Premiers pas

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Premiers pas est une autobiographie écrite par une femme sur un épisode existentiel douloureux, l’abandon de son fils par son père. Dans cette histoire vraie est retracé le parcours d’un homme peu scrupuleux, père d’une autre famille, maniant promesses fallacieuses et espoir au mépris de ceux qu’il disait « aimer ». Face à cette manipulation masculine, la femme devenue mère, trouve un jour en elle la force de se soustraire à son emprise afin de construire plus sereinement deux vies en élevant seule son enfant. Entre portraits et évocations du métier d'enseignant, drame et humour, les traces laissées par Premiers pas ne sauraient laisser indifférent.
Publié le : jeudi 10 avril 2014
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EAN13 : 9782332626431
Nombre de pages : 276
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ISBN numérique : 978-2-332-62641-7

 

© Edilivre, 2014

Citation

 

 

« Mme Brigitte voit faux : elle n’est pas pénétrée comme vous l’êtes et comme je le suis, de cette vérité que toute chair quoique blessée est sainte, et que le plus beau des mystères de dieu, en dépit du péché originel, est la naissance d’un petit enfant ».

François Mauriac,
La Pharisienne.

A mon fils, Jean-Baptiste.

 

Première Partie

Chapitre I 
Bon-papa est mort…

J’ai quatre ans et demi, août 1979, je joue avec mon père aux petits chevaux. C’est un jeu fort ancien, son support carré est fait de bois et de carton ; à chaque écurie, au nombre de quatre, correspond une couleur différente : bleu, rouge, jaune, vert. Enfant, j’ai toujours eu une préférence pour le bleu, pas le rose, surtout pas le rose, laissant cela aux filles et revendiquant ainsi, à ma manière, mon côté garçon manqué, parfaitement assumé. Ce jeu est dans la famille depuis des générations. Des années après, j’ai regardé au dos cartonné, au crayon, il est écrit 1938. C’est la date de naissance de ma mère, il est peu probable qu’elle ait reçu ce cadeau pour son premier Noël. Certaines cases ont, pour ainsi dire vécu, partant elles sont effacées par ceux ayant joué à ce jeu avant. Dans cette famille méridionale, ma grand-mère maternelle prend soin de tout conserver. Rien ne se jette. Tout peut un jour servir ou resservir… Alors, on garde des objets, des tissus, des chaussures, même s’ils sont inutiles ou en fin de vie, ils viennent s’entasser déchirés, cassés, éculés, abandonnés. A cet effet, au dernier étage de la demeure, au grenier, se trouvent quatre pièces contiguës qui portent un nom d’ailleurs : la chambre des chiffons, des bouteilles, du linge, des meubles. Là, reposent des lits de camps, de vieilles armoires, des papiers, des livres, des comptes, des objets, des correspondances de six générations de vie. Au centre de cet espace, sur un palier, se trouve l’un des domaines privilégié de la grand-mère, dans ce puits de lumière trône une vieille machine à coudre à pédales. Activé par ses pieds, le mécanisme entraîne la courroie de cuir, dont le doux bruit constant a si souvent redonné vie, en le transformant, à ce qui n’était plus, promis à une mort certaine. De cet ensemble de chiffonnier gisant pêle-mêle, la grand-mère sait, elle seule, pouvoir partiellement le faire renaître, sous la forme d’un morceau de tissu venant masquer l’accroc d’un pantalon par exemple. Alors, elle ravaude, rafistole, coud et dans sa couture élabore des créations insolites, qui n’ont appartenu qu’à elle, comme prolonger des manches d’un pull-over à partir d’une autre pelote, différente de la couleur initiale du vêtement. Cette bigarrure ne la choque pas. En un mot elle adapte tout selon les besoins du moment pour surtout ne pas devoir acheter, verbe tant banni de son vocabulaire. Tu laisseras les choses chez le marchand… C’est un curieux musée que la maison de la grand-mère, chez elle, certains de ses lieux sont appréhendés de manière radicale et contrastée. D’un côté, à l’étage, l’obscurité et la poussière promises aux choses du passé, confinées dans ces pièces toujours fermées. De l’autre, l’escalier desservant les étages vers le rez-de-chaussée, là, c’est comme si la vie dans son ensemble s’exprimait plus largement, quand on pénètre dans le lieu, le plus sacré, son empire par excellence, la cuisine où rôtit et fume tranquillement la volaille innocente de son poulailler, sacrifiée aux papilles du palais. Jadis, univers autarcique, disparu pour l’éternité, réduit en cendres, poussière parmi la poussière des défunts, tu reposes maintenant, enfoui à jamais sous les pierres tombales, grisâtres, enseveli avec eux, dans cette terre natale et rocailleuse. Vos départs sonnent encore comme un grand vide. Séparés êtes-vous, pour toujours, les uns des autres comme les écuries des chevaux de l’enfance, délimitées comme un infime camp romain. Sur ce jeu populaire, séculaire figurent deux lignes perpendiculaires dessinées par des pastilles de couleurs différentes, les quatre pions doivent avoir parcouru l’ensemble des ronds colorés pour pouvoir espérer gagner, sans avoir été au préalable mangés par ses adversaires, ce qui vous renvoie derechef à l’écurie. Le premier joueur, qui a fait six avec son dé, peut débuter la course. Je voudrais bien l’engager cette partie, impatiente, j’en brûle ; mais la chance n’est pas là, alors, en mauvais joueuse parfois colérique, je triche et ce de différentes manières. Tantôt le dé est retourné sur la face escomptée, ce qui n’est pas le lancer, tantôt je le fais volontairement tomber par terre le ramenant triomphalement vers mes compagnons de jeu, lesquels ne sont pas dupes, après avoir dit avec un sourire et non sans mauvaise foi, j’ai fait six.

