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Quai du soleil

De
113 pages
Lyon et son agglomération ont été, à toutes les époques, terres de migration et d'accueil. Dans ce récit personnel, souvent autobiographique, qui prend la forme d'un repérage destiné au tournage d'un film entre documentaire et fiction, l'auteur décrit la ville comme le quai d'un port chargé de toutes les épices de l'Orient mais aussi de toutes les dérives du monde actuel; il prend plaisir à jouer avec l'authentique et l'imaginaire, à mêler souvenirs et fictions. Entre humour grinçant et tendresse pour une ville à nulle autre pareille.
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Quai du soleil

COLLECTION CARNETS DE VILLE
dirigée par Pierre Gras

DÉJÀ PARUS

Serge Mouraret, Berlin, carnets d'amour et de haine Pierre Gras, Mémoires de villes Suzana Moreira, Sao Paulo, violence et passions Jacques de Courson, Brésil des villes Pierre Gras, Ports et déports Jean-Paul BIais, À la Bastille... Muriel Pernin et Hervé Pernin, Transsibériennes Nelly Bouveret, Mékong dérives Thierry Paquot, L'Inde, côté villes Collectif, Villes, voyages, voyageurs Pierre Gras, Suite romaine Baudouin Massart, Un été à Belfast

www.1ibrairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo .fr
2005 ISBN: 2-7475-9753-9 EAN : 9782747597531 @ L'Harmattan,

COLLECTION CARNETS DE VILLE

Daniel Pelligra

Quai du soleil
Lyon, port d'attaches

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

FRANCE
L'Harmattan Hongrie Kënyvesbolt Kossuth L. u. 14-16
1053 Budapest

Espace L'Harmattan

Kioshasa

L'Harmattan

Itafia

L'Harmattan

Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm.; BP243, KIN XI
Université de Kinshasa

Via DegH Artisti, 15 10124 Torino
[TALIE

1200 logements villa 96 1282260
Ouagadougou 12

- RDC

DU MÊME AUTEUR

Histoire des Puces de Lyon (en collaboration avec Jocelyne Vidal), éditions de la Taillanderie, 1994.

-

- Errances Bédouines, éditions de l'Aube, 1998. - Villes, patrimoines, mémoires, ouvrage collectif,
du Vent, 2000. - Week-end chez l'Autre, La Passe du Vent, 2003.

La Passe

- Algérie,
2003.

regards croisés, ouvrage collectif, éditions Milan,

- Rhône-Alpes, terre de métissages (en collaboration avec Stéphane Bienvenue), Peuplement et Migrations, La Passe du vent, 2005.

KalIe : « Pourtant, on dit toujours qu'il faut être enraciné quelque part. Je suis convaincu que les seuls êtres qui aient des racines, les arbres, préféreraient ne pas en avoir. Ils pou,"aient alors prendre l'avion, eux aussi. »
BertoIt Brecht, Dialogues d'exilés

QUAI DU SOLEIL

PROLOGUE Il faudra tout de même que je vérifie l'orientation de la rue de Marseille. À cause des axes d'ensoleillement. Mais, plus tard. J'expliquerai. Nord-Sud, ce serait tout de même plus pertinent. Quoi qu'il en soit, pour la lumière, j'ai le choix de l'heure: les deux estancos se font pratiquement face. Sol ou sombra, il y aura toujours une façade éclairée. Mous' m'attend côté pair, accroché à sa pipe. La vidéo grand écran arrose la salle de mélopées tunisiennes. Jolis garçons et filles peu couvertes: aucune hésitation possible, ça ne provient pas de chez leurs voisins de la géographie maghrébine. Scopitones du troisième millénaire (1). Deux autres tables sont occupées par des clients discrets, parlant affaires et « slurpant » leur thé. C'est le début de l'après-midi et les couples n'ont pas encore fait leur apparition. Je me commande une pipe parfumée à la pomme. Nos rendez-vous narghilé ont ainsi lieu une fois par mois, depuis que j'ai découvert ces salons de la douceur et des brumes, l'une des rares fois où j'allais à pied. D'ordinaire, je gare la moto devant le Mac Do,

contre la rampe du métro Guillotière, puis je m'engouffre vers les rues Moncey ou Villeroy. La rue de Marseille, elle, ne mène vers rien d'immédiat: horizon trop lointain et peu engageant, à moins que l'on ne plonge du côté asiatique. Alors je roule, empruntant le plus souvent, la partie de la chaussée réservée au tram. Bien pratique, à condition de ne pas en abuser, mais les flics sont plutôt en stand-by du côté de la Grande Rue de la Guillotière, parfois jusqu'à la rue du Dauphiné, où les dealers les intéressent davantage que mes entorses aux règles de la circulation. Reste la vidéosurveillance qui pourrait me faire repérer: on dit que le secteur est truffé de caméras. Concurrence déloyale? J'y viens. Donc, à moins d'avoir une quelconque raison de faire le piéton, on circule sans regarder les devantures. C'est la raison pour laquelle j'ai découvert ce lieu tout à fait par hasard. Mous' est animateur culturel. Il a une spécialité: la mémoire des anciens. Son boulot, c'est à Vaulx-en-Velin, banlieue mitoyenne, qu'il le pratique, attaché à la mise en valeur d'un espace dédié, entre autres, aux anciens ouvriers de la viscose qui se sont pourri la peau et les poumons à patauger dans les acides. De partout et d'ailleurs, ils ont commencé à affluer dans les années vingt, au fil du développement des industries de l'Est lyonnais. Ainsi ne veille-t-il pas au bon déroulement d'une journée d'incorrigibles mouflets, sauf lorsqu'un de ses collègues parvient à lui adresser un groupe assez domestiqué pour faire mine de s'intéresser une demiheure à l'histoire du quartier et de ses habitants. Les jours
sans, Mous' vient respirer l'ambiance de la
10
«

