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Présence

De
94 pages
Je voulais un titre à ton récit de vie, j'ai cherché un mot, une idée qui dirait ta résistance, toujours, à tout. J'ai pensé au seul mot : « Résistante ». Mais cela connotait trop la guerre. Cette guerre 1940-1945 dont tu as beaucoup parlé... Ta présence. Voilà le mot. Voilà le titre. Souveraine, fière, entêtée, généreuse. Ta présence au monde nous ravit le cœur à tous...
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Agathe Gosse
Présence
©L’Harmattan, 20165-7, rue de l’École Polytechnique – 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit. ISBN : 978-2-336-30845-6 EAN : 9782336308456
Présence Récit
Encres de vie
Collection dirigée par Annemarie Trekker
Cette collection a pour objectif de publier des textes littéraires à caractère autobiographique sous forme de récit (de vie), d’auto-fiction ou de roman personnel, ainsi que des témoignages et des écrits restituant et/ou mettant en scène la mémoire collective.
Dans la même collection :
Agathe Gosse,À la source de mes mots, le fleuve Congo,2014.
Marie Fizaine,Le goût de la terre,2014.
Anne Lauwers,Les couleurs de la musique, 2014.
Jean-Paul Procureur,Alesia, Lettre ouverte à ma mère, 2014.
Nelly Laurent,La rue des Songes ou les rêves d’une métamorphose, 2014.
Christian Leray,Amor do Mar – Amour de la Mer, 2015.
Michèle-Baj Strobel,D’Orient et d’ailleurs. Ateliers des voyages, 2015.
Laurence Leguay,Lettre à l’absent, 2015.
Bernadette Feroumont,Accompagner la vie jusque-là. Récits de volontaires en soins palliatifs, 2015.
Jean-Pierre Outers,Un Voyage à l’envers, 2015.
Rachel Santerne,Les jours qui précédaient sa disparition, 2016.
Annemarie Trekker,Les maisons de pierre, 2016.
Marie Fizaine,Exode 1940. De la Gaume à la Bourgogne, 2016.
Bernarde Rousseaux,La mesure du neutre, 2016. Jean-Pierre Vander Straeten,Chronique d’un étudiant à Louvain au temps du Walen buiten, 2016. Henri Ostrowiecki,Mon conservatoire,côté cour,2016.
Agathe Gosse Présence Récit
Collection : Encres de vie
À Colette Patout
La vie et la mort dont tu nous parles comme on raconte une histoire pour de vrai
Prélude
L’écriture de ce livre me fait penser à une petite musique de nuit. Celle qui s’insinue dans l’oreille à travers les conversations intimes du soir avant de se poser sur les portées des feuilles blanches. Ainsi le mot dePréludeimposé pour introduire le récit recueilli et s’est composé par Agathe Gosse autour de l’histoire de celle qui lui a donné la vie.
J’ai découvert tout d’abord ce texte en tant que lectrice et éditrice car on lit toujours à partir de quelque part. Puis je l’ai parcouru en tant qu’amie et collègue puisque nous animons toutes les deux des ateliers d’écriture en approche autobiographique. Je l’ai aussi pensé et réfléchi en intervenante dans le cadre des initiations au recueil de récits de vie proposées par l’Association Traces de vie, où Agathe s’est formée.
Mais plus encore, je l’ai ressenti en tant que fille d’une mère dont je ne peux plus écouter le récit mais dont je garde la mémoire des paroles partagées. Mémoire d’elle d’autant plus précieuse que la sienne s’était égarée en des terres intérieures. Ce qui m’a conduite vers l’écriture des traces à travers les mots et les livres. Ces mots qui composent un récit constitutif par essence même de l’humain. Comme l’écrit Nancy Huston dansL’espèce fabulatricePour, « disposer d’un soi, il faut apprendre à fabuler. On l’oublie après, commodément, mais il nous a fallu du temps, et beaucoup d’aide, pour devenir quelqu’un. Il nous a fallu des couches et des couches et des couches d’impressions reliées en histoires ». Et parmi ces histoires, les premières nous ont été confiées par les parents, le plus souvent par des mères et des grands-mères car ce sont elles qui assurent la transmission.
Agathe Gosse nous emmène ainsi, à travers le récit de sa mère, vers ce lieu des origines, le village de Lessive en Famenne, là où coule la Lesse mais là aussi où tout commence… Car ce récit fait la part belle aux lieux qui constituent bien plus qu’un décor, une part vivante et agissante de la mémoire. Les lieux de vie avec les rivières et les fleuves, les maisons, les odeurs et les saveurs écrivent et
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portent une histoire singulière qui s’élargit à celle de la famille puis se fait collective avec un grand H avec la traversée de la guerre, la résistance, l’épopée du Congo, la recherche scientifique et les naissances, le retour, les nouvelles aventures… Recueillir un récit oral et le transformer en écriture, c’est produire cette alchimie entre l’oreille et les mains, entre l’ombre et la lumière pour restituer à la fois ce qui est visible et ce qui reste mystère. L’auteure qui est aussi romancière et conteuse, ne s’y est pas trompée. C’était à elle que revenait la tâche de composer avec ce qui lui était raconté. Pour cela, il fallait oser prendre sa place entière. Une place dans laquelle elle s’est coulée plus qu’imposée, finissant par l’affirmer, l’occuper à part entière. C’est peut-être là que se trouve la vraie transformation qui émerge de ce travail partagé, entre narratrice et narrataire, entre mère et fille, une mise au monde de l’une et de l’autre. Le droit pour la fille d’exister non pas contre (ni dans la fusion, ni dans le rejet) mais à côté de la mère, dans une juste distance. La possibilité pour la mère d’exister avant et en dehors de la fille. C’est en quelque sorte à un double accouchement qu’invite un tel travail, celui de deux femmes, de la mère dont la fille transforme le récit en histoire, lui redonnant par l’écriture une pleine reconnaissance de sa vie de femme. Celui de la fille à laquelle la mère reconnaît sa place de femme et d’interlocutrice à part entière à travers le tissage des concordances ou des questionnements que reflète l’écriture de son journal de bord dont elle nous restitue certains passages en final. La puissance de la mise en œuvre narrative se révèle dans ce double mouvement, de celle qui se raconte, et de celle qui écoute et écrit. Comme les pas de deux en chorégraphie. Alors qu’au départ, le récit s’inscrivait dans la perspective de la transmission, il devient bien plus que cela, une mise en jeu des liens de la filiation avec l’ouverture sur le présent, sur l’être en soi. Ces deux lignes du journal de bord de l’auteure font état de la découverte : «Un recueil de récit de vie, non pas tant pour préparer l’avenir ou pour inscrire le passé mais pour vivre aujourd’hui, le mieux possible, conscient, absolument conscient ».  8