Ce soir-là, assise sur les genoux paternels, ma sœur aînée et mon frère ne sont pas là, c’est une soirée d’août comme toutes les autres, du moins c’est ce que je croyais. Curieusement, en cette saison, cette année, il a fait froid, si bien que mon grand-père a dû mettre sa gore ou le basque, sorte de béret en feutre bleu-marine, pour pouvoir effectuer sa promenade, peu avant la soirée. Ainsi l’homme élégant et distingué ressemble à un paysan. Là, soudain, alors qu’on joue, un cruel jeu se joue ailleurs, du salon retentit ce cri violent venu de la voix étrangement perçante de la sœur de ma grand-mère, appelant, scandant étrangement son prénom, recherchant le secours de son aînée : Marie-Louise, Marie-Louise. Avec mes parents, seule enfant dans la maison, ce soir-là, avec eux, je traverse le couloir sombre, laissé éteint comme toujours. Dans la précipitation, on court vers cet appel funeste. Ce danger, je le perçois confusément. Tous m’oublient, sans le vouloir, sans prendre conscience que je me réfugie derrière un fauteuil en cuir vieilli et craquelé, où rien n’échappe à mes yeux de petite fille. Grand-père est étendu par les soins de mon père sur le divan, il ne parle plus, de sa bouche écume cette bave immonde qui métamorphose, dégrade, avilit le visage si beau de cet homme. On oublie une sandalette à son pied, mon regard se porte sur elle, puis sur l’ensemble de son corps en proie aux torsions de la mort qui le broient déjà. Des gestes désordonnés s’ensuivent, on s’affole, on téléphone. J’accompagne maman qui attend l’ambulance dans la rue. Un médecin, c’est une femme, dit que l’on doit prendre une cuillère, pour ne pas qu’il avale sa langue. On le transporte sur un brancard, l’ambulance part dans la nuit, où résonne sa sirène bleutée, dans la rue. Dernier chant. De ma mémoire d’enfant, je ne vois que mes deux seuls parents agir. Ils m’ont oubliée, malgré eux, et j’ai tout vu : bave, raideur, sandalette laissée à son pied. Il nous quitte : première rencontre avec la mort.

Et enfant, revient souvent cette phrase, annoncée comme une nouvelle dont la gravité échappe, Bon-papa est mort, Bon-papa est mort.

Je n’ai jamais appelé mon grand-père en utilisant ce nom commun traditionnel, chez nous, un synonyme était utilisé. D’où vient cette expression usitée de tous : bon-papa ? Toujours est-il que cette manière de le nommer, lui allait plutôt bien, concentrant par-là sa douceur immense et sa discrète affection. De ma mémoire d’enfant demeurent seulement quelques vagues souvenirs de lui, des appréhensions, incertaines, mais de cette incertitude jaillit en outre une évidente lumière, flambée du souvenir et de l’espoir persistants. Quelques termes non exhaustifs résument cet homme : calme et apaisement, loin, bien loin du tourbillon familial féminin ne s’opposant jamais, le subissant toujours. Comme tout est confus, mêlé, évanescent, pour cheminer dans les méandres incertains de la mémoire, pour imprimer et graver ce visage, je dois regarder quelques photos de mon grand-père jeune ou vieux. Parmi les rares clichés de lui est conservée l’étonnante photo du mariage. Surprenante, car cette image des noces en noir et blanc révèle déjà un curieux contraste entre la mariée, ma grand-mère et toi, bon-papa.