Guille » et

QUAI DU SOLEIL

de ses affluents (évidemment, quoique non fanatique de l'hôte actuel de l'Elysée, j'aie été tenté par « effluents»... pour la bonne cause, cela s'entend). «Figure-toi qu'il se passe de drôles de choses làbas. » Mous' est un grand garçon qui a les deux pieds sur terre. Juste assez rêveur pour esquisser des projets de voyages aux sources, pour tenter de faire le trajet inverse, témoigner de ce qui a motivé les départs, les histoires qu'on y raconte ensuite. Un vrai tour du monde. Qu'on en juge plutôt: ils sont arrivés de Russie, d'Arménie, d'Italie, d'Espagne, de Pologne, de Hongrie, de l'Est de la France, d'Indochine, d'Algérie, de Tunisie, du Maroc, du Portugal, de Yougoslavie, de Turquie, du Cambodge. Guerres, répressions, ventres creux, le parcours habituel, depuis l'entre-deux-guerres jusqu'aux dérives idéologiques et génocidaires des mouvements révolutionnaires d'Asie du Sud-Est - tous ceux qui ont cocufié les militants que nous pensions être, loin du Vietnam... Mais il nous faut nous référer à une période plus récente. J'emprunte ici à ses auteurs la description de leur réalisation. «Au cours de l'année scolaire 1989-1990, les professeurs d'histoire du Collège Jacques Duclos, projetaient, depuis quelque temps déjà, d'engager leurs élèves dans une enquête sur l'histoire de leur quartier dont la vie a été rythmée, à partir de 1925, par les activités de l'entreprise Gillet. L'originalité de cette recherche tient au fait que cette entreprise fabriquait de la soie artificielle, qu'elle inscrit donc une belle page dans l'histoire lyonnaise 11

et qu'elle introduit l'industrialisation à Vaulx-en-Velin, commune rurale jusqu'alors. Ce fut l'occasion de vagues successives d'immigration, qu'elle contribua à intégrer à la population française d'origine, donc un exemple heureux d'assimilation progressive, favorisée par le travail, l'organisation sociale et les conditions économiques du moment. Alimentation de la Soie, Pressing de la Soie, Dépôt de la Soie, Boule en Soie, Rue de la Soie... Autant d'origines significatives de la mémoire de l'usine dont les cheminées se sont éteintes en 1881. »(2) Pour les enfants de 1989, « l'usine de la Soie» ne représentait plus grand-chose: des bâtiments désaffectés dont une partie avait été transformée en magasin de demi-gros et de détail; seule subsistait, encore vivante, une partie des grandes cités réhabilitées et des maisons d'habitation des anciens ouvriers, contremaîtres ou ingénieurs, souvent rachetées par leurs locataires. La mémoire de la Soie, c'étaient les parents, les grands-parents, c'était oser parler de soi. Et quels meilleurs reporters que ces élèves interrogeant amis ou voisins et développant avec eux un dialogue riche et constructif autour d'une histoire humaine? Inconcevable pourtant d'enquêter sur les quelque trois cents généalogies que représentaient les élèves du collège... Beaucoup se recoupaient, l'établissement comptant dix-sept nationalités différentes, et il s'avéra possible de dégager des archétypes dans toutes ces vies: exode des Français d'origine rurale attirés par la ville, Maghrébins émigrés du bled pour travailler en France, Portugais ou 12

QUAI DU SOLEIL

Espagnols traversant clandestinement la frontière pour des raisons économiques ou politiques... Des itinéraires terminés là, à la cité TASE (3), parce qu'un ami, un parent, s'y était déjà installé. Ce projet apparut comme un symbole dans ces années 1990 marquées par des actes racistes, antisémites, xénophobes. Faire travailler des enfants de toutes origines, leur faire découvrir les différentes nationalités de leur collège, les rassembler dans un objectif commun, n' étaitce pas leur faire découvrir à quel point la population française est riche de ces brassages culturels? Après un premier «inventaire », un personnageclé, historiquement significatif, fut retenu dans plusieurs familles. Les élèves concernés écrivirent une biographie plus précise, puis ils se mirent à la recherche de documents et de photos pour illustrer leur histoire et compléter chacun des panneaux consacrés aux vingt-cinq biographies retenues. Au cours d'après-midi exemptés de classe, ils s'appliquèrent à la réalisation de ces panneaux. Les anciens du quartier se firent une joie de partager leurs souvenirs avec les enfants et les professeurs, de montrer leurs documents d'archives. Des élèves de cinquième, en classe de dessin, mettaient les dernières touches de couleur aux différents personnages. Leur lointaine Ukraine, leur meurtrière Arménie, leur Algérie d'après la première guerre - celle d'Algérie -, leur Italie aux parlers multiples.. .

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