Pierre Karl Péladeau

De
Publié par

Pierre Karl Péladeau, fils du magnat de la presse Pierre Péladeau, a passé sa vie à essayer de sortir de l’ombre de son père. De sa jeunesse comme militant marxiste à son exil en Europe pour mieux continuer l’œuvre du fondateur de Québecor, des luttes de pouvoir intestines de la compagnie à sa toute récente sortie souverainiste, Pierre Karl Péladeau, surnommé PKP par la presse et par le public, a imprimé à jamais ces trois initiales dans l’histoire du Québec. Conspué pour la poigne de fer avec laquelle il gère ses employés et son intransigeance, mais aussi admiré pour son sens des affaires, le personnage suscite les passions d’un bout à l’autre du Canada, et jusqu’aux États-Unis. Empereur controversé, il est aussi un père de famille attentionné et a longtemps formé avec Julie Snyder l’un des couples les plus médiatisés de la Belle Province.


Voici le portrait d’un homme mythique, en apparence plein de contradictions, mais au fond d’une grande cohérence, autant dans ses combats que dans ses excès, et dans sa volonté de se forger un nom qui lui est propre.
Publié le : mardi 18 novembre 2014
Lecture(s) : 10
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782895497349
Nombre de pages : 239
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Extrait



1. LE PRINCE REBELLE



UNE NOBLESSE RÉTROACTIVE  

Dans la longue liste des conditions qui décident d’une vie avant qu’elle soit en mesure de décider d’elle-même, il y a pire que naître prince. Car c’est bien ce qu’est Pierre Karl Péladeau lorsqu’il vient au monde, le 16 octobre 1961.

Le quotidien Le Journal de Montréal sera fondé trois ans plus tard, le 15 juin 1964, et la société Québecor verra le jour l’année suivante, en 1965. Mais même s’il n’a pas encore créé cette marque de commerce qui appartient désormais à l’imaginaire collectif, Pierre Péladeau accumule déjà les acquisitions tout en transformant de nombreux tabloïds de quartiers. La presse — la sienne et celle des autres, car désormais il faudra toujours distinguer entre les deux — ne s’est pas encore lancée dans la surenchère de titres qui forgeront sa légende au moins autant que ses actions ; elle ne le dit pas encore empereur, baron ou roi. Mais Pierre Péladeau le deviendra assez tôt, grâce à sa volonté, sa fougue et sa force de caractère, qui deviendront un symbole de la culture et de l’entrepreneuriat québécois.


Cette bonne étoile peut devenir un poids autant qu’elle est une aide, comme l’histoire le montrera plus tard. Si le fait de naître « le fils de » n’est la garantie de rien du tout, c’est assurément une première étape intéressante dans cette course au succès qu’on appelle la vie. Pierre Karl Péladeau ne se détournera pas de son héritage, et il ne cessera même jamais de se définir par rapport à lui. Mais de telles réflexions ne lui viendront qu’à l’adolescence. Pour l’instant, il est trop jeune, et donc trop occupé à apprendre à se connaître pour penser aux autres.



PÈRE MANQUANT, FILS ADMIRATIF  


Pierre Karl est l’enfant du milieu, ou plutôt un des deux enfants du milieu, puisqu’ils sont quatre. Son frère Érik est né en 1955, sa sœur Isabelle en 1958, et Anne-Marie arrivera en dernier dans la famille, en 1965. Ce rang dans les naissances n’en fait pas un fils délaissé. Délaissé, il le sera bel et bien, mais pour d’autres raisons.