Douceur, rugosité, élégance, rusticité, grandeur d’une taille mince et svelte, petitesse d’une autre particulièrement bien prise, beauté masculine, autre chose en elle faisant fi de toute coquetterie, nonchalance, tempérament décidé, à toi l’élégance dans la pose, à elle le geste sûr et décidé de la femme de la terre, à toi la mollesse qui étonne, à elle la vaillance, le travail manuel accompli sans cesse, à toi les écritures et la lecture, à elle les emportements et les colères, à toi le refuge du silence, à elle les corrections de l’enfance, quand d’un geste rapide, elle attrapait le martinet caché dans le recoin de son buffet, à toi le réconfort, à elle la santé solide, indestructible, à elle ce corps massif contre lequel la maladie n’a jamais livré aucun assaut, à toi la fragilité et l’approche d’une mort prématurée. Hélas ! Sur cette photo des noces, datant de 1928, Marie-Louise ne rit pas, toi, tu esquisses un sourire. Avec son attitude haute en couleur, avec son air martial, elle semble rentrer dans le mariage comme si elle partait à la guerre, toi tu te situes déjà à l’arrière, te refusant déjà à t’engager dans tout ce qui peut paraître particulièrement belliqueux, vindicatif. Si les corps sont à lire comme des parchemins, les vôtres en révèlent beaucoup sur deux personnalités a priori fort éloignées l’une de l’autre et pourtant unies en ce jour sacré de bonheur. Curieux couple. Mais…

Enfant, on voit le monde en tout petit et d’en bas. Dans ce champ de vision restreint, tout paraît pour ainsi dire disproportionné. Un jour, mon grand-père est encore en vie, ce sera un moment de furtive révolte enfantine contre lui, tant il fait preuve, à mes yeux, de lâcheté, laquelle n’exista pas vraiment, mais fut à tort interprétée comme telle. Il fait chaud, je reste assise sur le carrelage gris, non loin d’un vieux poste de télévision sur roulette, qui ne fonctionne plus, mais que l’on garde pour y entreposer des forêts de journaux et tout le bric-à-brac du quotidien, l’Ennui fait son apparition. Il dicte cette posture assise, ces regards vagues, seulement troublés par le vol lourd d’une mouche. Bien qu’on veuille s’en détacher, il résiste, il en est toujours ainsi avec lui. A côté de ce vieil écran, doublé d’épaisseurs de verre, se trouvent côte à côte deux chaises en buis. Là, conversent la grand-mère et l’institutrice du village en retraite. D’ordinaire, quand elle passe devant la maison, elle vient nous saluer et d’un salut s’attarde, puis s’assoit pour faire un brin de conversation. Et, tandis qu’une petite fille de cinq ans est en proie à l’oisiveté, deux femmes savent bien, elles, comment tuer le temps. Pas même l’une d’elles ne remarque ma présence, ou peut-être, feignent-elles de m’ignorer afin de ne pas être dérangées. Ruse connue des grands. Des voix égrillardes, dissonantes montent, règne dans cette conversation une joute, aucun repos, aucun silence ne se fait, se dégage cette impression de sons qui s’emballent comme des chevaux, dans un espace clos, celui au plafond démesurément haut. Assise toujours sur le carrelage de la cuisine, dans cette posture statique, s’offre à ma vue une forêt restreinte de mollets rebondis, sculpturaux, véritable relief charnu, plastique, tout aussi nerveux que le sont ces deux femmes. Lasse de regarder indéfiniment ce paysage empreint de verticalité, mon regard remonte pour s’arrêter sur la robe de l’institutrice qui, légèrement relevée, laisse apparaître le feston bleu marine d’une combinaison en synthétique délicat, laquelle ne constitue pas vraiment une découverte. Mamie a la même. Qu’ai-je fait ? Est-ce une voix de diablesse s’exprimant ? Ou plutôt est-ce une curiosité folle et follement insoupçonnée ? Oui, c’est cela, une sorte de passage à la déraison et parce que déraison il y a, aucune explication ne peut être avancée. Alors d’une main furtive, je relève la jupe pour aller voir l’interdit, la culotte de l’institutrice ou autre chose… Cette dernière ne me laisse pas vraiment le temps d’observer l’objet de ma curiosité. Une gifle rapide, violente, brutale s’abat sur mon visage d’enfant. Je ne discute pas, je détale pour traverser ce couloir me semblant démesurément long. Dans la salle-à-manger où j’arrive, se trouve bon-papa, qui souvent se tient là pour faire ses comptes, pour lire quelque livre ou son journal, la page privilégiée est évidemment le cours de la bourse. Additionner, projeter, évaluer, calculer, tels sont ses dadas. Quand il se trouve dans cette pièce, il souhaite rester tranquille, ne vient jamais ouvrir la porte, lorsque la sonnette retentit ou quand il entend la voix d’une quelconque visite, il ne se dérange pas, bon-papa sélectionne… J’arrive tout en larmes, la main sur la joue avec le désir d’en découdre. Dans mon esprit, la vengeance est très simple, mon grand-père doit lui rendre la pareille, œil pour œil, dent pour dent. Le dialogue, entre nous, est, on ne peut plus bref :

– Mais qu’as-tu fait ?

