Poussière d'histoire

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Ce texte s'inscrit dans la tradition du journal dont il bouscule les règles canoniques. Jean Aubégny réussit à faire revivre l'éphémère tout en le mêlant à son histoire. Il s'exerce à une sociologie du présent utilisant les ressources du journal réflexif qui, tout en ne s'éloignant pas du vivant, lui fournit l'opportunité de l'hétérogène et l'affranchit de la cohérence d'une pensée inscrite dans les codes de l'écrit universitaire. L'auteur nous parle de son implication, de ce qu'il a construit.
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782296247383
Nombre de pages : 169
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Poussière d'histoire
Une mémoire des années 80
Méta-chronique

Collection EVALUER Dirigée par Jean Aubégny et Loïc Clavier

Cette collection, pionnière dans un champ dont l'importance s'affirme dans des domaines sans cesse plus nombreux, vise à la diffusion et à la confrontation de la variété des recherches et des pratiques en évaluation. Elle postule l'acceptation de la complexité comme clé à l'élucidation du vivant social et celle de son corollaire, la multiréférentialité. L'évaluation y sera donc envisagée comme une régulation complexe tant au niveau micro (l'acte de formation et d'éducation) qu'au niveau macro (organisation des systèmes de formation). Elle s'adresse tout autant aux chercheurs qu'aux concepteurs de projets, aux formateurs qu'aux enseignants et étudiants.

Déjà parus Martine HENRIOT, L'évaluation participative de l'action publique. Etude d'une démarche qualité dans une collectivité locale,2009. Jean AUBEGNY et Loïc CLAVIER (dir.), L'évaluation, entre permanence et changement, 2006. Gérard FIGARI et Lucie MOTTlER LOPEZ (eds), Recherche sur l'évaluation en éducation. Problématiques, méthodologies et épistémologie, 2006. Jean-Pol ROCQUET, L'inspection pédagogique aux risques de l'évaluation,2005. Jean AUBEGNY et Loïc CLAVIER (dir.), L'évaluation en IUFM, 2004.

Jean Aubégny

Poussière d'histoire
Une mémoire des années 80
Méta-chronique

PRÉFACEDE Loïc CLAVIER

L'HARMATIAN

«J L'HARMATTAN, 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairiehannattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr hannattanl@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-11044-1 EAN: 9782296110441

« Dans l'oubli des noms et des souvenirs il reste quelque chose à dire» Nicolas Bouvier

Préface Avec ce texte nous redécouvrons l'intérêt d'une écriture contant la puissance de l'instant et la richesse des opportunités d'apprentissage offertes par les situations rencontrées. Jean Aubégny réussit ainsi à faire revivre l'éphémère tout en le mêlant, au sein d'un spicilège rythmé par l'alphabet, à son histoire. L'auteur s'exerce à une sociologie du présent utilisant les ressources du journal réflexif qui, tout en ne s'éloignant pas du vivant, lui fournit l'opportunité de l'hétérogène et l'affranchit de la cohérence d'une pensée inscrite dans les codes de l'écrit universitaire. Jean Aubégny nous parle de son implication, de ce qui l'a construit. Il nous livre ici ce qui se refuse à l'énoncé lorsqu'on exerce en tant que chercheur. Cependant, l'auteur ne produit pas un journal de recherche comme témoin des circonstances qui ont orienté une recherche. Il va au-delà en parlant de la création de soi. La production littéraire de l'auteur s'équilibre, comme il le présente au fil de ce texte, entre ce qui relève de la recherche en sciences humaines et sociales et ce qui relève du récit. On le voit, au gré des rencontres et des collaborations, croître entre ciel et terre comme ces grands arbres solitaires qui annoncent la forêt. Tantôt moraliste et forgeant de savoureuses éthopées, tantôt chercheur en sciences de l'éducation, il produit pour notre plus grand bonheur des textes toujours rigoureux et justes.

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L'auteur nous convie donc à cette histoire qui se construit en suivant un ordre alphabétique et qui lui permet de produire du sens. Une quête évaluative en somme. «Non numeratur, sed ponderatur» disaient les Romains. Les responsabilités ne se comptent pas, mais s'évaluent. Jean Aubégny réussit à nous faire partager une évaluation qui «rend conte », non-pas d'un point de vue comptable... mais bien d'un point de vue contable (épouvantable néologisme, j'en conviens) de la responsabilité de celui qui est au monde... Car sur le ton insouciant d'une narration nous voyons émerger un homme pris entre deux siècles, entre les idéaux de la modernité et le souffle du désenchantement du monde. Il nous invite à réfléchir à cette société qui se sécularise et dont l'irrémédiable mouvement introduit une ère nouvelle. Il prend la posture de celui qui soumet des conceptions courantes à la discussion et qui s'efforce de les reformuler. Cependant, ses poussières d'histoire, qu'il nous confie, témoignent de sa conscience des facteurs héréditaires et culturels qu'il ne peut pas rejeter loin de lui. Il révèle, malgré tout, la grande marge de liberté qui rend possible, selon sa volonté, de produire sa vie et sa propre image. Cette création de soi s'opère dans la connaissance des contingences de ses convictions les plus importantes et celles de leurs conséquences. Il reste accessible à l'avènement des possibles, dans le sens, non pas d'une méthode (un chemin que nous pouvons prendre à nouveau - Gadamer) , mais de celui qui prend conscience de l'aléatoire dans l'expérience. Il semble s'interroger sur le progrès intellectuel. Serait-il un jeu incertain de métaphores, de façons de retracer les choses?