Car chez les Péladeau, il importe peu qu’on soit né en premier ou en dernier : dans un cas comme dans l’autre, le père est trop occupé pour passer tout le temps qu’il faudrait avec sa progéniture. Pierre Karl comprend fort bien qu’un homme de cette stature a des obligations qui le poussent à l’extérieur du foyer et il ne lui en tiendra jamais rigueur. « Mon père habitait à l’extérieur et a toujours mené une vie professionnelle trépidante. Je n’avais pas la possibilité de le fréquenter beaucoup1. » Cet ailleurs dont il parle, c’est la ville de Sainte-Adèle, où Pierre Péladeau se retire lorsqu’il n’est pas en train de courir entre ses différents bureaux ou bien de procéder à la refonte d’un journal qu’il vient d’acheter. (Quand les moyens le lui permettront, le patron de presse fera même en hélicoptère ses trajets de la ville à la campagne.) On ne sent ni regret ni rancune dans cette description que fait un fils de la vie de son père. Une déception normale, peut-être, mais surtout de l’admiration pour l’énergie paternelle.




UNE CUILLÈRE D’ARGENT QUE PERSONNE NE TIENT  

Quant à la mère de Pierre Karl, Raymonde Chopin, si elle veille sur ses enfants et les élève du mieux qu’elle peut, ses capacités iront toujours en déclinant. Être la femme d’un homme à femmes n’est pas de tout repos, et encore moins si ce mari est également homme d’affaires. Tabou autour de la maladie mentale oblige, on n’évoquera que dans les cercles fermés la profonde dépression de Raymonde, ses causes et ses conséquences. Pierre Karl se contentera de dire que sa mère était malade, laissant croire à un mal physique plutôt que psychique.


C’est donc entre un père plongé dans le monde des affaires et une mère perdue dans sa propre tête que les enfants Péladeau grandiront. C’est cette vie de famille lourde et triste qu’évoquera Julie Snyder, déclarant plus tard en entrevue, pour décrire l’enfance difficile de son partenaire : « Parce que Pierre Karl est peut-être né avec une cuillère d’argent dans la bouche, mais personne ne la tenait, la cuillère2. » Une image forte qu’une femme forte utilise pour décrire un homme fort — ou plutôt un enfant, qui deviendra fort par la force des choses.

Raymonde se suicide en octobre 1976, le mois même des 15 ans de son fils Pierre Karl. Cette mort achève de lui faire comprendre qu’il devra devenir adulte plus rapidement que les autres. « Ma mère est décédée à la fin de mon adolescence et je vous dirai que cela m’a permis de devenir rapidement indépendant3. » Quel homme peut dire que son adolescence s’est terminée à 15 ans ? Pierre Karl se le permet, à juste titre.



ENFANCE CHEZ LES LAFRAMBOISE  

Bien avant la mort de sa mère, qui manifestement n’est plus capable d’élever ses quatre enfants en même temps, Pierre Karl est envoyé dans une famille d’amis de son père, Marie et Raymond Laframboise. Il n’aura jamais que de bons mots à leur égard. Il se les remémore avec chaleur, les décrivant comme « une famille tissée serrée, où régnait une grande joie de vivre4 ». Les Laframboise lui retournent bien l’ascenseur et ne parleront jamais de lui qu’en termes élogieux. Marie Laframboise déclare en entrevue : « Pierre Karl, je l’aime comme un fils. C’était un enfant agréable, un beau caractère. Il aimait relever des défis5. »

C’est donc à la fois un enfant comme les autres, et un enfant qui assume qu’il veut être plus que les autres. Ce que confirme une anecdote que celle qui joua le rôle de mère adoptive raconte en riant. Pierre Karl fait du ski de compétition avec les enfants Laframboise. Pour lui, cependant, du ski de compétition, ce ne peut pas être autre chose que du ski de réussite : « Quand il n’arrive pas dans les cinq premiers, il se fâche !6 » Le jeune Pierre Karl aime déjà se fixer des objectifs élevés et donner le meilleur de lui pour les atteindre. S’il apprend avec le temps à accepter les échecs avec sérénité, il ne perdra jamais ce goût pour le dépassement de soi. Et il sera aussi exigeant envers lui-même en affaires qu’en ski.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Coup de barre

de somme-toute