– J’ai soulevé les jupes de Mme ***.

Et, lui ayant avoué cela pour qu’il me défende derechef, mon grand-père, debout devant le buffet, part d’un éclat de rire. Emotion et révolte viennent accroître ma colère devant cette punition, cette gifle, ce châtiment jugé intolérable. Pourquoi reste-t-il si statique, planté là, à ne rien faire ? Toujours est-il, qu’aucun mouvement de vindicte ne s’exprime en lui. Il m’abandonne à mon affront, sans pour autant condamner l’outrage subi, sans me gronder aussi. Il ne la punit pas, elle, il ne me défend pas, moi… Oh ! Lâche grand-père. Oh ! Combien ton rire fut ta manière toute personnelle de marquer ton soutien pour venger l’offense de la joue. Et ton rire résonne encore, des années après, Bon-papa.

Chapitre II
le canal du midi

Qu’on le jette au canal, qu’il s’en aille au canal, a sa me nou, non, mais… Parfois la grand-mère parle ainsi non sans sècheresse, de manière péremptoire et avec force colère, rendue sonore par ses éclats dans la voix. Elle exprime ainsi d’un regard froid et glacial son mécontentement, sa volonté de se séparer d’un objet inutile ou plus largement d’un individu qui a commencé depuis fort longtemps à lui taper sur les nerfs ou sur le système comme elle le disait jadis, selon l’humeur tapageuse, emportée du moment. Pourtant, il faut que l’indésirable ait atteint un certain degré de vétusté ou provoqué un énervement tel que, pour le rompre ou pour le laisser s’épancher, il semblerait qu’il faille s’en débarrasser dans cette seule issue aquatique, cette jonction reliant les deux mers qu’elle connaît bien, qui a toujours accompagné sa vie, lequel fut son lieu privilégié de promenade sentimentale ou d’oisiveté tranquille : le canal royal de Pierre-Paul Riquet. Le canal du Midi, c’est sa Seine à elle. Alors quand elle lance un qu’on le jette au canal !, c’est comme si un arrêt de mort pesait sur le dit « le ». Qu’il s’agisse d’un objet ou d’un humain, jugé par elle comme étant de sac et de corde, la décision tombe sans appel et quand Marie-Louise a proféré sa sentence, elle s’y tient, ne voulant surtout pas perdre la face. Même si dans ses principes mamie se fourvoie parfois, il y a en elle comme un sursaut d’orgueil méditerranéen ou éternel qui lui intime l’ordre de ne jamais se dédire,même si cette opiniâtreté la fait souffrir. On persiste et on signe car avouer une erreur, c’est capituler, et c’est ce geste qui plus concrètement peut se résumer dans le simple fait de rendre les armes, et c’est cette défaite qui l’insupporte au plus haut point si bien qu’elle garde le cap pour sauver son honneur. Alors elle campe sur sa décision comme si elle gardait jalousement un oppidum. Triompher et tenir pour être inattaquable.

Pourtant le canal du midi si silencieux, si calme, si insouciant doit-il être réduit à un cloaque métaphorique ? Non. Le canal est un lieu de vie. Ce chemin aquatique reposant parcourt les plaines du Languedoc, creusé sous le règne du roi Soleil, assurant cette jonction entre l’Atlantique et la Méditerranée, Pierre-Paul Riquet a vu à travers cette voie fluviale un moyen de favoriser les échanges économiques de la France qui allait par cet ouvrage tourner le dos à l’Espagne, à son périlleux détroit de Gibraltar, pour la bouder enfin. Les travaux du canal furent pharaoniques tant par leur longueur et envergure que par les prouesses ingénieuses, capables de braver, de déjouer les capricieux reliefs de la nature. Ici, aujourd’hui encore, on peut admirer la régularité avec laquelle les tailleurs de pierres ont œuvré pour construire ces écluses aux pierres grisâtres et moussues, assemblées méthodiquement en quinconce, elles forment ces bajoyers ventrus aux courbes douces, si caractéristiques. Ailleurs, on retrouve l’audace de certains ponts comme celui, dans le Minervois, de Jouarres dont la voute romane est si hardie en anse de panier que, lorsque la voiture s’engage, on se lance véritablement dans le danger, armé de courage ; l’impression d’être sur un tremplin sans visibilité apparaît comme l’expression d’une nouvelle hardiesse qui vient compléter et prolonger celle du pont. En été, dans ce camaïeu de verts, Riquet semble avoir scellé une union : celle de la beauté et de l’architecture créées de toutes pièces sur cette route tranquille aux allures sinueuses et lovée à certains endroits sur d’insoupçonnées réalisations architecturales comme l’épanchoir de l’Argent double qui vient déverser à flots rythmés et cadencés les trop-pleins du canal dans cette rivière, comme les écluses, ces traits d’union ou prisons aquatiques, comme ce tunnel du Malpas, mauvais présage, comme toutes ces voutes romanes sous lesquelles toutes les eaux coulent.