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L'auteur occupe ainsi la posture de l'ironique. Toutefois, il convient de rester prudent quant à cette attitude, car on y retrouve tantôt la figure du sage chère à Socrate (celui qui sait... qu'il ne sait pas) et tantôt celle de l'intellectuel pragmatique défendue par Rorty (celui qui sait qu'il n'y a pas de vérité en dehors de l'humain). Subséquemment, Jean Aubégny développe une forme de subjectivation qui l'amène à gouverner sa vie dans un souci esthétique de soi dépassant la simple autocréation. Ses multiples références à sa passion halieutique sonnent comme autant d'apostilles en nous indiquant pour le moins une tentation épicurienne si ce n'est un enracinement rabelaisien, lui qui demeure dans la cité qui fut le théâtre imaginaire d'un épisode de la guerre picrocholine. On notera au passage que ce style d'écrit réflexif est l'occasion d'entretenir des apories relatives à des postures philosophiques difficilement réductibles les unes aux autres, mais qui, pour autant, voisinent dans l'être en résurgences artistiques, littéraires ici pour Jean Aubégny. Il s'agirait donc dujoumal d'un ironique. Nonobstant cette tentative de caractérisation, il apparaît fortement qu'une telle démarche n'émancipe pas son auteur du social. Bien au contraire, il se soucie de ce qui fait de lui un être humain singulier, à tel point qu'il fera de son Anachorète une réflexion sur les processus d'institutionnalisation à l'œuvre dans des situations d'isolement volontaire. L'auteur faisant allusion au dernier conflit européen du vingtième siècle et à son cortège d'horreurs nous renvoie au fait que ce cycle infernal n'a pas pris fin dans une paix universelle selon l'idée kantienne d'état cosmopolitique, mais par un équilibre de la Terreur, déshumanisant

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l'homme encore un peu plus. Entre le retour de l'idée qui prône que seule la guerre de religion permet d'asservir les perspectives de la volonté subjective à la puissance de la vérité par la foi et les crises technologiques et économiques mettant en péril l'équilibre écologique du monde, il nous reste à léguer l'éducation à nos descendants. Ainsi, dans le dialogue, la compréhension mutuelle et la responsabilité partagée, ils s'attelleront à résoudre ce que nous ne comprenons pas encore. Tolstoï, en son temps, défendait une telle éducation en l'assimilant à un humanisme. Rousseau avait pris conscience que l'allongement de la durée de l'exposition de l'homme au monde nécessitait une «suppléance» (1'éducation) de sorte à lui permettre de consolider et d'approfondir son humanité. Jean Aubégny illustre par l'expérience et par le récit comment cela devient possible tout au long de la vie, non seulement en apprenant des situations rencontrées, mais aussi en dialoguant. C'est sans doute ce que je retiendrai de nos séminaires à La Roche-Clermault, lorsque doctorant, je confrontais mon travail à la réflexion de mon directeur de thèse. Jean Aubégny est de ces enseignants qui conversent, qui dialoguent. Son action de pédagogue laisse à penser qu'éducation et humanisme ne font qu'un. J'ai conservé l'intégralité de nos discussions sur bandes magnétiques, comme un journal de recherche. René Lourau, à propos du journal de recherche, disait que la pensée naît de l'hétérogène. Il envisageait ainsi d'avoir accès aux écrits diaires ayant généré des textes analogiques au sens universitaire du terme. Il cherchait dans ces constructions de l'éphémère, non pas la vérité d'une recherche mais sa réalité, c'est-à-dire l'implication du chercheur. Jean

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Aubégny, plus loin dans le texte, apporte une réponse à cette quête: « Mais si la réalité c'était aussi ça! Une succession discontinue et aléatoire de scènes plus ou moins dérisoires entre lesquelles chacun tisserait néanmoins un lien. » Bien sûr c'est prendre le risque de sonner le glas de la vérité et de la métaphysique. La rationalité ne peut plus, dès lors, contraindre la rhétorique. La métaphore, le récit deviennent un mode de connaissance entre imaginaire et expérience. Jean Aubégny questionne cela avec force en faisant écho au principe d'incertitude d'Heisenberg qui nous amène à identifier un écart irrépressible entre la vérité et le savoir. Pour autant, l'abandon d'une zététique n'est pas définitivement affirmé chez l'auteur. Il apparaît seulement comme une tentation: celle de l'ironique pragmatique. Il me revient en mémoire nos innombrables discussions sur la postmodemité et le statut de l'éducation dans un monde livré à la technologie, à l'abandon des grands récits et à un relativisme angoissant. Je n'ai jamais réellement répondu quant à ce qui légitimerait la persistance de l'éducation et surtout de la pédagogie dans ce futur qui se profile avec insistance. Jean Aubégny apporte ici une première réponse, celle du lien. L'homme postmodeme est réticulaire. Le réseau devient possible parce qu'il tisse des liens avec ses semblables au travers des situations vécues entre savoir et réalité. Deux éléments font vivre le réseau: le dialogue (la conversation), la solidarité. Ce « pas de côté» que j'ai tenté à propos du texte qui suit ne doit pas occulter nos propos halieutiques, œnologiques,

