances
certaines que l’on peut posséder, Gassendi propose une expérience
existentielle qui doit autant à la philosophie grecque qu’au
christianisme : si je ne peux, certes, posséder ces vérités qui m’échappent, je
peux apprendre à être dans cette nature et dans cette vérité dont je
devine à peine les secrets et les merveilles. C’est en ce sens que le
savantconverti s’eforce d’habiter un lieu qui a toujours été là mais qu’il
redécouvre et dans lequel il ne cesse de revenir, ce lieu nouveau et
antique dont la nouvelle science lui apprend le langage.
Pour montrer combien la représentation du philosophe et de son
itinéraire adopte formellement autant qu’épistémologiquement les
imaginaires propres à la conversion, cette analyse suit le mouvement
intellectuel du converti. Gassendi reprend d’abord à son compte le récit
conventionnel du cheminement philosophique, voyage platonicien,
parfois douloureux, vers les lumières du savoir, efort conduit par une
volonté libre et résultat d’une passion qui ne craint pas de se consacrer
absolument à la science. Mais ce voyage, synonyme de trouvaille et de
révélation, est en même temps, et de façon indissociable, celui du
renoncement et du retour : renoncement à la vérité, à l’amour-propre, et retour
au monde des Anciens. C’est dans la tension et la conjonction de ces
mouvements que Gassendi se montre et se raconte comme philosophe
et, fnalement, comme sage. Astronome avant tout, observateur céleste,
sa contemplation des étoiles devient le lieu et le temps d’un exercice
spirituel.
L’œuvre écrite de Gassendi est immense et les Opera omnia, publiées
25après sa mort en 1658, comprennent six gros volumes en latin . On y
trouve : le Syntagma philosophicum (volumes I et II) qui réunit les trois
grands aspects de la philosophie de Gassendi, la logique, la physique,
l’éthique ; le Syntagma philosophiæ Epicuri qui présente la même
tripartition pour retracer la pensée épicurienne ; les réponses à Aristote,
Descartes et Fludd (III) ; les travaux astronomiques (IV) ; les écrits
biographiques, notamment ceux consacrés à Épicure, Copernic, Tycho
Brahe (V) ; et la correspondance latine (VI). Il faut ajouter à cela la
correspondance en français avec Peiresc et Luillier. Sylvie Taussig,
JeanCharles Darmon, Sylvia Murr, Olivier Bloch, Bernard Rochot et Tullio
25. Opera omnia, Lyon, Laurent Anisson et Jean-Baptiste Devenet, 1658.
Gassendi.final.indd 20 2017-08-20 11:03 PMAutres titres de la collection
« Espace littéraire »
Mylène Bédard , Écrire en temps d’insurrections. Pratiques épistolaires et
usages de la presse chez les femmes patriotes (1830-1840)
Mathieu Bélisle , Le drôle de roman. L’œuvre du rire chez Marcel Aymé,
Albert Cohen et Raymond Queneau
Frédérique Bernier , La voix et l’os. Imaginaire de l’ascèse chez Saint-Denys
Garneau et Samuel Beckett
Pierre Berthiaume, Matières incandescentes. Problématiques matérialistes
des Lumières françaises (1650-1780)
eLise Bissonnette , Maurice Sand. Une œuvre et son brisant au 19 siècle
Laurence L. Bongie , Sade. Un essai biographique
Geneviève Boucher , Écrire le temps. Les tableaux urbains de Louis
Sébastien Mercier
Sous la direction de Karine Cellard et Martine-Emmanuelle Lapointe ,
Transmission et héritages de la littérature québécoise
Sous la direction d’Isabelle Daunais , La mémoire du roman
Sous la direction de Francis Gingras , Miroir du français. Éléments pour
une histoire culturelle de la langue française
Yan Hamel , L’Amérique selon Sartre. Littérature, philosophie, politique
Sous la direction de Jean-Marc Larrue et Giusy Pisano , Le triomphe de
la scène intermédiale. Téâtre et médias à l’ère électrique
Eftihia Mihelakis , La virginité en question ou les jeunes flles sans âge
Yannick Roy, La révélation inachevée. Le personnage à l’épreuve de la vérité
romanesque
Yan Rucar , La littérature électronique. Une traversée entre les signes
Sherry Simon, Villes en traduction. Calcutta, Trieste, Barcelone et Montréal
Isabelle Tremblay, Le bonheur au féminin. Stratégies narratives des
romancières des Lumières
Ania Wroblewski , La vie des autres. Sophie Calle et Annie Ernaux, artistes
hors-la-loi
Gassendi.final.indd 263 2017-08-20 11:03 PMJudith Sribnai
Figure centrale de la République des Lettres, Pierre Gassendi
a souvent été réduit au rôle du rival malheureux de Descartes Pierre Gassendi
ou du philosophe sans système. Cet ouvrage présente
pourtant un savant passionnant, à la pensée riche et complexe, que Le voyage vers la sagesse (1592-1655)
la pratique et l’éthique de soi ont mené sur le chemin de la
connaissance et de la sagesse.
En se penchant sur les choix poétiques et discursifs de
Gassendi, l’auteure met en avant l’actualité de sa pensée, proche
de nos questionnements sur notre rapport aux émotions, à notre
corps ou à la nature. Elle tente par ailleurs de saisir sa pensée
dans son ensemble, à la fois dans ses dimensions scientifque et
spirituelle, sans chercher à opposer ces deux aspects. Ce faisant,
elle montre le lien particulier qui s’établit entre vérité, savoir
eet raison au xvii siècle et la manière dont se racontait alors le
métier de savant et de penseur – Gassendi empruntant, quant à
lui, la voie de la conversion.
Judith Sribnai est professeure adjointe au Département des littératures de
langue française de l’Université de Montréal.
• 34,95 $ 31 e isbn 978-2-7606-3793-1
Couverture : Paysage avec chasse au sanglier, Joos de Momper (II),
c. 1590 - c. 1635. Rijksmuseum (domaine public)espace
Disponible en version numérique´litteraire
www.pum.umontreal.ca Les Presses de l’Université de Montréal
PUM
sribnai
Pierre Gassendi