Jadis spectacle d’activités économiques et marchandes notamment dans le transport des marchandises, du vin, des blés, des voyageurs, le canal est maintenant l’expression de l’amusement, de l’oisiveté, du badaudage, de la promenade, du tourisme. Pantareï. Tout change. Aujourd’hui oisiveté et tourisme remplacent la batellerie d’antan. Quelle que soit la saison, le canal propose ses paysages attrayants, simples et gracieux tableaux bucoliques, par lesquels l’esprit glisse et s’abîme dans la rêverie qui éclot de cette atmosphère enveloppante de quiétude, loin, bien loin de la modernité, de sa rapidité, de ses courses commerciales futiles, dérangeantes, inutiles et vaines. On vient parfois au canal pour se reposer, pour penser à soi seul, pour mener, tant il est apaisant, une introspection appelée par les trilles des rossignols. Là, le temps semble s’être figé dans les rêves de Riquet et Vauban, et c’est comme si cet arrêt se communiquait à l’individu qui, lorsqu’il chemine sur les chemins de halage, ne peut s’empêcher de se livrer à une réflexion sur lui-même ou de s’abandonner à toutes les suggestions, à tous ces discrets messages délivrés par ses eaux comme celui de l’amour qui peut croître pareil aux ronds, toujours plus grands et excentriques, nés d’un caillou lancé, comme cette courte méditation sur la vie, semblable à la flottaison incertaine et lente de ce vieux bâton de platane ayant fait sa saison, comme encore celui du souffle chaud de l’été qui, caressant la peau, chante ce bonheur, cette chance de respirer, là, ici, aujourd’hui, encore, à cette heure, à cette seconde simplement dans ce cadre enchanteur. Le matin, à midi, le soir, la luminosité à intensité variable est toujours belle et n’attend qu’à être capturée par le regard ou la palette d’un peintre.

Le canal a toujours transporté et apporté la vie, par lui, par son eau les cultures jaillissent, les terres se tapissent de verdure, les paysages sont modelés, ainsi le travail des hommes peut s’accomplir. Et c’est peut-être cette idée même qui est aussi la source d’acceptation du canal par les riverains d’antan auxquels le génial Riquet a pu dire cette phrase laissez-moi passer et je vous donnerai de l’eau. Proposition séduisante et honnête pour les paysans promis à la richesse avec moins de peine. Encore aujourd’hui, le promeneur attentif peut repérer ces petits canaux comme entés sur les méandres du cours d’eau qu’ils déversent dans les terres fertilisées.