Il

gastronomiques et littéraires qui ont toujours occupé une place importante dans nos rencontres qu'elles soient professionnelles ou amicales. Jean Aubégny est un authentique « honneste» homme dont l'inspiration, puisée à l'articulation d'un siècle finissant et d'un âge en devenir, est stimulante et revigorante. .. des qualificatifs gagnés à la force du sentiment et de la générosité. Loïc Clavier

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Avant-propos

Au début c'était plus une gageure qu'un projet réfléchi. L'envie de me laisser porter par l'écriture après avoir peiné et sué pendant des mois sur un manuscrit que j'ai finalement relégué au fond d'un tiroir. Et effectivement, l'écriture m'a porté, me faisant rédiger ce livre en quelques semaines. Marie-Claude a apprécié de me sentir si serein et si disponible pendant cette période d'intense production. Je ne suis pas certain d'avoir toujours été fidèle à l'histoire, je n'ai du moins jamais eu l'idée de la travestir sciemment. J'ai parfois poussé un peu le trait, par plaisir ou par coquetterie. J'ai parfois « écrêté» l'émotion qui remontait et me faisait mal. J'ai, mais très rarement, réglé quelques comptes, mais sans ressentiment véritable. J'ai fait un travail de mémoire, pas de mémorialiste. Alors que j'écris cet avant-propos, après avoir relu l'ensemble, je suis sensible à un paradoxe: l'égrenage alphabétique n'a pas produit l'effet patchwork ou coq-àl'âne prévisible, mais plutôt une trame, lâche mais bien réelle, canevas sur lequel viennent s'inscrire quelques thèmes récurrents déclinés selon les circonstances et les interlocuteurs, points nodaux plutôt que d'insistance qui renvoient aux pôles autour desquels je me construisais, et
ma VIe avec.

Mais je

ressens

aussI

l'inverse! 13

Les personnages

convoqués entrent en scène, participent à une tranche de

vie et puis s'en vont, sans liaison autre que fortuite avec
ceux qui les ont précédés ou ceux qui leur succéderont. Mais si la réalité c'était aussi ça! Une succession discontinue et aléatoire de scènes plus ou moins dérisoires entre lesquelles chacun tisserait néanmoins un lien? Des fragments qui, mis bout à bout, constitueraient finalement une poussière d'histoire? Quel liant dans tout cela, sinon le sentiment confus de la permanence et de la cohérence d'un moi qui serait le plus irremplaçable des êtres? Cinéma personnel fait de morceaux de pellicule coupéscollés qui finissent par constituer un court, moyen ou long métrage. J'ai aussi, et cela peut paraître trivial, découvert le travail prodigieux de la mémoire, retrouvant, exhumant des scènes et des faits qui, sans ce livre, ne seraient certainement jamais sortis de l'oubli. J'ai eu, à maintes reprises l'impression de revenir sur ma trace. De retrouver sa forme et son odeur et la saveur du moment où je la créais sans le savoir. Chimère nageant dans le vide, nous faisons toujours autre chose que ce que nous croyons faire, nous nourrissant d'intentions secondes et tramant en permanence un projet toujours changeant, mystérieuse alchimie entre nos fantasmes et leur inévitable confrontation au réel et au néant. Le découvrir et éventuellement l'élucider quelque peu, voilà à quoi ce livre m'aura aidé.

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Je dédie ce livre à tous ceux sans qui il n'aurait pas existé: Pascal A, René A, Jacques A, Alain B, Arlette F, Antoine P, Elisabeth A, André de P, Francis B, Sonia B, Guy B, Michel B, Paul B, Jean-Jacques B, Nicolas B, Michèle C, Rémy C, dr C, Bernard D, Max D, Dominique 0, Hélène D, Pascal D, Michel E, Richard E, Louis F, Claude F, Roland F, Christine G, Eva et Ivor G, René G, Claude G, Daniel H, Rémi H, Mr et Mme Hervel, Anne-Marie et Francis I, Helga 0, J6rn B, Daniel J, Francis K, Nicole K, Jean, dit Tom L, Sophie L, Lise N, Jean-Marcel L, MarieJeanne S de V, Mme Mundy, Philippe M, Lucien M, Marc-André N, Maman, Mlles Noury, Pascale P, Danielle et Jean-François P, Gaston P, Jean-Robert R, Ariane R, Etta T, Claudine et Jacques T, Teis T, Claude V, Wido H, Florencie W, Yannick U.

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