Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 4,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Privés d'avenir

De
0 page
Le 8 août 2012, Renaud décède au terme d’une agonie de trente-huit jours.
Atteint d’une malformation cardiaque qui touche 1 à 2 % de la population française, le fils de l’auteur était entré à l’hôpital en chantant pour subir une intervention chirurgicale que le corps médical qualifiait de bénigne.
Concours de circonstances et maladresses conduiront à la mort de ce garçon de vingt ans, sportif et amoureux de la vie.
Son père, fou de douleur, engage alors un combat pour comprendre comment et pourquoi des enchaînements dramatiques ont plongé toute une famille dans la plus cruelle des injustices.
Faire éclater la vérité et mettre les acteurs de ce drame face à leurs responsabilités vont s’avérer une tâche titanesque pour un homme seul. 
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Christophe Jardet

Privés d'avenir

Le combat d'un père pour la vérité

 


 

© Christophe Jardet, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0746-7

Image

Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

 

 

 

Les faits relatés dans ce livre sont exacts, seuls les noms des personnes, les dénominations des établissements hospitaliers et les appellations des organismes cités dans cet ouvrage ont été modifiés.

 

 

Tkt, je reviens dans quatre jours

 

 

Renaud, mon fils, est décédé le 8 août 2012. Il avait vingt ans.

Enfant, j’étais survolté et impatient. Aujourd’hui, on me qualifierait sans doute d’hyperactif. Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours eu envie de faire une multitude de choses et envie de les faire vite, sans perdre de temps. Toujours en mouvement, je battais la campagne ou je fonçais tête baissée au guidon de mon vélo. Le démon de la mécanique m’a saisi de bonne heure. J’ai d’abord récupéré des cadres de vélos rouillés que je bricolais, et puis un jour – j’avais neuf ans – j’ai découvert, plantée au beau milieu d’un champ, la carcasse déglinguée d’une antique Traction Avant Citroën qui semblait n’attendre que moi. Juste le temps de rassembler mes économies et je cassais ma tirelire pour acquérir l’épave. À compter de ce jour, réparer des moteurs est devenu une passion dévorante. Le ver était dans le fruit et les achats de voitures, plus ou moins en bon état, se sont enchaînés tout au long de ma vie. L’école me barbait au plus haut point. J’étais un très mauvais élève et un perturbateur né. Sur les bancs de l’école, j’avais la désagréable impression que l’on me rabâchait toujours les mêmes choses et que je n’apprenais rien. A quinze ans, j’ai pris la décision de quitter la voie de l’enseignement général et de m’engager dans un apprentissage de mécanique, au grand désespoir de mon père qui souhaitait ardemment que je décroche un bac. J’ai trouvé mon maître d’apprentissage le plus simplement du monde. Un matin d’hiver où j’attendais le bus de l’école dans un froid polaire, j’ai aperçu, de l’autre côté de la route, un type qui grattait les cadrans de ses pompes à essence couvertes de givre. Instinctivement, j’ai traversé la route et, sans l’ombre d’une hésitation, j’ai demandé au garagiste qu’il me prenne en apprentissage. Mon culot ou mon aplomb ont dû lui plaire. Après avoir obtenu une dérogation de l’Education nationale – je n’avais pas encore seize ans –, j’ai commencé ma formation. Deux années plus tard, j’aurais mon C.A.P. de mécanicien automobile en poche et un métier en main. Dans le même temps, mon père, qui était gendarme, a été muté et, devant ma détermination à m’assumer au plus vite, nous avons décidé d’un commun accord que je ne suivrai plus mes parents et que je me débrouillerai sans eux. À quinze ans, indépendant et autonome, j’ai appris à gérer et à affronter seul tous les problèmes du quotidien. Le fait d’être ainsi confronté très tôt aux réalités de la vie, à un âge où d’autres profitent encore pleinement de leur adolescence, a forgé le caractère de l’homme que je suis devenu et m’a conféré ma forte personnalité. Excessif, meneur, extraverti, déterminé et jusqu’au-boutiste, je me définis comme quelqu’un qui n’a pas de limites, tant dans la bêtise que dans la volonté d’entreprendre perpétuellement un tas de choses.