Le canal est aussi un espace festif. Le 14 juillet est jour de fête nationale ; avant cette date des forains ont convergé vers les espaces verts de la mairie pour y installer leurs manèges ; ce n’est pourtant pas l’attente de ces derniers qui l’emporte dans les âmes enfantines ou dans celles des plus grands en quête désespérée de leur enfance. Non, « le quatorze » sonne le tocsin du folklore. Des petits groupes de villageois, partis de leur quartier, ô combien cloisonné dans les villages du Sud, des gens des alentours ou du canton ont décidé de converger en un lieu précis, connu de tous, parce qu’une distraction typiquement locale ne se refuse pas ou parce qu’on l’aime tout simplement : on va vers le canal. Acteur souvent atone et inanimé, ses eaux calmes et apaisantes, miroir fluide et lisse des cieux, vont en ce jour, sur le port d’Homps en Minervois, s’animer pour moutonner et résonner de voix, d’exclamations onomatopiales, de cris de joie. Bien avant quatre heures arrivent en famille, mais d’un pas jamais pressé, voire nonchalant car effectué en été et après la sieste, les spectateurs de cette fête populaire. Tous athées et croyants réunis, gens du sud, vous ne savez que trop que pour être attentifs et ne rien laisser perdre de ces instants précieux parce que spectaculaires parfois, il vaut mieux être bien assis. Dans ce public populaire, les plus délicats, les plus prévoyants aussi, ceux enfin qui souhaitent être les plus à l’aise pour repaître leurs regards, déplient par habitude, avec des gestes lestes, leurs compactes, légères, pratiques et décidément incontournables chaises. Des deux rives du canal, seule l’une d’entre elles, faisant face à l’événement se garnit surtout, en rangs d’oignons, l’espace nu est rempli progressivement de têtes, de couvre-chefs, de couleurs. Les places les plus convoitées sont celles, situées sous le dais végétal des platanes ; malheureusement réservées par les riverains qui, du seuil de leur porte ou de leur cuisine, jouissent du luxe de ne pas être encore installés. Pour ces spectateurs de la dernière minute, l’attente n’est pas négociable, et pour cause ! Chanceux, eux, ils sont sur place ! Bien avant l’événement, ils ont pris virtuellement la posture de l’homme assis, dans une version plus élaborée, celle du fauteuil, dont les bras ouverts attendent languissamment l’honneur de supporter les coudes de son dit ou dite propriétaire. D’autres encore plus élevés, dans cette hiérarchie, se passent de tout contact avec la plèbe. De leur riche demeure de négociants en vin, de leurs balcons, ces loges éphémères, ils pourront avoir une toute autre hauteur de vue. Ces privilégiés prennent encore plus le temps que les autres, n’ayant rien à surveiller d’ailleurs. Ainsi ces aristocrates de la vue n’ont qu’à ouvrir leurs fenêtres pour ne jamais supporter quelque obscurcissement du champ visuel occasionné par une volumineuse chevelure ou le sang-gêne d’un échalas qui décidément ose tout ! Dans ces circonstances, dans le sud surtout, une étincelle peut vite partir, on est prompt à s’enflammer, à se montrer véhément. On ne se laisse pas faire. Alors la querelle verbale éclate promptement contre celui qui décidément bafoue tout ou se fout catégoriquement des codes de la bienséance. On vous a dit que cette place était à nous ! Non mais ! Il s’est vu celui-là ! Sortez de là et prestement ! Version courtoise. Voilà comment l’électricité nerveuse, magnétisme communicatif, circule en cette occasion, parfois elle est relayée par le patois, souvent expression première du cœur chez les méridionaux. Ce langage vient se substituer au Français pour marquer le mécontentement ou la joie, affiché ou larvé, dit haut et fort ou en bougonnant le Languedocien avec ses belles expressions est un défouloir mais aussi un code langagier, entendu seul des gens du sud qui, tout en marquant à travers lui leurs origines, font en outre revivre en le parlant les images et toute la poésie de cette magnifique langue. Les instituteurs tapaient avec des règles en bois sur les doigts de nos grand-mères dans les écoles pour ne pas qu’elles le parlent, considéré à tort comme une monde impur, sorti des bas-fonds, ce vernaculaire a toujours su résister aux attaques des zélés hussards de la République. Le patois, bastion poétique ne s’apprend pas, mais s’écoute et partant se transmet comme une comptine, comme toutes ces musiques de l’enfance.

Mais pour revenir « au quatorze », l’impatience est à son comble, on a hâte que ça commence, alors dans l’attente et bien que serrés comme des sardines, assis ou debout, on bavarde, on tue le temps avant qu’il ne nous tue. C’est à cette occasion que le canal est le plus peuplé, le plus sonore, le plus bigarré, le plus théâtral. De-ci, de-là, des saynètes se déroulent, s’improvisent entre particuliers, mais là n’est le clou du spectacle ! La veille ou peut-être au petit matin, un homme malicieux du village, dévolu à cette tâche depuis des décennies a pris soin d’enduire une poutre, toujours la même d’ailleurs, de savon. Et il ne lésine pas, le brave… Ce mât, long de cinq mètres, ainsi savonné donne son nom à cette animation : la barre savonnée. Cette poutre rendue visqueuse est ensuite fixée et amarrée sur une péniche du port, un mètre voire plus la sépare alors de la surface de l’eau. A son extrémité flotte la récompense républicaine par excellence : cinq petits drapeaux français, disposés en éventail, n’attendant plus que de téméraires jeunes hommes viennent les cueillir en rompant de manière hasardeuse ou franche leur frêle tige de bois. Le public, avide d’émotions fortes et décentes, peut ici assouvir son goût pour le spectaculaire. Les débuts de la barre savonnée, minotaure d’un moment, sont toujours périlleux : une hécatombe de jeunes gens aux pieds poisseux tombe en masse dans le canal. D’une rive à l’autre dont l’une, située en plein cagnard, est moins peuplée, retentissent des « Ah ! » de déception qui se répondent et se mêlent à l’unisson. Un esprit hâbleur lâche une banalité, pensée par tous mais non formulée. Cette année, elle est bien savonnée ! C’est toujours de la barre dont on parle. Selon les progressions qui tiennent plus du funambule que de la marche humaine, certaines chutes peuvent s’avérer dangereuses, le ventre des téméraires heurte le mât, en est meurtri, quand ce ne sont pas les eaux, qui, elles, plaquées et verdâtres ont l’apparence d’une tôle aussi dure que l’est le bois. A la suite de quoi, après une observation bien avisée, certains spectateurs, ayant le sens de l’image, disent que décidément celui-là n’a pas de chance et lâchent un punaise, il vient de prendre un plat ! Les observateurs-commentateurs de cet événementiel local concluent inévitablement à cette expression d’après le bruit à la fois sec et sourd qu’un corps fait dans sa chute, quand il fend l’eau, moment de douleur certaine pour le brave mais fugace instant d’un plaisir attendu pour le badaud. Mais après que tous ces jeunes gens aient été dévorés par le Mât-Dragon, il semblerait que la bête, nettoyée peu à peu de sa poix par les pieds des valeureux, laisse apparaître les écailles de son bois. Le mât sommeille. Même si tous ces jeunes gens sont promis irrévocablement au festin des eaux, dans leur lutte hasardeuse certains s’en sortent mieux que d’autres. D’abord on voit le corps machine de certains déséquilibré par la viscosité du savon puis ces jeunes hommes décident de tenter le tout pour le tout, suspendus à la barre savonnée, ils restent là prostrés, dans une posture, celle du cochon pendu. Néanmoins ces éphémères arapèdes d’eau douce, ne tardent pas à être balayés dès lors que leur force les abandonne. D’autres, bien qu’ils aient été déséquilibrés, ont su se rattraper en enlaçant de leurs quatre membres le mât et parviennent à le chevaucher dans une démarche qui tient plus de la chenille que de l’humain ; ce ne sont pas ceux qui, même s’ils parviennent à leur fin, emportent le drapeau avec panache. Non, celui-là suscitera l’admiration de tous, celui-là est vrai conquérant, quand, lancé de toute sa rapidité et de toute sa force, il viendra cueillir d’une main audacieuse la fleur républicaine bleue, blanc, rouge. Voilà le brave. Barre savonnée terminée, les rives recouvrent leur silence, pliants et éventails repliés, les petits groupes de spectateurs, dispersés, rentrent chez eux.

En ce jour du quatorze juillet, le soir, le canal reste encore le théâtre de la fête avec sa pièce d’eau, plus vaste à certains endroits comme dans le petit port d’Homps, quai des tonneliers. Là, l’humble beauté est à nouveau sollicitée, mais en nocturne cette fois, lors d’un feu d’artifice qui plonge cet espace commercial d’antan dans une atmosphère fantastique. Le calme de la nuit est bousculé par les sifflements, par les couleurs insolites et criardes des fusées qui déguisent d’une nouvelle robe en les illuminant les façades des négociants en vin, rendues pareilles à celles de ces villes du nord, enveloppées dans un atone soleil polaire qu’elles défient toujours par le contraste de leurs couleurs. Le canal fait alors son carnaval et se distingue par ses feux de Bengale, par ses cascades de lumières jaillissant du sein de ses eaux, par les nuances des fusées qui, après le boum tant attendu, éclatent en pluie de lumière scintillante laquelle s’épanouit comme un bouquet trop vite flétri par d’éphémères étincelles qui retombent en gouttes pour mourir, vers les eaux sereines, ces miroirs tranquilles et profonds de lumière. Observé du haut du pont ou sur les berges ce spectacle est charmant, pour l’enfant qui, même s’il a peur du bruit qui se répercute dans sa poitrine, souhaite toujours plus de tintamarre, impatient d’attendre et de voir quelles couleurs promettra le bruit de la prochaine fusée. Mais pour tous le paroxysme de l’enchantement se joue lors du final, quand des bouquets lumineux se mêlent et rivalisent de formes et de palettes chromatiques, quand tout le ciel résonne de leurs bruits qui, même s’ils évoquent celui des canons, sont toujours réclamés par d’ineffables « encore, encore » passant d’esprit en esprit. Le ciel tapissé de ces gerbes évanescentes célèbre non plus le quatorze juillet, la prise de la Bastille, mais ouvre les portes de ce qui est plus haut, d’une transcendance encore confuse, plus majestueuse que l’on pressent mais que l’on ne saurait dire dans ce ravissement prolongé par les eaux.