Le temps passant, je recherche des sensations fortes et je roule de plus en plus vite au volant de mes voitures. Je casse au moins six moteurs en une seule année. J’aimerais faire de la course automobile, mais malheureusement mes moyens financiers ne me permettent pas d’assouvir cette autre passion dévorante. Mon service militaire dans les troupes aéroportées de Tarbes m’apporte la dose d’adrénaline dont j’ai besoin pour me sentir exister. J’obtiens mon brevet de parachutisme avec plus de vingt-cinq sauts à mon actif. En avançant dans la vie, ma capacité à aller facilement vers les autres me permet de rencontrer un bon nombre de jeunes femmes. Et puis un jour, le besoin de me réaliser en fondant une famille s’impose à moi. Je veux une compagne et des enfants. Mon souhait le plus cher est d’avoir un fils, pour être à ses côtés, l’accompagner sur le chemin de la vie et lui permettre de construire sa propre personnalité. Je rencontre celle qui va devenir la mère de mes enfants et nous nous installons ensemble dans une petite location. Deux années passent et notre premier bébé vient au monde et, le hasard faisant parfois bien les choses, c’est un garçon. Renaud naît le 25 mars 1992.

Je suis le plus heureux des hommes et j’assume immédiatement mon rôle de père avec bonheur et délectation. Je veux être un papa moderne. Je m’investis et je me consacre à mon fils, plus particulièrement au cours des quatre premières années de sa vie. À cette époque, sa mère travaille le soir dans une cafétéria et par la force des choses, c’est moi qui le fais manger, le change, le lave et assure le coucher. Le week-end, je vais chiner sur les brocantes et mon fils m’accompagne. Seule ombre au tableau, les premiers examens pratiqués immédiatement après sa naissance ont montré que Renaud était porteur d’une petite insuffisance cardiaque, plus précisément une valvulopathie aiguë ; une déficience de la valve que l’on diagnostique en écoutant les pulsations du cœur avec un stéthoscope. Si l’on y prête attention, on entend ce que les praticiens appellent un double bang. Au lieu d’un battement unique et régulier, on perçoit un souffle, un chuintement dans le prolongement de la pulsation cardiaque. La position et la tonalité de ce souffle par rapport aux bruits du cœur permettent d’orienter le diagnostic sur la valve malade et le mécanisme qui en est responsable, soit une fuite, soit une sténose1 . La valvulopathie est une maladie qui évolue avec l’âge du patient. Renaud devra donc être suivi tout au long de sa vie. Le corps médical nous adresse directement au Centre BOURGAIN à Paris, l’un des meilleurs hôpitaux de notre pays en matière de médecine infantile. Chaque année, jusqu’à sa majorité, Renaud sera examiné par un cardiologue et à l’issue de chaque visite annuelle, le médecin nous confirmera qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. On nous rassure, encore un peu plus, en nous indiquant qu’il ne sera sans doute pas nécessaire d’avoir recours à une intervention chirurgicale. Selon les représentants du corps médical, il est même très vraisemblable que la déficience puisse se résorber d’elle-même au cours de l’adolescence. Satisfaits et soulagés, nous poursuivons le cours de notre vie de famille.

Vers l’âge de cinq ans, Renaud, à force de voir des gens courir et taper dans un ballon, veut lui aussi jouer au foot. Je ne suis pas sportif – seule la mécanique m’intéresse – mais je respecte le souhait de mon fils. Son premier club sera le Football Club de Château-Renard près de Montargis. Renaud devient vite un bon joueur. Rapide, rusé, il est capable de prendre le ballon dans les pieds de l’adversaire, de remonter le terrain, balle au pied à toute vitesse et de terminer sa chevauchée en marquant un but. Ses copains et ceux qui le voient évoluer sur les terrains de foot lui donnent le sobriquet de lapin, mais plus généralement, tout le monde l’appelle Nono.