Enfants, pour nous le canal du midi fut aussi un espace de jeu, où s’improvisait nos parties de pêche. A la pépinière, il fallait s’engager sur le petit sentier terreux et escarpé de la butte, la gravir ; elle nous paraissait d’ailleurs démesurément grande, une fois au haut de celle-ci le canal apparaît. Là on va pouvoir jouer à ce jeu de cache-cache avec le poisson. Viendra ? Viendra pas ? Pour nous la superbe proie est une carpe, mais nous savons que nous ne l’aurons jamais car nos cannes à pêche faites en bambou, coupé sur une bordure de quelques vignes, trop frêles, ne supporteront pas une si lourde prise. Alors il faut se contenter du fretin. Pour surveiller les trois enfants, ma sœur, mon frère et moi viennent passer l’après-midi de ces étés avec nous, maman ou la sœur de ma grand-mère. Leur seule crainte est de nous voir accidentellement plonger, alors elles formulent un ne t’approche pas trop, ou encore un fais attention tantôt attentionné tantôt sec tout dépend quelle est la voix féminine qui s’exprime. Là, sur ces rives tranquilles, troublées seulement par le passage d’une péniche touristique, les adultes prennent leur ouvrage : un canevas, du tricot ou plus simplement de la lecture en attendant que l’après-midi se déroule. Pour cette partie de pêche, mon frère aîné s’active, voyant que les précédentes fois le poisson nous a fait faux bond, il décide de l’attirer par des appas, des boulettes de pain malaxées dans du blé pris aux poules de la grand-mère sont jetées dans l’eau. Avant cela, après avoir mené une longue enquête d’observation, il a remarqué que certains postes de pêche étaient plus intéressants que d’autres, le poisson se laissant mieux attraper. Alors pour pallier ce manque, la poiscaille attirée par les appâts doit théoriquement, selon les investigations fraternelles, venir à nous. On s’exécute, on met plein d’espoir, certains pêcheurs ne doivent pas convoiter notre périmètre. On s’inquiète, on parlemente, on échafaude des plans, il n’est catégoriquement pas possible qu’un importun vienne profiter de notre espace, ce à quoi, la sœur de ma grand-mère répond que le canal ne nous appartient pas. C’est vrai. Un jour, un après-midi, alignés, nous sommes, tout trois, les yeux rivés sur le bouchon qui devrait frémir. A force de le regarder certaines hallucinations passent. On croit qu’il s’enfonce, il n’en est rien. Le poisson se fait taquin. Déjà de la bourriche notre maigre prise s’en est allée par les mailles ou parce que le petit ressort défectueux du couvercle a ouvert les portes de la liberté au dit prisonnier qui aurait dû finir sous les dents de Minette toujours famélique, toujours osseuse et tannée quelle que soit la saison. Mais soudain un émerveillement passe, ma sœur voit le bouchon disparaître dans l’eau à plusieurs reprises, elle ne veut pas lâcher sa prise si bien qu’elle tire de toutes ses forces sur sa canne à pêche pour faire voler ligne, plombs, bouchon et hameçon dans les airs. Le poisson est bien là ; il découvre l’oxygène l’espace d’un éclair, il est le poisson-chat à la course furtive et catastrophique dont le corps, après avoir scintillé de toutes ses écailles dans les airs, furtif éclair de lumière, vient s’écraser contre le robuste tronc du platane. L’aventure ne s’arrête pas là ; passe pour l’animal dont on ne pourra plus rien faire et qui ne repaîtra pas même le chat ! Mais la ligne, elle, est pareille à un écheveau emmêlé aux branchages de l’arbre : le crin doit être rompu. Et comme une ultime correspondance la bouche béante du poisson se lit sur nos visages. C’est fait, maintenant le platane est décoré et à cet ornement improvisé viendra s’ajouter la puanteur.

Petits chemins de halage sinueux presque intimes, mais heurtés, mais chaotiques, mais accidentés par les racines ambitieuses des platanes majestueux qui les bordent. Ces arbres enveloppent les calmes eaux d’un écrin de verdure, si bien qu’en été, malgré le soleil ardent, ce lieu baigne toujours dans la douce fraîcheur. Les platanes d’une rive à l’autre semblent avec leurs branches tantôt frêles, tantôt imposantes ou plongeantes commese donner la mainpour ne jamais se séparer, et leur chaine ou ronde se prolonge toujours dans la formation sans cesse répétée de cette arche gothique qui encadre, protège, préserve cette procession aquatique sinueuse et si généreuse pour les terres qui l’environnent.

Platanes rois. Avec leur majesté, ils dressent leurs troncs et massifs superbes vers l’azur. Arbres robustes, comme l’est la puissance matérielle et résistante de ces circonférences colorées de vert, de marron ou de beige, que les bras tendus d’un homme ne parviennent même pas à étreindre tout à fait ; les mains désespérément perdues, comme orphelines errent et n’ont pour toute présence que la dureté de l’écorce grisâtre ou brune qui humblement, à la Noël, retrouve une autre place, ailleurs, sur une ancienne cheminée de marbre,sous la forme d’un toit d’étable improvisé qui chaudement, humblement vient accueillir et protéger l’enfant le plus sacré du monde.

Géants. Au printemps, en été, en automne avec des panaches d’un vert naissant puis profond,mordorés, sont-ils, dans un autre tempssuivant la facétie des saisons. Avec leurs racines plongeantes, avec leurs bras aquatiques, noueux et pareils à des yeux, ils retiennent de toute leur puissance les berges et sont garants de tout effondrement. Mais ne dirait-on pas que les soulèvements créés évoquent...

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